CHAPITRE III
RUBÉOLE
(roséole épidémique)
Sous le nom de roséole, on trouve dans le traité de Rilliet et Barthez la description d’une maladie éruptive, dont les traits symptomatiques et la nature manquent de précision ; une courte leçon de Trousseau consacrée au même sujet, ou du moins avec le même titre, semble faite d’après des documents personnels très restreints, c’est elle cependant qui a servi de modèle à la plupart des descriptions françaises ultérieures, et l’on a continué de dire « roséole de Trousseau ». MM. Roger et Damaschino (* (**)), d’Espine et Picot décrivent, sous le nom de roséole, une maladie qui tient à la fois de la roséole de Trousseau et du rœtheln. Cependant M. Jaccoud consacre à la rubéole quelques lignes, dont les principaux traits sont empruntés à la littérature allemande. Quelques revues fort intéressantes de MM. Longuet (2), Morel-Lavallée (3), Brocq (4), quelques observations de MM. Lecorché et Talamon^), Bourneville et Bricon (6), Raymond (7), Comby (8), Arnozan (9), la thèse de M. Delastre (10), enfin une discussion récente à la Société médicale des hôpitaux, constituent les seuls documents français sur la question (“).
C’est à l’étranger qu’il faut chercher et les documents et la maladie. Il règne à son sujet des confusions de mots, des malentendus, qui ne contribuent pas peu, si l’on y joint l’irrégularité de sa marche et la polymorphie de son éruption, à jeter le trouble dans l’esprit du clinicien et le discrédit sur l’entité morbide rubéole. Aussi, beaucoup d’auteurs doutent-ils de l’existence de la rubéole ( rœtheln des Allemands), tandis que d’autres nient absolument son existence (Sanné). D’autres enfin, identifient la rubéole et la roséole de Trousseau. Il faut donc encore à l’heure actuelle, défendre l’existence de la rubéole,
(*) Roger et Damaschino, Dict. encyclop. des Sc. méd., art. Roséole.
(s) Longuet, Un. méd., déc. 1883.
(3) Morel-Lavallée, Classification des roséoles ; Gaz. des hôp., 20 août 1887.
(4) Brocq, La rubéole; Ann. de Dermatologie, 1887, t. VIII, n” 8 et 9.
(5) Lecorché et Talamon, Études médicales, 1881, p. 604.
(6) Bourneville et Bricon, Roséole idiopathique; Prog. méd., 1884, n°s 26, 28, 29.
(7) Raymond, De la rubéole ; Prog. méd., 1881, n° 50.
(8) Comby, Soc. Clin, de Paris, 1886.
(9) Arnozan, Une épidémie de rubéole ; Journ. de méd. de Bordeaux, 15 déc. 1889.
(10) Delastre, Contribution à l’étude de la rubéole ; Th. de Paris, 1883.
(**) Encore cette dernière discussion n’éclaircit-elle pas beaucoup la question; car tandis que M. Juhel-Rénoy considère comme identique la rubéole qu’il décrit, avec le rœtheln des Allemands, ce qui, à notre sens, est la vraie doctrine, M. Talamon identifie le rœtheln des Allemands avec la roséole de Trousseau, et sépare la rubéole de la roséole ; Soc. méd. des hôp., 21 et 28 mars. — Voir aussi Desnos et Desplats, Bull, de la Soc. médic. des hôpit., août 1886; P. Raymond, Rev. des mal. del’enf., 1888; Trastour, Union méd.
prouver qu’elle est une entité morbide, et voir quels sont ses rapports avec la roséole, telle que la décrivent la plupart des auteurs français, d’après Trousseau.
