CARACTERES GENERAUX DES EPIDEMIES
qu'il s'est agi d'épidémies plus récentes. Depuis le commencement du xvme siècle la progression de l'épidémie paraît toujours s'opérer dans la même direction. Sa première apparition est signalée dans la partie orientale de la Russie. L'Allemagne est la première touchée, et ce n'est que consécutivement que le fléau paraît en France et dans les pays plus occidentaux. L'épidémie progresse du nord vers le sud, de l'est à l'ouest. Gluge pense que dans les épidémies anciennes la marche était précisément opposée, de l'ouest vers l'est.
Les grandes épidémies de grippe ont dans chaque localité une durée variable, qui paraît dépendre surtout de l'importance de cette localité et des relations plus ou moins intimes de ses habitants.
S'agit-il d'une famille isolée, la grippe a marqué ses clients en moins d'une semaine le plus souvent. Ordinairement après un premier cas fréquemment insidieux, parfois fruste, les autres membres de la famille en ressentent les premières atteintes après un, deux, trois, quatre jours.
Dans un village, dans un quartier, dont les habitants se connaissent tous et se fréquentent beaucoup, l'intervalle n'est guère plus long.
S'agit-il d'un nombre plus considérable de familles, de maisons n'ayant que des relations irrégulières par l'intermédiaire de fournisseurs, d'écoles, de marchés, etc., les foyers se succèdent de façon à augmenter la durée. C'est ainsi que dans les villes importantes la grippe dure en général de quatre à six semaines. Elle procède d'une façon toujours la même et l'on peut distinguer dans sa marche une période de croissance d'une ou deux semaines, une période de maximum qui ne dure pas plus de quinze jours, et une période de déclin de deux ou trois semaines.
En raison de la courte durée que met la grippe à atteindre son apogée, on comprend qu'elle envahisse si rapidement une province, un pays, un continent; que, dans une contrée, elle ne persiste pas plus de trois mois, dans un continent plus de quatre à six.
Un certain nombre d'épidémies grippales n'ont été suivies d'aucun retour offensif. Ce fut en particulier le cas de la grippe de 1836-1837, qui présenta beaucoup d'analogies avec l'épidémie dernière.
D'autres ont été suivies de reprises soit l'année suivante seulement, soit deux ou même trois ans de suite. Ces reprises le plus ordinairement ne se produisaient qu'en des points éloignés les uns des autres ; tels ces petits foyers que l'on voit se rallumer à la suite d'un violent incendie. Après d'autres épidémies les reprises de l'année suivante ont été beaucoup plus généralisées et plus nombreuses, paraissant affecter entre elles les mêmes relations que celles que nous avons relevées dans l'épidémie initiale. Telle l'épidémie de 1729-1730 qui fut suivie d'une épidémie en 1732-1733. Telle encore celle de 1830-1831 qui, partie de la Russie en novembre et arrivée en juin dans l'Europe occiden-
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taie, fut suivie d'une nouvelle épidémie apparaissant encore d'abord en Russie et faisant un nouveau tour du monde.
L'épidémie de 1889-1890 a eu des retours analogues et on ne saurait encore à l'heure actuelle (début de 1894) affirmer sa fin définitive.
On a signalé une première reprise de mars à septembre 1891, une seconde au début de l'automne 1891, une autre à la fin de 1892. Dans ces reprises les différentes contrées ont été inégalement touchées. L'épidémie de 1891 fut plus sérieuse à Londres, en Amérique, en Australie que celle de 1890. Les départements de la Dordogne et delà Charente furent très fortement atteints à la fin de 1891.
Ces reprises de la grippe ont été notées dans les divers pays de l'ancien et du nouveau continent. Wolf a écrit qu'en 1891 la grippe est revenue de l'Amérique vers la Russie en suivant exactement la direction inverse de celle qu'avait prise la première épidémie. En réalité on n'a pas observé une marche aussi régulière. La grippe a fait des explosions simultanées ou successives, et on n'a pu en aucune façon subordonner ces différents foyers comme cela avait été possible en 1889-1890. // paraît y avoir eu des réveils de l'épidémie sur divers points.
ÉTI0L0GIE. — Contagion. — On croyait autrefois que les épidémies de grippe frappent presque simultanément une grande étendue du globe, que les progrès des épidémies se font en tous sens, qu'ils sont incomparablement plus rapides que les moyens de communica tion dont dispose l'espèce humaine, que la direction suivie par une épidémie n'a rien de commun avec les relations commerciales. Toutes ces propositions sont erronées et tout au contraire.
La grippe dans sa distribution obéit avant tout aux relations entre les diverses localités, frappant les grandes villes avant les moyennes ou les petites. Pour aller d'un point à un autre, la grippe met toujours un temps au moins égal à celui que demande le moyen de transport le plus perfectionné. La grippe en 1889-1890, époque où l'on use de chemins de fer et de trains express, a mis beaucoup moins de temps à venir de Saint-Pétersbourg à Paris que les épidémies précédentes. Il s'est écoulé près de six mois entre l'apparition de l'épidémie à Bockhara et à Saint-Pétersbourg, moins de six semaines ont séparé l'explosion de la grippe à Pétersbourg et à Paris.
Ces constatations, qui ont apparu avec une telle netteté dans la dernière épidémie, ont permis de préciser l'étiologie de l'influenza qui semblait auparavant bien controversée. Elles ont fait accepter à peu près universellement la nature contagieuse de la grippe.
Les arguments sur lesquels nous établirons la nature contagieuse de Vinfluenza sont assez variés.
