ROLE PATHOGÈNE
bacilles provenant des voies biliaires d'individus affectés d'angiocholite (Charrin et Roger) (1), ou des fèces humaines normales (Gilbert et Dominici) (2). De même que chez l'homme, les microbes peuvent passer des voies biliaires dans le sang, réaliser la colibacillémie et occasionner diverses complications entre lesquelles l'endocardite (Gilbert et Dominici).
Affections des organes génito-urinaires. — De même que de l'intestin le colibacille peut s'étendre aux voies biliaires, de même des régions génito-urinaires externes, qu'il habite normalement, il peut gagner les organes génito-urinaires profonds.
L'envahissement des organes génitaux n'a été relevé que chez la femme, où même il est exceptionnel ; toutefois la présence du bacille d'Escherich a été constatée dans l'écoulement utérin d'une malade affectée de métrite (Gilbert), dans le pus d'une salpingite (Gilbert et Lion) et à l'exclusion du streptocoque dans le sang recueilli aussitôt après la mort, chez une femme atteinte d'infection puerpérale accompagnée d'endocardite (Rendu) (3).
L'infection des voies urinaires par le colibacille est fréquente dans les deux sexes. Les recherches d'Achard et Renault d'une part, celles de Krogius de l'autre, ont effectivement établi que le germe de l'infection urinaire, étudié par Clado (4) d'abord sous le nom de bactérie seplique de la vessie, par Halle et Albarran (5), ensuite, sous la désignation de Bacterium pyogenes n'est autre que le colibacille (6).
A la vérité, le colibacille n'est pas plus l'envahisseur exclusif des voies -urinaires que des voies biliaires, mais il en est l'envahisseur principal.
Le plus souvent l'infection des voies urinaires se produit à la faveur du cathétérisme, mais il n'en est pas toujours ainsi et le colibacille parvient quelquefois dans la vessie après avoir cheminé de proche en proche à travers l'urètre.
Il trouve dans le milieu urinaire un terrain de pullulation peu favorable et réclame souvent, pour produire la cystite, quelque condition adjuvante telle que, par exemple, la distension vésicale, liée à un obstacle au passage de l'urine.
(1) Charrin et Roger, Angiocholites microbiennes expérimentales (Bull, de la Soc. de biol., 1891).
(2) Gilbert et Dominici, De l'angiocholite et de la cholécystite colibaciîlaires expérimentales (Bull, de la Soc. de biol., 20 janvier 1894).
(3) Rendu, Infection colibacillaire post-puerpérale (Bull, méd., 1893, p. 819).
(4) Clado, Th. doct. Paris, 1886.
(5) Halle et Albarran, Bull, de VAcad. de méd., 1888.
(6) Morelle pense que ce germe est le Bacillus laclis aerogenes, c'est-à-dire notre paracolibacille du premier type. Il est possible que ce paracolibacille intervienne dans certains cas, de même que les autres paracolibacillcs (celui du deuxième type a d'ailleurs été rencontré par MM. Achard et Renault). Mais il n'a pas été observé jusqu'à ce jour, pas même par Morelle, puisque, dans les faits de cet auteur, il s'agissait de bactéries mobiles. Morelle, Étude bactériologique sur les cystites (La cellul*-, 1892).
634 A. GILBERT. — COLIBACILLOSE.
L'uretère, le bassinet, les calices, le parenchyme rénal pourront être envahis ultérieurement et pourront prendre naissance l'uretérite, la pyélite, la néphrite suppurative.
La sphère urinaire même est fréquemment dépassée, l'infection sanguine réalisée, avec ses conséquences. Il y a lieu de penser, notamment, que les paralysies dites urinaires (1) relèvent d'une action du colibacille ou de ses toxines sur la moelle épinière (Gilbert et Lion).
Expérimentalement l'on peut réaliser la production de la cystite purulente chez les animaux par l'inoculation intravésicale du colibacille, à la condition de pratiquer la ligature temporaire de la verge qui occasionne la distension vésicale, de même que l'on peut, par l'infection de l'uretère, suivie de sa ligature, amener le développement de l'uretérite, de la pyélite et de la néphrite suppurée (Halle et Albarran).