Si cet auteur a vu la rubéole, les principaux traits en sont effacés dans la description qu’il donne; il ne parle en effet, ni de l’engorgement ganglionnaire, ni du catarrhe oculaire. Pour nous, la roséole de Trousseau n’est pas une fièvre éruptive, car elle ne réunit pas les trois caractères essentiels, à notre avis, à la conception de la fièvre éruptive r infectiosité, contagiosité, épidémicité; or, la maladie qu’il décrit ne ressemble pas à une infection : « les saisons chaudes (dit-il), et pour mieux dire une température élevée, ont une grande influence sur le développement de cet exanthème. » N’est-elle pas alors simplement une éruption sudorale, et si, comme il le dit plus haut, elle se manifeste « le plus ordinairement chez les femmes, et plus souvent encore chez les enfants », n’est-ce pas parce que ces sujets plus chaudement et plus étroitement couverts transpirent plus abondamment, et à cause de la plus grande sensibilité de leur tégument réalisent plus facilement une éruption irritative? D’épidémies, Trousseau paraît ne pas en avoir observé; il ne rapporte aucun cas de contagion et, s’il en parle, c’est en remontant à Franck, comme il remonte aux descriptions de Yogel, de Borsieri, pour sa description clinique. D’ailleurs Trousseau enlève toute valeur à la roséole, en tant qu’entité morbide, quand il la signale comme « survenant quelquefois dans le cours d’autres maladies ». Cette roséole n’est donc qu’une éruption sudorale, symptôme accessoire d’une infection passagère ou d’un état gastrique, ou simplement d’une transpiration abondante. Ce n’est pas une fièvre éruptive.
La rubéole existe-t-elle en tant que fièvre éruptive distincte? Ceux qui lui refusent l’existence la considèrent comme une forme atténuée de la rougeole, ou comme un hybride de la scarlatine et de la rougeole. Pour Rilliet et Barthez par exemple, la roséole serait à l’éruption morbilleuse, ce qu’est la varicelle à la variole ; c’est dire, à la façon dont ces auteurs comprenaient la varicelle, que la roséole aurait la même origine que la rougeole.
A ce point de vue, il faut distinguer dans les descriptions allemandes, le rœtheln au vieux sens du mot, et le rœtheln moderne ; ce mot ayant fait son apparition dans la littérature allemande au xvme siècle (Bergen 1752, Orlow 1758), à une époque où le diagnostic des fièvres éruptives était encore confus, a dû cacher plus d’une fois des erreurs de diagnostic, désignant tantôt une éruption d’apparence morbilleuse avec de l’angine et des symptômes généraux de scarlatine, tantôt des rougeoles avec exanthème scarlatiniforme, parfois un mélange des deux fièvres éruptives se compliquant mutuellement (Jaccoud), parfois enfin, une rougeole ou une scarlatine atténuée. Aussi, malgré les revendications d’individualité de Ziegler, Selle, Sprengel, Stœrk, de Wagner (1834), on voit J. P. Franck, Hufeland, Reil, Heim faire de la rubéole une forme de la scarlatine, Schônlein (1822) la considérer comme un hybride des deux grandes fièvres éruptives, Canstatt (1847) la nier, parce que ce mot servirait à désigner « tout exanthème dont les symptômes généraux, sans rapport avec l’éruption, ne permettent pas de dire s’il s’agit d’une rougeole, d’une scarlatine, d’une urticaire ou d’un érythème » (Emminghaus).
Mais avec les progrès de la clinique, le rœtheln s’est dégagé de ces confu-
RUBÉOLE.
sions et de ces erreurs, et peu à peu sa description a pris plus de précision et s’est limitée. Parmi ses historiens, il faut signaler les noms de Tripe, Balfour, Thierfelder, Thomas, Oesterreich, Emminghaus, Griffith. Grâce à des épidémies répétées, la rubéole, sous sa synonymie de rubeola, rœtheln, rubelle, german measles, a pris droit de cité dans le cadre nosologique, au Congrès international de Londres en 1881 (Brocq).
