LA MOELLE
Les lésions syphilitiques de la colonne vertébrale peuvent donner naissance à des altérations analogues. Du reste, la syphilis peut encore atteindre primitivement les méninges spinales.
MÉNINGITES SPINALES AIGUËS ET CHRONIQUES. 603
L’alcoolisme produit bien rarement des lésions méningées rachidiennes comparables aux lésions méningées qu’il détermine dans le crâne.
Il est très fréquent de rencontrer chez les vieillards des lésions des méninges spinales consistant en épaississements, adhérences fibreuses, incrustations calcaires. Ce sont vraisemblablement là des altérations de dégénérescence sénile ; elles ne donnent lieu à aucun symptôme.
Il faut faire une place à part à une variété de méningite chronique, décrite pour la première fois comme entité morbide par Charcot (*) sous le nom de pachyméningite cervicale hypertrophique, puis très bien étudiée peu de temps après par Joffroy(2). La lésion siège au niveau de la colonne cervicale et consiste en un épaississement fusiforme des méninges et surtout de la dure-mère. Cet épaississement, qui peut atteindre 6 à 7 millimètres, est formé de lamelles fibreuses superposées. Il comprime la moelle cervicale et les racines rachidiennes et donne naissance à un syndrome qui traduit cette compression localisée de la moelle et des racines.
Symptomatologie. — Les méningites spinales chroniques restent très souvent latentes. Lorsque les lésions sont très accentuées, elle se révèlent par des symptômes de même ordre que ceux qui traduisent les méningites aiguës. Seulement l’évolution est lente, chronique, entrecoupée de poussées subaiguës et de rémissions ; les symptômes méningitiques ne s’accompagnent pas de fièvre. Les malades se plaignent de douleurs rachidiennes spontanées, siégeant dans la région dorsale. La pression de la colonne vertébrale provoque de la douleur. Il en est de même des mouvements. Il y a souvent de la raideur du dos et de la nuque, des irradiations douloureuses de caractères divers dans les membres et des douleurs en ceinture ainsi que des paresthésies variées. A une période avancée de la maladie, on voit survenir des troubles de la miction et de la défécation, des parésies ou paralysies suivies d’atrophie et de dégénération des muscles paralysés et parfois aussi de l’anesthésie. Il se développe alors des eschares de la cystite. Après un temps ordinairement très long le malade peut succomber. La guérison complète ou incomplète est d'ailleurs possible.
Pachyméningite cervicale hypertrophique. — Dans la pachyméningite cervicale hypertrophique le tableau clinique est en général tout à fait expressif. Aussi la séparation de cette forme de méningite spinale chronique semble parfaitement légitime. Charcot divise son évolution morbide en deux périodes : une première ou période douloureuse, une seconde ou période paralytique.
lre Période. — Les premiers phénomènes morbides consistent en douleurs extrêmement vives, siégeant au niveau du cou et de la nuque et s’irradiant dans les membres supérieurs et vers la région occipitale. Ces douleurs s’accompagnent de sensation de fourmillement et d’engourdissement dans les membres supérieurs. Il se produit quelquefois dans les régions douloureuses des éruptions herpétiformes. Tous ces phénomènes sont dus à l’irritation des racines postérieures comprimées. Après une durée de deux ou trois mois, la période douloureuse fait ordinairement place à la période paralytique.
(*) Charcot, Leçons sur les maladies du système nerveux , t. I.
(2) Joffroy, De la pachyméningite cervicale hypertrophique. Thèse de Paris, 1 875 j Archives yen. de méd., nov. 1876.
MALADIES DES MÉNINGES
2e Période. — Les altérations méningées amenant la compression des racines motrices déterminent des paralysies ou parésies des mains, des avant-bras et des bras, accompagnées d’atrophie musculaire, parfois très prononcée. L’atrophie musculaire siège surtout dans le domaine des nerfs cubital et médian. La main prend, en raison de la contraction antagoniste des muscles extenseurs restés normaux ou peu intéressés, une attitude en griffe spéciale (main de prédicateur; Charcot). Elle est étendue sur l’avant-bras, tandis que les phalanges sont fléchies. Les muscles atrophiés offrent la réaction de dégénérescence. Il y a souvent aussi à ce moment une anesthésie cutanée irrégulière.
La compression de la moelle cervicale devenant déplus en plus accusée, les incitations motrices du cerveau qui suivent le trajet du faisceau pyramidal sont interrompues ou affaiblies : il en résulte souvent de la paralysie spasmodique des membres inférieurs. Mais les muscles de ces membres ne sont pas frappés d’amyotrophie, parce qu’il y a intégrité des cellules des cornes antérieures. Il peut survenir finalement des troubles vésicaux, de l’anesthésie. La mort peut être la conséquence de cette évolution morbide. Mais souvent aussi l’affection, au bout de plusieurs mois ou de plusieurs années, s’amende et guérit, ou reste stationnaire.
