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L. THOINOT. — SUETTE MILIAIRE

B. Lasuette miliaire aux dix-huitième et dix-neuvième siècles. — Distribution géographique. — La suette est une maladie de terre française : en dehors de la France, seules la Haute-Italie, la région sud-ouest de l'Allemagne et la Belgique, ont éprouvé les atteintes de cette maladie (Hirsch).

En France même, certaines régions ont, jusqu'à ce jour, été totalement indemnes tant au xviii0 qu'au xixe siècle.

Fibr. g. Distribution géographique de la suette miliaire en France au xix« siècle.

Les départements non teintés n'ont eu aucune atteinte de suette; les départements légèrement teintés n'ont eu que des atteintes passagères; les départements les plus teintes constituent les lieux d'élection de la suette : ils renferment les foyers d'endémie et ont ete le théâtre des manifestations épidémiques les plus notables en ce siècle.

1° Au xvme siècle, de 1712 à 1800, la suette se montra dans quatre groupes régionaux distincts qu'on peut classer de la façon suivante (1) :

(1) L. Thoinot, Rev. de méd., 1889. Nous avons, dans ce travail, résumé toutes les données des auteurs sur la suette au xvme et au xixe siècles.

a. Groupe Nord : Picardie, Normandie, Ile-de-France, Orléanais, correspondant aux départements actuels du Pas-de-Calais, Nord, Somme, Seine- Inférieure, Eure, Calvados, Manche, Aisne, Oise, Seine-et-Oise, Seine, Seine-et-Marne, Loiret. Ce groupe a été, au xvme siècle, le plus gros foyer suettique : nous rappelons que la Picardie fut la première atteinte (1718). — b. Groupe Est : Alsace, Franche-Comté, Savoie; — c. Groupe central : Auver gne ; — d. Groupe méridional : Languedoc, où l'épidémie de 1782, racontée par Pujol, a marqué d'une façon désastreuse le passage de la suette.

2° Au xixe siècle, les manifestations de la suette ont été beaucoup plus étendues. La carte (fig. 8) nous dispensera de tout commentaire.

C. Caractères généraux des manifestations de la suette. — Dans ses manifestations auxvnr9 comme au xixe siècle, la suette s'est montrée maladie endémo-épidémique, et cela avec des caractères très particuliers.

Respectant absolument certaines contrées, ainsi que nous l'avons vu, elle s'est créé en d'autres des foyers d'endémie, en général assez peu intenses. Dans ces foyers, de temps à autre une manifestation épidémique vient attirer l'attention. Cette manifestation est tantôt très restreinte : un hameau, une commune seuls sont pris; tantôt de rayon plus étendu, envahissant plusieurs communes, un canton, un arrondissement', tantôt enfin à grand rayon, embrassant plusieurs départements, une province. Il semble que dans les épisodes aigus, la suette dépasse même le rayon de ses terres d'endémie, mais jamais l'affection n'a connu ces grandes expansions qui couvrent une région en totalité, qui s'étendent sur la surface entière du pays : les expansions de la suette dans leur plus grande étendue restent toujours des expansions limitées.

La suette a établi au xixe siècle ses fogers d'endémie dans les régions suivantes (Voy. la carte) :

Au Nord un groupe est formé par les départements ci-après : Pas-de-Calais, Nord, Somme, Aisne, Oise, Seine-Inférieure, Eure, Seine-et-Oise, Marne, Seine-et-Marne.

A l'Ouest, un groupe est formé par : Indre-et-Loire, Deux-Sèvres, Vienne Charente-Inférieure, Charente, Dordogne, Lot-et-Garonne ;

A l'Est, Haute-Saône, Doubs, Jura, Isère;

Au Centre : Puy-de-Dôme, Lozère.

Au Midi : deux groupes : le Var, d'une part ; les Pyrénées-Orientales l'Hérault et l'Aude, d'autre part.

Nous ne pouvons entrer dans les détails sur ces foyers et leurs localisations exactes : disons seulement que l'indication d'un département comme foyer d endémie n'implique nullement que la suette a été endémique dans tout le département : les foyers sont ordinairement limités dans un département donné, disséminés en des points variables et quelquefois même localisés en un point très restreint.

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Un mot seulement des épidémies de suette au xixe siècle (1) : Parmi les épidémies à grand rayon, nous mentionnerons :

L'épidémie de 1821 (Oise) ; — L'épidémie de 1832 (Oise) ; — L'épidémie de 1841-1842 (Dordogne, Charente, Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne, Deux- Sèvres) ; — L'épidémie de 1849 : la suette coïncidant avec le choléra couvrit une vaste étendue du territoire français, mais par points disséminés : Somme, Seine-et-Oise, Oise, Aisne, Marne, Meuse, Jura, Deux-Sèvres, Haute-Vienne, Gers, Yonne, Meurthe-et-Moselle, Puy-de-Dôme. — L'épidémie de 1887 (Vienne, Indre, Haute-Vienne, Deux-Sèvres).

Les épidémies les plus connues d'arrondissement et de canton, sont les suivantes :

1839 : arrondissement de Coulommiers, Seine-et-Marne ; — 1845 : Poitiers et environs; — 1851-1854: arrondissements de Florac et de Marvejols (Lozère); — 1857 : arrondissement de Louhans (Saône-et-Loire) ; — 1862 : arrondissement de Gourdon (Lot) ; — 1864 : arrondissement de Castelnaudary ; — 1866 : arrondissement de Saint-Pol; — 1880 : épidémie d'Oleron.

Quant aux épidémies de commune ou de fractions de commune elles sont très nombreuses ; inutile d'y insister.

En terminant cette revue sommaire des épidémies de suette, il n'est pas inutile de faire remarquer que, si la surface couverte par une épidémie suettique est toujours enfermée dans des limites assez étroites, dans le rayon même de son action la suette a une puissance de diffusion peu commune.

L'épidémie de 1832 dans l'Oise atteint, dans une étendue restreinte du territoire, quatre-vingts communes et frappe plus de cinq cents malades.

L'épidémie du Périgord, décrite par Parrot, atteint dans les trois arrondissements de Nontron, Périgueux, Ribérac, quatre-vingts communes et frappe dix mille huit cents malades.

L'épidémie de 1842, dans le Lot-et-Garonne, frappe les arrondissements de Villeneuve, Agen, Marmande et y atteint plus de vingt-trois mille individus.

Les enseignements de l'épidémie de 1887, n'ont pas démenti les faits acquis sur ce point. Dans plusieurs communes les proportions des sujets atteints de suette au nombre total des habitants ont été les suivantes : 1 sur 4; 1 sur 6 ; 1 sur 8 ; 1 sur 9 ; 1 sur 12 ; 1 sur 20.

D. Marche générale de la suette en France. — Terres d'endémie suettique à la fin du dix-neuvième siècle — Ce que nous avons dit de la suette au xviii0 et au xixe siècles, montre clairement que la suette n'a cessé depuis 1712 de faire tache d'huile, et de gagner du terrain : les espaces vierges de toute atteinte de suette au xixe siècle sont rares.

Mais partout où la suette a passé depuis 1712, s'est-elle établie à demeure? Des foyers du xixe siècle signalés plus haut comme lieux

(1) Nous renvoyons le lecteur pour plus de détails à notre étude avec M. L. Hontang : des cartes détaillées ont été dressées dans ce travail pour chacune des grandes épidémies de suette au xixe siècle.

d'endémie, tous sont-ils en activité à l'heure actuelle? quels se sont éteints, quels demeurent encore ?

Rien n'est plus difficile à résoudre que ces questions du plus haut intérêt : les documents suivis manquent absolument.

Nous savons que si, d'un siècle à l'autre, la maladie s'est créé de nouveaux foyers, elle en a abandonné définitivement quelques-uns. Paris a connu la suette au xvme siècle et l'ignore absolument aujourd'hui. Le Calvados a été vivement frappé au xvme siècle : il est indemne au xixe. Le Périgord, le Poitou, le Languedoc, la Lozère, le Puy-de-Dôme, la Picardie, la Franche-Comté, la Savoie, la partie de Provence correspondant au Var que nous avons eu à signaler comme terres d'endémie suettique en ce siècle, quel est leur bilan aujourd'hui? Nous dirons seulement que de nombreuses recherches nous permettent de répondre qu'à l'heure actuelle encore peuvent être tenues pour terres d'endémie suettique, les régions suivantes : Picardie, Poitou, Languedoc, Var. Nous manquons de documents récents pour le reste, mais nous sommes persuadé que le rayon endémique actuel est beaucoup plus vaste encore et que la suette est non pas une affection en voie d'extinction, mais une affection en progrès, plus méconnue qu'absente.

E. Affinités morbides de la suette. — La coïncidence de la suette avec le choléra, d'une part, les fièvres éruptives (rougeole et scarlatine), de l'autre, a été souvent notée.

1° Suette et choléra. — En 1832, en même temps que le choléra paraissait pour la première fois en Picardie, la suette faisait sa réapparition.

En 1849, suette et choléra sévirent en même temps en Picardie, Franche-Comté, Auvergne.

Des faits de même nature se produisirent en 1854-1855.

Mais ces faits constituent, somme toute, une exception : la suette existait avant le choléra en France ; elle s'y est montrée le plus souvent en dehors de lui.

Simple coïncidence donc dans quelques cas ; erreur d'interprétation dans quelques autres, où la dénomination de suette est appliquée à des cas de choléra anormaux (Toulon, 1849-1854).

