‹ Traité de médecine (volume 3)Chapitre 39 sur 143 · C. — PELLAGRE · texte numérisé non relu

C. — PELLAGRE

La connaissance des altérations médullaires qui accompagnent la Pellagre est déjà ancienne. Bouchard (*) les avait, en 1864, constatées très nettement dans un cas de cette affection, mais c’est surtout à Tuczek (2) et aux auteurs italiens (Tonnini (s), Belmondo (4), etc.), que nous devons de les connaître avec de plus grands détails.

De même qu’une autre intoxication alimentaire, l’Ergotisme, avec laquelle on l’a souvent comparée bien qu’elle en diffère très notablement, la Pellagre affecte souvent le cerveau et particulièrement les facultés mentales ; d’où la fréquence des cas de folie pellagreuse. Aussi est-ce surtout sur des malades internés dans des asiles d’aliénés qu’ont été faites les recherches dont il vient d’être question. Il y a là une complexité inhérente à la nature des faits. Quoi qu’il en soit, on n’aura en vue dans cet article que les manifestations médul-

(*) Bouchard, Étude d’anat. pathol. sur un cas de pellagre. Gaz. méd. de Paris, 1864, n» 59.

(2) Tuczek, Ueber die nervôsen Stôrungen bei der Pellagra {Deutsche med.Wochenschr., 1888, n“ 12) et Monographie sur la Pellagre parue en 1895.

(5) Tonnini, I disturbi spinali nei pazzi pellagrosi. Rivisla sperimentale di Freniatria, vol. IX et X, 1885, 1884.

(4) Belmondo, Alterazioni del midollo spinale nella Pellagra. Rivista sperimentale di Freniatria, vol. XV et XVI, 1889, 1890.

320 MALADIES INTRINSÈQUES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE

laires de la Pellagre, ce sont les travaux de Tuczek qui ont fourni une bonne part des documents mis en œuvre.

Sous le rapport anatomo-pathologique, les lésions que l’on constate ordinairement sont les suivantes :

Du côté des méninges il existe parfois un épaississement plus ou moins marqué, présentant les indices d’un processus lepto-méningitique et s’accompagnant d’une production exagérée de plaquettes osseuses.

Du côté de la moelle les lésions sont souvent très prononcées. Dans la substance grise, on constate des altérations variées des cellules ganglionnaires des cornes antérieures consistant soit dans l’atrophie simple de celles-ci, soit dans leur atrophie pigmentaire. Les fibres nerveuses contenues dans la substance grise seraient ordinairement conservées, même à l’intérieur des colonnes de Clarke.

Les altérations de la substance blanche sont infiniment plus marquées et plus caractéristiques : sur 8 cas qu’il a examinés, Tuczek aurait constaté

2 fois l’existence d’une sclérose limitée aux cordons postérieurs; dans les 6 autres cas, il y avait sclérose combinée des cordons postérieurs et de la partie postérieure des cordons latéraux. Pour Belmondo, on trouveraitdans tous les cas cette sclérose des cordons latéraux associée à celle des cordons postérieurs.

Les caractères de l’altération des cordons postérieurs seraient assez particuliers, d’après la description de Tuczek. En effet, la dégénération frappait surtout les parties médianes des cordons postérieurs, épargnant presque toujours les zones radiculaires; quant à la dégénération constatée dans le cordon latéral, elle semblait porter particulièrement sur le faisceau pyramidal, le faisceau cérébelleux direct restant intact; seul le faisceau pyramidal croisé était atteint, à l’exclusion du faisceau pyramidal direct ; le faisceau intermédiaire du cordon latéral semble également participer assez souvent à cette altération. La dégénération des cordons postérieurs ne présenterait jamais une très grande intensité et ne serait nullement comparable à celle qui se voit dans le tabes confirmé; au contraire, celle des cordons latéraux peut être très marquée, presque aussi marquée que dans la sclérose latérale

Fig. 53. — Coupes de moelle pellagreuse (d’après Tuczek, cas de Grillenzoni, planche VI). — La coupe située en haut et à gauche représente la 3“ cervicale, les suivantes sont la 5' cervicale, la 6“ dorsale, la 1" lombaire, la 3° lombaire, la 5" lombaire.

On remarquera que sur aucune de ces coupes il n’y a d’altération de la zone coriiu-radiculaire , c'est-à-dire de la partie du cordon postérieur immédiaiement accolée au bord interne de la corne postérieure. Dans les coupes de la région cervicale le faisceau en virgule est altéré.

Page 1