Diagnostic. — Le diagnostic des méningites spinales chroniques est souvent très difficile. Lorsque la lésion méningée coïncide avec une lésion médullaire, il est à peu près impossible de faire la part de ce qui appartient à l’inflammation méningée et aux altérations de la moelle.
L 'hystérie donne parfois naissance à un syndrome susceptible de simuler la méningite spinale chronique. Le diagnostic se fondera principalement sur le caractère des douleurs, l’existence des stigmates et les antécédents névropathiques du sujet.
La pachyméningite cervicale hypertrophique devra être soigneusement distinguée de l’atrophie musculaire progressive et aussi de la syringomyélie. L’ensemble des symptômes qui caractérisent ces affections ne permet pas à un observateur attentif de les confondre.
Traitement. — En dehors du traitement antisyphilitique, qui peut trouver son indication dans les antécédents morbides du malade, il n’y a pas place pour un traitement médical vraiment efficace. Il est d’usage de prescrire la révulsion le long de la colonne vertébrale. L’électrisation, les cures thermales peuvent être aussi parfois conseillées.
SYPHILIS DES CENTRES NERVEUX
Par H. LAMY
Il ne peut être question ici que des affections cérébro-spinales relevant de lésions incontestablement syphilitiques des centres nerveux. Nous ne sommes pas encore actuellement en mesure de faire la part qui revient à la syphilis dans un certain nombre de maladies systématisées du système nerveux, où elle exerce une influence étiologique indéniable; et la grande loi, dégagée par Virchow de ses recherches sur la syphilis constitutionnelle, domine encore toute l’anatomie pathologique de la syphilis. On peut la formuler de la façon suivante. Les lésions syphilitiques, quel que soit leur siège et quelle que soit leur forme, ont toujours pour point de départ le tissu conjonctif ou les vaisseaux des organes où elles se développent. Les éléments nobles des tissus ne sont altérés que secondairement à ce processus conjonctivo-vasculaire : il en est des éléments nerveux à cet égard comme des cellules du foie ou des fibres musculaires.
Historique. — On ne saurait à bon droit considérer l’histoire des complications cérébro-spinales de la vérole comme appartenant tout entière à l’époque contemporaine, car on en trouve quelques-unes signalées par les auteurs des xvie, xvne et xvme siècles (Ulrich de Hutten, Thierry de Héry, Astruc, van Swieten, etc.). Morgagni rapporte avec détails l’autopsie d’une femme syphilitique qui présentait deux gommes de l’os frontal avec envahissement du cerveau et des méninges, et qui mourut dans le coma après avoir eu de l’épilepsie (9e lettre). Toutefois, le manque de précision dans les prescriptions, et surtout la tendance générale à rapporter au mal vénérien une foule d’affections qui lui étaient étrangères, amenèrent si bien la confusion, qu’une réaction s’ensuivit; Hunter (1835) déclara le cerveau au nombre des parties vitales en dehors des atteintes du virus vénérien. Cette opinion a rencontré des adeptes nombreux parmi les auteurs du commencement de ce siècle, et le scepticisme touchant la nature des affections nerveuses imputées à la syphilis a rallié des partisans jusque parmi les cliniciens les plus autorisés de l’époque contemporaine (Lasègue).
Une connaissance plus exacte des lésions anatomiques engendrées par la syphilis était nécessaire pour que la question entrât dans une phase vraiment scientifique. Les travaux de Virchow (*) et de Lancereaux (s) y ont puissamment contribué. Heubner, en 1874, décrivait l’artérite syphilitique cérébrale. Avec Fournier (1879), l’étude clinique de la syphilis du cerveau fait un pas considérable.
(') Virchow, Ueber die Natur der constitutionnel syphilitischen Affectionen. Archiv., 1858.
(*) Lancereaux et Gros, Désaffections nerveuses syphilitiques. Paris, 1861. — Lancereaux, Traité historique et pratique de la syphilis. Paris, 1874, 2* édit.
SYPHYLIS DES CENTRES NERVEUX
Nous ne saurions tenter ici môme une simple énumération des travaux qui ont contribué à faire de ce chapitre de pathologie un des plus riches de la littérature médicale. Ou’il nous suffise de rappeler les noms de Lagneau (1860), Zambaco (1862), Mauriac (1876), en France; — en Angleterre, ceux de Hutchinson (1871), Broadbent, Buzzard (1874) ; en Allemagne, où les travaux ont été particulièrement nombreux, ceux de Jaksch (1864), Baumgarten, Bumpf, Jürgens (1885), Oppenheim (1888), Siemerling, etc. A l’étude de la syphilis de la moelle épinière, qui appartient surtout à ces vingt dernières années, se rattachent plus particulièrement les noms de Charcot et Gombault (1873), Homolle, Julliard, Dejerine; en Allemagne ceux de Greiff, Schmaus, Moeller, etc., etc. Les affections précoces des centres nerveux sont aujourd’hui connues, grâce aux travaux de Fournier, Mauriac, Gilbert et Lion, etc.