La rubéole est une fièvre éruptive spécifique pour les raisons suivantes :
1° Elle est contagieuse, elle est épidémique;
2° Elle a des épidémies propres en dehors des épidémies de rougeole et de scarlatine ;
3° Son incubation, son invasion, son éruption et ses autres symptômes diffèrent de ceux des autres fièvres éruptives ;
4° Elle attaque indifféremment et avec la même intensité les sujets qui ont déjà eu la rougeole ou la scarlatine, ou ceux qui en sont indemnes ; ainsi sur 48 cas de Smith, 19 avaient eu la rougeole ; sur 33 cas de De Man, 10 malades avaient eu la rougeole et 5 la scarlatine; des malades observés par M. Talamon avaient eu la rougeole 5 ans avant, et 2 mois avant, la scarlatine ; la rubéole ne peut donc pas être une forme atténuée de ces maladies, car elle serait plus intense chez les sujets indemnes. Réciproquement, elle ne confère pas l’immunité contre la rougeole ou la scarlatine; quelques malades de Griffith ont eu la rougeole plus tard ;
5° Elle ne produit jamais que la rubéole chez les personnes exposées à la contagion (Griffith, Brocq).
On ne peut donc douter de l’existence de la rubéole, mais si son existence n’est plus douteuse, sa symptomatologie offre encore quelques obscurités, dues probablement au mélange de certaines éruptions hybrides dans les descriptions des auteurs. La rubéole est-elle destinée à un dédoublement, à une division nouvelle d’où l’on pourrait tirer une rubéole avec catarrhe, et une rubéole sans catarrhe? M. Talamon fait nettement cette séparation, et réserve le nom de roséole à une fièvre morbilliforme sans catarrhe, celle de Trousseau.
Cependant nous ne considérons le chapitre présent que comme un chapitre d’attente ; la rubéole prendra peut-être un plus grand développement dans notre pays, et on pourra alors y distinguer des formes nouvelles.
Considérée dans ses caractères essentiels, la rubéole est une maladie de l’enfance, contagieuse, épidémique, ayant une éruption polymorphe à marche irrégulière, un énanthème peu accentué, des engorgements ganglionnaires, et presque toujours bénigne. Dans sa description, nous ne tiendrons compte que des travaux les plus modernes, et nous ferons de larges emprunts aux traités de pathologie étrangers.
Étiologie. — Causes prédisposantes. — La rubéole est une maladie du jeune âge; rare dans la première enfance (Griffith a vu un cas au-dessous de 2 ans), elle a son maximum de fréquence de 5 à 15 ans. Elle est très rare chez les adultes; et bien qu’on ait vu un enfant d’Iéna contagionner son père au début d’une épidémie (Emminghaus), ce cas ne s’observe généralement
FIÈVRES ÉRUPTIVES
pas; sur un total de 158 cas de Thomas, Oesterreich, Emminghaus, Roth, iE n’y a que 6 adultes; Griffith sur 150 malades compte un seul adulte.
Du sexe et du tempérament , il n’y a rien à dire. En revanche, les conditions sociales ne sont pas sans influence ; les enfants pauvres et des écoles sont lesvictimes ordinaires de la maladie; « c’est une maladie des policliniques et des classes pauvres » (Emminghaus).
L 'immunité résulte surtout de l’âge; l’existence d’une maladie infectieusesemble nuire au développement de la rubéole ; en revanche, ni la scarlatine,, ni la rougeole, comme on l’a vu plus haut, ne protègent contre son atteinte (Balfour, Tripe, Thomas, Rinecker).
Causes efficientes. — La contagion a été démontrée par Thierfelder, Thomas, Emminghaus; les négations de Kassowitz, Steiner ne peuvent se rapporter qu’à la roséole non épidémique ; elle est évidente dans les cas où l’on voit un malade apporter le germe de l’école dans sa famille, ou mieux d’une ville dans, une autre (Emminghaus).
Elle est immédiate ou directe, par simple contact. Pour les enfants, il suffit d’un contact court et peu intime ; on a remarqué, par exemple, que les enfants du premier âge qui dorment dans la même salle d’un asile ne se contagionnent pas plus que les plus âgés, qui n’ont d’autre contact que celui des jeux, en plein air. Pour les adultes, un contact prolongé et intime est nécessaire. Elle est indirecte, quand un sujet vivant dans le milieu infecté transporte le germe dans un autre milieu sans être atteint lui-même (Thomas, Roth, Balfour, Emminghaus). La contagiosité varie avec les épidémies, car tandis que Thomas, Bourneville et Bricon la croient moins contagieuse que la rougeole, Jacobi, Griffith considèrent cette propriété comme très intense. Cependant la contagion ne s’étend jamais loin, comme le montre l’étude des épidémies.
