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A. NETTE R. — GRIPPE

neuse ou purulente, de l'endocardite. On voit plus rarement des coagulations veineuses ou artérielles.

Système nerveux. — Le système nerveux central n'est pas toujours épargné et l'on a relaté des observations assez nombreuses de méningite cérébrale ou cérébro-spinale.

La bactériologie nous a montré que dans ces divers points les altérations sont sous la dépendance, tantôt du microbe de la grippe, tantôt d'organismes différents dont le plus grand nombre existent à létal normal dans certaines cavités naturelles; pneumocoque, streptocoque, staphylocoque, pneumobacille, bacille du côlon, etc., microbes qui dans le cours de l'influenza semblent acquérir une virulence plus grande.

SYMPTOMATOLOGIE. — Il serait bien difficile de fournir un tableau pouvant s'appliquer à tous les cas de la grippe. Toute la maladie est avant tout protéiforme. Les quelques lignes suivantes, empruntées à Huxham (1) et par lesquelles il résume les principaux caractères de l'épidémie de 1733, nous paraissent propres à donner une idée des principaux symptômes de la grippe.

« L'affection débute par un frisson léger, bientôt suivi de chaleur générale et irrégulière, du coryza avec éternuements fréquents et importuns; une douleur mobile occupant tantôt le dos, tantôt les membres, tantôt la poitrine, cette dernière péniblement réveillée par les efforts de toux. Celle-ci ainsi que les éternuements amènent l'issue d'une quantité abondante d'un mucus acre et tenu. Tout cela rappelait les effets d'un simple refroidissement. Survenait ensuite de la fièvre qui peut être assez vive. Le pouls est fréquent, quelquefois dur et tendu. L'urine n'est pas rouge, mais elle reste pâle et sédimenteuse. La langue n'est pas sèche : le plus ordinairement elle était couverte d'un mucus opalin. Presque tous souffraient d'insomnie. Beaucoup avaient du vertige et une douleur de tête atroce, quelquefois accompagnée de délire léger. La plupart avaient des bourdonnements d'oreille, beaucoup se plaignaient d'une douleur aiguë dans le méat auditif, quelquefois suivie d'abcès; cependant plus souvent encore on notait la sécheresse de la gorge et la production d'abcès du pharynx. Des sueurs abondantes apparaissaient habituellement le deuxième ou le troisième jour marquant la fin des accès fébriles. Souvent il y avait une diarrhée bilieuse au déclin de l'affection. Il n'était pas exceptionnel de constater une éruption accompagnée de démangeaisons.

» Telle était l'affection qui frappa presque tout le monde et qui cependant ne causa relativement que peu de décès et presque exclusivement chez les enfants en bas âge et les vieillards atteints de maladies du poumon.

(1) Huxham, Observaliones de ocre et morbis epidemicis ab anno 172R ad fines anni 1737, Plymuthi factie. Londini, 1739, p. 80.

» Généralement elle prenait fin le quatrième jour, ne laissant qu'une toux pénible qui se prolongeait quelquefois assez longtemps, en même temps qu'une faiblesse qui semblait contraste avec la brièveté et la bénignité de la maladie. »

Dans cette description Ton voit prédominer des symptômes nerveux et des troubles des fonctions respiratoires.

Les symptômes nerveux habituels de la grippe sont la céphalalgie y la douleur dans le tronc et les membres, la lassitude générale, l'altération des traits.

La céphalalgie a pour siège habituel le front et la racine du nez ; elle s'étend parfois aux tempes avec de forts battements dans les temporales. Elle est rarement bilatérale. Tantôt elle est continue, tantôt seulement nocturne. Elle peut consister en une simple pesanteur. Le plus souvent elle est gravative, il semble au malade que sa tête va éclater. Plus rarement, c'est une douleur lancinante, arrachant des cris incessants, ne permettant pas de remuer la tête, d'ouvrir les yeux, de tousser. Le moindre attouchement, le moindre mouvement exaspèrent la souffrance. Quelquefois la céphalalgie s'accompagne d'une hyperesthésie des téguments du crâne, de la face et du cou. La céphalalgie ne dure d'ordinaire que quarante-huit heures ou quelques jours. Elle peut dépasser ces limites et persister quand tous les autres symptômes ont disparu.

Outre la douleur de tête, le malade ressent des douleurs vagues dans les muscles de tout le corps ou seulement dans ceux d'une certaine partie. Dans le premier cas, il existe un endolorissement général ; nul point du corps n'est plus douloureux que l'autre, le corps entier est comme brisé ou contusionné. Chez d'autres, les douleurs s'étendent le long de la colonne vertébrale, simulant tantôt le lumbago, tantôt le torticolis. Dans d'autres circonstances, les douleurs occupent la base de la poitrine, l'abdomen, sous forme de points de côté ou crampes. Les membres et de préférence les membres inférieurs sont le siège d'élection de ces douleurs qui occupent ordinairement la continuité mais qui siègentparfois dansles articulations simulantles douleurs rhumatismales.