1° Dans une famille, la maladie ne reste presque jamais limitée à un seul individu. Presque toujours le plus grand nombre de ses membres sont atteints. La personne atteinte en premier lieu est presque
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toujours celle que ses occupations amènent le plus souvent au dehors . les enfants qui fréquentent l'école, les ouvriers travaillant à l'atelier. Les personnes que leur âge, leurs infirmités ou leurs occupations retiennent au logis ne sont prises que consécutivement.
2° Dans une localité, la grippe est introduite par des personnes ou des objets provenant de localités où sévit Vinfluenza. Les faits de ce genre sont innombrables. Parmi les plus convaincants nous citerons celui queleDr Danguy des Déserts a rapporté au sujet de Brest. Le premier malade fut un officier qui venait d'ouvrir des caisses venant de Paris. Cet officier transmit la maladie autour de lui à Brest et sur le navire la Bretagne (1).
Nous rappellerons encore les nombreuses localités de l'Amérique : New- York, Boston, Rochester, dans lesquelles la grippe frappa d'abord les employés des postes.
Linroth, qui a publié le résumé de l'enquête collective des médecins suédois, cite des faits très curieux démontrant lerôle des marchés dans la propagation de la grippe.
Johannes Seitz (2) a constaté que dans toutes les localités situées sur les sommets des Alpes où ont été observés des cas d'influenza, ces derniers pouvaient être rapportés à une contagion ayant pour point de départ l'arrivée de sujets venant de vallées où sévissait la malade.
3° Dans un pays, la grippe frappe d'abord les localités situées sur les lignes de chemins de fer, commençant, d'ordinaire par les stations des express. Le rapport de Parsons contient des documents très démonstratifs à ce sujet et qui lui ont été fournis par les médecins australiens.
4° Une preuve péremptoire de la nature contagieuse de la grippe est fournie par l'immunité des localités où la maladie n'a pu être importée.
Cette immunité a été surtout relevée par l'administration des phares anglais.
Sur 73 phares anglais, 4 seulement eurent des malades, et surtout le personnel de 415 sujets, 8 seulement furent grippés. On put même établir que ces derniers avaient été récemment dans des localités voisines où régnait l'influenza.
Peu d'autres habitations réalisent d'une façon aussi parfaite un isolement rigoureux. Les prisons, les communautés religieuses, les internats, les asiles d'aliénés participent à la vie du dehors par l'intermédiaire des entrants et surtout par les allées et venues du personnel de surveillance. Cependant un grand nombre de ces établissements ont été complètement respectés (Bavière, Suède, Hollande, etc.). Dans presque tous les autres le chiffre des malades a été sensiblement inférieur à celui de la population civile (7,4 p. 100 au lieu de 60 p. 100
(1) Bull, méd., 1890.
(2) Seitz, Zur Verbreitung der Influenza im Schweizerichem Gebirge (Deutsch. med. Wockenschr., décembre 1892\
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en Suède), et enfin il a existé une disproportion énorme entre le nombre des cas chez les prisonniers et chez les surveillants. A Mazas, 3,15 p. 100 chez les prisonniers, 39,7 chez les employés (Dr de Beauvais). A Halle, 28 p. 100 chez les prisonniers, 75 p. 100 chez les employés.
La grippe, a dit Klas Linroht, franchit plus facilement un espace de 500 à 1000 kilomètres que la mince barrière que lui oppose un mur de prison.
Nous avons vu que la grippe est contagieuse ; voyons dans quelles conditions s'opère la contagion.
Le plus ordinairement la contagion est directe. La personne atteinte a été en rapport avec un malade. // suffit d'un temps extrêmement court. Le contage n'est pas seulement fourni par le sujet dans la période d'état. // semble que dès le début de la maladie, avant même les premiers signes de catarrhe, le sujet soit susceptible de transmettre la maladie et qu'il conserve ce pouvoir au cours de la convalescence.
Le contage émané du malade conserve son pouvoir nocif quand il est séparé de celui-ci. La pièce où a séjourné un grippé peut encore provoquer l'explosion de la grippe après le départ de ce malade. Il en est de même des objets qui ont approché celui-ci. On ne peut fixer le temps pendant lequel ces « foyers » conservent ce pouvoir pathogène, mais il peut dépasser huit et quinze jours.
Nous verrons, quand nous étudierons la bactériologie de la grippe, que le principe contagieux fourni par le malade est principalement, sinon exclusivement, renfermé dans les produits de l'expectoration et qu'il conserve son activité dans les poussières résultant de l'inhalation de ces crachats.
Il est vraisemblable que le plus souvent aussi ces poussières pénètrent dans l'appareil respiratoire ou dans les premières voies digestives et que l'infection s'opère de cette façon.
Nous laissons encore sans la trancher la question de savoir s'il s'agit d'une inhalation de poussières charriées par l'air ou si les mains ne portent pas plus souvent ces parcelles au contact des muqueuses des premières parties de l'arbre aérien, ou enfin si la pénétration ne peut se faire par d'autres surfaces, la peau par exemple.
Il convient de remarquer que la personne en incubation de la grippe pourra ne pas jouer dans la transmission d'autre rôle que les personnes saines portant à la surface de leurs vêtements le contage.
Il n'est donc pas nécessaire d'admettre que le contage puisse être fourni par les malades pendant l'incubation, et la transmission par l'intermédiaire d'un grippé ne présentant pas trace de catarrhe ne prouve pas que ce grippé ait déjà élaboré un contage qui quitte le corps autrement que par les sécrétions.
