PURPURA INFECTIEUX
Des maladies infectieuses non classées, avec lésions viscérales plus ou moins appréciables pendant la vie, peuvent avoir pour manifestation clinique principale une éruption de purpura accompagnée de fièvre et parfois d'un état typhoïde plus ou moins accusé. Ces affections survenant parfois sous la forme d’épidémie (Guelliot) et susceptibles de se transmettre de la mère au fœtus (Dohrn, Hanot et Luzet) peuvent revêtir des types très différents.
L’un de ces types a été décrit par Landouzy et Gomot sous le nom de typhus angéio-hématique : il s’agit d’une affection débutant brusquement par un frisson violent ou lentement par un malaise général auquel succèdent des hémorrhagies par diverses voies, des pétéchies et surtout des ecchymoses d’étendue variable , souvent très larges , disséminées irrégulièrement sur toute la surface du corps, en même temps que l’état général est profondément touché; le visage pâle et décoloré, plus que ne le comporte l’abondance des hémorrhagies, exprime la stupeur, l’abattement; il y a par moments du délire, les lèvres et la langue sont souvent desséchées; la température est élevée, atteint et dépasse 40°; il y a de l’albuminurie, parfois de l’ictère. Si la vie se prolonge, il peut se produire des plaques de gangrène au niveau des éléments purpuriques; mais souvent la mort survient au bout de peu de jours, soit brusquement à la suite d’une hémorrhagie abondante, soit lentement par les progrès de l’adynamie.
Le purpura fulminans de Henoch, qui paraît propre au jeune âge, débute chez des enfants en pleine santé, d’une façon brusque, par un frisson ou par des hémorrhagies répétées suivies d’une fièvre plus ou moins intense; les ecchymoses, ordinairement très étendues, occupent soit les membres inférieurs, soit le tronc, soit la face; des hémorrhagies multiples se produisent et l’enfant meurt dans l’adynamie en quelques heures, exceptionnellement en jfius de 2 ou 3 jours.
A côté de ces types graves, on rencontre dans le purpura infectieux des faits de toute autre apparence, dans lesquels les symptômes généraux sont réduits au minimum, au moins pendant un certain temps, et dans lesquels la reconnaissance de la cause infectieuse est parfois fort embarrassante, tant est grande la ressemblance avec le purpura névropathique.
Survenant sans cause appréciable, s’installant sourdement sans fracas, sans manifestations douloureuses accusées, sans fièvre ou avec un état fébrile modéré, ces variétés de purpura infectieux donnent lieu à une éruption de pétéchies ou d’ecchymoses irrégulièrement distribuées, généi'alement asymétriques, occupant les membres, le tronc et la face, ou certaines régions seule-
MALADIES CUTANÉES
ment, accompagnées parfois d’un certain degré d’œdème périphérique; des arthropathies infectieuses peuvent se joindre à l’éruption qui évolue par poussées irrégulières. Des hémorrhagies viscérales, des manifestations de l’infection sur les viscères peuvent se produire ; au bout d’un temps variable, l’état général peut devenir grave, plus ou moins analogue à celui du typhus angéio-hématique ; des plaques de gangrène cutanée, parfois très étendues, comme dans les cas de Worms et de Martin de Gimard, peuvent se développer et, par l’atteinte que cette complication porte à l’état général, devenir la cause de la mort. Le plus ordinairement, malgré ces complications, la terminaison est favorable et la guérison se produit en un temps parfois assez long et après une convalescence souvent laborieuse.
Des agents infectieux très divers peuvent donner lieu à ces différentes variétés d’infections hémorrhagiques à purpura. Klebs, Watson Cheyne, Balzer, W. Legg, Petrone ont constaté dans le sang et dans les viscères des microorganismes dont la détermination n’a pas été faite exactement. Martin de Gimard ayant trouvé, chez deux enfants atteints de purpura compliqué de gangrène, un microcoque qu’il a pu cultiver, a considéré ce microorganisme comme l’agent pathogène du purpura, qu’il regarde bien à tort comme une maladie toujours identique à elle-même, spécifique comme les fièvres éruptives. Tizzoni et Giovannini, dans un cas d’infection hémorrhagique, ont également trouvé un microcoque formé de grains isolés. Neumann (de Berlin) a rencontré le microbe pyocyanique. Hanot et Luzet, chez une femme atteinte de méningite cérébro-spinale, avec lésions purpuriques des membres inférieurs, ont rencontré un streptocoque. P. Claisse a vu le pneumocoque dans un cas.
Il résulte de ces recherches, encore trop peu nombreuses, que des infections très diverses peuvent devenir l’origine du purpura, et que cette lésion cutanée, même dans les cas où elle reconnaît pour cause une infection caractérisée, ne peut être considérée comme une véritable maladie, due à un agent pathogène spécifique et toujours le même.
