ROUGEOLES SECONDAIRES
L'otite est surtout fréquente à l'hôpital. Elle est contagieuse et relève de l'infection par propagation de microbes pathogènes, à travers la trompe d'Eustache jusque dans la caisse. Ce sont des staphylocoques, des pneumocoques ou des streptocoques ou encore deux ou trois de .ces microorganismes qui provoquent l'otite. Celleci a tous les degrés. Légère, elle guérit spontanément et presque sans symptômes ; ou elle provoque les accidents décrits plus haut, ou encore l'inflammation peut se propager aux cellules mastoïdiennes et aboutir à la mastoïdite ou carie du rocher.
Il est rare, malgré la participation constante de la conjonctive à l'exanthème morbilleux que des accidents graves de l'œil soient la conséquence de la rougeole. Cependant, sur un terrain strumeux avec conjonctivite ou kératite antérieure on peut voir survenir la perforation de la cornée et la fonte purulente de l'œil. M. Galezowski croit à une forme larvée de la rougeole, avec une kérato-conjonctivite phlycténulaire fébrile, sans éruption. Ce serait une récidive de rougeole chez des sujets antérieurement atteints (1).
Nous ne citerons que pour mémoire à cause de leur rareté les accidents suivants qui peuvent accompagner la rougeole : pleurésie simple, péricardite, endocardite, phlébites, albuminurie avec ou sans hydropisies, anurie passagère, abcès sous-cutanés, rachialgies, paraplégies, paralysies diverses, névralgies, avec ou sans troubles moteurs des jambes, etc..
ROUGEOLES SECONDAIRES. — Il faut entendre sous ce nom les rougeoles qui surviennent :
1° Dans le cours de maladies chroniques, avec état cachectique.
2° Dans le cours ou la convalescence d'une maladie aiguë. Celleci peut être ou non une fièvre éruptive.
3° Dans le cours de la grossesse ou de l'état puerpéral.
Cette division adoptée par M. Barbier me semble bonne à conserver. Elle permet de classer un peu mieux les conséquences particulières à chaque classe de ces rougeoles secondaires.
1° Rougeole chez les cachectiques. — La rougeole prend ici une allure spéciale. Son début est insidieux et souvent même passe inaperçu. Son évolution est irrégulière, et la température n'a pas, tant s'en faut, sa marche classique. Elle peut même baisser au moment de l'éruption. Celle-ci se fait mal, et pâlit rapidement. Cependant, avec ou sans complications pulmonaires, l'état général s'aggrave souvent très vite et l'enfant succombe en état d'adynamie. Cependant, la rougeole, même dans ces conditions déplorables, n'est pas toujours mortelle. Elle devient anormale par quelqu'un de ses caractères principaux et sa gravité augmente, voilà tout ce qu'on peut dire.
(1) Rev. des mal. de Venf., 1888.
2° Rougeole secondaire aux maladies aiguës. — Parmi celles-ci, nous citerons à part la fièvre typhoïde, la diphtérie, la pneumonie, la tuberculose. Quand une éruption morbilleuse se présente dans le cours ou le déclin de l'une de ces maladies, le premier devoir est de la reconnaître. Or, le diagnostic de cette rougeole secondaire avec les exanthèmes morbilliformes qui compliquent souvent telle ou telle de ces maladies n'est pas toujours facile, et je suis convaincu que l'erreur a été bien souvent commise. Quelquefois même il est impossible de se décider, lorsque, par exemple, comme il arrive dans beaucoup de rougeoles secondaires, le catarrhe des muqueuses manque et que l'éruption sort mal et disparaît en quelques heures.
MM. Hutinel et Martin de Gimard ont décrit récemment les érythèmes morbilliformes de la fièvre typhoïde, sortes d'infections secondaires ; ceux de la diphtérie ne sont pas rares, ni ceux qu'on peut rencontrer au décours de la pneumonie ou dans la tuberculose, qu'ils soient ou non liés à une action thérapeutique.
Voici les bases du diagnostic différentiel : l'érythème siège surtout aux mains, aux avant-bras, aux coudes, aux jambes. Il est ordinairement symétrique. Le catarrhe des muqueuses, si important dans la rougeole, je dirais volontiers si nécessaire à son diagnostic de certitude, manque absolument. L'élément éruptif est composé de taches centrales, papules souvent ecchymotiques entourées d'une aréole rosée sans élevure notable et sans apparence de croissant. L'éruption se généralise souvent en quelques heures et dure plusieurs jours. Enfin, elle s'accompagnerait d'autres symptômes de septicémie.
Tout cela est assez vague en somme, et laisse le doute subsister bien souvent. Mais à mon avis, il faut croire d'abord à l'exanthème et non à la rougeole. Et c'est presque toujours le contraire qui se trouve à la lecture attentive des observations. Il est rare que le diagnostic différentiel en soit assez étudié pour que l'existence de la rougeole ne fasse aucun doute.
Quoi qu'il en soit, la rougeole secondaire aux maladies aiguës énumérées ci-dessus est d'un pronostic sensiblement plus sévère que la rougeole primitive. Dans la pneumonie et la tuberculose, elle active les lésions pulmonaires et l'évolution bacillaire. Et c'est un fait accepté de tous les médecins que la rougeole réveille une tuberculose latente ou aggrave une phtisie en voie de développement. Survenant dans le décours de la diphtérie, la rougeole provoque plus facilement des complications pulmonaires déjà fréquentes dans la diphtérie pure. Enfin, au décours de la fièvre typhoïde, la rougeole anomale à forme adynamique est fréquente.
Mais la rougeole peut aussi être secondaire à une fièvre éruptive : scarlatine, variole, varicelle, oreillons, vaccine. On s'entend assez peu à fixer les aggravations, atténuations ou modifications de la rougeole survenant dans ce: circonstances. Les rapports de la scarlatine,