La nature contagieuse de la grippe généralement acceptée aujourd'hui avait déjà trouvé des partisans résolus lors des épidémies antérieures. Nous citerons surtout Haygarth pour l'épidémie de 1775 et
ETIOLOGiE. 369
de 1782, Hull, Duggard, Barœsly, etc., en 1803; Simonin, Lombard, Petit de Corbeil, en 1837; Blanc 1860, Bertholle, etc., Parkes, dans son article du Système de Reynolds admettait la contagiosité de la grippe.
Cependant jusqu'à la dernière épidémie la majeure partie des médecins tenaient pour la nature non contagieuse de la grippe. C'est la thèse défendue dans toutes les monographies, dans la plupart des articles de traités ou dictionnaires. En 1889-1890 un chiffre respectable de médecins de tous les pays, un tiers ou un quart, se sont prononcés contre la contagiosité de l'influenza.
Les principales objections que l'on a fait valoir contre la contagiosité sont les suivantes.
La soudaineté de son apparition et son explosion massive. On citait volontiers l'épidémie de Saint-Pétersbourg dans laquelle en un seul jour 40000 personnes auraient ressenti les premières atteintes de l'épidémie en 1782. Cette soudaineté n'est qu'apparente. Avant l'explosion en masse la grippe a déjà frappé de nombreux malades. Mais ces cas disséminés, souvent très atténués, sont méconnus, traités de rhumes, de catarrhe saisonnier, et on ne reconnaît la maladie quand les cas sont très nombreux.
Un argument plus sérieux serait fourni par V apparition spontanée de la grippe en pleine mer, sur des navires qui n'auraient été en rapport avec aucune localité envahie par la grippe. Nous répondrons d'abord que l'épidémie do 1889"-1890 n'a fourni aucun cas de ce genre, que les nombreux navires de toutes nationalités n'ont été pris que quand ils étaient en rade ou qu'ils avaient reçu des passagers venus de localités où sévissait la grippe. Les faits qui nous ont été transmis à la suite des épidémies anciennes n'échappent point à la critique, et le plus ordinairement il est possible de démontrer qu'il a dû y avoir importation de la grippe. C'est ainsi que la flotte de l'amiral Howe, en croisière sur la côte de Hollande en 1782, a pu recevoir la grippe par l'intermédiaire d'un cutter qui était venu peu de jours avant l'épidémie apporter les instructions de l'amirauté anglaise. La même année, la grippe parut le 29 mai à bord du Goliath en croisière dans la Manche depuis le 2 mai. Parsons se demande à bon droit si, dans cette croisière, le Goliath n'a pu capturer un bateau pêcheur français dont l'équipage était malade.
Influences météorologiques. — On avait tenté jadis d'expliquer Vapparilion de Vinfluenza par des modifications physiques ou chimiques de l'atmosphère.
On a successivement invoqué la présence de composés nitreux ou sulfureux, ces derniers en rapport avec une activité plus grande des volcans. Schoenbein qui découvrit l'ozone en 1840, remarquant l'action de ce gaz sur les voies respiratoires, crut pouvoir attribuer les épidémies catarrhales à la présence d'une grande quantité d'ozone dans
Traité de médecine. I. — 24
d70 A. NETTER. — GRIPPE.
Vair atmosphérique. Bœckel, en 1860, avait pensé confirmer celte constatation, assez intéressante au point de vue théorique. On sait en effet que la proportion de l'ozone est en rapport avec les phénomènes électriques, et il n'est pas surprenant que l'on ait eu grande tendance à faire intervenir les influences électriques. Schiefferdeker a déjà montré que la doctrine de Schoenbein ne saurait être acceptée, et l'épidémie de 1889-1890 a justifié sa critique.
Beaucoup d'auteurs ont invoqué l'influence des vicissitudes météorologiques. Bouillaud avance que seules elles suffisent pour expliquer le développement de la grippe. Nous ne saurions absolument nier leur influence. Nous pouvons cependant affirmer qu'aucun élément météorologique connu ne paraît jouer un rôle essentiel dans la production de l'influenza. Les transitions brusques et fréquentes de la température relevées au cours de certaines épidémies ont absolument manqué à d'autres. A côté d'épidémie; s îrvenues par un temps froid et humide, il en est qui ont paru par un temps chaud et sec. Le tableau suivant, dressé par Peacock (1), montre quel a été le temps à Londres au moment de plusieurs épidémies. Il amène à cette conclusion, que les conditions météorologiques ne paraissent point jouer un rôle bien important, ou tout au moins que si des conditions météorologiques sont en jeu, ces conditions échappent encore à nos moyens d'investigation. Cette conclusion fut déjà formulée en 1536 par Salius Diversus, en 1693 par Molineux, en 1757 par Whytt, etc.
1S47 22 novembre Mois d'octobre particulièrement chaud. Pendant les
deux premières semaines de novembre, temps sec, chaud, calme. Le 15 novembre -f- 12°5, le 19,0°. Brouillard épais. Le 22, vent sud-ouest, + 8°.
1837 7 à 10 janvier Du 22 au 25 décembre 1836, le thermomètre s'abaisse
à — 5°. Le 25 décembre vent nord-nord-est et beaucoup de neige. Le 2 janvier, dégel soudain et général.
1833 début d'avril Hiver chaud et humide. Printemps froid, beaucoup
de vent.
1831 début juin Printemps variable, journées chaudes, nuits froides.
Juin et juillet, temps chaud et humide.