2° Suette et rougeole. — Pour un grand nombre d'auteurs, suette. et rougeole coïncident, s'enchaînent et s'appellent dans les foyers desuette, et les exemples abondent de cette affinité dans les narrations d'épidémies suettiques.

Il est possible, probable même que dans un grand nombre de faits, la rougeole, cette maladie banale, ait coexisté avec la suette. Mais nous croyons avoir démontré en 1887 que les rougeoles du Poitou, coïncidant avec la suette, étaient de fausses rougeoles, des suettes à masque un peu anormal, donnant le change à une seule observation, ce que nous avons appelé la suette rubéolique.

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Prenant d'autre part, avec M. L. Hontang, la peine d'aller aux sources mêmes de la légende, et de dépouiller un grand nombre de oes narrations, inédites ou non, dans lesquelles était mentionnée l'affinité de la suette et de la rougeole, nous avons facilement vu que le plus souvent il s'agissait de pseudo-rougeoles, de suettes de de tous points analogues à notre suette rubéolique.

3° Suette et scarlatine. — Les mêmes remarques sont applicables ici : il peut y avoir coïncidence fortuite des deux affections ou bien il y a suette anormale, donnant le change pour une scarlatine.

ÉTIOLOGIE. — La physionomie de la suette est nettement celle d'une maladie infectieuse (1), et son étiologie comporterait, comme pour toute infection, l'étude de la cause primordiale — c'est-à-dire de l'agent pathogène dont elle est fonction — et celle des causes secondes, qui, en nous ou en dehors de nous, favorisent l'attaque de l'organisme

Mais la cause primordiale de la suette nous est absolument inconnue, et les tentatives faites en 1887 n'ont abouti à aucun résultat digne d'être rappelé.

Nous sommes donc réduits à demander à l'observation seule la solution des problèmes que soulèvent les modes d'infection de l'organisme, la nature des véhicules du germe pathogène, en un mot les modes de transmission de cet agent, qu'on voit à l'œuvre sans pouvoir le saisir.

L'observation nous montre la suette avec un double caractère :

a. Elle est obstinément fixée dans certaines régions et s'y manifeste par des cas isolés sans lien entre eux ;

6. Elle prend de temps à autre, sur une partie variable de ses terrains d'endémie, un caractère de diffusion plus ou moins marqué, plus ou moins durable, qui fait d'elle une maladie épidémique.

C'est ce double aspect qu'essayent d'expliquer les théories écologiques en faveur depuis le xviir3 siècle jusqu'à nos jours.

1° L'allure de la suette est analogue à celle de la malaria, disent les auteurs qui considèrent la fixité de la suette; Y origine tellurique de l'affection s'impose. A Aubières, dit Mazuel, les habitants regardent la suette comme engendrée par un « venin de terre ».

Conservation et culture du germe dans certains sols, contagion des ^habitants par un mécanisme qu'on ne précise pas d'ailleurs, mais qui est vraisemblablement Yair, tels sont les points principaux de la théorie tellurique de la suette, théorie défendue chez nous avec grand talent par M. Jaccoud.

2° Les caractères de diffusion que la suette prend à certains mo-

(1) Une analogie de plus entre la suette et les infections est constituée par un fait signalé par nous : le passage de l'affection de la mère au fœtus. Nous l'avons une fois constaté d'une façon indiscutable en 1887.

ÉTIOLOGIE. 333

ments l'ont fait assimiler par d'autres auteurs aux maladies épidémiques transmissibles ordinaires; et on lui a fait application des règles que nous voyons présider à la transmission de ces maladies. Tantôt on a incriminé la transmission par contact direct du malade à l'homme sain [contagion proprement dite au sens ancien) ; tantôt on a incriminé la transmission par contact médiat [V infection), c'est-à-dire ce mode de diffusion que nous voyons le choléra et la typhoïde affecter, lorsqu'ils frappent, véhiculés par des intermédiaires aujourd'hui connus, des groupes d'individus sans communication entre eux et sans aucun lien avec les typhoïdiques ou cholériques antérieurs qui ont fourni les germes morbides.

a. La transmission directe du malade à l'homme sain [contagion au sens ancien du mot) a été l'objet de vives discussions.

Elle était admise au xvme siècle par Lepecq de la Clôture. Au xixe siècle, Rayer se montre assez hésitant : il voit bien que nombre de faits plaident contre la contagion, mais que beaucoup aussi parlent en sa faveur, et il conclut : « La suette miliaire doit être rangée parmi les maladies réputées contagieuses ».

Parrot, Gaillard, Orillard, Grisolle ne croyaient pas à la transmission directe. Foucart, Galtier la récusaient également.

Il nous semble que la transmission directe comporte des faits valables à son actif.

Loreau, en 1845, en a cité quelques-uns. Voici le plus probant :

Mme L..., habitant à 25 kilomètres de Poitiers, dans un village où la suette ne s'était pas montrée, vint à Poitiers assister à l'enterrement de son frère, qui avait succombé à la maladie régnante. Quinze jours après, elle est atteinte de la suette.

Le fils du métayer de cette dame, demeurant dans la même cour, est pris cinq jours après sa maîtresse. Ses deux sœurs contractent la maladie en le soignant. Le curé de l'endroit vient administrer les derniers sacrements à Mme L... ; le soir même il se dit malade; six jours après il était mort. Le médecin qui fut appelé et qui n'avait pas vu de suette encore est atteint à son tour.

1887 nous a montré quelques faits analogues à ceux de Loreau ; en voici un des plus instructifs :

L'Ébergement est un domaine situé à 2 kilomètres du bourg de Bussière-

oitevine (Haute- Vienne) ; il est habité par treize personnes. Le 20 mai 1887,

une des filles va à Adriers (Vienne) , dans une maison où il y avait eu un

décès. Le 21 mai, le mal débute chez elle ; puis quatre de ses sœurs et deux

de ses frères sont pris successivement.

Les cas multiples dans une demeure où l'affection a fait apparition ont été extrêmement nombreux dans l'épidémie de 1887.

Il nous semble donc que, dans certains faits bien établis, la suette se conduit à la façon de la rougeole, de la variole, de la scarlatine :

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apport de germes dans un foyer intact, et transmission de l'importateur à ceux qui l'entourent.

6. Mais ailleurs la filiation des cas est impossible à établir : la suette diffuse avec une rapidité surprenante dans l'agglomération qu'elle envahit (Voy. ci-dessus p. 330) : il semble que tous les malades puisent leur infection presque contemporaine à une source de contagion générale.

C'est la physionomie que Foucart et Galtier traduisaient en disant que la suette résulte de l'infection, ou contagion médiate. Il n'existe que deux agents d'une dissémination aussi puissante que celle que présente alors la suette : Y air et Yeau.

Veau ne nous semble pas à incriminer : nous avons vainement, en 1887, cherché les preuves de son action.

Vair est donc l'agent probable de la diffusion de la suette, dans ces faits où les cas n'ont entre eux nulle filiation, où l'épidémie se généralise d'emblée.

Ainsi les notions empiriques fournies par l'observation se réduisent à ceci : Il est probable que le germe de la suette se cultive dans certains sols et crée les cas sporadiques des foyers endémiques.

De temps à autre le germe devient plus virulent, et la maladie acquiert le caractère diffusible. Le germe se transmet alors du malade à l'homme sain qui vient à son contact. Il peut encore, véhiculé par l'air, frapper les individus qui, habitant une localité où il y a des malades, c'est-à-dire des germes, n'entrent pas cependant au contact direct des malades.

Ajoutons que, d'après ce que nous avons vu en 1887, les germes suettiques, véhiculés par l'air, ont un rayon d'expansion assez limité. Si la dissémination se fait vite dans une agglomération où la maladie a pénétré, jamais de vastes surfaces de territoire ne sont envahies simultanément à grande distance les unes des autres : la suette envahissant une région étendue y marche par étapes, et les communications fréquentes des points frappés d'abord avec ceux qui le seront ensuite, nous semblent expliquer convenablement la marche progressive de la suette faisant tache d'huile (1). Nous ne nions pas d'ailleurs la simultanéité de l'éclosion épidémique de la suette sur plusieurs points d'un même territoire d'endémie : le réveil du germe, son passage à une activité plus grande, sous l'influence des mêmes causes, en plusieurs localités à la fois, expliquent alors les explosions épidémiques disséminées et contemporaines.

Telles sont les notions acquises à l'heure actuelle : elles sont d'une

(1) Cette propagation de la suette par importation n'est pas admise par beaucoup d'auteurs, mais dans des communes en relations fréquentes les unes avec les autres l'importation a bien des modes possibles et peut passer aisément inaperçue. Nous avons fréquemment constaté en 1887, en particulier à l'Isle-Jourdain, Quéaux, le Vigeant, La Trémouille, Léglet, Thollet, etc., la diffusion de la suette par importation.

brièveté regrettable. Nous ignorons presque tout, en dehors de quelques constatations objectives grossières.

La nature du germe ; la raison de sa fixité exclusive sur certains points du territoire français ; la cause du passage à l'activité de ce germe ordinairement si sommeillant ; tout cela est à chercher et aussi par quelle voie le virus de la suette envahit notre organisme et en est expulsé.

Quelques auteurs ont essayé l'auto-inoculation de la suette.

Dubun de Peyrelongue, Gigon, Dufraine, Mazuel ont échoué, comme aussi ceux de nos confrères qui ont fait la même tentative en 1887. Seul H. Parrot réussit en 1841 à voir se développer, au point où il s'était inoculé le liquide de vésicules, « une plaque rouge écarlate de la largeur d'une pièce de cinq francs, qui se couvrit rapidement d'une nuée de vésicules exactement semblables à celles de l'éruption épidémique. Cette éruption dura trois jours, et tomba en farine le troisième, de la même façon que celle de la suette miliaire. »

Cette expérience ne prouve pas grand'chose, et ce n'est pas d'ailleurs par inoculation sous-cutanée que la suette envahit normalement notre organisme.

