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L. THOINOT

Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, Médecin des hôpitaux.

HISTORIQUE (1). —La fièvre typhoïde semble avoir existé de tout temps, mais elle n'a été que bien tard séparée du chaos des fièvres diverses qui ont avec elle quelque point de contact.

Les grands cliniciens du siècle dernier, Huxham, de Haën, Stoll, etc., savaient la reconnaître, et c'est elle qu,lluxham,enl739,a peinte sous le nom de fièvre lente nerveuse, tandis qu'il décrivait le typhus sous celui de fièvre putride, maligne ou péléchiale 2}.

Mais bientôt ces justes notions furent oubliées et au commencement du xixe siècle la confusion la plus absolue régnait dans la classification des fièvres.

En 1813, Petit et Serres commencèrent l'œuvre d'analyse (3).

« Dès 1820, Bretonneau faisait connaître à Paris ses recherches sur une maladie dont le siège semble être exclusivement dans les glandes de Peyer et de Brunner, qu'on rencontre dans le jéjunum, l'iléon et le gros intestin, maladie à laquelle il donnait le nom de dothiénentérie, ou dolhiénentérile (4). »

(1) Cet article d'ensemble sera nécessairement fort bref. A qui voudrait connaître en détail l'histoire et les historiens de la fièvre typhoïde au xvur3 siècle et dans les premières années de celui-ci, nous conseillons la lecture du chapitre du

livre de Murchison que nous ne pouvons refaire ni ne voulons résumer ici. Quant aux notions plus modernes qui composent à l'heure actuelle le bilan de nos connaissances sur la fièvre typhoïde, nous renvoyons le lecteur aux chapitres spéciaux où l'historique de chaque point est l'objet de plus longs détails.

(2) Le morhus mucosus que Roederer et Wagler ont décrit à propos de l'épidémie de Gôttingen (1760-1761) et qu'on cite volontiers comme une fièvre typhoïde, ne serait, au dire de Murchison, dont les consciencieuses recherches historiques nous semblent faire autorité, que du typhus et de la dysenterie.

(3) Petit et Serres, Traité de la fièvre entéro-mésentérique.

(4) Citation de Trousseau (Arch. de méd., 18261.

Tous ces travaux constituent une introduction au beau livre de Louis (1829) qui imposa à la maladie le nom de fièvre typhoïde sous lequel elle devait désormais être connue en France (1). Louis, « qui est la plus grande des autorités mortes ou vivantes dans tout ce qui se rapporte à l'histoire naturelle de cette fièvre, dont la monographie est unique en médecine, comme un modèle de recherches attentives (2), » a fixé sur des bases inébranlables Y histoire anatomo-clinique générale de la fièvre typhoïde, que Trousseau et Chomel développaient peu de temps après, et qu'ont retracée à l'étranger W. Jenner, Griesinger, Murchison, Liebermeister. L'œuvre de Louis n'a rien perdu de sa valeur : plus d'un fait, qu'on a trop facilement cru nouveau, s'y trouve décrit, et toute monographie de la fièvre typhoïde doit encore lui emprunter ses éléments principaux.

Les recherches de Louis furent à peine publiées que de tous côtés on chercha à les vérifier, et il advint qu'en Angleterre parmi les malades qui avaient présenté les caractères de l'affection typhoïde pendant la vie, les uns offraient à l'autopsie l'altération des plaques de Peyer, et les autres non : on en conclut que cette altération « n'était pas essentielle à l'affection typhoïde, que celle-ci pouvait très bien exister sans elle » (Louis).

C'est ainsi que commença entre le typhus et la fièvre typhoïde une confusion qui régna longtemps, qui eut droit de cité en France à l'Académie avec le mémoire couronné de E. Gaultier de Claubry (1838) (3). Il a fallu bien des années pour détruire cette erreur, et à cette œuvre sont attachés les noms de Shattuck (de Boston), Gerhard et Pennok (de Philadelphie), — qui, tous trois, avaient étudié la fièvre typhoïde à Paris, — de Valleix, Rochoux, Barlow, Stewart, et enfin de W. Jenner (1849-1851) qui mit péremptoirement fin à cette déplorable confusion.