1803 fin février, maximum
en mars Temps doux et humide. Se rafraîchit à la fin de mars.
1782 milieu de mai, maxi- Printemps remarquablement froid, humide. Orages mum du 11 au 25 juin. violents pendant le mois de mai.
1775 novembre Saison à température très uniforme.
1762 début avril Hiver doux, pas de gelées jusqu'au printemps.
1758 septembre et octobre. Chaud et sec.
1743 fin avril Début d'avril chaud, fin d'avril froide.
1737 octobre et novembre. Septembre, temps doux; octobre, doux et froid.
1 733 février Chaud et humide.
1729 novembre Brouillard et pluie.
M. L. Masson (2) croit pouvoir attribuer un rôle important à l'accroissement de la pression barométrique qui fut particulièrement élevée
(1) Peacock, loc. cit.
[2) Masson, Soc. de méd. puhl.. 1890.
ETIOLOGIE. 371
à Paris pendant l'épidémie. Cet accroissement n'a pas été noté partout. A Londres, la pression s'est abaissée pendant l'épidémie et en Russie la pression barométrique a été faible. Nous ne ferons que mentionner pour la repousser la part attribuée aux vents, aux influences sidérales, etc.
La seule cause efficiente de la grippe, c'est la contagion émananl d'un malade.
Causes prédisposantes. — Voyons maintenant les causes prédisposantes et occasionnelles.
La grippe est une des maladies qui rencontrent le moins de personnes réfractaires. Les chiffres de cette dernière épidémie en fournissent la meilleure preuve.
Les rapports officiels, les enquêtes collectives évaluent le nombre des malades à 40 ou 50 p. 100 de la population en Prusse, 50 à 70 p. 100 en Bavière, 37,5 p. 100 en Hollande, en Suède.
L'influence de l'âge ne paraît point douteuse.
Uinfluenza est très rare au-dessous d'un an. Elle est relativement rare de deux à quinze ans. A partir de ce moment, elle augmente de fréquence et frappe surtout les sujets ayant de vingt à quarante ans. La grippe semble devenir moins fréquente chez les sujets âgés; mais chez ces derniers elle acquiert une gravité plus grande.
Aucune professio n, aucune condition sociale ne mettent à l'abri. On a cru longtemps que la grippe se voit surtout chez les sujets vivant surtout au dehors. Cela ne doit s'entendre que des personnes que cette vie au dehors met en rapport avec beaucoup d'individus et expose ainsi davantage aux chances d'infection.
Dans tous les pays on a remarqué que dans le personnel des chemins de fer, les mécaniciens, les employés commis à la voie ont eu l'influenza plus tard et en moindre proportion que les employés des stations en rapport plus intime avec le public ou les ouvriers des ateliers.
La grippe frappe les convalescents, les malades comme les sujets sains; on ne lui connaît pas de maladie antagoniste. Graves pense que la grippe ne complique jamais une maladie aiguë, mais que cette immunité cesse dès qu'on a commencé la convalescence. Cette opinion n'est pas partagée par les autres auteurs.
On a dit que certaines épidémies de scarlatine (Smart), de variole (Van der Busch), de typhus (Currie), de fièvre intermittente (Gallicio et Panum) prenaient fin au moment de l'apparition de la grippe. Il paraît n'y avoir là que des faits accidentels.
Il en est de même de la relation que l'on a tenté d'établir entre les épidémies de grippe et celles de choléra épidémique. Depuis l'apparition du choléra en Europe bien des épidémies du mal asiatique n'ont été à aucun moment précédées, accompagnées ou suivies (l'influenza. Les deux maladies ont une étiologic toute différente et
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leur succession n'a jamais impliqué de relation de cause à effet (1).
La grippe peul récidiver. Le même sujet peut être atteint deux fois au cours de la même épidémie ou d'épidémies successives. Il semble cependant qu'une première atteinte procure une immunité relative. Les employés des douanes et des postes de Londres atteints de grippe en 1890 ont été pris dans une proportion deux fois moindre en 1892 que ceux qui avaient échappé la première fois. Les sujets atteints d'affections chroniques du poumon ou du cœur sont plus sujets aux récidives.
LE PARASITE DE LA GRIPPE. — A. L'idée d'attribuer la grippe à un contage, à quelque chose d'animé susceptible de se reproduire dans le corps du malade ou en dehors est très ancienne. Du temps de Kant on invoquait la présence d'insectes que les commerçants russes auraient pu rapporter de la Chine.
Seiffert (2) (1883) en colorant par le violet de méthyle des préparation, de crachats, signale la présence de microcoques ayant 1,5 à 2 u. de long, 1 \l d'épaisseur. Les cocci sont ordinairement disposés en chaînettes maison peut les trouver isolés ou unis en couples. Seiffert retrouve les mêmes éléments dans le mucus nasal. Il ne voit pas d'éléments analogues dans le coryza, dans la bronchite simple ou rrorbilleuse. Il croit avoir trouvé le microbe de la grippe. Il est inutile de dire que les caractères donnés par Seiffert ne sauraient suffire aujourd'hui à caractériser un microbe et en employant ses procédés de coloration on trouve facilement des cocci en chaînettes dans quantité d'expectorations n'ayant rien de commun avec l'influenza.
B. Au cours de V épidémie de 1889-1890 un très grand nombre de médecins ont cherché à utiliser pour la recherche de l'agent pathogène les méthodes si fécondes que mettaient à la disposition les travaux de Pasteur, de Koch et de leurs élèves. Le sang, les himeurs, les organes des sujets atteints de grippe ont été ainsi examinés.