Pour terminer cet obscur chapitre d'étiologie, il reste à mentionner quelques causes de second plan, adjuvantes ou occasionnelles, qui ont aujourd'hui beaucoup perdu de leur intérêt.

Age. — La suette ne respecte aucun âge : les auteurs admettent une plus grande proportion d'atteintes entre vingt et quarante ans, et l'immunité relative des enfants : tel fut au moins le cas pour ces derniers dans l'épidémie décrite par Parrot. En 1887, la suette poitevine a au contraire atteint largement les enfants.

Sexe. — La doctrine classique admet que les femmes sont plus frappées que les hommes : Galtier signalait deux femmes atteintes pour un homme. La différence d'un sexe à l'autre nous a paru peu marquée en 1887.

Constitution. — De tout temps on a remarqué la prédilection de la suette pour les gens vigoureux, à constitution athlétique : rien ne nous semble plus juste que cette observation.

Saisons. — La suette a une affinité spéciale pour le printemps et pour l'été.

« Dans les localités où la maladie est endémique, c'est au printemps et en été, ordinairement pendant les mois de mai, juin, juillet, que se produit la recrudescence épidémique... Les tableaux de Hirsch, basés sur l'ensemble des faits connus établissent que sur 184 épidémies, 83 ont débuté en été, et 63 au printemps ; 29 seulement en hiver tl 9 en automne. » (L. Colin.)

ÉTUDE CLINIQUE. — La suette se caractérise par des symptômes aussi tranchés que la rougeole, la variole, la scarlatine, etc., et ces

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symptômes se déroulent sur un mode le plus souvent très régulier.

Dans la suette, comme dans toute autre affection bien classée, il est des symptômes cardinaux et des symptômes de second plan. Nous aurons donc à faire Y analyse de tous les symptômes rencontrés au cours de l'affection, à indiquer leur importance sémiologique et à dire Yévolution de la maladie, ses modes de terminaison, ses suites et ses formes cliniques.

1° ANALYSE DES SYMPTOMES. — Sueurs. — Elles sont un symptôme constant. On a parlé de suette miliaire sans sueurs, mais c'est là une anomalie, au moins rare. Barthez, Landouzy et Gueneau de Mussy en citent un cas chez un enfant.

Ce que Foucart a décrit sous ce nom est une variété clinique assez vague : il semble que ce soit la maladie sans sueurs et sans éruption, caractérisée seulement par des phénomènes nerveux et Y embarras gastrique, c'est-à-dire une variété au moins contestable.

Y? époque d'apparition des sueurs est d'ordinaire assez précoce. Elles sont souvent même le symptôme initial. Dans la grande majorité des cas, les choses se passent de la façon suivante : le sujet s'est alité bien portant ou après quelques symptômes de malaise sur lesquels nous reviendrons plus tard ; au milieu de la nuit, il est réveillé par des sueurs abondantes, qui couvrent tout le corps. Ailleurs, l'individu s'est à peine mis au lit qu'il est couvert de sueurs.

Y? abondance des sueurs est très variable: elle diffère suivant la période de la maladie, et, dans chaque période, elle varie suivant le sujet.

La période initiale est l'époque de maximum d'abondance des sueurs. Mais, même à cette période, s'il est des malades chez lesquels la transpiration est véritablement intense, qu'il faut changer de linge jusqu'à dix fois et plus en vingt-quatre heures, qui inondent de leurs sueurs toute leur literie, il en est d'autres au contraire chez lesquels la transpiration, quoique très appréciable, très évidente au premier abord, reste modérée.

Lorsque l'éruption a paru, les sueurs perdent de leur abondance : la peau est le plus souvent moite. Le rétablissement du malade amène la cessation des sueurs.

Un caractère important de la manifestation sudorale est le suivant : les sueurs sont continues, le malade est toujours en transpiration, mais sur cette continuité du phénomène tranchent des paroxysmes, des accès sudoraux plus ou moins intenses.

Au dire de quelques auteurs, la sueur présente une odeur particulière, sui generis, analogue, dit Rayer, à l'odeur de la paille pourrie. Quelques-uns des historiens de la suette pensent que cette odeur tient seulement « à la malpropreté des malades, souvent couchés sur de mauvais lits dont une vieille paillasse constitue la pièce principale » — ou enfouis sous de lourdes couvertures, comme dans le Poitou —

« et aux préjugés de leur entourage s'opposant à tout renouvellement de linge, à toute ventilation de l'appartement où on les tient soigneusement séquestrés». (L. Colin.)

Éruption. — Elle est un des phénomènes majeurs de la suette. Nous étudierons successivement : sa fréquence, son apparence objective et ses formes, ses localisations, sa date d'apparition, et sa marche évolutive. Nous joindrons à cette étude celle du prurit et de la desquamation.

1° L'éruption, dans la suette, paraît constante, ou peu s'en faut, et la suette sans éruption est une anomalie au moins rare.

Rayer admettait que, dans quelques cas, l'éruption pouvait faire défaut Borsieri acceptait la suette sans éruption, et Dubun de Peyrelongue en a cité un cas.

Foucart, nous l'avons dit, a décrit une suette sans sueurs et sans éruption.

Barthez, Landouzy et Gueneau de Mussy admettent que l'éruption puisse faire défaut dans quelques cas rares, mais, disent-ils, l'erreur est facile, et plusieurs circonstances peuvent en imposer au malade, et même à ceux qui l'entourent :

Jamais les malades n'ont été soumis à un examen assez rigoureux pour que ce fait fût mis hors de doute. Une éruption rare, limitée, aura pu facilement passer inaperçue, d'autant plus que les malades étant en transpiration habituelle, on hésitait à les soumettre à une investigation minutieuse qui aurait pu être la cause d'un refroidissement dangereux.

2. Quand une affection épidémique sévit dans une contrée, les habitants et les médecins eux-mêmes sont portés à lui rapporter tous les cas de maladie qui surviennent pendant sa durée, et saisissent avec empressement la moindre analogie symptomatique pour conclure à l'identité de sa nature.

2° L'aspect objectif de l'éruption a été exprimé par les auteurs de façons diverses, et des descriptions, souvent complexes, ont porté la confusion dans un sujet cependant assez simple en ses traits principaux.

Les expressions classiques miliaire rouge, miliaire blanche, miliaire phlycténoïde ne sont pas faites pour éclairer la question.

Rayer résumait de la façon suivante les caractères de l'éruption dans la suette. « Il se faisait habituellement sur la peau après de légers picotements une éruption de boutons miliaires rouges et coniques dont le sommet blanchissait avant qu'ils s'affaissassent. Entre ces boutons rouges, ou sur d'autres parties du corps, presque jamais sur la totalité, paraissaient de petits boutons perlés, ou de petites vésicules arrondies et remplies d'une sérosité d'abord limpide...

» L'éruption ainsi constituée était quelquefois discrète et quelquefois confluente. Dans le premier cas les boutons laissaient entre eux des espaces plus ou moins considérables où la peau conservait sa teinte naturelle : dans ie second ils étaient tellement rapprochés qu'ils finissaient par se toucher et se réunir en plaques plus ou moim larges. La peau offrait alors une teinte rouge et chagrinée. »

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Le bouton rouge et conique semé sur fond rouge c'est la miliair?. rouge : les boutons perlés sur fond blanc c'est la miliaire blanche; les vésicules de miliaire blanche viennent-elles à se fusionner on a une bulle de grosseur variable : c'est la miliaire phlycténoïde.

Tels sont les éléments classiquement admis de l'éruption de la suette : cette description correspond-elle à la réalité exacte, et le bouton miliaire, la vésicule miliaire méritent-ils dans cette éruption la place prépondérante qu'on leur accorde?

Rapportant ce qu'il avait vu sur les suettiques de l'épidémie de 1845, Gaillard montrait que l'on pouvait, sur les malades, observer les variétés éruptives suivantes : des plaques rouges, aplaties ou peu élevées, parsemées de vésicules ; une rougeur èrythémateuse diffuse; une rougeur scarlatineuse; des granulations rouges suivant les plis de la peau ; de petites vésicules blanchâtres, un peu troubles, isolées ou en groupes, supportées ordinairement par une aréole rouge ; des sudamina.

Peu didactique, cette description de Gaillard est pourtant l'expression exacte de la réalité.

Galtier exprimait la même chose que Gaillard en disant que la forme ordinaire de l'éruption suettique était la miliaire rouge, très rarement la miliaire blanche, et que la miliaire rouge se présentait avec divers aspects constituant la variété rubéolique, la variété èrythémateuse et la variété scarlatini forme.

Dans l'éruption de la suette il y a en effet deux éléments à considérer : l'un secondaire, l'autre primordial.

L'élément secondaire, toujours mis au premier rang jusqu'ici, c'est l'élément miliaire : papule miliaire ou vésicule miliaire.

L'élément primordial c'est l'exanthème, Yérythème infectieux polymorphe sur lequel se sèment les vésicules ou les papules miliaires.

a. L'élément miliaire est une papule apparaissant d'abord comme un petit point acuminé, soulevant la surface cutanée, plus facile à sentir au toucher qu'à percevoir par la vue, se transformant plus tard en vésicule miliaire, s'ouvrant et s'exfoliant enfin au dernier degré de son évolution. Ces papules et vésicules se sèment sur Véry thème dont elles chagrinent la surface.