L'étiologie de la fièvre typhoïde passait au second plan à cette époque d'édification anatomique et clinique. La doctrine contagionniste de Gendron, Bretonneau, puis Piedvache, resta sans écho devant l'opposition de l'école de Paris. En 1856, parut en Angleterre le premier essai de Budd, bientôt suivi des études étiologiques de Murchison, et ainsi se trouva inaugurée avec éclat cette série de travaux relatifs aux causes de la fièvre typhoïde, qui devait aboutir aux études biologiques d'Eberth, de Gaffky, et au grand mouvement contemporain relatif à la doctrine de la transmission par l'eau qui, si elle n'est pas née en France, mais en Angleterre, a du moins trouvé chez nous toute l'ampleur de son développement, et a forcé l'attention du public au grand profit de la prophylaxie.

(1) Louis, Recherches anatomiques, pathologiques et thérapeutiques sur la fièvre typhoïde, lr° édition, 1829. — 2e édition. 2 vol. in-8, 1841.

(2) Budd, Typhoïd fever. London, 1873.

(3) E. Gaultier de Claubry, De l'identité du typhus et de la fièvre typhoïde, 1838 (il/e'/n. de L'Acad. de mèd.% t. VII, édité en 1844).

ÉTIOLOGIE. — La f. typhoïde est fonction d'un microorganisme connu sous le nom de bacille d'Eberth. Le bacille d'Eberth s'introduit surtout dans l'organisme humain par le tube digestif, et à ce titre Y eau paraît le véhicule lephis ordinaire et le plus redoutable de l'agent pathogène : voilà les données fondamentales de l'étiologie actuelle de la f. typhoïde. Elles ne sont assurément ni complètes ni définitives, mais la part de vérité qu'elles contiennent a du moins fourni contre l'affection des armes prophylactiques qui, bien maniées, ont toujours réussi à diminuer la f. typhoïde dans des proportions considérables, et en ont fait aujourd'hui une maladie presque absolument évitable.

I. Historique des principales doctrines étiologiques de la lièvre typhoïde. — A. Les premiers coiitagionnïstes. — En 1828, un médecin de Nancy, le Dp Leuret, communiquait à l'Académie de médecine un mémoire sur des clothiénentérites observées à Nancy en 1828, et prononçait le nom de contagion dans cette affection.

En 1829, la question se posa de nouveau devant l'Académie de médecine avec les mémoires de Gendron (1) et de Bretonneau (2).

Les idées de Bretonneau et de Gendron ne rencontrèrent pas grand crédit. Chomel n'osait pas nier la contagion mais n'y croyait guère à Paris, dans les hôpitaux ; Rochoux contesta môme les arguments de Bretonneau, et les grands cliniciens de l'école de Paris restèrent longtemps incrédules aux arguments des observateurs de province.

En 1849, paraît enfin le mémoire de Piedvache (de Dinan) (3) terminé par cette considération qui contient en germe presque toute l'épidémiologie de la f. typhoïde :

L'apparition des divers cas est successive et suit Tordre des rapports intimes des individus entre eux, quand ils sont le produit de la contagion; eTe est simultanée et indépendante de ces rapports, quand elle tient à ce qu'on est convenu d'appeler l'influence épidémique.

Ce mémoire clôt ce qu'on peut appeler la période historique des recherches sur la contagion de la f . typhoïde.

B. Théorie pyUio^éiikpiede Murchison. — Cette théorie célèbre a régné pendant de longues annéesen Angleterre, où, concurremment avec celle de Budd, elle a eu le mérite de provoquer les beaux travaux d'assainissement, qui ont longtemps mis les cités anglaises au premier rang des villes assainies.

