MÉDECINE, VI
MALADIES DES MUSCLES ET DES NERFS EN PARTICULIER
moses et de légères hémorrhagies. Les phénomènes inverses : anémie et sécheresse excessive, sont plus rares.
On peut voir se développer la série des troubles trophiques liés aux altérations graves des nerfs périphériques. Sans parler de l’herpès, qui est fréquent surtout dans la névralgie ophtalmique (zona ophtalmique), et peut menacer gravement l’intégrité du globe oculaire, on a observé du lichen, de l’acné, quelquefois de l’érysipèle. L’hémiatrophie faciale peut être la conséquence des névralgies graves, que la névrite siège au delà du ganglion de Gasser ou qu’elle siège en deçà. Les cheveux ou les poils peuvent tomber ou grisonner; parfois des zones blanches alternant avec des zones de coloration normale marquent sur les poils la période de leur croissance correspondant à chacun des accès. On a observé la langue noire pileuse à la suite de la névralgie faciale (*). L’ophtalmie neuroparalytique, le glaucome ont été exceptionnellement notés.
La sensibilité de la peau est souvent exagérée; parfois, dans les cas graves et invétérés, à cette hyperesthésie succède de l’anesthésie. Les organes dos sens ne sont généralement troublés que pendant les accès; on note une diminution, parfois une perversion de l’acuité sensorielle, notamment pour la gustation et pour l’audition. Ce sont là des phénomènes rares; la photophobie, par contre, est fréquente. Les névralgies invétérées peuvent entraîner exceptionnellement une surdité grave, surdité névralgique (Gellé), qu’on a attribuée à la production surabondante de liquide labyrinthique.
La pathogénie des troubles vaso-moteurs et trophiques rentre dans un chapitre plus général, et nous n’avons pas à la discuter avec détail à propos de cette névralgie particulière. Rappelons cependant que le trijumeau a été spécialement l’objet des discussions et des recherches auxquelles ce problème a donné lieu. L’expérimentation semble y avoir démontré des filets vaso-moteurs de deux ordres : vaso-dilatateurs (Dastre et Morat) et vaso-constricteurs (Vulpian, etc.). On sait, d’autre part, que les lésions du trijumeau déterminent chez les animaux des troubles trophiques importants, et cela aussi bien quand l’altération porte en deçà du ganglion de Gasser que quand elle affecte une portion plus périphérique (M. Duval). Ces phénomènes ne sont pas étroitement solidaires des modifications vaso-motrices ; ils ne dépendent pas, comme le voulaient certains physiologistes, de l’anesthésie qui se produit après les expériences de section nerveuse, car (indépendamment d’autres preuves) ils se montrent dans des cas cliniques où la sensibilité est exaltée; ils semblent dépendre de l’abolition d’une fonction trophique indépendante.
Formes. — La névralgie faciale comporte des variétés. Chacune des branches du trijumeau, chacun des rameaux qui en émanent, peuvent être isolément affectés, ce qui constitue autant de variétés de siège.
Quant aux variétés symptomatiques , elles sont fort nombreuses. La douleur continue peut exister seule, sans paroxysmes; par contre, ces derniers peuvent se montrer isolés, sans qu’il existe dans leur intervalle le moindre endolorissement de la région. Comme durée, comme intensité, les cas diffèrent, sans qu'il y ait là matière à la création de formes symptomatiques distinctes.
Plus spéciale, et mieux isolée, est une forme que Trousseau a décrite sous
0 Wallerand, Langue noire pileuse. Thèse de Paris, 1890.
NÉVRALGIES
le nom de névralgie épileptiforme. Celte dernière compi’end elle-même deux variétés : névralgie épileptiforme simple et névralgie épileptiforme spasmodique ou tic douloureux de la face.
La névralgie épileptiforme simple apparaît brusquement; la douleur est d’une violence extrême ; le malade pousse des cris, porte vivement les mains à son visage, comprime et parfois frictionne la région douloureuse dans l’espoir de soulager la souffrance. En quelques secondes, une minute au plus, celle-ci, spontanément, disparaît.
La deuxième variété de névralgie, dite épileptiforme, n’est autre que le tic douloureux de la face. La douleur présente les mêmes caractères, mais il s’y joint un phénomène particulier, à savoir l’apparition de secousses convulsives rapides et multipliées, dans la moitié de la face où la douleur a lieu. On a même observé une propagation des secousses au cou et aux membres.