La vésicule miliaire peut apparaître d'emblée sur des points de la surface cutanée exempts de tout érythème. Cette miliaire blanche, suivant l'expression classique, est analogue aux sudamina.

Les vésicules miliaires peuvent en tous points, sur les parties couvertes d'érythème comme sur les parties saines, se réunir, fusionner en nombre plus ou moins considérable et donner ainsi naissance à des bulles ou phlyctènes. Il peut arriver encore, dans des cas plus rares, que le liquide des vésicules miliaires confluentes prenne une apparence louche : une pustule se forme, et ainsi s'explique la miliaire pustuleuse des auteurs.

b. Uéry thème qui serr, de fond, de substratum, aux papules et vésicules miliaires, nous paraît avoir la plus grande importance. Dans la description classique il est à peine mentionné, et considéré comme le résultat de la fusion plus ou moins large des aréoles rouges entourant les papules miliaires. Nous croyons qu'il y a lieu de renverser les termes, et de dire que l'éruption est ici constituée par un élément majeur, Yérythème, supportant des éléments banals : papules et vésicules miliaires, résultant peut-être purement et simplement de la sudation excessive (?) et d'ailleurs semés aussi en dehors des zones érythémateuses.

Les caractères de l'érythème de la suette sont essentiellement polymorphes : variables d'un malade à l'autre, ils varient encore chez le même malade d'un jour à l'autre.

Les aspects objectifs de l'érythème suettique sont les suivants :

1. Exanthème à forme rubéolique, plus ou moins confluent : plaques rouges semées en nombre variable sur la surface cutanée ;

2. Exanthème scarlatiniforme : la surface cutanée est uniformément teinte en rouge;

3. Exanthème à forme hémorragique, purpurique : la surface cutanée est d'un rouge sombre qui ne s'efface pas à la pression du doigt, et çà et là quelques taches violacées tranchent encore sur la teinte générale (1).

Le début de l'éruption se fait généralement sous la forme rubéolique. Puis les plaques rouges se rejoignent, se confondent : l'éruption prend alors les caractères scarlatineux. Enfin elle se fonce davantage, sa couleur s'assombrit, quelques points prennent une teinte plus violacée : c'est la troisième forme, la forme hémorragique. C'est sur le tronc que se marquent le mieux ces divers caractères, et la transformation successive qu'ils subissent.

Les choses ne se passent cependant pas toujours ainsi que nous venons de l'écrire. L'éruption, d'emblée rubéoliforme, peut persister sous cette apparence ; elle peut être aussi d'emblée scarlatiniforme et se montrer telle pendant toute la durée de la maladie. Disons enfin, pour en terminer avec cette description à grands traits, et dont chacun peut imaginer les variétés, sans qu'il soit nécessaire d'y insister, que sur un même malade on peut voir une éruption rubéolique aux jambes pendant que le tronc est couvert d'une éruption scarlatiniforme, etc. ; qu'ailleurs l'éruption se présente avec un seul et même caractère sur toute la surface cutanée, etc. Polymorphie de l'éruption, variable de malade à malade, variable sur un même malade, suivant les jours, suivant le siège : telle est la caractéristique de l'exanthème de la suette.

3° Ainsi constituée dans ses traits généraux, l'éruption de la suette

(1) C'est ce que Galtier a\ait signalé sous le nom de miliaire hémorragique.

340 L. THOINOT. — SUETTE MILIAIRE.

se localise sur les divers points de la surface cutanée avec une fréquence variable, et s'y marque par des apparences qu'il importe de signaler.

Les sièges de prédilection de l'exanthème suettique sont la nuque, le tronc, les fesses, les poignets, les avant-bras à leur face antérieure. L'éruption est donnée par la majorité des auteurs comme rare à la face (1), aux mains et aux membres inférieurs.

La face, quand elle est prise, est d'un rouge vif ou sombre dans son ensemble : les joues forment deux placards rouges où la peau est semée d'abord de points miliaires donnant à la main la sensation d'une surface grenue. Plus tard elles sont couvertes de vésicules; les yeux sont éclatants ; les paupières rouges et gonflées.

Les avant-bras, à leur partie antérieure et inférieure, les poignets, la face dorsale des mains sont ordinairement le siège d'une éruption des mieux marquées. Il est ordinaire qu'au poignet, à une période un peu avancée, on voie une sorte de bracelet de vésicules miliaires reposant sur un fond uniformément rouge. Les mains présentent, quand elles sont atteintes, un certain degré de tension et de gonflement.

Le tronc est l'endroit où l'éruption s'accuse le mieux dans ses formes typiques.

Les membres inférieurs, pris les derniers d'ailleurs, sont souvent beaucoup moins atteints que le reste du corps, nous l'avons dit. Les pieds, quand l'éruption les atteint, présentent le gonflement déjà signalé aux mains.

Mais l'éruption de la suette n'a pas que des localisations cutanées : elle porte aussi sur les muqueuses,

Barthez, Landouzy et Gueneaude Mussy avaient déjà signalé la présence de vésicules miliaires sur le voile du palais et la voûte palatine.

Foucart a bien décrit cette éruption. « La voûte palatine, le voile du palais, la face interne des joues présentent des rougeurs disséminées, un pointillé plus foncé que l'aspect général rosé de la muqueuse à l'état normal. Au bout de quelques jours, ces pointes rouges se convertissent en petits aphtes : ce sont les vésicules qui s'excorient. »

Nous avons pu, à plusieurs reprises, en 1887, nous convaincre de la réalité du fait signalé par Barthez, Landouzy, Gueneau de Mussv et Foucart.

4° dévolution de l'élément éruptif, de l'érythème est simple : il

(1) La face est habituellement ménagée, dit M. Colin, prenant parfois une teinte rosée, scarlatiniforme ; quelquefois des vésicules s'y groupent en taches disséminées ou concentrées autour des orifices muqueux, surtout sur les paupières.

Orillard dit aussi que le visage était le plus généralement respecté chez ses malades, mais fait remarquer que la région frontale était quelquefois atteinte. Pineau a vu au contraire, à Oleron, la face souvent atteinte, et nous même en 1887 l'avons rarement vue échapper à la localisation érupjive.

pâlit, s'efface graduellement, mais lentement, et disparaît tout à fait.

Il n'en reste d'autre traces que, dans certains cas, des taches purpuriques qui résistent longtemps et ne disparaissent que très tard, après avoir parcouru toutes les phases connues de la décoloration des hémorrhagies. Quant à la desquamation, phénomène terminal, elle va être étudiée ci-dessous.

5° A l'étude de l'éruption cutanée se rattache l'étude de deux symptômes, l'un initial, annonçant l'imminence de l'éruption : c'est le prurit ; l'autre terminal : c'est la desquamation.

Prurit. — Quelle que fût sa forme, dit Rayer, l'éruption était précédée de picotements, de prurit, ou de démangeaisons à la peau.

Quelques-uns des malades observés par M. Parmentier en 1887 traduisaient les sensations diverses qu'ils éprouvaient avant l'éruption (fourmillements, coups d'épingles, etc.), en disant qu'ils sentaient leurs boutons pousser.

Desquamation. — La desquamation est le terme ultime, l'aboutissant de l'éruption suettique. Elle est due, au moins en grande partie, dit-on, à l'exfoliation des vésicules miliaires (1). Elle se présente sous deux formes principales :

1. Desquamation par points isolés, ou desquamation en collerette-,

1. Desquamation à grands lambeaux : desquamation écailleuse, desquamation en doigts de gant,

La desquamation en collerette peut se montrer sur tous les points du corps. La desquamation à grands lambeaux se rencontre surtout aux membres, à la face, et la forme de desquamation en doigts de gant, qui reproduit entièrement le phénomène si connu de la scarlatine, se montre aux doigts et à la paume des mains.

6° La date à laquelle apparaît l'éruption est à peu près fixée de même par tous les observateurs.

Rayer marquait le début de l'éruption vers le troisième ou quatrième jour. Dans l'épidémie de 1845, Gaillard, Orillard, Arlin parlent du deuxième ou troisième jour. Dans l'épidémie de 1887 nous avons vu l'exanthème se faire généralement vers le quatrième jour, souvent encore au deuxième ou troisième, et plus rarement être différé jusqu'au cinquième ou sixième jour. M. Colin parle cependant de dates très tardives observées par les auteurs dont il a relevé les relations : quinzième jour, et même vingt-septième, trentième, trente-quatrième. Nous croyons qu'il s'agit là de véritables anomalies.

7° L'ordre dans lequel les divers points de la surface cutanée touchés par l'exanthème sont envahis, est le suivant, d'après Rayer : L'éruption paraît d'abord sur les côtés du cou, a la nuque, vers les

(1) Il nous semble que cette assertion classique n'est pas toujours l'expression de la vérité. On desquame dans la suette comme on desquame dans la rougeole, la scarlatine et dans maint autre érythème où la miliaire ne joue qu'un rôle bien effacé.

342 L. THOINOT. — SUETTE MILIAIRE.

aisselles, sous les seins chez les femmes. Elle s'étend ensuite au dos, aux faces internes des bras, etc., etc..

A Coulommiers, Barthez, Landouzy, Gueneaude Mussy Font vue commencer par la région dorsale.

Orillarda observé, comme Rayer, le début par les parties latérales du cou et la poitrine.