Outre les affections énumérées à propos du diagnostic du purpura rhumatoïde, on peut être exposé à confondre le purpura infectieux avec la variole hémorrhagique : l’intensité de la rachialgie et de la fièvre, la notion épidémique pourront seules permettre d’éviter la confusion avec certains cas de purpura infectieux à marche rapide dans lesquels la mort survient à une époque où l’éruption caractéristique de la variole n’a pas encore eu le temps d’apparaître.
Le traitement du purpura infectieux consiste surtout dans l’emploi des toniques (alcool, quinquina, etc.), auxquels on ajoutera des antipyrétiques, et en première ligne les sels de quinine, lorsqu’il existe un état fébrile ; lorsque les hémorrhagies sont abondantes et répétées, on recourra aux hémostatiques, bien que leur emploi ne donne souvent aucun résultat appréciable.
MALADIE DE WERLHOF
Le type de purpura décrit par Werlhof a reçu une extension trop considérable et pendant longtemps on y rangeait la presque totalité des cas de purpura : cette confusion, contre laquelle Bucquoy a protesté le premier dès
PURPURA
1855, a heureusement cessé et on réserve le nom de maladie de Werlhof à une forme de purpura relativement rare, dont l’étiologie et la pathogénie restent encore indéterminées, mais dont le type clinique est assez net.
Dans le cours d’une santé parfaite, sans cause, ou après une émotion (cas de Lancereaux) ou un traumatisme souvent léger (cas de Hartmann), apparaît une hémorrhagie plus ou moins abondante, le plus souvent gingivale, quelquefois une épistaxis, plus rarement une hémorrhagie viscérale; au bout d’un jour ou deux, des pétéchies se montrent aux membres inférieurs, puis des ecchymoses plus larges, disséminées sur divers points du corps, en même temps que des hémorrhagies se font jour par diverses muqueuses; mais il n’y a pas de fièvre et la santé générale est peu atteinte. Au bout de 8 à 10 jours, rarement plus, les hémorrhagies cessent, l’état général redevient rapidement parfait et le malade guérit sans la moindre complication.
Le diagnostic de la maladie de Werlhof ne peut être établi définitivement qu’après la disparition de tous les symptômes ; en effet, il faut bien reconnaître que ce tableau, presque entièrement négatif, caractérisé par l’absence même de toute complication et de tout phénomène sérieux, peut être réalisé dans les autres formes de maladies à purpura et que le purpura infectieux le plus fatalement mortel peut entrer en scène avec les mêmes dehors de bénignité.
Le traitement consiste surtout dans l’emploi des toniques et des hémostatiques.
La pathogénie de cette affection est complètement inconnue ; les symptômes viscéraux, le manque de symétrie de l’éruption, et l’absence des poussées fluxionnaires cutanées et articulaires que l’on observe dans le purpura rhumatoïde semblent devoir faire rejeter l’intervention du système nerveux. La multiplicité des hémorrhagies viscérales paraît indiquer une altération sanguine ; mais celle-ci est-elle d’origine infectieuse ou primitivement d’ordre chimique? Rien ne permet encore de trancher cette question et peut-être même le type différencié par Werlhof ne répond-il pas à une pathogénie univoque.
Bibliographie :
Du Castel, Des diverses espèces de purpura; Thèse d’agrég. ; Paris, 1885. — A. Mathieu, Art. Purpura, du Dict. encycl. des sciences médic., 2° série, t. XXVII, p. 860. — E. Besnier et Doyon, 2e édit, française des Leçons de Kaposi, t. II, p. 1. (Bibliographie complétant celle des deux travaux précédents.' — Letzerich, Untersuchungen und Beobachtungen über die Ætiologie und die Kenntniss der Purpura hœmorrhagica ; Leipzig, 1889. — Tizzoni und Giovannini, Bakteriologische und experimentelle Beobachtungen über die Entstehung der hâmorrhagischen Infection ; Beitrâge zur path. Anat. und zur allgm. Path. von Ziegler, Bd VI, p. 301. — Koch, Ein Beitrag zur Purpura bei Kindern; Jahrb. f. Kinderheük., 1890, Bd XXX, p. 4. — Neumann, Fall von Melœna neonatorum mit Bemerkungen über die hamorrhagische Diathese Neugeborener ; Arch. f. Kinderheilk., 1890, p. 540. — Hanot et Luzet, Note sur le purpura à streptocoques au cours delà méningite cérébrospinale streptococcienne ; Arch. de méd. expér. et a’ anat. path., 1890, p. 772. — P. Claisse. Note sur un cas de purpura à pneumocoque; Arch. de méd. expér. et d'anat. path., 1891, p. 379.
MALADIES CUTANÉES