TROUBLES DES RÉFLEXES
L’examen des réflexes est d’un très grand intérêt dans l’étude des maladies nerveuses en général et des névrites en particulier.
Réüexes cutanés. — Les réflexes cutanés, dans les régions où siège l’affection, peuvent être normaux; ordinairement, ils sont affaiblis, quelquefois même complètement abolis; parfois, mais plus rarement, ils semblent exagérés. De ces divers états, l’affaiblissement ou l’abolition est celui qui a le plus de valeur au point de vue du diagnostic. Il va sans dire que l’état des réflexes cutanés peut varier d’une région à l’autre; dans un cas signalé par Vierordt, par exemple, le réflexe plantaire était aboli et le réflexe abdominal conservé; chez
DES NÉVRITES.
un malade de Strümpell, il y avait une absence complète du réflexe abdominal et une grande diminution du réflexe plantaire, qu’on ne pouvait obtenir que par une forte piqûre.
Le réflexe crémastérien , le réflexe anal (Rossolimo), etc., peuvent aussi être affaiblis ou abolis.
Réflexes tendineux. — Les névrites amènent généralement une perturbation dans l’état des réflexes tendineux et, dans la grande majorité des cas, ce trouble est caractérisé par un affaiblissement ou une abolition complète de ces réflexes ; c’est même là un signe qui, sans être pathognomonique, puisqu’il n’appartient pas exclusivement aux névrites, a une grande signification au point de vue du diagnostic decette affection, ainsi que nous le verrons dans la suite. Onl’observe en effet dans toutes les variétés de névrites, que la lésion porte plus particulièrement sur les fibres sensitives, ou qu’elle atteigne plus spécialement les fibres motrices. Cela, du reste, est facile à comprendre, car, l’accomplissement d’un mouvement réflexe exigeant la mise en activité des diverses parties qui constituent l’arc réflexe, il peut suffire d’une altération portant exclusivement soit sur les fibres centripètes, soit sur les fibres centrifuges, pour entraver ce phénomène.
Est-il nécessaire de faire observer que l’état des réflexes tendineux peut varier d’une région à une autre. Les réflexes tendineux peuvent être normaux dans les membres supérieurs et abolis dans les membres inférieurs, ou inversement conservés dans ceux-ci et abolis dans ceux-là. Si une névrite des membres inférieurs siège dans la jambe et n’atteint pas la cuisse, la disparition des réflexes des tendons d’Achille coïncidera avec l’intégrité des réflexes rotuliens. Il peut y avoir aussi une différence notable entre les deux côtés du corps. Il est, du reste, facile de concevoir à cet égard toutes les variétés qui peuvent se réaliser.
Le plus généralement, avons-nous dit, les réflexes tendineux sont affaiblis ou abolis.
On a noté pourtant dans quelques cas de névrites l’exagération de ces réflexes. Strümpell, Môbius ont signalé les premiers des faits de ce genre, et j’en ai aussi observé de mon côté. Toutefois, cette exagération n’est pas très marquée, et je ne sache pas qu’on ait constaté de la trépidation épileptoïde dans le pied ou dans la main. En théorie, rien ne s’oppose à ce qu’on admette que ce phénomène puisse se manifester; car, puisqu’il suffit, comme on le sait, d’une irritation portant sur l’extrémité des fibres centripètes, ainsi que cela a lieu parfois dans certaines affections articulaires, irritation n’amenant aucune altération organique du système nerveux, pour que l’épilepsie spinale apparaisse, on concevrait fort bien qu’une lésion d’un nerf produisît des troubles analogues, mais la réalité du fait ne me paraît pas encore établie. Il va sans dire que, si l’épilepsie spinale était observée dans un cas où une affection capable d’y donner naissance était associée à une névrite, on ne serait pas en droit d’en inférer qu’une lésion des nerfs puisse provoquer ce phénomène. C’est ainsi, par exemple, que, dans une observation de névrite relatée par Pal (obs. IV), il y a tout lieu de faire dépendre la trépidation épileptoïde qui y est signalée des altérations spinales concomitantes, de la dégénéraiion des cordons latéraux qui fut constatée à l’autopsie.
On peut donc dire que, dans les névrites, l’affaiblissement ou l’abolition des
DES NÉVRITES.
réflexes tendineux est la règle, que leur exagération est une rareté et que le phénomène de la trépidation épileptoïde peut être considéré, jusqu’à nouvel ordre, comme étranger à la symptomatologie de cette affection.