Il s'en faut d'ailleurs de beaucoup qu'une parfaite régularité préside à l'envahissement des divers points atteints. C'est ce que Rayer a parfaitement marqué dans les lignes suivantes : « Cette éruption se faisait aussi quelquefois d'une manière très irrégulière, tantôt de haut en bas, et tantôt de bas en haut sur diverses parties du corps. »

8° Une des particularités les plus intéressantes à relever dans l'étude de l'éruption, c'est le mode dévolution par poussées succèssives qu'affecte souvent ce phénomène.

Rayer parle nettement d'éruption se faisant par paroxysmes irréguliers et successifs.

Barthez, Landouzy et Gueneau de Mussy ont, les premiers, bien mis en relief ce processus éruptif. Ils ont montré que vingt-quatre douze heures et quelquefois moins après la première éruption, une nouvelle crise éruptive pouvait éclater, qui complétait la première ou la rendait plus confluente, et que plusieurs fois même ce phénomène pouvait se reproduire.

Gaillard, Taufflieb, Mazuel, Pineau ont signalé aussi les poussées éruptives successives.

Nous aurons à revenir plus longuement sur ce sujet en parlant de la marche de la suette (1). C'est à ce moment aussi que nous pourrons plus utilement parler de la durée de l'éruption.

Phénomènes nerveux. — Les phénomènes nerveux forment, avec les sueurs et Y éruption, la triade symptomatique classique de la suette.

Une distinction est d'ailleurs nécessaire. Il y a dans la suette, comme dans toute maladie fébrile, comme dans toute infection aiguë, des déterminations nerveuses banales; mais à côté de celles-là il en existe de vraiment caractéristiques qui ont frappé tous les observateurs, et que les malades eux-mêmes expriment de la façon la plus saisissante.

1° Etouffements, crises dyspnéiques, crises de suffocation sans lésion pulmonaire appréciable; sentiment de constriction, de barre épigastrique; palpitations violentes : voilà les symptômes nerveux caractéristiques. Ils apparaissent au maximum dès le début de la suette, souvent dv la première nuit, continus à la fois et paroxystiques; ils redoublent au moment où l'éruption va paraître, et aussi à

(1) Foucart n'a jamais observé l'éruption ainsi sériée. Il en reporte tout le mérite à sa méthode de traitement. Il faut voir tout simplement dans ce fait une preuve que les épidémies n'ont pas partout et toujours la même physionomie et diffèrent par des nuances symptomatiques plus ou moins tranchées.

chaque poussée érup'ive nouvelle, s'il s'en fait de successives, pour s'atténuer et disparaître définitivement quand l'éruption évolue vers la guérison, constituant ainsi à chaque paroxysme un danger terrible pour le malade, qui peut succomber au milieu d'un de ces accès.

Tous les historiens de la suette ont été vivement frappés par ces étranges phénomènes qui ne se rencontrent à un degré égal dans aucune autre affection, et donnent ainsi à cette maladie un cachet tout à fait spécial.

« Quelquefois, dit Rayer, un resserrement plus violent que celui ordinairement observé se faisait sentir à Yépigastre. Ce spasme s'étendait aux organes de la respiration, et donnait lieu aux plus pénibles anxiétés. Les malades poussaient fréquemment de profonds soupirs ; ils se plaignaient d'un sentiment de pesanteur sur la poitrine; ils éprouvaient, outre la constriction à Tépigastre, de nouvelles anxiétés, de Yétouffement, des battements insolites et isochrones à ceux du pouls dans la région de l'estomac, et un malaise inappréciable qui leur suggérait les plus sinistres pressentiments. Ces phénomènes morbides apparaissaient quelquefois dès le début de la maladie, se renouvelaient plusieurs fois dans son cours, et se reproduisaient avec une nouvelle violence au moment qui précédait l'éruption générale ou partielle... »

Pour peindre la constriction épigastrique qui fut de toute fréquence au début des suettes de Coulommiers, Barthez, Landouzy, Gueneau deMussy ont emprunté aux malades mêmes la pittoresque expression Yétouffement d'estomac.

Orillard a parlé de la terreur profonde, de la sensation de mort fatale qui accablait la plupart des sujets au début de la suette de 1845.

Foucart, dans l'épidémie observée par lui, a noté avec la constriction épigastrique, la barre trachéo-bronchique, sorte de barre verticale, et la suffocation pharyngienne donnant un sentiment de strangulation, Regorgement, suivant l'heureuse expression des malades.

2° Les phénomènes nerveux banals de la suette sont nombreux. Ils suivent la même évolution générale que ceux que nous venons de signaler : ils apparaissent dès le début, sont au maximum dans la période qui précède immédiatement l'éruption ou les éruptions, et diminuent ensuite.

Parmi ces phénomènes il faut signaler le malaise général, la faiblesse, la lassitude musculaire, qui souvent marquent le début même du mal ; la céphalalgie, qui manque rarement, est frontale ou susorbitaire, presque continue et parfois d'une grande intensité; les vertiges, notés par Rayer; V insomnie, qui est très ordinaire.

L'agitation, le délire varient de fréquence, d'intensité et de précocité dans leur apparition, suivant la gravité des cas.

Le délire est tantôt doux et tranquille, tantôt bruyant; exceptionnellement il est furieux, et cela seulement dans les cas où la terminaison est fatale.

On peut encore observer dans la suette, à la période qui précède

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l'éruption, des convulsions toniques, soit limitées et passagères et le plus souvent alors sans signification pronostique grave, soit généralisées ou plus ou moins étendues, et précédant alors de fort peu la terminaison mortelle.

Parmi les phénomènes convulsifs sans gravité nous citerons les crampes, survenant par accès dans les muscles du mollet et de la main (Galtier), et la tétanie, dont nous avons observé un cas d'assez longue durée, survivant même à l'éruption, chez une malade des environs de Montmorillon en 1887.

Les phénomènes convulsifs à signification grave sont infiniment plus rares. Gaillard avait noté dans les cas graves des secousses tétaniques des membres, des soubresauts des tendons.

Mazuel a signalé deux cas de cette espèce. Un malade eut du trismus, la veille de sa mort; chez l'autre une contracture généralisée précéda la mort d'une heure. « Dans un certain nombre de cas mortels, dit M. Parmentier, ont apparu les contractures précédées parfois de soubresauts des tendons. C'était au moment de l'éruption ; le délire était violent, la fièvre très vive, l'agitation considérable. Alors survenaient les contractures, tantôt simple trismus, tantôt raidissement général. Leur durée était d'une demi-heure et même davantage. Le coma leur succédait, et la mort survenait à bref délai. »

Le coma a été noté par beaucoup d'auteurs comme phénomène terminal.

Les troubles nerveux s'atténuent en général, avons-nous dit, après l'apparition de l'éruption et disparaissent avec la maladie.

Cependant l'atteinte portée au système nerveux a été souvent trop profonde pour ne pas laisser de trace au delà du terme de l'affection : c'est d'ailleurs ce qui se voit, on le sait, après toutes les grandes infections. Nous avons signalé dans la convalescence des crises rectales, analogues à celles de Tataxie, des crises de névralgie intercostale, et surtout un phénomène sur lequel Rayer avait déjà appelé l'attention, lorsqu'il parlait du délire sans fièvre de la convalescence, c'est-à-dire de la folie. Nous avons vu en 1887 deux cas où, pendant plusieurs semaines, des femmes qui relevaient de suette eurent des troubles mentaux très marqués.

Température. — Il manque à la suette une étude de thermométrie clinique complète, et, il faut le dire, cette étude est difficile à entreprendre.

Les études anciennes ne donnent aucune indication sérieuse sur ce point, et les épidémies récentes ont eu pour théâtre la campagne, où une étude thermométrique méthodique est peu aisée.

Des discussions se sont élevées autrefois sur le caractère intermittent de la fièvre chez les suettiques, caractère affirmé par Parrot, Fuster, Alquié, etc., nié par Foucart, Gaillard, etc., etc. Cela n'a plus aucun intérêt.

De l'ensemble des observations les plus récentes, celles recueillies en 1887, il semble ressortir ceci : la fièvre varie avec le degré d'intensité de la maladie dans la période de début et jusqu'à l'éruption. Elle redouble toujours au moment de l'éruption ou des éruptions, pour s'atténuer et disparaître ensuite.

Les cas bénins peuvent évoluer presque sans fièvre; le thermomètre n'y marque guère plus de 38 degrés.

Dans les cas de moyenne intensité les oscillations paraissent se faire autour de 38°, 5 jusqu'à l'éruption, qui élève la température de 0°,5 à 1 degré. Il en est de même des poussées sucessives.

Dans les cas graves la température varie de 39°, 5 à 40o-40°,2-40°,6. Parmentier a vu une fois 40°, 7 au septième jour de la maladie, et au deuxième de l'éruption (température axillaire).

Un phénomène observé par tous les auteurs est l'hyperthermie dans les cas mortels : Mazuel a vu le thermomètre s'élever brusquement à 42° et même 43° dans deux cas à terminaison fatale. Cette hyperthermie complète l'ensemble des phénomènes graves qui accompagnent la mort chez les suettiques succombant dans la période initiale ou au moment de l'éruption. Nous avons pu faire semblable observation en 1887.

Appareil digestif. — Les principaux symptômes fournis par cet appareil sont Yembarras gastrique et la constipation.

L'embarras gastrique est fréquent. Certains auteurs, tel Foucart, ont admis qu'il était de règle et constituait un des symptômes capitaux de l'affection. Il se traduit par de Y anorexie, une soif vive, des nausées, quelquefois même des vomissements alimentaires ou bilieux, une sensation pâteuse et acre dans la bouche, et surtout par Y état de la langue couverte d'un enduit épais, blanc sale, rarement jaunâtre.