Klebs(3) signala l'existence d'un hématozoaire que personne ne retrouva et qu'il semble avoir abandonné dans un travail ultérieur. Babès (4) montre l'existence de nombreuses espèces dont aucune ne lui parut être l'agent de la grippe. Fischel (5) trouve dans le sang
(1) La grippe coïncide quelquefois avec des épizooties. En 1693, elle a été précédée d'une affection des chevaux caractérisée surtout par du coryza, il en a été de même en 1732, en 1767, en 1775, etc. Cette affection chevaline a été qualifiée d'influenza. Les vétérinaires s'accordent à admettre que cette homonymie ne doit pas être prise comme un témoignage d'identité. L'influenza des chevaux a manqué dans nombre d'épidémies de grippe et notamment de la dernière. D'autre part, il y a eu des épizooties d'infiuenza sans qu'il y ait eu simultanément d'épidémie de grippe.
(2) Seiffert, Influenza (Volkmann Sammlung klinischer Beilrhge).
(3) Kleds, Ein Befund bei Influenza {Cenlralblatt fur Bactériologie, 1890).
(4) Babès, Bacteriologische Befunde bei Influenza {Wiener klin. Wochenschr., 1890).
(5) Fischel, Eine bacloriologisch experimentelle Studie ûber Influenza (Zeitschr.y fur lleilk., t. XII, 1891).
ÉTIOLOGIE. 373
deux espèces de diplocoques se développant sur la gélatine. Un de ces diplocoques serait très pathogène pour les chiens. Ils ne paraissent pas avoir été vus par d'autres.
Ribbert (1), Finkler (2), Vaillard et Vincent (3) ont cru pouvoir affirmer le rôle principal sinon exclusif d'un slreplocoque fort semblable à celui des suppurations et de l'érysipèle.
Weichselbaum (4), Prior (5), Levy (6), Kruse et Pansini (7) ont rencontré presque toujours un coccus lancéolé, encapsulé, ayant les caractères généraux du pneumocoque dont il ne différait que par de simples nuances, présence d'une capsule plus épaisse et développement plus marqué des colonies. Kirchner (8), Nikiforoff (9} ont vu des organismes fort semblables au pneumocoque.
Jolies (10) avait cru voir dans l'urine un bacille encapsulé ayant les caractères du pneumobacille de Friedlaender.
D'autres observateurs au contraire, Bouchard (11), Netter (12), Jaccoud (13), Ménétrier, Leyden (14), Friedrich (15), etc., établirent qu aucun de ces microbes n'existe à l'exclusion des autres dans la grippe ; qu'on peut les y trouver tous isolément ou simultanément. On ne saurait donc voir dans aucun d'eux un agent spécifique de la grippe.
Il convient de rappeler que chacun de ces microbes a été rencontré à l'étal normal dans la bouche de sujets sains, que leur apparition dans les cas de grippe ne saurait donc surprendre. Si le pneumocoque, le streptocoque, le staphylocoque, le bacille de Friedlaender ne sont pas les agents spécifiques de la grippe, ils n'en jouent pas moins un rôle fort important car ils tiennent sous leur dépendance la plupart des complications qui font la gravité de l'influenza. Comme ces com-
(1) Ribbert, Anatomische und bacteriologische Beobachtungen ûber Influenza (Deulsch. med. Wochenschr., 1890).
(2) Finkler, Influenza Pneumonie (Deutsch. med. Wochenschr., 1890).
(3) Vaillabd et Vincent, Examens bactériologiques dans la grippe (-Soc. méd. des /iop.,1890).
(4» Weichselbauji, Bacteriologische und pathologisch-anatomische Untersuchungen iïber Influenza ( Wiener klin. Wochenschr., 1890).
(5) Pbior, Bacteriologische Untersuchungen ûber die Influenza (Mûnchener med. Wochenschr., 1890).
(6) Levy, Bacteriologische Befunde bei Influenza (Berliner klin. Wochenschr., 1890).
(7) Kruse, Pansini et Pasquale, Influenza Studien {Cenlralhlatt fur Bactériologie, 1890).
(8) Kirchner, Bacteriologische Studien ûber Influenza (Zeilschrift fiir Hygiène, 1890).
(9) Nikiforoff, U. einem dem Pneumoniecoccus sehr ahnlichen Mikroorgasnismus {Zeilschrift fur Hygiène, t. VIII, 1890).
(10) Jolles, Zur Aetiologie der Influenza {Wiener med. Blaeller, 1890).
(11) Bouchard, Bull, de l'Acad. de méd., 1890.
(12) Netter, Bull, de la Soc. méd. des hôp., 1890.
(13) Jaccoudt, Sur la grippe {Acad. de méd., 1890).
(14) Leyden, Zur Pathologie der Influenza [Berliner klin. Wochenschr., 1890).
(15) Friedrich, Untersuchungen ûber Influenza {Arbeilen a. d. Kaiserl. Gesundheilsamte, 3S90j.
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plications sont nombreuses, que ces déterminations morbides sont incomparablement plus fréquentes chez les grippés, force est de reconnaître que la grippe s'accompagne d'un renforcement de la virulence des agents microscopiques qui habitent normalement la bouche, le nez et le pharynx.
Tel fut le résultat le plus net de l'étude microbiologique en 1889-1890.
On trouvait une explication satisfaisante des complications de la grippe. On n'avait pas trouvé le microbe spécifique de la grippe. Mais celle-ci était-elle nécessairement liée à un microbe spécifique ?