Période de contagiosité. — On est mal fixé sur ce point; la contagiosité existe certainement pendant la période d’éruption ; elle serait plus intense pendant la convalescence (Thierfelder) ; enfin Squire, Seitz (*) la croient possible pendant la période d’invasion.
Épidémies. — Une rubéole ne va jamais seule; elle constitue des épidémies dont l’étendue généralement limitée se borne à une famille, à une école, un. asile, une petite ville; encore est-elle loin de frapper en proportion aussi forte que la rougeole, 12 malades pour 100 écoliers (Rehn) (2) ; il est à noter cependant que quelques cas très bénins doivent passer inaperçus. On retrouve presque toujours la contagion dans la marche de l’épidémie, bien que la difficulté des recherches ait fait dire à Meigs et Stagle qu’il existe des épidémies sans contagion. De Man a vu en Hollande des épidémies étendues à plusieurs localités d’une contrée assez étendue. La durée de l’épidémie est en rapport avec l’étendue de la ville où elle sévit; mais elle est généralement courte, ce qu’expliquent suffisamment la rapide évolution de la maladie et sa contagiosité relativement faible ; elle ne dépasse pas 2 mois et demi à 4 mois ; exceptionnellement elle a duré 12 mois à Rostock.
(*) Seitz, Correspondenzblatt f. Schweiz. Aerzte, 1890, 12.
(*) Reiin, Eine Rubeolen Epidémie ; Jahrb. f. Kinderh., XXIX, 3 et 4.
RUBÉOLE.
La rubéole est rarement endémique; cependant dans quelques grandes villes (Leipzig, Vienne, Munich) on retrouve des cas sporadiques, qui réunissent les épidémies les unes aux autres (Thomas).
Le retour régulier des épidémies a été signalé dans quelques pays, à intervalles de plusieurs années (Meigs et Stagle). Les saisons les plus favorables semblent être, en Allemagne, la première moitié de l’année (Emminghaus), dans l’Amérique du Nord, l’hiver et le printemps (Griffith) .
La distribution géographique en est assez remarquable ; car, contrairement à la rougeole et la scarlatine, qui sévissent également dans toute l’Europe, la rubéole est rare en France et dans le sud de l’Europe. Les épidémies françaises sont très limitées et très rares ; quelques cas publiés dernièrement ont trait à des étrangers nouvellement venus en France (Juhel-Rénoy, P. Le Gendre). Au contraire l’Angleterre, l’Allemagne, la Hollande, la Suède, la Russie, l’Amérique du Nord ont des épidémies assez fréquentes.
Récidive. — Si la récidive existe (Bourneville et Bricon) elle est très rare, car les observateurs qui, comme Thomas, Nymann, ont observé deux épidémies à un court intervalle dans un même milieu (établissements d’instruction), ne l’ont pas observée.
Incubation. — La rubéole est certainement celle des fièvres éruptives dont la période d’incubation est le plus mal connue. Certains auteurs cherchant avant tout à séparer la rubéole de la rougeole ont dit que son incubation durait plus de 14 jours; mais en fait, on trouve tous les chiffres dans les auteurs depuis 5 jours (Griffith) jusqu’à 22 jours (Thomas); parmi les auteurs français, MM. Bourneville et Bricon donnent 8 à 10 jours, M. Juhel-Rénoy 15.
Symptômes. — C’est dans l’étude symptomatique qu’éclate la dissemblance des cas rassemblés sous le nom de rubéole, et que triomphent les adversaires de cette entité ; cependant on peut dégager un type général qui a été bien mis en saillie par Griffith (Brocq).
Invasion ou période prodromique. > — Ce stade est généralement très court; sa durée ne dépasse pas dans les cas normaux une demi-journée (Thomas) ou un jour(Rehn). Souvent même il passe tout à fait inaperçu (Tschamer, Griffith) et la maladie débute d’emblée par l’éruption. Cependant nombre d’auteurs ont signalé des prodromes prolongés de 1 à 5 jours (Mettenheimer, Thierfelder, Emminghaus), 2 à 6 jours (Balfour).