Après l'éruption ces phénomènes se modifient, et la langue desquame comme la surface cutanée. Cette desquamation, analogue à celle de la scarlatine, est ordinairement partielle, à ce qu'il nous a semblé : çà et là, sur le fond blanchâtre de la surface linguale tranchent des plaques rouge vif, de forme ordinairement allongée.

« La constipation est ordinaire pendant toute la durée de la maladie, » a dit Rayer, et tous les auteurs sont d'accord sur ce fait. L'épidémie de 1887 nous a montré un symptôme qui ne paraît pas avoir été noté par nos prédécesseurs : des selles à consistance de poix ou de goudron exhalant une odeur infecte. Ces selles se montraient après l'apparition de l'éruption (selles méléniques?).

Urine. — Les urines sont diminuées, parfois jusqu'à suppression passagère, au début de l'évolution de la suette; on a signalé aussi à ce moment du ténesme vésical, des cuissons en urinant, des dysuriet passagères, dit Rayer.

Rayer avance que les urines gardent leur couleur naturelle; il a

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semblé à la majorité des auteurs qu'elles avaient une couleur rougeâtre et laissaient un sédiment abondant [urines fébriles).

Après l'éruption et avec l'amendement des autres symptômes, les urines reviennent à la quantité et à l'apparence normales.

M. Parmentier a étudié d'assez près, dans quelques cas, les variations de la quantité d'urine émise aux divers stades de l'évolution de la suette.

« L'urine, dit-il, est considérablement diminuée au troisième, quatrième et cinquième jour de la maladie. Elle oscille autour de 200 à 400 grammes... Vers le septième jour, l'urine commence à augmenter insensiblement jusqu'au neuvième et dixième jour. A partir des dixième, treizième et quatorzième jours, moment où les sueurs ont d'ordinaire tout à fait disparu, tantôt l'urine devient tout à coup très abondante; tantôt elle monte d'une façon rapide et progressive jusqu'au chiffre normal, qu'elle dépasse ordinairement.»

La montée brusque du taux de l'urine constitue une crise urinaire : d'un seul coup l'urine émise en vingt-quatre heures passe de 700 à 800 grammes au chiffre de deux et trois litres. Cette crise urinaire, observée dans trois cas sur quatre suivis par M. Parmentier, marquerait le début de la convalescence.

« Chez les convalescents l'urine est pâle, ne laisse déposer aucun sédiment; la quantité rendue varie de 1500 à 2000 grammes. »

L'absence d'albumine à tous les stades de la suette a été notée par Barthez, Landouzy, Gueneau de Mussy, et relevée ensuite par plusieurs observateurs (Mazuel, Ardoin, Parmentier).

Le sucre n'a jamais été trouvé.

Quant à Yurée elle suit à peu près exactement, dit M. Parmentier, les variations de l'urine ; il y a une crise uréique comme il y a une crise polyurique; il y a, à la période initiale, abaissement du taux de l'urée, comme il y a diminution de la quantité d'urine émise.

Fonctions génitales de la femme : règles, accouchement, allaitement. — Rayer avançait que les fonctions génitales de la femme n'étaient en rien troublées par la suette, et Barthez, Landouzy, Gueneau de Mussy parlent dans le même sens : ils n'ont observé dans les règles que des irrégularités insignifiantes, le flux menstruel s'accomplissant parfois régulièrement, parfois étant en retard ou en avance.

Si la suette peut souvent, comme l'ont vu les auteurs ci-dessus, n'apporter aucun trouble dans les fonctions génitales de la femme, il n'en est pas toujours ainsi. Les deux épidémies du Poitou de 1845 et de 1887, et l'épidémie étudiée par Parrot le démontrent nettement.

« Les règles étaient véritablement provoquées et avancées par la suette. Le nombre des femmes ayant leurs menstrues pendant qu'elles étaient malades était vraiment prodigieux. Il y eut aussi beaucoup de femmes qui, n'étant pas à terme au moment où elles furent atteintes de la suette, avortèrent dans le même moment, sans que l'avortement modifiât en rien la marche des symptômes. Bien des femmes à terme accouchèrent pendant la maladie, sans que

les couches ou l'affection épidémique fussent aggravées par la rencontre de deux phénomènes... La suette saisissant les femmes au milieu de leurs règles ne supprimait pas cet écoulement : ordinairement elle avançait leur époque ; elle causait souvent l'avortement et bien des fois elle décida si bien l'accouchement, que nous n'hésitons pas à regarder la suette comme un véritable emménagogue. » (H. Parrot.)

Dans l'épidémie de 1887 nous avons vu que les règles étaient ordinairement avancées, et plus abondantes ainsi que plus longues chez les femmes atteintes de suette.

Parmi les femmes enceintes, les unes ont guéri et traversé la maladie sans avorter ; d'autres ont guéri après avortement et expulsion d'un fœtus mort, ou après accouchement prématuré d'un enfant qui a vécu : dans ce dernier cas la grossesse était généralement avancée, huit mois, huit mois et demi). D'autres enfin ont succombé à l'atteinte de suette sans avorter (1).

Les femmes atteintes de suette pendant qu'elles nourrissaient, ont pu continuer à allaiter leur enfant sans remarquer aucun changement dans leur sécrétion lactée.

Appareil respiratoire. — Il ne faut pas faire entrer en ligne de compte ici Yoppression, Y anxiété respiratoire, les étouffements dont nous avons parlé plus haut, et qui sont des symptômes d'ordre nerveux. Nous ne voulons parler que de la toux et des phénomènes perçus par l'auscultation.

Rayer dit expressément qu'il n'existe aucun phénomène de congestion pulmonaire ou de bronchite, et que l'auscultation est entièrement négative, Barthez, Landouzy et Gueneau de Mussy partagent l'opinion de Rayer.

Il est donc acquis que la suette peut évoluer sans toux ni phénomène pulmonaire.

Il ne semble pas cependant en être de même dans toutes les épidémies, puisque Parrot et Mazuel ont signalé la toux et des modifications du murmure vésiculaire, phénomènes que nous avons retrouvés nous-même dans le Poitou en 1887.

Avant l'éruption, nous avons assez fréquemment vu la toux, surtout chez les enfants; dans la deuxième période, nous avons souvent

(1) Gaillard signale les règles prématurées chez les femmes atteintes de suette. Il n'a jamais observé d'avortement.

Orillard a vu que les femmes enceintes étaient plus gravement atteintes, et que l'accouchement était une cause aggravante.

Sur neuf femmes enceintes, M. Parmentier a noté cinq morts, ce qui constitue une proportion très élevée, et prouve la fâcheuse influence d'une suette intercurrente sur la grossesse ; deux avortements, et deux guérisons sans avortement.

Des cinq femmes qui succombèrent, quatre étaient enceintes de cinq à six mois, la cinquième de trois mois seulement. La mort eut lieu en général vers le cinquième jour de la maladie, ou deuxième de l'éruption.

Chez les deux femmes qui avortèrent, la grossesse datait de cinq et six mois : l'avortement se fit sans aucune douleur vers le sixième jour.

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trouvé des râles de bronchite. Il ne s'agit, en tout cas, que de phénomènes légers, et sans importance majeure.

Le coryza n'a guère été signalé ; nous l'avons fréquemment rencontré surtout chez les enfants.

Appareil circulatoire. — 1° Sang. — A l'époque où régnait la saignée, et où les suettiques étaient saignés sans pitié jusqu'au délire (delirium a depletione de Rayer), on n'avait que trop d'occasions d'observer les caractères objectifs du sang au cours de la maladie.

Gueneau de Mussy a vu que « le sang tiré de la veine était en général très fluide, contenait beaucoup de sérum, et que le caillot était mou, comme diffluent ».

Orillard parle de sang moins coloré, donnant un caillot peu consistant et n'offrant de couenne inflammatoire qu'en cas de complication.

Parrot a vu la même chose. « Chez les suetteux, dit-il, le sang tiré de la veine était en général d'un rose clair, d'une grande mollesse, ressemblant, quand il était en caillot, pour la couleur et la consistance à de la gelée de groseilles. Ce caillot était diffluent, cherchant à gagner la circonférence du vase, et en remplissant la surface. Il ne nous arriva qu'une seule fois de rencontrer un caillot recouvert d'une couenne inflammatoire. Ce sang fournissait habituellement peu de sérosité. »

Ces appréciations n'ont plus aujourd'hui qu'un intérêt historique.

L'étude du sang par les procédés modernes n'a guère été tentée que par M. Parmentier, et voici les principaux résultats auxquels il est arrivé :

A la période d'état le chiffre des hématies varie de 4 000000 a 4300000, c'est-à-dire est un peu au-dessous de la normale.

Les globules blancs ont été trouvés au taux normal.

La valeur globulaire était en moyenne égale à 0,80, c'est-à-dire qu'il y avait diminution de l'hémoglobine d'une façon absolue.

Aucune déformation globulaire n'a été constatée.

Dans la convalescence le san g présente les caractères d'une anémie moyenne : 3 800 000 globules, chiffre moyen, et valeur globulaire variant de 0,65 à 0,80.

2° Cœur et pouls. — Nous avons ailleurs signalé les palpitations, phénomènes d'ordre nerveux, apparaissant en même temps que les crises de suffocation, la barre épigastrique, etc.

Ce qu'il faut rechercher ici, c'est l'état du péricarde, de l'endocarde et du myocarde pendant l'évolution de la suette.

