‹ Traité de médecine (volume 3)Chapitre 72 sur 143 · ÉTIOLOGIE DE LA SYPHILIS DES CENTRES NERVEUX · texte numérisé non relu

ÉTIOLOGIE DE LA SYPHILIS DES CENTRES NERVEUX

Il est admis généralement aujourd’hui que l’apparition d’accidents cérébraux chéz un syphilitique est sans relation avec la gravité des premiers accidents de l'infection. Les complications cérébrales seraient même plus souvent observées dans les formes légères au début (Broadbent) ou de gravité moyenne (Fournier). Il en serait un peu différemment de la syphilis médullaire (Gilbert et Lion), où les formes graves se rencontrent dans une proportion assez élevée.

Bien autrement importantes, en tous cas, sont les conditions étiologiques inhérentes au malade lui-même. Les excès de toute sorte, le surmenage intellectuel, les chagrins, et, au premier rang, la prédisposition névropathique sont des circonstances éminemment aptes à déterminer les localisations encéphaliques de la syphilis. Et c’est là surtout, peut-on dire, ce qui rend le pronostic de la vérole si sombre et si incertain chez les cérébraux et les individus qui mènent une vie intellectuelle active. L’influence des causes prédisposantes

SYPHILIS DES CENTRES NERVEUX

a été moins souvent relevée en ce qui concerne la syphilis de la moelle. La fatigue physique, les marches forcées, les excès, vénériens, le froid, peuvent jouer ici le rôle de causes déterminantes.

C'est chez l'homme et dans l’âge adulte que s’observent les cas les plus nombreux de syphilis cérébro-spinale. Mais Leudet(1) a vu des accidents cérébraux graves éclater chez deux vieillards, trois mois après le début d’une syphilis vaccinale.

La syphilis peut atteindre les centres nerveux à n’importe quelle phase de son évolution. Autrefois considérés comme l’apanage exclusif de la syphilis tertiaire, les accidents cérébro-médullaires peuvent éclater, comme on sait aujourd’hui, en pleine période secondaire : un an, six mois, trois mois après l’apparition du chancre induré. Ou bien au contraire ils sont séparés par un intervalle fort long des premières manifestations cutanées : vingt ans et plus (Fournier). Ces complications précoces et tardives que l’on oppose souvent les unes aux autres présentent-elles en fait des différences importantes, en dehors de toute considération chronologique?

Les lésions précoces, dit Lancereaux, ont pour caractère distinctif d’être superficielles et diffuses ; ce sont surtout des méningites. Les lésions tardives sont profondes et circonscrites ; telles l’artérite, l'encéphalite gommeuse. Cette distinction doit être admise dans son sens le plus général, à la condition toutefois de ne point la considérer comme plus absolue que la division de la syphilis en trois périodes. On peut voir le « tertiarisme » devancer l’époque ordinaire de son apparition. L’artérite syphilitique a été constatée à l’autopsie au 8e mois de la vérole (Brault). Kahler n’a-t-il pas vu un ramollissement de la protubérance par thrombose artérielle d’origine gommeuse, chez un individu qui était encore porteur du chancre induré au moment de la mort? Par contre, Oppenheim a observé une méningite cérébro-spinale très étendue à l’autopsie d’une femme, syphilitique depuis sept ans.

La syphilis cérébrale est, d’une façon générale, une complication de la période tertiaire. On la rencontre surtout de la 3e à la 18e année; l’hémiplégie par artérite, de la 6e à la 10e (Fournier). Par contre, la syphilis de la moelle apparaît d’une façon précoce dans la majorité des cas. Les faits de Gilbert et Lion, Erb, Goldflam, etc., montrent que la plupart se produisent dans le cours de la lre et de la 2e année : les plus précoces (6 mois, 5 mois) semblent les plus graves.

TRAITEMENT

Les complications nerveuses de la vérole exigent entre toutes un traitement intensif et précoce. Les chances de succès sont d’autant plus grandes que l’on intervient plus tôt. C’est ainsi que les accidents prémonitoires, les céphalées, les phénomènes méningitiques, cèdent au traitement dans la grande majorité des cas, tandis que les symptômes ultérieurs, en relation avec la désorganisation plus ou moins profonde du tissu nerveux, sont beaucoup plus rebelles et parfois même ne sont nullement influencés.

En ce qui concerne la syphilis cérébrale confirmée, l’action de la théra-

(‘) Leudet, Clinique médicale de l’ Hôtel-Dieu de Rouen, 1874, p. 341 et 544.

SŸPHILIS HÉRÉDITAIRE, peutique se montre plus favorable, toutes choses égales d’ailleurs, dans l’épilepsie symptomatique, les paralysies isolées des nerfs crâniens; tandis qu’elle est beaucoup moins certaine dans les formes mentales, dans les hémiplégies d’origine vasculaire.

D’une façon générale, les lésions médullaires paraissent beaucoup moins accessibles au traitement antisyphilitique que celles qui atteignent le cerveau. En particulier, les paraplégies à développement rapide, accompagnées d’eschares de décubitus, résistent souvent à la médication la plus énergique. Le pronostic des méningites spinales est beaucoup plus favorable à cet égard.

On doit avoir recours au traitement mixte. Fournier donne la préférence au mode d’administration suivant : l’iodure de potassium à l’intérieur, à la dose moyénne de 5 grammes; le mercure en frictions de 5 à 10 grammes par jour, en augmentant progressivement. Ce traitement doit être continué longtemps ; il ne doit même pas être abandonné définitivement lorsque la guérison a été obtenue. On aura soin de ménager des intervalles de repos et d’alterner les deux médications antisyphilitiques, afin d’éviter l’accoutumance.

Il est rigoureusement indiqué de placer les malades dans les meilleures conditions d’hygiène possible, de les soustraire à toute espèce de préoccupation morale, à tout travail physique ou intellectuel : autant de préceptes qui doivent être observés comme mesures préventives contre les accidents nerveux par les syphilitiques qui y seraient prédisposés.

Page 1