Elle a été exprimée en 1858 par son auteur (4), puis formulée à

(1) Gendron (Esprit) Doth ion entérites observées aux environs de Château- du-Loir, (Arch. de méd., Ie année, t. XX).

(2) A. Bretonneau, Notice sur la contagion de la dothiénentérie, lue à l'Acaci. de méd., le 7 juillet 1829 (Arch. de méd., 1829, t. XXI).

(3) Piedvache, Recherches sur la contagion de la fièvre typhoïde et principalement sur les circonstances dans lescpiclles elle a lieu (Mém. Acad. de méd., 18: 0).

(4) Murchison, Contribution to the etiology ofeontinued fevers (Med. chir. trans.. 1858)

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nouveau dans le célèbre Traité des fièvres continues de ta Grande- Bretagne.

Murchison Ta résumée dans les propositions suivantes :

1° La fièvre typhoïde est ou une maladie endémique, ou une affection se manifestant par épidémies circonscrites.

2° Elle sévit avec plus d'intensité en automne ou après les temps chauds.

3° Elle est indépendante de l'agglomération, et attaque indistinctement le riche et le pauvre.

4° Elle peut naître indépendamment d'un cas antérieur par la fermentation des matières fécales et peut-être par la fermentation d'autres formes de matières organiques.

5° Elle peut être communiquée par les malades aux personnes saines. Dans ce cas le poison ne s'échappe point du corps sous une forme virulente comme dans la petite vérole, mais il est développé par la décomposition des excréments après leur expulsion.

6° Conséquemment une épidémie de fièvre typhoïde implique un empoisonnement de l'air, de l'eau potable (1), ou des autres substances ingérées, par des matières excrémentitielles en décomposition.

Génération a novo ou spontanée de la f. typhoïde sous l'influence de causes banales, telle est la doctrine de Murchison qu'on peut résumer en paraphrasant l'aphorisme de Budd : Pour faire de la f. typhoïde, il ne faut pas nécessairement de la f. typhoïde ; il suffît d'une fermentation banale, d'une corruption non spécifique de l'air respiré ou de Veau ingérée.

C. Théorie de Petteukoffer. — Je ne sais, disait l'éminent hygiéniste allemand, quelle est la cause de la maladie, mais je crois pouvoir la rattachera la variation du niveau de la nappe des puits. Le rôle de ces variations est de permettre aux eaux souterraines d'humecter le sol, et de se retirer en le laissant humide. C'est quand il est ainsi convenablement humecté qu'il devient dangereux. Trop de sécheresse du sol et trop d'humidité nuisent à l'éclosion de la maladie.

Cette théorie où la nappe souterraine joue le rôle primordial, avec addition de considérations quelque peu mystérieuses sur les rapports du sol humecté et de la virulence de l'agent pathogène, sur la maturation des germes dans le sol (Grundwassertheorie), théorie qui englobe et la pathogénie du choléra et celle de la f. typhoïde, a joui d'une grande vogue en Allemagne, jusqu'au jour ou l'école de Berlin lui a opposé la théorie de la propagation par l'eau de boisson.

En France, la théorie localiste de Pettenkoiïer n'a jamais réuni que de rares partisans.

(1) Voir en particulier les épidémies de Ratho, de Cbarmouth, de Guilford, de Bcdford, in Murchison, p. 75 et seq. de la traduction française.

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D. Doctrine étiologique de Budd (1). — La base de la doctrine de Budd c'est que pour faire de la f. typhoïde, il faut de laf. typhoïde, c'est que, en d'autres termes, toute f. typhoïde est le produit d'une f. typhoïde antérieure.

Dans les maladies contagieuses le produit le plus caractéristique de la maladie est le véhicule principal du poison morbide : le flux diarrhéique est donc le véhicule du contage typhoïdique. La contagiosité commence avec ce symptôme et persiste pendant toute sa durée.