Affections diverses. — Si, le plus souvent il est aisé de suivre le colibacille dans son travail pathologique et de reconnaître la voie, ici intestinale, là biliaire, ailleurs génitale ou urinaire par laquelle il a pénétré dans l'économie pour aller à distance réaliser telle ou telle lésion organique, il est également des faits assez nombreux dans les-
(1) J'ai eu récemment l'occasion de vérifier la réalité de l'existence des paralysies humaines colibacillaires.
Chez une malade qui était atteinte d'une vaste suppuration des annexes gauches de l'utérus se développa une paralysie qui, ayant débuté par les membres supérieurs, s'étendit aux membres inférieurs, au tronc et au cou, respectant la vessie et le rectum, s'accompagnant d'une très légère anesthésie des extrémités et d'un certain engourdissement des fonctions cérébrales. Au bout de quarante-huit heures, la paralysie était presque absolue. En même temps, l'état général était des plus graves, la température était élevée, et le muguet s'était montré à la fois dans les diverses parties de la bouche et de la gorge.
C'est dans ces conditions que, par une incision faite à la paroi abdominale, M. Hartmann donna issue à un litre environ d'un pus d'odeur fécale.
Ce pus contenait le colibacille à l'état de pureté.
A partir de l'opération, un changement à vue s'opéra dans l'état général de la malade, la fièvre tomba et le muguet disparut comme par enchantement.
Quant à la paralysie, elle s'accentua davantage encore pendant cinq jours, au point de devenir véritablement absolue, puis elle commença à rétrocéder au niveau des membres supérieurs d'abord, des membres inférieurs ensuite.
Cependant, la torpeur générale s'était rapidement dissipée, la légère anesthésie des extrémités s'était progressivement effacée, la vessie et le rectum avaient continué à jouir de leurs fonctions. Les masses musculaires étaient devenues le siège d'une sensibilité douloureuse assez vive. Vingt-cinq jours après l'opération s'étaient montrés les signes d'une cystite purulente légère qui dura trois semaines environ.
De même que le pus précédemment évacué, l'urine contenait exclusivement le colibacille.
Aujourd'hui, quatre mois après sou début, la paralysie n'a pas encore complètement cédé ; cependant la malade peut se servir de ses mains et commence à marcher.
Il n'y avait pas chez cette malade d'infection générale, de colibacillémie, ainsi qu'en témoigne l'amendement des phénomènes déterminé par l'intervention chirurgicale, mais une infection locale par le colibacille. Le foyer infectieux avait été le point de départ d'une intoxication générale dont la paralysie avait été la conséquence et l'un des principaux effets.
Je rapporterai prochainement tous les détails de cette observation dans une étuda 6ur la paralysie colibacillaire.
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quels il a été incriminé sans que le lieu de sa pénétration ait pu être retrouvé.
Il en était ainsi dans certains cas d'endocardite (Gilbert et Lion, Thiroloix, Macaigne), de pleurésie (Widal, Dumontpallier), de méningite (Neurnann et Schaeffer, Adenot, Netter), de méningite et d'arthrites (Sevestre 'il Gastou), de thyroïdites (Tavel), de néphrite (Fernet et Papillon, Chantemesse et Widal, Achard et Renault, Netter, Jeanselme), d'hépatite et d'ictère grave (Hanot).
Tantôt, dans ces observations, il s'agissait du colibacille typique et tantôt des types paracolibacillaires.
Le germe rencontré dans l'endocardite par MM. Gilbert et Lion (1), notamment, différait du colibacille typique par son immobilité, par sa grande virulence et la haute toxicité de ses produits solubles,par la facilité avec laquelle il réalisait chez l'animal l'endocardite, l'artérite et surtout soit la méningite, soit la paraplégie tardive sans lésion appréciable du système nerveux.
D'après cet aperçu, on peut juger de l'étendue du domaine pathologique du colibacille. Ce germe réputé banal ou même utile, en réalité est un ennemi vigilant, caché dans l'organisme, prêt à profiter de ses défaillances. Lorsque l'occasion propice lui fait défaut pendant la vie, à peine s'est-elle éteinte qu'il envahit rapidement les organes (Wurtz et Hermann) (2) et devient ainsi un des principaux agents de la décomposition cadavérique.
(1) Gilbert etLioN, Microbe de l'endocardite infectieuse (Bull.de la Soc. de biol. 1888).
(2) Ces auteurs ont constaté la présence du colibacille dans les viscères de l« moitié des cadavres, vingt-quatre heures après la mort en été.