L'activité exagérée des microbes de la cavité bucco-pharyngée pourrait en effet être le fait non d'une symbiose mais de la seule influence des conditions météorologiques. Chacun de ces microbes pouvait suivant sa virulence déterminer les divers degrés de la gamme si riche des accidents de la grippe. Le pneumocoque en dehors d'une influence grippale suffit en effet à produire une pneumonie, une broncho-pneumonie, une pleurésie, une péricardite, une méningite, une otite, une affection articulaire, des suppurations, un état septicémique, comme de simples malaises. On en peut dire autant des accidents causés par le streptocoque, le staphylocoque ou le bacille de Friedlaender.
La grippe pouvait être contagieuse sans qu'il fût nécessaire d'accepter l'existence d'un agent spécifique. Le pneumocoque, le streptocoque, etc., à virulence exagérée suffiraient à expliquer la contagion. En dehors de la grippe la nature contagieuse de quelques-unes de leurs déterminations est bien prouvée aujourd'hui, et le pneumocoque fourni par un pneumonique peut chez une autre personne provoquer l'apparition d'une pleurésie, d'une méningite, d'une angine herpétique (1).
Aussi tandis que beaucoup d'auteurs concluaient en affirmanl que le microbe spécifique de la grippe restait a trouver, un cerluin nombre comme Kûhn (2), Weichselbaum (3), se demandaient si la grippe avait bien un agent spécifique et s'il ne s'agissait pas seulement d'un accroissement de la virulence d'agents microbiens divers, représentés dans les cavités naturelles des sujets sains.
C. Au commencement de Vannée 1892, Pfeiffer (4) donna la première description d'un microbe qui paraît bien être le microbe de l'influenza et dont il compléta la description. Le microbe se présente sous la forme de bâtonnets très fins et très courts, se colorant assez difficilement par les couleurs basiques d'aniline ; mais se colorant mieux par le liquide de Ziehl étendu. Ces bâtonnets se décolorent par le
(1) Netter, Contagion de la pneumonie (Arch. cjén. de méd., 1888).
(2) Kuhn, Influenza eine larvirte Pneumonie [Berliner klin. Wochenschr., 1890).
(3) Weichselbaum, Wiener klin. Wochenschr., 18')0).
(4) Pfeiffer, Vorlaufige Mittheilung iïber die Eireger der Influenza (Deulsch. msd Wochenschr., 1892, n° 2).
gram. On les trouve dans le muco-pus bronchique. Au début de la maladie ils sont à l'état libre et forment de véritables amas. Plus tard, ils sont surtout inclus dans les cellules. Ils ne se cultivent qu'à une température de 37°. Pfeiffer et Beck (1) ont pu les cultiver pendant de nombreuses générations en se servant à'agar nutritive à lœ surface de laquelle ils avaient laissé couler une goutte de sang.
Sur ce milieu le bacille de l'influenza forme de petites colonies très fines, très brillantes, d'abord visibles seulement à la loupe, sans tendance à la confluence ; colonies composées de petits bâtonnets dont les extrémités sont plus colorées que le centre. Le bacille de Pfeiffer inoculé aux singes détermine des accidents qui rappellent ceux de Vinfluenza humaine. Il est inoffensif pour les autres espèces animales.
Ce microbe ne se rencontre absolument que dans Vinfluenza (2).
Nous plaçons ici des dessins de ces microbes provenant d'un crachat de grippé (fig. 9) et de cultures de ce crachat (fig. 10).
Fig. 9. — Expectoration dans Finfluenza. La plupart des bacilles sont libres. — En a, 6, c, quelques bacilles inclus dans les cellules.
Ces préparations ont été faites en suivant la technique indiquée oar Pfeiffer.
Pfeiffer avait déjà vu et photographié ce microbe dès 1890 sur des préparations de crachats. Babès pense également l'avoir vu et figurée la même époque, ce qui semble douteux à Pfeiffer.
En Allemagne, Kitasato (3), Pfuhl (4); en Angleterre, Klein (5), confirment la découverte de Pfeiffer. Seulement ces auteurs, contrai-
(1) Pfeiffbr et Beck, Weitere Mittheilungen iïber die Erreger der Influenza {Deutsch. med. Wochenschr., 1892, n° 28).
(2) Pfeiffer, Die Aetiologie der Influenza (Zeitschr. fur Hygiène, 1893, t. III).
(3) Kitasato, Ueber den Influenza bacillus und sein Culturverfabren (Deutsch. med. Wochenschr., 1892, n° 2).
( '») Pfuhl, Beitrag zur Aetiologie der Influenza (Centralblatt fur Bactériologie^ 1892, XI).
(5) Klfin, Report on influenza in its clinical and patbological aspects, 1893.