Répandu dans les cabinets, .es* égouts, le poison typhoïdique sème la f. typhoïde le long de ces conduits et autour des cloaques infects qui, dans la campagne, reçoivent les matières de vidange. Les regards d'égout, les sièges des cabinets d'aisances, non munis de plaques convenables, qui permettent la communication de lair des réservoirs des vidanges avec l'atmosphère des rues, ou des habitations, peuvent devenir autant de portes ouvertes à la contagion ; et ainsi s'expliquent nombre défaits épidémiques développés dans les prisons, les casernes, les asiles, etc.

Les vêtements, les linges, les effets d'habillement et de literie qui ont servi aux malades peuvent être les véhicules de la contagion.

Les mains des infirmiers et des gardes-malades souillées par les excrétions morbides peuvent aussi transporter le contage et même communiquer cette propriété à certains aliments qu'elles préparent et qu'elles touchent.

Dans tous les modes de contagion sus-énoncés, c'est-l'atr qui véhicule le poison, et il est certainement l'agent de transmission le plus actif, mais les boissons ont aussi leur rôle. Sortant de l'intestin malade sous forme de liquide, la matière morbigène infecte le sol; de là, s'inflltrant dans la terre, elle peut arriver jusqu'aux réservoirs qui contiennent l'eau destinée aux boissons, et Budd, se servant de l'acide phénique, a plus d'une fois décelé dans des foyers de f. typhoïde la communication entre la fosse et le réservoir d'eau potable.

La doctrine de Budd, a été exposée pour la première fois en 1856, et reprise avec son entier développement en 1873 (2). Elle est la transition naturelle du passé au présent, des conceptions anciennes à la conception actuelle.

IL Données actuelles de l'étiolog-ic de la f. typhoïde. — La f. typhoïde est fonction d'un germe dont l'action pathogène est à peu près universellement reconnue aujourd'hui, le bacille d'Eberth.

Pour pénétrer dans notre organisme, ce germe doit emprunter divers véhicules dont la nature précise, la puissance et le mode d'action doivent être fixés.

Tout organisme envahi par le bacille d'Eberth n'est pas infecté

(1) Nous empruntons la substance de cet article à la longue et précise analyse que N. Gueneau de Mussy a faite des travaux de Budd.

(2) Budd, Lancet, 1856. — Budd. Tvphoïd fever : ils nature... etc. I.ondon, 1873.

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nécessairement : à l'action de la cause première il faut l'aide des causes secondes.

Nous avons donc à passer successivement en revue : A) le bacille d'Eberth ; B) les véhicules du bacille ; G) les causes secondes.

A. Étude du bacille d'Eberth. — Nous ne donnerons du bacille d'Eberth que les notions strictement nécessaires.

C'est à Eberth qu'on doit les premières notions précises sur le bacille pathogène de la f. typhoïde qu'il décela sur des coupes d'organes de typhoïdiques (1880 à 1882). La découverte d'Eberth fut contrôlée et confirmée par Koch, Meyer en Allemagne, Coats et Crooke en Angleterre. Après l'étude fondamentale d'Eberth, il faut signaler le travail de Gafîky, qui, le premier, isola et cultiva sur gélatine et sur les divers milieux usuels le bacille découvert par Eberth et en fit une étude complète.

Le bacille pathogène de la f. typhoïde possédait désormais son autonomie : les travaux de Gaffky furent vulgarisés en France par la thèse d'Artaud 1885) et le mémoire de Chantemesse et Widal (1887).

Le fait le plus saillant de l'histoire ultérieure est l'essai d'identification que tentèrent MM. Roux et Rodet entre le coli-bacille et le bacille d'Eberth, essai qui n'allait à rien moins qu'à enlever au bacille typhoïdique tout caractère spécifique, et à rééditer sur le terrain biologique les théories de banalité de la f. typhoïde édifiées par Murchison. La lutte a été vive, et de nombreux travaux ont vu le jour sur cette question : somme toute, l'autonomie du bacille d'Eberth reste entière, mais bien des points, qui paraissaient acquis par les travaux anciens, sont certainement à revoir sur les données nouvelles.