Cet endolorissement général constitue déjà un obstacle important à la mise en jeu des muscles. Mais ceux-ci sont directement touchés. Les malades accusent uniformément un sentiment de lassitude, de brisement des forces, qui persiste pendant tout le cours de la grippe. Cet affaiblissement est ordinairement progressif. Il débute par un sentiment de fatigue qui augmente peu à peu. Mais il peut atteindre d'emblée à son maximum. C'est ainsi que certains individus sont terrassés comme d'un coup de foudre sans qu'on ait à peine le temps de leur porter secours. L'affaiblissement n'est pas seulement marqué dans les membres inférieurs, Landouzy a vu les bras tomber spontanément comme paralysés et les mouvements des> mains devenir impossibles.

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« La face grippée, dit Malcorps (1), est comme symptôme à la grippe ce que le faciès typhique est à la fièvre typhoïde et le faciès hippocratique au choléra. Ce symptôme est très difficile sinon impossible à décrire ; mais il suffit de l'avoir vu pour le reconnaître. »

La figure dans la grippe est triste, anxieuse, les traits sont rétractés, la face a une teinte jaunâtre et semble amaigrie.

A ces symptômes nerveux se joignent habituellement des phénomènes indiquant la participation de V appareil respiratoire. Le sujet est enrhumé. La muqueuse pituitaire est plus rouge, la sécrétion est plus abondante. La même altération occupe l'arrière-gorge, le larynx. De là un certain degré d'enrouement, l'éternuement, la toux, un sentiment d'ardeur dans la gorge. La toux, au moins au début, est sèche et douloureuse. Elle ne tarde pas à s'accompagner d'une expectoration dont nous aurons à parler.

Aux symptômes précités, ajoutons l'existence d'un certain mouvement fébrile qui peut s'élever assez haut. Certains malades ont eu jusqu'à 41°, 5 (Estor.)

Wunderlich (2) dit que la température dans ta grippe est assez semblable à celle de la fièvre typhoïde. Comme dans celle-ci le début serait graduel, avec des rémissions matinales. La période d'état serait de courte durée à moins de complications. La chute de la fin se ferait par lysis. mais mettrait moins de temps à s'accomplir. En règle générale le thermomètre s'élève moins que dans la dothiénentérie, bien que Wunderlich ait observé des températures élevées.

Wunderlich n'a pas pris ses observations au cours d'une épidémie de grippe aussi importante que la dernière. Aussi ne faut-il pas s'étonner si ses aphorismes sur ce point n'ont pas trouvé une confirmation aussi éclatante que pour la plupart des autres maladies. Dans la dernière épidémie l'ascension thermométrique s'est faite le plus ordinairement d'une façon brusque, soudaine, atteignant dans les vingt-quatre heures son apogée.

Dans les cas moyens la température ne dépasse pas 39°, 5 mais on a noté 40°, 40°, 5, 41° et même41°,6 (Laveran).

La température se maintient à ce chiffre en moyenne trois jours, et elle s'abaisse avec une brusquerie aussi marquée que celle qui annonçait le début. Cette défervescence s'accompagne souvent d'une diaphorèse abondante. Elle ne ramène pas toujours le thermomètre à la normale. Le convalescent conserve fréquemment une température subfébrile de 37°, 8-38° pendant quatre, cinq ou six jours.

Le professeur Teissier et son élève Menu (3) pensent qu'il existe un

(1) Malcorps, La grippe et ses épidémies (Mémoires des savants étrangers à L'Aca^ demie de médecine de Belgique).

(2) WuNDEitLiCH, Das Verhalten der Eigenwarme in Krankheiten.

(3) Menu, Thèse Lyon, 1892.

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tracé spécifique de l'influenza. Il serait essentiellement caractérisé par l'existence d'une défervescence suivie d'une reprise. La première attaque durerait en moyenne de deux à trois jours, l'apyrexie douze à vingt-quatre heures. La reprise serait de plus courte durée que la fièvre initiale et la fièvre serait moins élevée. M. Teissier accorde une très grande valeur à cette marche de température. Il a obtenu un tracé analogue chez les animaux inoculés avec les cultures du microbe isolé par lui dans la grippe. Fiessinger à Oyonnax (1), Zaccharine, Schnaaubert, en Russie, ont également signalé la fréquence des rémissions dans le cours de la grippe.

