‹ Traité de médecine et de thérapeutiqueChapitre 45 sur 57 · L. LANDOUZY · texte numérisé non relu

L. LANDOUZY

Professeur de thérapeutique à la Faculté de médecine de Paris Médecin de l'hôpital Laënnec

Pour la première fois, en un livre de pathologie descriptive, se trouve dénommée et décrite la pneumococcie : à conception neuve terme neuf, cadre nouveau, description nouvelle.

Pour la première fois, en nosographie pure, l'histoire du pneumocoque est faite au point de vue pathologique, l'histoire du pneumocoque est donnée en sa vraie place, aux chapitres consacrés aux maladies infectieuses.

Pour la première fois, la pneumococcie est étudiée à son rang parmi les infections microbiennes, et non plus d'une façon sommaire, au paragraphe consacré à la description de la pneumonie, sous ce prétexte mal entendu, que celle-ci est le mode symptomatique le plus commun, le plus éclatant et le mieux connu de l'infection localisée pneumococcique. Jusqu'à ce jour, la nosographie s'était faite complice des médecins, qui risquent, en matière de pneumonie et de pneumococcie, de prendre la partie pour le tout et de trouver dans la pneumonie un type quasi idéal d'affection locale, alors qu'il s'agit d'une maladie localisée.

Dans ce livre, fait tout entier de médecine moderne, l'étude de la pneumococcie est bien à sa place parmi les infections fonctions d'éléments pathogènes microbiens nettement définis, à côté de la streptococcie et de la diphtérie, non loin de labacillose de Koch, infections dont l'histoire générale occupe des chapitres spéciaux, sans préjudice des descriptions de détail et de localisations données à part sous les rubriques : érysipèle de la face, angine diphtérique, croup, phtisie pulmonaire, lupus, méningite tuberculeuse ; sans préjudice de la description de la pneumonie franche fibrineuse lobaire aiguë qu'on trouvera au volume VII.

Toute autre manière de présenter au lecteur les choses eût été un anachronisme, en même temps qu'un manquement aux vues gêné-

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raies dont ne peut plus ne pas se soucier la pathologie descriptive. Ils ne seraient plus de leur temps et ils s'exposeraient à être vieux dès demain, les pathologues qui n'appliqueraient pas au groupement des cadres symptomatiques, au rangement des peintures nosographiques, à la délimitation précise des termes, les notions exactes et lumineuses fournies par les études d'étiologie et de pathogénie microbiennes.

Si des chapitres entiers sont logiquement consacrés à la diphtérie, à la streptococcie, à la bacillose, si le présent chapitre est tout entier consacré à la pneumococcie, c'est que diphtérie, streptococcie, bacillose de Koch, pneumococcie, qui ont maintes analogies suggestives, gagnent, pour le complet entendement de chacune d'elles, à être rapprochées et étudiées en leurs caractères communs ; c'est que surtout, leur description générale menacerait de s'affaiblir, de s'évanouir même, si elle était mêlée à chacune des études particulières de leurs principales localisations ; c'est que le médecin s'apercevrait moins de la prépondérance que prennent légitimement en nosographie, comme ailleurs, les notions étiologiques et pathogéniques ; la nature d'une maladie, son évolution, les tendances qu'elle montre à se diffuser ou à se localiser, étant de bien autre importance que ses expressions symptomatiques, pour le médecin hanté de préoccupations diagnostiques, pronostiques, thérapeutiques et prophylactiques.

Il ne pourra plus ne pas avoir une notion claire, juste et large des choses de la pathologie descriptive, le médecin, qui après avoir lu l'histoire de la steptococcie, l'histoire de la pneumococcie, trouvera dans d'autres chapitres la description de l'érysipèle de la face et de la pneumonie. Sans qu'il soit besoin de faire appel à des prémisses de pathologie générale, le lecteur comprendra que l'érysipèle de la face n'est qu'un des modes de réaction du derme vis-à-vis du streptocoque, que ce n'est qu'un des modes localisés d'une maladie virulente, que ce n'est qu'une dermopathie microbienne; tout comme le croup n'est qu'une pathie laryngée provoquée par l'exsudation de la muqueuse au contact des bacilles de Lôffler et de leurs toxines ; tout comme la pneumonie fibrineuse lobaire aiguë n'est qu'une fièvre pneumopathique, c'est-à-dire une pathie à pneumocoques localisée, une localisation pneumococcique au cours de l'infection pneumococcique. Celle-ci, d'ordinaire localisée exclusivement à un lobe pulmonaire, peut parfois multiplier ses localisations dans le temps et dans l'espace, et déterminer ces pleurésies, arthrites, otites, méningites à pneumocoques, qui surviennent le plus souvent secondairement, après la défervescence de la pneumonie. Elle peut même diffuser (le pneumocoque envahissant alors le sang) et devenir maladie totius substantise, maladie infectieuse générale. Ce dernier fait, qui n'est qu'une exception chez l'homme, est au contraire de règle chez cer-

taines espèces animales, chez la souris par exemple, qui pour cette raison, est devenue ranimai réactif du pneumocoque.