D'une façon générale le bacille d'Eberth se présente sous la forme d'un petit bâtonnet arrondi à ses extrémités, long de 2 à 4 (*, et trois fois plus long que large. Le pléomorphisme du bacille d'Eberth, surtout en culture, est d'ailleurs assez prononcé. Examiné en goutte pendante, le bacille typhoïdique se montre très mobile, et cette mobilité est due aux cils que possède, au nombre de dix à vingt, ce microorganisme. Le bacille d'Eberth prend les colorations simples à l'aniline, mais n'est pas coloré par les méthodes composées de Gram, Weigert, Gram-Kuhne. Le bacille d'Eberth se cultive aisément dans le bouillon, le lait, dans la gélatine, qu'il ne liquéfie pas, sur gélose, sur pomme de terre. Sur gélatine en plaques, sur pomme de terre il peut prendre des apparences spéciales : c'est ainsi que les colonies de bacille typhique sur gélatine ont pu être comparées (Chantemesse et Widal) à une montagne de glace, etc. ; que, sur pomme de terre, les mêmes auteurs ont décrit une multiplication sans culture apparente à l'œil nu, produisant seulement sur la strie d'inoculation une traînée humide. Mais ces caractères sont à ce point inconstants qu'il vaut mieux ne pas compter sur eux pour établir le diagnostic.

En culture, le bacille typhoïdique a tantôt, et le plus souvent, l'aspect décrit ci-dessus, comme caractère général, d'un petit bâtonnet prenant pleinement la couleur; tantôt un aspect allongé, filamenteux,

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dans les cultures anciennes par exemple; tantôt enfin il se montre — et c'est un aspect que l'on trouve aussi chez le microbe provenant directement de l'organisme — sous la forme d'un bacille à espace clair, c'est-à-dire prenant la couleur seulement à ses deux extrémités.

La spore du bacille typhoïdique ne nous est pas connue : les assertions de Gaffky ont été contredites à bon droit par Bûchner.

Les cultures du bacille d'Eberth ne donnent pas lieu au développement de Yindol, et ce microorganisme ne détermine pas la fermentation du sucre de lait, c'est-à-dire que, dans un bouillon lactose ensemencé avec le bacille d'Eberth, il ne se fait aucun dégagement de bulles gazeuses, et que le lait de culture reste incoagulé.

La toxine typhoïdique nous est peu connue. La typhotoxine de Brieger est allée rejoindre les toxines si facilement extraites par cet auteur de toutes cultures microbiennes. Les travaux plus récents de MM. Brieger et Fraenkel (1890) ne nous ont pas davantage éclairés sur la question, et, somme toute, nous ne possédons même pas encore sur la nature de la toxine typhoïdique les notions approximatives que nous avons des toxines tétanique et diphtéritique. Il faut s'en tenir, quand on veut étudier celte toxine, au produit complexe formé par le liquide de culture stérilisé ou filtré. Les propriétés expérimentales de ce produit seront analysées ailleurs.

Il faut terminer ce chapitre par quelques mots des caractères différentiels entre le coli-bacille et le bacille typhoïdique.

De tous les caractères différentiels accumulés pour prouver la distinction des deux microorganismes, contestée par MM. Rodet et Roux (de Lyon), il en est deux qui priment tous les autres, les caractères séparatifs tirés de la morphologie, de l'apparence des cultures, etc., étant au moins secondaires, pour ne pas dire nuls. Le bacille d'Escherich fait fermenter les bouillons lactoses et coagule le lait (Perdrïx, Chantemesse et Widal) ; sa culture donne la réaction de Yindol : propriétés biologiques qui sont l'une et l'autre étrangères au bacille typhoïdique.