376 A. NETTER. — GRIPPE.
rement à Pfeiffer, auraient pu cultiver le bacille de la grippe ou de la gélose nutritive simple ou glycérinée. Pfeiffer au contraire pense
que l'addition du sang est indispen-
- ^ -"»- "** * a sable ; que sans elle, le bacille de,
" * '";>, •• ";*-- '*<j^s '•• * '» l'influenza ne peut se multiplier et
.-' .';i(' ':''£' ****\» \* %.'V surtout transporté dans de nou-
a~^,,* *.. V*****/ "** velles cultures. L'impossibilité de
a}im >• ' *. * x 'i.V'V. ,--. - cultiver le bacille dans les milieux
., %?*\ i "'-ô*.. i A»}* ordinaires sérail pour Pfeiffer le
•':• »• -*••„/-' •».* N-*fc^-'ï'^i!'}'4 meilleur caractère distinctif de ce
'. "".,-"/ '*/ '" 'l'vsv' ' , microbe. Nos recherches person-
• s ' -*" .;-f*'' ,|Ç- *-'•"/ nelles, celles de Borchardt, nous
ry v:.- portent à admettre l'exactitude des
Fig. io. — Bacilles de l'influenza. affirmations de Pfeiffer et on peut
a, a, a, Globules rouges du sang de pi. invoquer en leur faveur les consta-
geon. (Culture sur gélose à la surface tations de Weichselbaum (1). Le
de laquelle a été étalée une goutte de p j \r- c -i
sang.) professeur de Vienne a parfaite-
ment vu les microbes dans l'expectoration et le poumon des grippés, tels que les a décrits Pfeiffer. Il n'a pu les cultiver en se servant d'agar simple ou d'agar glycérinée.
Canon (2) a trouvé dans le sang de l'index des sujets atteints d'influenza, un petit bâtonnet plus coloré aux deux extrémités, microbe que Koch aurait dit identique à celui de Pfeiffer. Pour faire apparaître ce bâtonnet, les lamelles sur lesquels a été desséché le sang sont plongées à l'étuve à 37° pendant cinq minutes dans l'alcool absolu, puis placées trois à quatre heures dans une solution de Chenzinsky (solution concentrée de bleu de méthyle, 40; solution d'éosine à 1/2 p. 100, 20; eau distillée, 40). Canon a pu obtenir des cultures de ce bacille en ensemençant le sang de six malades.
Pfeiffer n'a jamais vu ni cultivé les bacilles dans le sang des sujets atteints d'influenza. Il dénie toute valeur aux observations de Canon et surtout à ses cultures.
Klein a vu six fois sur quarante-trois des bacilles dans le sangle plus souvent en quantité très faible. Pfuhl a examiné plus de cent préparations de sang provenant de six malades et n'a trouvé que sur une seule six bacilles douteux. Ces données confirment les doutes de Pfeiffer et ne permettent pas d'adopter les affirmations de Canon, malgré les confirmations qu'ont paru lui donner Canestrini, Bruschettini (3), Chantemcsse et Corail (4).
(1) Weichselbaum, Beitrag zur Aetiologie und pathologischen Anatomie der Influenza ( Wiener klin. Wochenschr., 1892, n08 32, 33).
('2) Canon, Uebcr einem Mikroorganismus im Blute von ïnfluenza kranken. Uebcr Ziïchtung des ïnfluenza bacillus aus dem Blute (Deulsch. med. Wochenschr., 189i\ n0b 2 et 3).
(3) Bkuschettini, Ri forma medica, 1892, n08 23, 66, 141.
(4) Ghantemesse et Ccrnil. Sur le microbe de l'influenza (Bvll. méd., 18C2).
Teissier, G. Roux et Pittion(l)ont isolé chez les grippés un microorganisme particulier.
Cet élément essentiellement polymorphe aurait deux aspects principaux.
Dans F urine recueillie au moment de la défervescence il se présente sous forme d'un diplocoque encapsulé mobile.
Dans le sang, les éléments sont ordinairement groupés en chaînettes immobiles : streptobacilles. Ils s'y voient surtout au moment de l'accès fébrile.
Les deux formes semblent avoir une origine commune et n'être qu'un mode de groupement différent ou deux masses de l'évolution du même microorganisme. Chez les animaux inoculés, quelle que soit la forme employée, on retrouve dans le sang le groupement en chaînette, dans l'urine, la forme diplobacillaire.
Les troubles morbides provoqués par ces inoculations chez les lapins ont avec la grippe humaine certaines ressemblances: accidents nerveux, vertige, paraplégie, troubles digestifs, lésions pulmonaires, néphrite congestive. Les modifications thermométriques dans les deux cas, se traduisent de la même façon sur la courbe. La température s'élève immédiatement après l'injection, se maintient un jour ou deux au chiffre élevé, puis survient un abaissement notable ultérieurement suivi d'une rechute. Ces effets paraissent relever plus particulièrement de l'action des toxines.
Ce microbe vit aisément dans l'eau, qui jouerait un rôle dans la propagation de la grippe.
Le microbe des auteurs lyonnais présente certaines analogies avec le pneumocoque, le streptocoque et même le bacille de Pfeiffer. On ne saurait l'identifier avec aucun d'eux.
D. Tout porte à croire que nous connaissons actuellement l'agent spécifique de la grippe : qu'il est représenté par l'organisme de Pfeiffer.
On ne tardera pas sans doute à être assez vite fixé sur le désaccord relevé entre la description de cet auteur et celle de Canon, Klein, Teissier, Roux et Pittion. Il se peut quil s'explique en grande partie par des différences assez grandes de technique.
Il restera à établir si le microbe de Pfeiffer n'existe que dans l'influenza. L'auteur berlinois signale dans son mémoire un pseudo-bacille de iinfluenza qui ne diffère que peu du microbe vrai, et qu'il a rencontré dans les bronchites simples. Peut-être y a-t-il là plus qu'une analogie? Dans ce cas, on pourrait se demander si le bacille de l'influonza, comme tant d'espèces pathogènes, ne se rencontre pas normalement dans la cavité bucco-pharyngée et ne prend un caractère virulent que dans des conditions particulières.
d) Tessih*, Houx et Fittion, Nouvelles recherches bactériologiques et expérimentales, relatives à U pathogénie de la grippe {Arch. de méd. exp., 1892).