Quand ces prodromes existent, ils ont généralement une faible intensité : ce sont les signes de début communs à toutes les fièvres éruptives, auxquels se joignent les signes d’un énanthème atténué que nous retrouverons pendant la période d’état.
Le plus souvent, c’est un léger malaise, de la somnolence, une céphalée frontale et sous-occipitale, une sensation de défaillance ; la courbature et les douleurs des membres sont fréquentes ; les phénomènes nerveux font ordinairement défaut, bien qu’on ait signalé du délire (Cuomo, Edwards), des convulsions même (J. L. Smith, Edwards). L’énanthème se manifeste déjà par une légère injection conjonctivale et un commencement de larmoiement, par de l’enrouement et une petite toux sèche.
FIÈVRES ÉRUPTIVES
Parallèlement à ces manifestations muqueuses on voit, dans quelques cas, un phénomène déjà caractéristique : c’est l' engorgement des ganglions jugulaires et subauriculaires que l’on sent assez facilement et dont la pression est douloureuse (Rehn, Comby, Flood). Mais nous le répétons, l’invasion peut se réduire à un malaise de quelques heures et on a pu dire avec quelque exagération que le catarrhe des muqueuses est contemporain de l’éruption cutanée, ou même lui est postérieur.
La température s’élève à 38°, 39° au plus.
Éruption. — L’exanthème se manifeste généralement pendant la nuit, et on le trouve constitué le matin. Les régions où il débute sont beaucoup plus variées que dans la rougeole; en règle générale, il apparaît à la face au-dessus des ailes du nez (Rehn), puis s’étend aux joues et au menton; souvent il envahit d’un seul coup le visage, le cuir chevelu et le cou, mais sans acquérir d’emblée sa plus grande intensité, puis envahit très rapidement tout le corps, et les jambes en dernier lieu (Thomas, Emminghaus, Mettenheimer, Bourneville et Bricon). On observe parfois les premières poussées à la poitrine et au dos (Liveing, Morris), aux bras et à la région présternale (Murchison, Balfour) ; mais quel que soit le début, la face est toujours atteinte, ce qui distingue la rubéole de la roséole sudorale de Trousseau qui siège principalement sur le tronc et les membres.
Caractères de l’éruption. — C’est une éruption polymorphe à tous les points de vue, couleur, intensité, confluence, forme des taches (Desnos, Raymond, Talamon). Elle est constituée par des taches dont les dimensions varient de celles d’une tête d’épingle à une lentille, à bords tantôt bien nets, tantôt plus ou moins diffus, mais presque toujours saillantes, quelquefois franchement papuleuses (P. Raymond, Talamon); ces taches sont irrégulièrement disséminées, elles ne forment pas de croissants, de corymbes comme les macules de la rougeole ; elles laissent entre elles des intervalles de peau saine d’abord très étendus, puis progressivement réduits. En certains points, les taches deviennent confluentes, particulièrement sur les régions déclives ou soumises à une pression continue, à une température plus élevée (comme les lombes, les fesses, les parties génitales, etc.). L’éruption est, au contraire, discrète à la paume des mains, à la plante des pieds, ce qui a fait croire à J. L. Smith, Emminghaus, qu’elle les respectait toujours; « sur les poignets et les chevilles, quelquefois sur les doigts et les orteils, les papules isolées sont très évidentes » (Brocq). Elle disparaît à la pression; sa couleur est rose pâle, au début, puis plus colorée; elle est plus intense aux parties déclives, plus pâle sur la poitrine. Le prurit est généralement peu intense.
Variétés d’aspect. — L’énumération en serait longue si on entrait dans le détail des observations publiées ; on peut observer dans une même épidémie des éruptions assez différentes; Thomas en signale trois variétés. Nymann décrit une variété à grandes taches, une à éléments punctiformes.