Aucun observateur n'a signalé la moindre lésion du péricarde ou de l'endocarde dans la suette, et les souffles organiques n'ont jamais été rencontrés d'autre part, pendant l'évolution clinique de la maladie.

Dans la convalescence on a pu quelquefois signaler des souffles anémiques (Parmentier), mais cela n'a rien qui doive surprendre.

Le myocarde est-il touché dans la suette, comme il l'est dans quelques grandes infections aiguës, typhus, fièvre typhoïde, variole, pour ne citer que les principales ? L'anatomie pathologique est muette sur ce point, mais la clinique peut apporter quelques arguments solides.

On a noté dans les cas graves à la période d'état, des syncopes, des suspensions du pouls pendant quelques secondes (Gaillard).

Dans les jours qui suivent l'éruption, nous avons vu un ralentissement des battements cardiaques qui pouvaient tomber à 55 par minute dans quelques cas.

Mais c'est pendant la convalescence que l'atteinte subie vraisemblablement par le myocarde au cours de la maladie paraît le mieux se révéler : nous avons relevé à ce moment des irrégularités du cœur, une arythmie se traduisant par des pauses suivies de battements saccadés et précipités. Tout cela ne constitue qu'un indice, mais doit être noté avec soin pour servir de base à des recherches futures.

Quant aux caractères de fréquence du pouls, ils n'offrent que peu d'intérêt.

Le pouls naturel, en bien des cas, pendant l'invasion acquérait, dit Rayer, de la fréquence et de la plénitude lors de l'éruption.

Orillard notait, au moment de l'invasion, tantôt 75 à 80 pulsations, tantôt 120 à 150.

M. Parmentier a relevé dans les cas bénins 60 à 80 pulsations au début; 100 à 120 dans les cas moyens ; 130 à 140 dans les cas graves. Le pouls paraît donc en rapport assez exact avec la température.

3° Hémorragies. — Elles sont assez fréquentes dans la suette, se font en divers points, et offrent ordinairement le caractère d'être peu graves et de nulle signification pronostique. Nous avons ailleurs signalé les ménorragies\ nous n'y reviendrons pas.

Les épistaxis sont de beaucoup les hémorragies le plus souvent notées. Elles ont été signalées par tous les observateurs.

Bellot en parlait au siècle dernier ; Rayer en fait mention, et aussi Barthez, Landouzy et Gueneau de Mussy. Orillard les note à son tour et leur accorde une signification fâcheuse.

Nous les avons vues fréquentes, survenant chaque jour et même se répétant le même jour, assez abondantes dans la première période.

M. Parmentier les a notées aussi, généralement au quatrième ou cinquième jour, mais souvent à répétition. Dans deux cas elles furent considérables et parurent jouer un certain rôle dans la terminaison funeste.

Les épistaxis persistent souvent après l'éruption.

Les hémoptysies peuvent quelquefois se rencontrer dans la seconde période, sans signification fâcheuse d'ailleurs.

Les hémorragies intestinales s'observent aussi quelquefois, et ici nous ne faisons pas allusion aux selles à consistance de poix ou de goudron apparaissant à la deuxième période et qui contiennent sans

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cloute du sang intimement mélangé, mais nous parlons de véritables hémorragies intestinales, que nous avons notées dans l'épidémie de 1887. M. Parmentiera vu cinq de ces cas dans lesquels l'hémorragie, constituée par du sang rouge, apparut à la date même de l'éruption. Tous ces malades guérirent.

Les hémorragies cutanées sont fréquentes : elles forment la miliaire hémorragique de Galtier, variété grave; ou notre exanthème hémorragique, se montrant par taches disséminées qui persistent encore longtemps pendant la convalescence.

Il faut enfin dire un mot ici des hémorragies post-mortem, hémorragies par les capillaires des muqueuses, signalées par Orillard. Nous reviendrons ailleurs sur ce phénomène.

2° VALEUR SÉMIOLOGIQUE DES DIVERS SIGNES. — Des symptômes assez nombreux qu'on rencontre au cours de la suette, les uns, avons-nous dit, sont des symptômes propres, de haute valeur sémiologique, les autres sont des symptômes banals et contingents.

Les symptômes propres sont au nombre de trois : sueurs, éruption, phénomènes nerveux.

Les sueurs se montrent dans bien des affections fébriles, mais dans aucune d'elles n'affectent l'abondance et les caractères évolutifs spéciaux que nous avons décrits : elles constituent donc, par elles-mêmes et par l'association avec l'éruption, un signe de premier ordre.

ïu éruption n'est pas par elle-même absolument propre à la suette : elle est un érgthème infectieux à masque varié accompagné d'un élément, lui aussi, banal : la papule ou vésicule miliaire. Mais la réunion de ces deux éléments, et leur association avec l'élément sudoral forment un syndrome spécial propre à la suette.

Ces deux symptômes peuvent suffire à caractériser la suette, mais les phénomènes nerveux, quand ils sont présents, ajoutent beaucoup à la netteté du tableau, et nulle autre affection que la suette ne présente, associées à des sueurs pro fuses, et à un érgthème avec miliaire, ces sensations continues et paroxystiques d'étouffement, de suffocation, de constriction épigastrique, ces crises de palpitations si spéciales.

Le groupement de cette triade symptomatique est de plus encore tout à fait particulier : nous en traiterons avec l'étude de la marche de la maladie.

Quant aux autres symptômes il n'en est pas un seul dont la présence ou l'absence puissent être invoquées pour asseoir ou infirmer le diagnostic ; il n'en est pas un seul qui offre, soit en lui-même, soit par ses associations, une particularité d'importance sémiologique utile. On ne peut que les taxer de sgmptômes infectieux banals : tels sont, la fièvre — jusqu'ici sans caractère propre; — Y embarras gastrique ; les déterminations nerveuses telles qu'insomnie, agitation, délire, convulsions, coma: les déterminations inconstantes et tou-

jours légères sur l'appareil pulmonaire, bronchite', les déterminations encore seulement probables sur le myocarde; les caractères de Y urine diminuée ou quelquefois supprimée à la période fébrile ; enfin les hémorragies, et le trouble apporté aux fonctions génitales de la femme.

Toute infection aiguë comporte en règle :

a. Des symptômes propres, résultant de Yaction spéciale de l'agent infectieux sur l'organisme, de ses localisations et de la réaction de l'être vivant;

b. Des symptômes infectieux communs : les divers microorganismes outre leur action élective ont une action générale. Toute infection aiguë est une maladie totius subslantise, comme on disait autrefois, et c'est ainsi qu'on voit les infections les plus dissemblables se traduire par des localisations uniformes sur les reins, le cœur, le foie, les poumons, le système nerveux, etc., etc.;

c. Des complications, c'est-à-dire, entendant les choses au sen^ actuel, l'intervention d'agents microbiens étrangers à l'affection première, des infections secondaires , en d'autres termes.

La suette n'est pas connue dans son essence intime; mais il n'est pas difficile de lui assigner, comme nous l'avons fait, des signes propres et des signes infectieux commun*. Nous ferons remarquer que ces derniers signes sont des plus restreints, car leur cercle se borne à de la fièvre, de Yembarras gastrique, des manifestations nerveuses, quelques hémorragies et de légère? et inconstantes localisations pulmonaires et cardiaques. De déterminations rénales, hépatiques, séreuses, il n'en existe aucune dans la suette.

Quant aux complications vraies, aux infections secondaires il ne serait pas plus difficile de les fixer pour la suette que pour la rougeole, la variole, la scarlatine, tout aussi inconnues dans leur cause intime. Une pneumonie, une broncho-pneumonie, des suppurations séreuses viscérales ou cutanées pourraient, si elles existaient dans la suette, être taxées sans difficulté de complications, d'infections secondaires ; mais il lien existe pas. La suette évolue sans complication vraie, sans infection secondaire, et c'est là un trait de plus qui ajoute à la physionomie toute spéciale de l'affection. Symptômes propres en petit nombre et nettement caractéristiques ; déterminations infectieuses vulgaires très restreintes; pas d'infection secondaire, voilà comme se présente la suette.

3° ÉVOLUTION CLINIQUE DE LA SUETTE. — L'idée générale de l'évolution si typique de la suette est bien facile à donner en quelques mots. Un individu jusque-là bien portant s'alite avec les premiers symptômes d'un vague malaise : au milieu de la nuit il est réveillé par des sueurs prof uses. Ces sueurs et d'étranges sensations nerveuses continues et paroxystiques (suffocation, barre épigastrique, palpitations, etc.) occupent seuls ou dominent la scène morbide pendant

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quelques jours : alors, du deuxième au quatrième jour, rarement plus tard, paraît une éruption qui rapidement couvre une grande partie du corps. Tantôt l'éruption se fait en un seul temps, tantôt elle se complète par des poussées successives. L'éruption amène une détente dans les phénomènes généraux, dans les manifestations sudorales et nerveuses, et la convalescence apparaît bientôt pendant laquelle se poursuivra la desquamation.

Rien de plus simple que ce tableau en ses traits essentiels, mais quand il s'agit de le scinder schématiquement en périodes pour la commodité de la description, l'accord des auteurs cesse entièrement.

Parrot a divisé l'évolution de la suette en quatre périodes :

La première s'étend de l'invasion à Yéruption ; la seconde est la période d'éruption ; la troisième, la période de desquamation ; la quatrième, la période de convalescence.

Gaillard décrivait cinq périodes à la suette : la première, marquée par les sueurs, s'étendait du début à l'éruption ; la deuxième correspondait à la première poussée éruptive; la troisième à la série des poussées éruptives successives ; la quatrième, à Y amendement des symptômes ; la cinquième, à la desquamation.