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On en arriverait à expliquer ainsi l'influence des conditions météorologiques. On rétablirait la liaison entre l'affection catarrhale simple, les petites épidémies et les grandes épidémies de grippe. Nous ne pouvons qu'indiquer ici ces divers points sur lesquels nous reviendrons plus tard.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Voies respiratoires. — Les
principales altérations de la grippe ont pour siège les voies respiratoires. — La muqueuse pituitaire est congestionnée, tuméfiée. Weichselbaum a insisté sur les altérations concomitantes des sinus aériens dans lesquelles il trouve un contenu purulent ou mucopurulent et dont la muqueuse est, tantôt seulement œdémateuse, tantôt congestionnée ou ecchymotique. Ces altérations prédominent dans les sinus frontaux et maxillaires.
On trouve encore des altérations du même ordre dans le larynx, la trachée, les bronches. Celles-ci renferment un exsudât purulent ou muco-purulent assez épais dans lequel l'examen microscopique montre la présence du bacille spécifique. La muqueuse bronchique tuméfiée est d'un rouge plus ou moins vif.
Du côté des poumons, les altérations sont très variables. On trouve tantôt seulement de la congestion ou de l'œdème, tantôt des foyers de condensation. Ces foyers revêtent l'apparence de pneumonies lobaires ou de broncho-pneumonies.
La pneumonie lobaire de l'influenza peut être tout à fait semblable à la pneumonie fibrineuse classique.
On a cependant signalé l'aspect plus lisse de la coupe sur laquelle les granulations manquent ou sont peu marquées, l'apparition précoce de l'hépatisation jaune ou de l'infiltration purulente. Souvent aussi un examen trè> attentif montre des lobules encore perméables à l'air au milieu du parenchyme condensé. En même temps que l'hépatisation occupe un lobe, on note habituellement des noyaux de pneumonie lobulaire dans les autres lobes du même côté ou dans le poumon opposé.
Plus fréquente que la pneumonie lobaire est la pneumonie lobulaire dont les noyaux ont des dimensions très diverses et qui semblent dans la grippe avoir une tendance plus marquée à la suppuration ou au sphacèle.
L'examen microscopique de ces lésions ne montre pas des altérations différentes de celles que l'on observe en dehors de la grippe. Depuis Ménétrier chacun l'admet pour la pneumonie lobaire (1). Pour la broncho-pneumonie divers auteurs allemands, et particulièrement Leichtenstern et Finkler, ont beaucoup insisté sur l'infiltration embryonnaire du tissu interalvéolaire. La pneumonie grippale serait
(1) Ménétrier, Grippe et Pneumonie (Thèse Paris, 1871).
pour Finkler (1) une pneumonie cellulaire (zellige Pneumonie). Beck (2) Pfeiffer, Weichselbaum donnent une description assez analogue. Les bronchioles, les alvéoles pulmonaires sont remplis de cellules embryonnaires. Celles-ci infiltrent les cloisons alvéolaires. Dans les cas plus avancés, les cloisons alvéolaires sont épaisses, et des alvéoles au lieu de leucocytes renferment un exsudât fibrineux -avec des cellules desquamées. Les altérations seraient l'œuvre exclusive du bacille de l'influenza sans intervention du pneumocoque ou du streptocoque. Elles auraient une tendance manifeste vers l'induration. Elles pourraient plus rarement faire place à la nécrose et même à une caséification sans intervention du bacille tuberculeux (Pfeiffer).
Ces altérations relevant plus directement du bacille de l'influenza ne doivent pas faire perdre de vue les pneumonies et broncho-pneumonies qui sont dues aux microbes habituellement en cause en dehors de la grippe.
La plèvre est souvent touchée dans l'influenza et les observateurs ont unanimement reconnu la fréquence des pleurésies purulentes lors de la dernière épidémie. On a trouvé ordinairement dans ces pleurésies le pneumocoque et le streptocoque pyogène libres ou associés ; beaucoup plus rarement d'autres microbes pyogènes comme le bacille encapsulé (Letulle). Pfeiffer a signalé des pleurésies purulentes dont l'exsudat renfermait exclusivement son bacille. Mais il s'agit dans ce cas de lésions très limitées et rien ne prouve que le bacille delà grippe puisse à lui seul causer des pleurésies avec exsudât abondant.
Viscères abdominaux. — On a signalé dans certains cas de grippe une raie augmentée de volume, molle, difHuente. Le fait n'est nullement constant. Il a été cependant noté dans les autopsies de Babès, de Ribbert. Le foie n'a pas présenté d'altérations bien communes. Les reins ont été souvent altérés. Babès a vu un début de dégénération parenchymateuse. Ribbert a trouvé une fois de la tuméfaction trouble, une fois des granulations graisseuses dans l'épithélium des tubes contournés. Leyden a vu une fois une glomérulonéphrite accusée.
Les altérations du tube gastro-intestinal sont en général peu marquées et ne portent que sur la partie supérieure où l'on signale l'hyperhémie et l'épaississement de la muqueuse. On a vu cependant quelquefois des hémorragies et même des ulcérations plus ou moins étendues dans l'estomac et l'intestin (Jûrgens, Weichselbaum).
Appareil cardio vasculaire. — V appareil cardio-vasculaire peut être touché de diverses façons. On a observé de la péricardite fibri-
(1) Finkler, Die acute Lungenentzùndungen.
(2) Beck, Ueber die Influenza-Pneumonie (Charité Annalen, 1892, XVII).