Avec Harrison, Goodhart, Griffith, Filatow, Enko, nous signalerons deux variétés principales : l’une, forme morbilleuse , dans laquelle les éléments sont plutôt papuleux que maculeux, restent distincts sur la plus grande partie du
RUBÉOLE.
corps, mais forment, dans les régions déclives et comprimées, des placards plus ou moins étendus où la saillie papuleuse disparaît; l’autre, forme scarlatineuse, constituée par de vastes plaques rouges non seulement aux régions susindiquées, mais encore sur les membres et le cou ; au premier abord, on ne voit que la tache diffuse, mais, à un examen plus attentif, on peut reconnaître des papules surélevées, soit au milieu des placards, soit sur les sourcils, les poignets, les doigts (Griffith). Dans certaines épidémies, l’une des formes domine, simulant la rougeole (Thomas, Bourneville et Bricon) ou uniquement la scarlatine (Picot, Griffith, Enko).
Variétés de siège. — Outre la prédominance en certains points (dos, fesses, parties comprimées), la rareté en d’autres (mains, pieds, front), on peut observer l’éruption confluente autour de la bouche (Thomas), sur les joues (Mettenheimer), sur les membres.
Marche de l’exanthème. — Beaucoup de variétés sont signalées à ce point de vue. Nous avons indiqué l’envahissement rapide en quelques heures, un jour au plus. Dans beaucoup de cas (Thomas, Emminghaus, Griffith) cette invasion est dissociée , l’éruption disparaissant ou pâlissant aux parties primitivement atteintes, pendant qu’elle envahit d’autres points, ou avant même qu’elle y apparaisse; en sorte que l’éruption est en pleine floraison sur les membres pendant qu’à la face on n’en retrouve que quelques traces. Dans ces cas, le stade de floraison ne dure que 12 heures ou moins, en chaque point (Emminghaus). Emminghaus considère cette marche dissociée comme caractéristique; mais il n’en est rien. Enfin, quelques auteurs signalent la disparition totale mais momentanée de l’exanthème suivie d’une nouvelle éruption; il s’agit là probablement, comme dans la description de Trousseau, d’éruptions symptomatiques distinctes de la vraie rubéole.
La durée de l’exanthème rubéoleux varie et on ne peut poser en loi, comme le fait M. Talamon, qu’elle dépasse celle de l’exanthème morbilleux. Cependant les chiffres de 1 jour, 1 jour et demi indiqués par Thomas sont au-dessous de la moyenne; ceux de 2 à 4 jours (Emminghaus), 2 à 5 jours (Griffith) sont les plus ordinaires; la plus longue durée est de 7 jours (Chantemesse), 8 à 9 (Tschamer).
Énanthème. — - Il est rare que le catarrhe muqueux fasse défaut dans la rubéole; quelquefois il n’apparaît qu’après l’exanthème (Lecorché et Talamon); son intensité est en rapport avec celle de l’éruption, mais toujours moindre que dans la rougeole, et on a cherché à en donner la formule en disant qu’il réalise « le catarrhe de la rougeole combiné avec l’angine de la scarlatine ». A son état de plus complet développement, il atteint la conjonctive, la pituitaire, le pharynx, le larynx, beaucoup plus rarement les bronches.
Le catarrhe oculaire ne produit qu’une rougeur légère de la conjonctive, parfois il va jusqu’au larmoiement, mais la photophobie est à peine marquée; le coryza manque souvent; la toux sèche, férine, dont l’absence serait caractéristique pour certains auteurs (Burnie) s’observe dans quelques épidémies ; beaucoup plus rare est la bronchite observée par Haig-Brown, Talamon; elle cède avec l’éruption ou dans les jours qui suivent. L’angine est peut-être,
avec la conjonctivite, le phénomène le plus constant; le gonflement, la rougeur sont diffus ou limités; mais il n’y a pas (sauf exceptions, Griffith) de piqueté comme dans la rougeole; la rougeur est toujours moindre que celle de la scarlatine, elle domine sur le voile, les piliers et les amygdales; les malades se plaignent seulement de sécheresse et de quelques difficultés de déglutition.
Ces signes d’énanthème s’associent diversement suivant les cas ; angine seule; angine avec coryza; angine avec conjonctivite et rhino-trachéite ; coryza et conjonctivite sans angine.