B. Les véhicules du germe typhoïdique. — Modes divers de la transmission typhoïdique. — Épidémiologie générale. — Le bacille d'Eberth est, nous le savons, la cause déterminante de la f. typhoïde : on ne devient typhoïdique que pour avoir introduit dans son organisme cet agent pathogène.

Le bacille d'Eberth émigré hors du corps du typhoïdique presque exclusivement avec les selles. Pour infecter de nouveaux organismes sains il doit emprunter divers véhicules qui le ramèneront au contact intime de ces organismes, et ces véhicules sont naturellement les substances variées qui peuvent se charger de matières fécales typhoïdiques.

Eau et f. typhoïde. — Dès longtemps déjà, le rôle de l'eau comme

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créateur de foyers typhoïdiques avait apparu à divers observateurs, dont le plus aucien paraît avoir été Dupré (1823) (1).

Nous avons dit ailleurs que Murchison et Budd avaient conçu et dénoncé le rôle de l'eau, banalement souillée pour l'un, spécifiquement contaminée pour l'autre.

11 est aussi deux noms que, dans cette période initiale, il faut mettre hors de pair : en Angleterre, celui de Carpenter qui, lors de l'épidémie de Croydon, dès 1865, sut nettement discerner le rôle de l'eau, et réclamer avec une insistance toute spéciale des mesures qui aboutirent à l'extinction de la f. typhoïde épidémique à Croydon ; et celui de notre compatriote le Dr Michel (de Chaumont) qui, pendant de longues années, proclama l'influence de la détestable eau potable consommée à Chaumont (1854), parvint à en donner une éclatante démonstration à diverses reprises, et fit mieux encore en provoquant l'adduction d'une eau de meilleure qualité, qui amena un changement radical dans l'état sanitaire de la ville. Les faits s'accumulèrent bientôt, et la période de 1880 à l'heure actuelle en compte un nombre considérable.

En France, deux faits surtout ont eu un grand retentissement et ont contribué entre tous, nous semble-t-il, à établir dans l'opinion médicale la croyance au rôle de Veau potable : l'épidémie d'Auxerre (1882- 1883), rapportée par Dionis, et l'épisode de Pierrefonds, relaté par l'un de nous (188G).

Ce dernier fait inaugura la campagne entreprise au Comité consultatif d'hygiène et à l'Académie de médecine, campagne qui a fait passer dans le domaine public des notions qui n'étaient auparavant le partage que d'une très petite partie du monde médical, et a surtout donné à la prophylaxie publique etprivée de la f . typhoïde une large impulsion.

Preuves de l'action typhoïgène de l'eau. — Le rôle de l'eau est affirmé par deux ordres de preuves : les unes relèvent de /' observation des faits, les autres sont tirées de V examen même de Veau incriminée.

A. Preuves tirées de l'observation des faits. — Elles ont les premières établi le rôle de l'eau, et sur des bases tellement rigoureuses que les seules contestations produites à l'heure actuelle portent, non sur la réalité des relations de laf. typhoïde et de l'eau, mais sur l'interprétation du rôle intime de l'eau.

Les faits démontrant les relations de la f . typhoïde et de l'eau peuvent être rapportés à deux catégories : dans la première, la plus démonstrative, Veau reçoit le germe typhoïdique, émané de l'intestin d'un malade nommément déterminé, le véhicule à une collection d'individus et sème la f. typhoïde parmi eux, et parmi eux seuls.

Dans la seconde catégorie, une eau déterminée gouverne l'apparition et l'existence de la f. typhoïde dans un groupe d'individus : d

^i; Arnoui.d, Gaz. mèd., 1875.

s'agit d'une eau souillée banalement, et qu'on peut à juste titre croire aussi souillée par le germe spécifique, mais sans qu'il soit possible de* nommer le ou les typhoïdiques auteurs de la contamination.

1° Une eau potable reçoit des déjections de typhoïdiques : elle est consommée par une collection d'individus, sème la f. typhoïde parmi eux et parmi eux seuls.