Dans les cas où la grippe ne s'accompagne pas d'élévation de la température rectale ou axillaire on note fréquemment une élévation de la température dans les parties périphériques comprise entre 1° et 1 degré et demi.

Il est rare que Y appareil digestif ne soit pas plus ou moins affecté dans la grippe. Les symptômes les plus communs sont :

La diminution de l'appétit, phénomène très fréquent dont la durée est ordinairement assez longue et qui survit à la convalescence, constituant alors l'un des obstacles principaux au rétablissement de la santé. Pour expliquer cette anorexie beaucoup de malades invoquent une altération du goût qui fait paraître tous les aliments fades.

La langue est tantôt sabburrale, chargée, tantôt au contraire simplement opaline sans enduit ni exsudât (Faisans) (2). Le pharynx est rouge, les amygdales augmentent de volume. Il y a tousles signes d'une angine.

Dans bon nombre de cas il existe des vomissements. Si la constipation est habituelle il n'est pas rare d'observer de la diarrhée.

La pression du ventre réveille parfois de la douleur.

La percussion de la rate peut indiquer une augmentation de volume de l'organe.

Les urines sont émises en quantité moins considérable que dans l'état normal. La densité est augmentée. Alison (3) y trouve la peptone 15 fois sur 18 même dans les formes légères. Comme M. Hayem il a constaté la présence à peu près constante de l'urobiline.

Huxham avait déjà insisté sur la coloration jaune pâle et non brune, sur l'absence de sédiments briquetés, éléments qui peuvent servir à distinguer la grippe du rhumatisme articulaire aigu.

Les modifications de la peau, déjà citées par Van Swieten, Récamier, ont été particulièrement notées dans la dernière épidémie. Peu connues auparavant elles ont fait hésiter parfois le diagnostic et c'est grâce à elles surtout que Ton a, au début de l'épidémie der-

(1) Fiessinger, La grippe infectieuse à Oyonnax (Ain), 1889.

(2) Faisans, Soc. méd. des hôp., 1893

(3) Alison, Arch. gén. de méd., 1890.

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nière, songé à la dengue. L'éruption dans la grippe peut revêtir des aspects très divers. Tantôt elle occupe la plus grande partie du corps sous forme d'un érythème présentant quelquefois le pointillé spécial à la scarlatine.

Dans d'autres cas les taches sont petites et rappellent l'éruption de la rougeole ou de la roséole. On a pu voir des éléments papuleux, des pétéchies. Ces éruptions ont été, somme toute, assez rares. M. Barthélémy (1) les a vues 14 fois seulement sur 219 malades. Elles semblent avoir été relativement plus fréquentes au début de l'épidémie. Elles coïncident plutôt avec une température et avec l'ensemble de symptômes qui caractérisent la forme nerveuse.

On a encore signalé dans la grippe l'apparition possible de vésicules d'herpès, d'eczéma, la fréquence de furoncles et de suppurations.

Nous avons dit les symptômes principaux de la grippe. Suivant les cas on voit prédominer l'un ou l'autre et les auteurs s'accordent à décrire trois formes principales suivant que les désordres indiquent une participation plus marquée de V appareil nerveux, respiratoire ou digestif.

Ces formes ne sont pas également abondantes dans chaque épidémie, leur fréquence relative varie également selon la période de l'épidémie. Il faut enfin faire la part des dispositions individuelles et peut-être encore des conditions extérieures.

Au début de l'épidémie de 1889-1890, la forme nerveuse a été de beaucoup la plus répandue, surtout à Paris. Il en était de même pendant l'épidémie de 1837. A la fin de l'épidémie la forme respiratoire catarrhale, thoracique a pris le dessus.

La grippe de 1803 avait été également thoracique.

ACCIDENTS ET COMPLICATIONS. — En même temps que les symptômes habituels de la grippe ou consécutivement apparaissent souvent divers désordres, accidents ou complications dont dépendent avant tout la durée et la gravité de la maladie. Il convient de les étudier successivement en les groupant par organes ou appareils.

Nous commencerons par indiquer les principaux accidents que la grippe peut déterminer du côté des voies aériennes.

Souvent la grippe ne détermine que des altérations superficielles des voies aériennes. Le coryza presque constant s'accompagne d'injection de la conjonctive et de larmoiement. Il provoque des éternuements fréquents et détermine souvent des saignements de nez. La lésion du pharynx, du larynx et de la trachée se traduit par une sensation pénible de chatouillement à la gorge, la modification de la voix une toux fréquente, sèche, quinteuse. Quand les bronches sont prises, ce qui est très commun, il survient une expectoration d'abord simple-

(1) Barthélémy, Arch. gén. de méd. 1890.

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