Le catarrhe évolue ordinairement plus rapidement que l’exanthème; il va sans dire que chez les sujets prédisposés (strumeux, lymphatiques) l’angine, la trachéo-bronchite peuvent persister au delà des limites de la maladie, ce qui explique les durées anormales observées par certains auteurs (Shœmaker, Griffith).
Au catarrhe se rattache l’ engorgement ganglionnaire , que l’on considère comme caractéristique ; pour certains auteurs il serait un des meilleurs signes de la rubéole (Meigs); il atteint les ganglions rétro et sous-auriculaires, jugulaires ou sternomastoïdiens ; parfois il est limité à un ganglion (Griffith) ; parfois au contraire, il se généralise aux autres régions du corps, aux aisselles, aux aines (Thomas, Emminghaus); rarement appréciable à l’œil, il est toujours douloureux à la pression. Précédant quelquefois l’exanthème, ce signe est quelquefois des plus durables (15 jours après la maladie).
Le tube digestif est indemne dans la plupart des cas, la langue est légèrement saburrale avec saillie et gonflement des papilles qui forment un piqueté fin (Griffith); on a signalé sa desquamation (Balfour, Burnie), mais c’est l’exception; les nausées et vomissements, déjà rares au début, ne reparaissent pas pendant l’éruption; l’intestin fonctionne bien.
Température et fièvre. — Il n’y a pas de rapport constant entre la température et l’intensité de l’éruption; en revanche, il y en a un (Griffith) entre la fièvre, l’intensité et l’évolution de l’énanthème.
1° Il y a des cas complètement apyrétiques , quel que soit le développement de l’éruption.
2° Quand il existe de la fièvre, s'il y a des prodromes , elle apparaît en même temps qu’eux, la température atteint 58° et 39°, puis elle s’élève un peu, au moment où se constitue l’éruption.
En l’absence de prodromes , la température s’élève quand apparaît l’éruption, ou avant elle; alors, tantôt elle retombe très vite à la normale (Thomas, Bourneville et Bricon), tantôt elle persiste (fièvre durable de Thomas). Dans ce cas, la température ne dépasse pas 59°, elle est rémittente, elle atteint son maximum le 1er, souvent le 2e jour de l’éruption, puis elle diminue et tombe par lysis ou brusquement à la normale du 2e au 4e jour, c’est-à-dire à une époque où l’exanthème n’a pas encore terminé son évolution.
Quand l’énanthème est intense, la fièvre persiste plus longtemps.
Desquamation. Marche. — La marche de la maladie n’est autre que. celle de son éruption; quand celle-ci est terminée, le malade est guéri. L’exanthème
RUBÉOLE.
ne laisse généralemènt derrière lui aucune trace; la pigmentation légère qui s’observe au niveau des taches effacées ne tarde pas à disparaître elle-même.
La desquamation est irrégulière, nulle dans les cas où l’exanthème a été éphémère, elle existe à l’état furfuracé quand il a été intense et prolongé; toujours minime, difficile à voir, elle est localisée en certaines régions, surtout aux points qui ne subissent pas de frottements comme la fosse sus-claviculaire (Emminghaus) ; ce symptôme fait si souvent défaut que Thomas, Steiner l’ont nié. Elle se prolonge 2 ou 3 jours.
La maladie se termine dans l’immense majorité des cas par la guérison.
Les complications sont en effet extrêmement rares; cependant, l’anime peut prendre une intensité exagérée, les amygdales se recouvrent d’exsudat pultacé (Cheadle) et la déglutition devient très douloureuse. La bronchite , la pleurésie, la pneumonie ont été observées. U albuminurie est très rare et généralement bénigne ; on a signalé des œdèmes du visage (Thierfelder), des jambes (Emminghaus). La stomatite douloureuse et la kératite sont rares.
La rubéole peut laisser derrière elle, chez les enfants prédisposés, du coryza chronique, de l’hypertrophie des amygdales et des ganglions.