Nous nous bornerons aux deux exemples suivants, également démonstratifs.

1. Épidémie d'Auxerre (1882-1883) (Dr Dionis). — En 1882, au commencement de septembre éclata tout à coup une épidémie qui, dans les deux seuls mois de septembre et d'octobre fit quatre-vingt-douze victimes et frappa plusieurs centaines de sujets. Dionis remarqua que la distribution de la f. typhoïde était exactement calquée sur la distribution des eaux : là où on ne buvait pas l'eau de Vallan il n'y avait pas de f. typhoïde, là où cette eau était consommée les atteintes étaient nombreuses.

De deux casernes — Tune où Y encombrement était porté à l'excès (8200 soldats y avaient été entassés pour les manœuvres), l'autre au contraire peu peuplée et réservée à Pétat-major et à l'administration — la première fut épargnée, l'autre très atteinte : la première ne consommait pas Peau de Vallan, la seconde la recevait au contraire.

Dans un quartier très frappé se trouvait une impasse qui compte soixante habitants : on y consommait l'eau de puits ; il n'y eut pas un malade. Deux couvents séparés par un seul mur d'appui payent l'un un large tribut : il a l'eau de Vallan ; l'autre n'a pas de malade : il a Peau d'un puits particulier.

Dionis apprit bientôt que du 15 au 24 août, le Dr Houdet avait soigné au village de Vallan une jeune femme atteinte de f. typhoïde avec diarrhée abondante, dont les déjections étaient jetées sur un tas de fumier qui touche à la source alimentant Auxerre. Dionis versa sur ce fumier une solution alcoolique d'aniline : et vingt minutes après il vit apparaître l'eau rouge, non dans la grande source même, mais dans la petite source qui vient déboucher bord à bord avec elle.

2. Épidémie de Villerville (1890) (Brouardel et Thoinot). — VillerviLle, station balnéaire du Calvados, a deux alimentations en eau : l'une dite source Leroy, l'autre dite de l'Étang ou des Concessions.

Le 4 août 1890, arrivait du Havre, déjà malade, en pleine évolution typhoïdique, le nommé C... Il s'alite, et ses déjections jetées dans le caniveau de la route de Honfleur vont, par la pente naturelle, se déverser directement, avec les eaux du caniveau, dans la caisse qui sert de départ aux eaux de l'Etang.

Huit jours après, débute une épidémie qui frappe vingt-huit individus en un court espace de temps : dix-neuf cas sont massés en douze jours.

Cette épidémie se limite strictement aux tributaires de Veau de VEtang, respectant entièrement les tributaires de la source Leroy. Vingt chalets de bai gneurssont abonnés à l'eau de l'Étang: sept sont pris et dans chacun le tribut principal est payé non par les maîtres, buvant surtout à table de Peau minérale, mais par les domestiques usant directement de l'eau servie par les robinets de la maison. Un chalet n'a pas Peau de la concession, mais va faire s» provision dans une des maisons abonnées : relié artificiellement à la concession, il partage le sort des concessionnaires; il a deux cas de f. typhoïde.

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Au milieu de la zone touchée, une très importante agglomération n'a pas un cas : rhôtel Bellevue ; la table était approvisionnée en eau de la source Leroy.

Nous pourrions citer encore les épidémies de Caterham (Thorne-Thorne), de Lausen (Hœgler), etc. L'un de nous a publié dernièrement (1) une étude des causes de la f . typhoïde à Besançon qui est un des documents les plus complets et les plus démonstratifs que l'on ait en l'espèce.

2° Une eau déterminée, à souillure banale certaine, à souillure spécifique presque avérée, gouverne et règle les manifestations tgphoïdiques dans la collection des individus qui la consomment.

Deux groupes sont à créer dans les exemples que nous allons donner à l'appui de cette formule.

