MARCHE, TERMINAISON DE LA SYPHILIS CÉRÉBRALE. PRONOSTIC
On ne peut formuler que des considérations générales relativement à l’évolution clinique de la syphilis du cerveau envisagée dans son ensemble.
Et tout d’abord, s’il est parfaitement légitime de distinguer des types cliniques et de désigner ceux-ci par leur symptôme prédominant, on ne doit pas perdre de vue qu’il s’agit là avant tout de formes initiales; c’est ainsi qu’il faut comprendre les formes épileptique, mentale, paralytique, admises par les auteurs (Fournier). A un stade plus avancé, ces différents types montrent une tendance indiscutable à s’unifier, pour aboutir à la dégradation générale et progressive de toutes les fonctions du cerveau. Ceci s’applique en particulier aux néoplasies qui intéressent la surface du cerveau.
En second lieu, l’intervention de la thérapeutique est capable d’apporter un changement considérable à l’enchaînement de ces accidents progressifs. Dans les néoformations corticales surtout celte influence se fait sentir. L’épilepsie symptomatique et les paralysies incomplètes qui l’accompagnent comportent à cet égard le plus de chances favorables. Bien mieux, on a vu guérir des vésanies caractérisées, des accidents comateux de la plus haute gravité ; et de pareils faits justifient bien le mot de Ricord : « Avec la vérole, tout est possible comme guérison, même l’impossible ».
D’autres fois, et principalement quand la maladie n’est traitée qu’à une phase avancée, le résultat est moins heureux : on obtient seulement une guérison incomplète, et le malade reste un infirme physiquement et cérébralement.
De semblables guérisons incomplètes peuvent se maintenir; mais souvent elles ne sont que des périodes de rémission ; et le traitement spécifique n’a eu pour résultat en pareil cas que de rendre discontinue l’évolution du mal sans
SYPHILIS DES CENTRES NERVEUX
l’arrêter. Après des mois, des années, les accidents convulsifs, les troubles psychiques reparaissent tout à coup. Ces récidives sont du plus fâcheux pronostic ; car, dans la règle, le traitement spécifique est loin d’avoir sur elles une action aussi nette que sur les premiers accidents.
Enfin les échecs complets de la thérapeutique s’observent ici, alors même que toutes les conditions semblent réunies en vue du succès. Dans ce cas, le pronostic peut devenir immédiatement très grave, pour l’épilepsie symptomatique en particulier ; car il est dans son évolution naturelle de donner lieu à des crises de plus en plus rapprochées, pour aboutir aux accès en série, à l’état de mal, au coma terminal, parfois en l’espace de quelques semaines à quelques mois. Le pronostic est également très fâcheux pour les formes mentales qui se caractérisent dès le début par un acheminement rapide vers la démence.
En résumé, et malgré les beaux succès que la thérapeutique compte à son actif; bien que les lésions syphilitiques du cerveau, ainsi qu’on l’a dit très justement (Lancereaux), soient moins graves, toutes choses égales d’ailleurs, que les lésions cérébrales d’une autre nature (tubercules, tumeurs), on peut voir par ce qui précède que la syphilis cérébrale comporte un pronostic extrêmement sombre.
La terminaison fatale peut se produire brutalement à la suite d’une aggravation rapide ou soudaine des accidents cérébraux, telle que l’état de mal épileptique, un accès maniaque suraigu, une attaque d’apoplexie causée par la rupture d’une artère cérébrale, ou bien un de ces états comateux dont il a été question. D’autres fois elle est le terme d’une déchéance progressive, analogue à celle de la paralysie générale.
Diagnostic. — Des manifestations multiples que nous venons de passer en revue, il n’est pas une seule qui soit absolument pathognomonique de la syphilis. Après avoir indiqué à propos de chacune d’elles les particularités dignes d’être relevées en vue du diagnostic, nous résumerons seulement ici les considérations générales qui doivent guider le clinicien.
lu Importance de la période prodromique. — Rappelons seulement que la céphalée figure parmi les antécédents dans plus des trois quarts des cas.
2° Signification de quelques symptômes particuliers. — Ceux-ci se rattachent aux localisations habituelles des lésions syphilitiques du côté de la base du cerveau ; ce sont les paralysies des nerfs crâniens , et tout particulièrement des nerfs moteurs de l’œil.
3° Manifestations en rapport avec la forme disséminée des lésions syphilitiques. — Nous avons eu maintes fois l’occasion de signaler certaines associations symptomatiques qui à elles seules déjà sont de nature à faire soupçonner la syphilis : telles l’épilepsie partielle et les troubles oculaires; les paralysies des yeux combinées aux troubles mentaux, à l’hémiplégie, aux paralysies partielles des membres; la coexistence d’une affection médullaire.
4° Évolution de la maladie. — D’une façon générale la syphilis cérébrale n’a pas l’évolution fatalement progressive qui appartient à un grand nombre de processus différents (tuberculose, tumeurs malignes, paralysie générale). Elle est essentiellement une maladie à épisodes, à poussées, entre lesquelles on peut observer des intervalles de répit complet. Cette remarque s’applique tout particulièrement aux néoplasies méningées.
SYPHILIS DE LA MOELLE ÉPINIÈRE
5° L’épreuve thérapeutique enfin peut être d’un grand secours ; mais, pour qu’on soit en droit de lui reconnaître quelque valeur, il faut que les résultats favorables en apparaissent bien clairement; et l’on ne saurait trop répéter que les diagnostics de syphilis cérébrale, qui sont exclusivement fondés sur elle, ne doivent être, en règle générale, acceptés qu’avec les plus grandes réserves.