Rechutes. — La rechute observée dans quelques épidémies est séparée de la première atteinte par un intervalle de quelques jours à 2 semaines (Emminghaus), de 4 jours, 20 jours (Edwards).
Pronostic. — Il est presque toujours très bénin; cependant les récentes observations des auteurs américains font connaître quelques cas de mort.
Diagnostic. — Nous avons dit combien certains cas ressemblent à la rougeole et d’autres à la scarlatine.
Dans une épidémie on peut reconnaître la rubéole aux caractères suivants : la brièveté et le peu d’intensité des prodromes, l’infection de sujets déjà atteints par la rougeole, le peu d’intensité des catarrhes, la courte durée de la fièvre, enfin la bénignité générale de l’épidémie et la durée de l’incubation qui n’est pas régulièrement de 14 jours comme dans la rougeole.
En présence d’un cas isolé, le diagnostic est beaucoup plus difficile; cependant on est déjà frappé par la brusquerie de l’éruption que l’on a remarquée un matin au réveil, par l’irrégularité de sa distribution; on pensera à la rubéole si la température est tombée alors que l’exanthème est encore dans son plein; enfin certaines anomalies confirment dans cette opinion, comme l’énanthème diffus du voile du palais. Bien entendu, l’engorgement ganglionnaire douloureux est un signe très utile, mais il faut le chercher.
La scarlatine se distingue de la rubéole par la violence de son début; la fièvre a, il est vrai, peu de valeur, car certaines scarlatines bénignes ne donnent qu’une élévation de température légère (au-dessous de 39°) ; mais l’angine est toujours plus intense, plus douloureuse, le catarrhe conjonctivonasal fait complètement défaut; enfin l’éruption est diffuse, généralisée et égale, granitée, mais ne présentant nulle part de papules; elle ne laisse aucune trace de pigmentation sur la peau.
Y a-t-il lieu de faire le diagnostic avec la roséole? Nous nous sommes expli-
FIÈVRES ÉRUPTIVES
qué là-dessus: la roséole, fièvre éruptive, se confond avec la rubéole. La roséole sudorale décrite par Trousseau se distingue de la rubéole par l’absence d’énanthème et de catarrhe : « jamais, dit Trousseau, on ne voit de larmoiement, de coryza ni de toux » ; par la rapidité de l’éruption qui se fait d’une seule poussée en 24 ou 36 heures, après une période de prodromes de durée variable. L’exanthème n’est pas papuleux, il est formé de macules ne faisant aucune saillie sur la peau, disparaissant complètement à la pression, arrondies ou ovalaires, bien distinctes et bien isolées les unes des autres, plus larges dès le début que les taches de la rougeole ; elles sont aussi d’un rose plus pâle que celles de la rubéole. L’éruption est très fugace; elle disparaît en 1 ou 2 jours; mais elle donne de nouvelles poussées successives pendant 7 ou 8 jours. La fièvre est peu intense (38° à 39°), elle disparaît très vite. Il n’y a pas d’engorgement ganglionnaire, mais fréquemment des sueurs qui jouent un rôle important dans le développement de cette éruption.
Il est en général facile de reconnaître les roséoles médicamenteuses (antipyrine, sulfate de quinine, chloral, cubèbe, copahu); elles sont le plus souvent apyrétiques et respectent ordinairement les muqueuses; cependant quand elles se compliquent d’un état catarrhal, on éprouve quelque difficulté; ce qui les caractérise en général, c’est l’absence de malaise sérieux et leur localisation à certaines régions du corps. L’intoxication iodique peut simuler la rubéole, grâce aux congestions des muqueuses qu’elle provoque ; dans un cas où elle s’accompagnait de fièvre, nous avons eu quelque difficulté à repousser l’idée d’une fièvre éruptive.
La roséole syphilitique , les roséoles infectieuses de la blennorrhagie, de la fièvre typhoïde, du choléra, de l’infection puerpérale prêteront rarement à l’erreur.
Le pityriasis rosé se développe surtout sur le haut de la poitrine. On trouve presque toujours des placards larges très caractéristiques dont le centre est squameux ou plissé.
Le traitement de la rubéole est purement hygiénique.
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VARIOLE