Au lycée de Quimper, à Clermont-Ferrand, nous verrons une manifestation typhoïdique en rapport topographique absolu avec la distribution d'une certaine eau : ceux-là seuls qui la consomment sont pris à l'exclusion de tous autres. A Angoulême, à Rennes, nous verrons la f. typhoïde suivre les variations d'une distribution d'eau potable, monter et baisser suivant que cette eau entre ou non dans la consommation, disparaître même, ou à peu près, du jour où le service de l'eau typhoïgène est supprimé.

Premier groupe. — 1. Épidémie du lycée de Quimper (1886) (L. Thoinot).

— La ville de Quimper ne comptait pas un seul cas de f. typhoïde quand une épidémie éclata dans le lycée nouvellement bâti : pensionnaires, demi-pensionnaires, personnel, tous payèrent tribut (trente-quatre cas) à l'exception des cent cinquante-cinq externes, dont pas un ne fut atteint. La déduction logique faisait rejeter toute influence d'émanations putrides ou d'égouts, auxquelles les externes eussent nécessairement payé tribut, comme les autres.

L'origine alimentaire de l'épidémie était seule acceptable, les externes ne mangeant pas au lycée; et dans l'alimentation, seule l'eau consommée était le point commun à tous les groupes atteints dans la population du lycée.

I/eau du lycée de Quimper était nettement distincte de Veau consommée en ville :e\le provenait de puits et de citernesintérieurs. En ville, iln'y eut pas un cas de f. typhoïde, ou plutôt il y en eut un seul, celui de la femme G..., grande buveuse d'eau, qui profitait de ses relations avec le concierge du lycée pour venir chaque jour faire à la loge une provision de deux à trois litres d'eau.

2. Épidémie de Clermont-Ferrand (1886) (Brouardel et Chantemesse) (2).

— En septembre 1886, une épidémie de fièvre typhoïde éclate à Clermont- Ferrand, brusquement disséminée dans toute la ville, frappant la population civile et militaire, puis l'épidémie subit une décroissance très nette en octobre, mais reparaît plus violente en novembre et en décembre.

Dans un rayon de 2 ou 3 kilomètres, Clermont est entouré de plusieurs petites villes : Mont-Ferrand, Royat, Chamalières. Une seule de ces villes subit l'épreuve d'une véritable épidémie de fièvre typhoïde, qui débute en

(1) L. Thoinot, Étude sur les causes de la f. typhoïde à Besançon et en particulier sur les causes de l'épidémie qui a sévi dans cette ville d'octobre 1893 à mars 1894 (Ann. d'hyg., t. XXXIII, p. 147).

(2) Buouakdel et Chantemesse, Enquête sur les causes de l'épidémie do fièvre typhoïde qui a régné à Clermont-Ferrand (Ann. d'hyg., 1887, t. XVII, p. 385).

même temps que celle de Clermont, offre le même temps d'arrêt, en octobre, reparaît plus violente en novembre et décembre : c'est Mont-Ferrand. Mais c'est aussi Mont-Ferrand qui seule est alimentée par la même source que Clermont; à Royat et à Chamalières les malades atteints étaient venus travailler à Clermont, et y avaient contracté les germes de la f. typhoïde. Royat et Chamalières sont alimentés d'eau par des sources spéciales n'ayant aucun rapport avec l'eau d'alimentation de Clermont et de Mont-Ferrand.

Deuxième groupe. — La f. typhoïde à Angoulême et à Rennes (L. Thoinot).

— Angoulême, jusqu'en 1889, recevait ses eaux potables delà Charente et surtout de la Touvre. La prise de la Charente s'effectuait près du pont Saint- Cybard . Deux des égouts les plus importants venaient aboutir à la Charente, en amont de la prise d'eau ; un de ces égouts recevait sur son parcours le contenu de vingt-neuf fosses d'aisances. La Touvre recevait en amont de la machine élévatoire les souil-

feplembre

tt ?

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