Foucart a conçu l'évolution de la suette d'une façon assez singulière. Il décrit cinq périodes.

Il mentionne d'abord une période de prodromes, auxquels il est du reste seul à accorder une telle importance, et qui se traduisent par Y embarras gastrique et la douleur lombaire. La deuxième période correspond aux phénomènes qui marquent Y invasion ; la troisième période est la période dite d'état, et cela signifie tout simplement période pendant laquelle la suette existe avec les sueurs, les phénomènes nerveux et l'embarras gastrique, mais sans éruption encore; la quatrième période est celle de Yéruption; la cinquième, celle de desquamation.

Il nous semble que toutes ces divisions sont singulièrement complexes : ce qu'il faut traduire en somme, c'est la marche si typique et si simple de l'affection.

L'individu est saisi brusquement, et pendant quelques jours, jusqu'à l'éruption, il présentera une série de phénomènes caractéristiques: c'est la première période, Y invasion. A un moment donné la scène change: une éruption, des éruptions successives apparaissent; et le malade sort de cette période éruptive, seconde période, pour entrer dans la convalescence qui mérite une description particulière.

La desquamation n'est pas et ne peut pas être une période ; elle suit pas à pas l'éruption, paraît déjà sur certains points quand d'autres sont encore en pleine activité éruptive, et se prolonge dans la convalescence pendant une assez longue période : rien dans la réalité ne sépare la période éruptive de la convalescence.

Le malade chez lequel l'éruption est achevée est bientôt, et sans aucun stade intermédiaire, un convalescent.

Nos trois périodes se trouvent maintenant nettement définies, I. Période d'invasion; II. Période éruptive; III. Convalescence.

Nous allons esquisser rapidement la physionomie de ces trois périodes ; nous dirons d'abord quelques mots de Y incubation.

L'incubation est aussi difficile à préciser pour la suette que pour la plupart des infections. Nous disposons de trois faits où la mesure exacte de cette période donne une durée de moins de vingt-quatre heures. Tous les auteurs inclinent d'ailleurs à accepter une durée minima très courte pour l'incubation de la suette. Quant à la durée maxima nous l'ignorons.

I. Invasion. — La maladie s'annonce parfois par un embarras gastrique, un malaise général qui peuvent précéder le début de la suette de quelques jours. Mais le plus souvent les choses se passent tout autrement. En pleine santé, au milieu de la journée, le malade sent ses jambes se dérober sous lui; il s'alite avec un malaise, une faiblesse générale très marqués, et au milieu de la nuit il est réveillé par des sueurs abondantes. Ce mode de début avec apparition nocturne des premières sueurs est des plus fréquents : quelquefois cependant, à peine le malade s'est-il alité, qu'il est couvert de sueurs.

Les symptômes majeurs de la première période sont les sueurs, la fièvre, un état de faiblesse générale, et les phénomènes nerveux spéciaux ou banals étudiés ci-dessus. Ajoutons les épistaxis, dans quelques cas la toux, la constipation, l'embarras gastrique, et la diminution des urines.

La première période prend fin avec l'apparition de l'éruption, c'està-dire en moyenne vers le troisième ou quatrième jour, quelquefois le deuxième, plus rarement le cinquième ou sixième.

IL Éruption. — Elle s'annonce par des démangeaisons, du prurit, mais surtout par un redoublement de tous les grands phénomènes nerveux de la suette : agitation, étouffement, barre épigastrique, palpitations qui acquièrent dans la période qui précède immédiatement l'exanthème leur maximum d'intensité.

Nous avons décrit suffisamment tous les caractères de l'éruption, son évolution, l'ordre dans lequel elle envahit les diverses parties de la surface cutanée pour ne plus y revenir.

Ainsi que Barthez, Landouzy et Gueneau de Mussy l'avaient bien remarqué, l'éruption forme comme une crise qui soulage le malade. Avant l'éruption, les phénomènes graves de la période d'invasion sont au maximum; l'éruption parue, tout s'amende.

Les sueurs perdent de leur abondance ; la peau reste moite ; il y a toujours transpirationmaistranspirationmodérée. La fièvre, elle aussi, est moins vive; le malaise général, la céphalalgie ont diminué ; les phénomènes nerveux s'amendent.

Le malade tousse souvent, et l'auscultation peut, dans quelques cas, déceier des râles de bronchite.

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La constipation persiste, ou bien, dans certains cas, le malade évacue les selles spéciales, peut-être méléniques, dont nous avons parlé.

L'urine qui, dans la première période, était rare, reprend ses caractères.

Les épistaxis et quelques autres hémorragies peuvent encore se montrer à cette période.

Telle est la physionomie de la deuxième période quand l'éruption se fait en un temps : elle se modifie quand existent les poussées éruptives successives.

Galliard a bien marqué la physionomie de la suette à poussées éruptives sériées :

« Pendant une semaine environ, dit-il, continuation de la fièvre, des sueurs ; éruptions successives de plaques et de vésicules sur toutes les régions : chaque éruption nouvelle constitue un phénomène grave, et tant que l'éruption dure, on doit toujours craindre. Cette série d'éruptions successives nous explique la périodicité des exacerbations que présente la maladie, et nous sommes profondément convaincu, pour l'avoir observé plusieurs lois, que chaque crise est suivie d'une éruption de nouvelles vésicules : c'est une seconde, une troisième, une quatrième maladie jusqu'à ce que tout soit terminé. »

En d'autres termes, après une première poussée éruptive, alors que tout semblait terminé, la fièvre se rallume, les phénomènes nerveux graves, amendés par la première crise éruptive, reprennent une intensité maxima, eHout cet état grave se juge par une seconde poussée, une seconde crise éruptive.

Les éruptions successives peuvent être au nombre de deux, trois, quatre, et chaque fois s'annoncent par un redoublement des phénomènes généraux qui chaque fois s'amendent, l'éruption parue.

III. Convalescence. — L'éruption amène une brusque détente, dans tous les symptômes menaçants ou graves de la période d'invasion. Cette amélioration se poursuit graduellement, et bientôt, l'éruption ayant pâli, la fièvre étant tombée, le malade demande à quitter le lit: il est entré par transition douce et graduelle en convalescence.

M. Parmentier a écrit que souvent une crise polyurique marque le début de la convalescence. La chose est possible, mais ce qu'il faut savoir c'est qu'il n'existe aucune crise clinique du genre de celles qui, dans la pneumonie, le typhus, etc., font passer brusquement le malade au bien-être de la convalescence.

Rien n'est plus caractéristique que la convalescence de la suette, et il nous semble qu'il est bien peu d'infections aiguës — la grippe épidémique exceptée — suivies d'un rétablissement aussi lent, aussi difficile, et cela quelque bénigne qu'ait été l'atteinte morbide.

Rayer avait déjà bien marqué d'un trait la faiblesse, l'amaigrissement des convalescents.

Galtier a nettement esquissé le tableau. « La convalescence était longue et pénible, entravée par des céphalalgies, des gastralgies rebelles, des battements épigastriques, des palpitations, des défaillances... Plusieurs ont gardé pendant deux mois entiers une couleur jaune et terreuse de la peau. J'ai observé quelques cas dœdème à la face et aux membres inférieurs. »

La convalescence de la suette se marque en effet par des traits tout spéciaux qu'il faut rapidement mettre en relief. Ce qui la caractérise surtout, c'est sa lenteur, son incertitude; c'est une convalescence des plus pénibles : il semble que le malade ne parviendra jamais à retrouver la santé. Et ce qu'il faut bien noter, c'est que ce n'est pas seulement après une atteinte de suette grave ou longue que la convalescence est ainsi difficile : la suette miliaire la plus bénigne, celle même qui reste à l'état d'ébauche, est suivie d'une convalescence longue et pénible. Nous avons vu dans une ferme près de Montmorillon, la ferme du Léché, quatorze malades qui ne purent reprendre leurs travaux, et avec bien des ménagements, qu'après six semaines de convalescence : leur maladie avait pourtant duré moins d'une semaine.

Les convalescents se présentent avec une teinte anémique très prononcée, leur visage est blafard. Ils sont mal assurés sur leurs jambes et ne peuvent rester longtemps debout; il y a souvent de l'œdème des membres inférieurs, des pieds surtout. Les muscles de la face sont agités de tremblements fibrillaires ; la langue tremble à la façon de la langue des paralytiques généraux : ce sont là deux symptômes que nous avons fréquemment rencontrés. Le malade a de l'insomnie, une anorexie très tenace ; il est, à la moindre fatigue, repris de sueurs abondantes.

Chez quelques convalescents le cœur fonctionne mal : il y a de remarquable irrégularités, une arythmie se traduisant par des pauses et des battements précipités et saccadés.

Le système nerveux paraît quelquefois aussi avoir reçu une atteinte profonde qui se traduit par des crises névralgiques (rectales ou intercostales dans les cas que nous avons observés). Un phénomène plus grave et dénotant une atteinte plus sérieuse encore des centres nerveux, c'est la folie des convalescents, que Rayer avait déjà signalée, et dont nous avons pu observer personnellement deux cas.

La desquamation qui se poursuit sur toute la surface cutanée, des taches purpuriques en plus ou moins grand nombre, témoins de l'éruption éteinte, complètent le tableau de la convalescence.

4° TERMINAISONS. — La suette est une maladie aiguë qui ne comporte pas le passage à la chronicité : elle se juge toujours en peu de temps.

Les seules terminaisons possibles sont donc la guérison ou la mort ; nous ajouterons la guérison temporaire avec rechute.

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