BACTÉRIOLOGIE. — Nous définirons la pneumococcie l'ensemble des troubles organiques ou fonctionnels, localisés ou diffus, développés dans l'économie humaine par la pullulation d'un microbe spécifique, le diplocoque de Talamon-Fraenkel, agissant tant, in situ, par action de présence et de contact, que par toxémie, du fait de ses sécrétions, par ses toxines.

La localisation pneumococcique la plus commune, la plus anciennement connue, la plus facile à étudierétant la pneumonie, — d'où le nom de pneumocoque donné au microbe pathogène isolé et étudié par Talamon-Fraenkel, — il était indiqué de rechercher dans les crachats si épais, si abondants, si particuliers des pneumoniques, la cause spécifique de la pneumonie, la médecine moderne, incitée par les découvertes de Pasteur, se refusant à accepter l'aphorisme d'Hildenbrand : frigus pneumoniœ unica causa est. C'est en effet dans les crachats des pneumoniques, aussi bien que dans les alvéoles pulmonaires, qu'on parvint à isoler, reconnaître le microbe spécifique pathogène de la pneumococcie, tout comme c'est dans les fausses membranes angineuses ou laryngées qu'on mit à découvert le microbe de Lôffler.

L'étude de la pneumococcie comporte l'histoire de son élément pathogène, microbe spécifique, envisagé au point de vue :

De sa morphologie ;

De ses particularités biologiques;

De ses propriétés pathogènes chez les animaux;

De son développement chez l'homme.

Morphologie. — Examinés, soit dans les crachats, soit dans l'exsudat alvéolaire d'un pneumonique, les pneumocoques se montrent sous forme d'articles elliptiques, unis deux par deux, d'où l'expression de diplocoques, expression qui n'est point rigoureusement exacte puisque ces microbes ne sont pas de véritables cocci, c'est-à-dire des grains sphériques : ils sont au contraire allongés, leur extrémité est effilée, lancéolée (Talamon), en forme de grain de blé et non de grain de mil comme sont les véritables cocci, ils sont en forme de flamme de bougie (Netter). On peut voir les grains pneumococciques isolés ou groupés en chaînettes de trois ou quatre articles, mais ce n'est point la règle.

Le pneumocoque présente cette particularité bien spéciale de se montrer entouré d'une capsule, qui, lorsqu'on n'a pas fait agir les réactifs colorants, apparaît sous forme d'une auréole brillante, d'une sorte de halo. Cette capsule n'est pas une zone vide, il ne s'agit pas là d'une capsule renfermant simplement le microbe comme le ferait une boîte de montre, c'est une véritable atmosphère de constitution spéciale, qui est dissoute par les bases et dont la réalité est démontrée

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par divers procédés de coloration. Cette zone péridiplococcique fait du microbe de Talamon-Fraenkel une sorte de zooglée en miniature : c'est à elle qu'on a attribué la viscosité si spéciale des crachats pneumoniques.

Coloration. — Le colorant de choix, pour le pneumocoque, est le violet de gentiane en solution aqueuse ou en solution anilinée. Teinté par le violet de gentiane le pneumocoque présente cette particularité, très importante au point de vue du diagnostic microbiologique, de garder sa coloration après qu'il a été traité par la méthode de Gram.

Pour colorer la capsule, il faut avoir recours à certains artifices : par exemple immerger, pendant quelques minutes, la lamelle dans un bain de bleu phéniqué, puis la plonger dans le violet de gentiane. Les diplocoques apparaîtront en violet, la capsule apparaîtra bleutée. On peut encore tremper les lamelles dans une solution d'acide acétique à 1 p. 100, les laisser sécher puis les traiter par le violet gentiane ou encore les plonger dans la solution suivante :

Eau distillée 1 00 ] saturée à

Alcool 50 ( chaud de

Acide acétique 12,5 ) violet dahlia.