Trousseau compare ces accès, au point de vue de leur soudaineté et de leur durée, avec l’aura épileptique, et fait ressortir les analogies qui existent entre les deux phénomènes ; il fait aussi remarquer la ténacité singulière de la névralgie quand elle se présente sous cette forme. Pour ces diverses raisons, il lui impose l’épithlle d’épileptiforme. Il la sépare d’ailleurs nettement de l’épilepsie vraie, tout en lui attribuant, d’après quelques observations cliniques, de fréquents rapports de coïncidence avec cette dernière.
La névralgie faciale liée à l’infection palustre affecte le plus souvent des allures très particulières. Les accès sont franchement intermittents, périodiques, suivant le type quotidien, parfois aussi, mais plus rarement, suivant le type tierce ou le type quarte ; ils se produisent le matin de préférence ; ils accompagnent les accès fébriles ou les remplacent. C’est la seule variété étiologique à laquelle corresponde fréquemment une variété clinique franchement distincte.
Marche. Durée. — L’évolution de la névralgie faciale est très variable. D’habitude elle subit une période d’augment, puis, après s’être maintenue quelque temps à un degré d’intensité considérable, elle décroît progressivement.
Sa durée est indéterminée; elle peut ne pas excéder quelques jours, elle peut aussi s’étendre à un nombre indéfini d’années. Dans ce dernier cas, le système nerveux finit toujours par subir des atteintes profondes ; la neurasthénie, l’hypochondrie, se développent forcément sous l’action d’une perpétuelle souffrance. D’ailleurs, l’alimentation est plus ou moins entravée et, partant, la nutrition générale compromise.
Souvent la guérison n’est que temporaire et des récidives surviennent.
Diagnostic. — Le diagnostic de la névralgie faciale est généralement très simple. La fluxion des joues, l’odontalgie, le rhumatisme de l’articulation temporo-maxillaire se reconnaîtront aisément.
La migraine, avec ses accès qui durent une journée, qui se manifestent au cours d’une santé complète et s’accompagnent de vomissements ou de nausées, ne saurait guère être le sujet d’une méprise.
Il importe de déterminer la cause de la névralgie faciale, afin de pouvoir diriger contre elle, notamment quand il s’agit de la syphilis ou de la malaria, un traitement efficace.
Pronostic. — Le pronostic ressort de ce que nous avons dit au sujet de la marche de l’affection; il est sérieux, parfois grave.
MALADIES DES MUSCLES ET DES NERFS EN PARTICULIER
Traitement. — Si la névralgie faciale est due à une cause bien déterminée et accessible à une médication particulière : carie dentaire, malaria ou syphilis, c’est à cette cause que le traitement doit évidemment s’adresser. Il est à noter que la forme intermittente de la névralgie faciale est souvent justiciable du sulfate de quinine, même en dehors de toute infection palustre.
L ’aconitine (dose portée progressivement de { milligramme à 5 milligrammes par jour); l’antipyrine (2 à 4 grammes-par jour); les bromures, et par-dessus tout, peut-être, l’opium et la morphine à des doses qui varient suivant les sujets et suivant la tolérance acquise; d'une façon générale, enfin, tous les médicaments nervins et narcotiques sont à utiliser.
Les pulvérisations de chlorure de méthyle ont donné de bons résultats (Debove).
L’application du pinceau électrique (Duchenne)(1), et surtout des courants galvaniques faibles (électrisation unipolaire avec le pôle positif appliqué sur la région douloureuse) durant quelques minutes chaque jour, revendiquent des
succès.
Les injections hypodermiques locales de cocaïne, souvent répétées, sont recommandées par Malherbe.
Le traitement chirurgical est vivement préconisé par certains auteurs. Il comprend l’élongation, la section, la discision des branches nerveuses en cause, procédés trop souvent inutiles. La névrectomie elle-même est fort inconstante dans ses résultats, sans doute parce que le tronc même du nerf, jusque dans sa portion intra-crânienne, participe à l’affection (2). L’excision du ganglion de Gasser, qui a été pratiquée avec succès dans ces derniers temps(5), montrera peut-être une efficacité plus durable; il est bien entendu qu’une tentative aussi sérieuse est applicable seulement aux cas les plus graves.