Par l'un ou l'autre de ces deux derniers procédés les microbes app \raîtront colorés en violet noir et leur capsule en rose pâle : lesdits pneumocoques traités par la méthode de Gram cesseront d'avoir leur capsule appréciable. Nous ne saurions trop insister sur ce détail qui est capital, il est de décisive importante en sémiotique bactérioscopique.

Cultures. — Deux choses sont indispensables au pneumocoque pour qu'il puisse cultiver : un milieu faiblement alcalin ; une température assez élevée, supérieure au moins à 24°, cette dernière condition exclut donc la gélatine comme milieu cultural.

Les milieux solides usités sont la gélose et le sérum gélatinisé : les tubes ensemencés, étuvés à 35°, donnent rapidement, parfois au bout de seize heures, des cultures appréciables qui se montrent sous forme de petits îlots arrrondis, translucides, à peine saillants, que A. Fraenkel a comparés à des gouttes de rosée.

Les meilleurs milieux liquides de culture sont le bouillon de veau et le bouillon de lapin. Le bouillon ensemencé avec le pneumocoque se trouble les premiers jours puis devient limpide et donne un précipité pulvérulent.

Examinés après naissance dans les milieux de culture, les pneumocoques se montrent souvent sous forme de chaînettes. Ces chaînettes sont composées d'éléments ovalaires coudés à angle obtus ou rectilignes, particularité qui les différencie des chaînettes de streptocoques, composées, elles, d'éléments très nettement arrondis.

Le pneumocoque se montre non capsulé sur les milieux de culture, excepté lorsqu'il a poussé sur le sérum solidifié ou dans le sérum liquide.

Le pneumocoque est à la fois aérobie etanaérobie. Il supporte bien les abaissements de température, mais il ne supporte pas les températures d'élévation, même moyenne; à 39° il pousse déjà moins bien qu'à 35° ; à 43° il cesse de cultiver ; à 42° il pousse encore, mais perd sa virulence, particularité qui a inspiré au Dr Papadopoulos, l'idée au moins originale de traiter les pneumoniques en les soumettant, deux heures durant, deux fois par jour, à des températures de 40° et 41° ; c'est ici le contre-pied de ce que se propose la méthode de Brand, qui s'attaque, elle, au malade, tandis que le Dr Papadopoulos s'attaque ou prétend s'attaquer directement au microbe pathogène.

Lorsqu'on fait des ensemencements quotidiens avec une culture de pneumocoques, on s'aperçoit, qu'au bout de six jours, parfois même plus tôt, les réensemencements restent stériles. Dans un même bouillon les cultures meurent rapidement en donnant une réaction acide. On peut prolonger leur existence en ajoutant au bouillon une pincée de carbonate de chaux qui neutralise l'acide au fur et à mesure de sa production. (Wurtzet Mosny.)

Dans les crachats desséchés, le pneumocoque conserve non seulement sa vitalité mais encore sa virulence, qu'on a pu constater après trente-deux jours (dans un cas), après quatre mois (dans un cas). Le fait est de première importance au point de vue de la dissémination, de la contagion de la pneumonie dans l'espace et dans le temps, au point de vue encore des mesures prophylactiques qui visent la destruction des crachats des pneumoniques.

Inoculation aux animaux. — La souris est l'animal réactif du pneumocoque : si on lui inocule sous la peau soit une culture active, soit une parcelle de crachat de pneumonique, elle meurt en général au bout de vingt-deux, trente-six ou quarante-huit heures. Au point d'inoculation on ne trouve qu'un peu d'oedème : la rate est grosse, le sang noir, présentant les caractères de ce qu'on appelait autrefois le sang dissous ; il fourmille de pneumocoques : l'examen microbiologique de tous les viscères révèle la présence de nombreux pneumocoques ; l'infection est partout, la pneumococcie est générale.

Après la souris c'est le lapin, puis le rat blanc et le cobaye, qui sont les plus sensibles. Le chien, le mouton sont assez réfractaires : chez eux l'injection de crachats pneumoniques dans le parenchyme pulmonaire provoque la production d'un bloc d'hépatisation analogue à celui qu'on observe dans la pneumonie lobaire aiguë franche de l'homme. Si au lieu de faire l'inoculation dans le poumon on la fait dans la plèvre ou dans la cavité péritonéale, on produit une exsudation de sérosité et de fausses membranes fibrinopurulentes.

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