‹ Traité de médecine (volume 3)Chapitre 94 sur 143 · TROUBLES VASO-MOTEURS, SÉCRÉTOIRES ET TROPHIQUES · texte numérisé non relu

TROUBLES VASO-MOTEURS, SÉCRÉTOIRES ET TROPHIQUES

Les phénomènes de cet ordre, sans être rares, semblent moins communs dans les névrites d’origine interne que dans celles qui sont d’origine externe. Il s’agit, du reste, dans ces deux ordres de cas, de troubles du même genre, et il me suffira par conséquent de renvoyer le lecteur à la description que j’en ai donnée plus haut (voir p. 681). Je me contenterai de faire remarquer que c’est surtout dans les névrites des membres inférieurs que l’on observe les phénomènes en question, dont les plus ordinaires sont l’oedême, la rougeur des téguments, les sueurs, l’abaissement de la température, les altérations des poils et des ongles.

On observe parfois dans la polynévrite une lésion dont je ne me suis pas encore occupé et qui doit être attribuée à un trouble de la nutrition, je veux parler des rétractions fibro-tendineuses ; je dois en donner ici une description.

On désigne sous ce nom une rétraction du tissu cellulo-fibreux qui entoure les jointures et un raccourcissement des tendons périarticulaires d’où résultent, en même temps qu’une attitude vicieuse des membres atteints, des troubles fonctionnels plus ou moins graves.

Ces rétractions sont assez fréquentes dans la polynévrite; elles peuvent occuper la plupart des jointures, mais elles sont plus communes dans les membres inférieurs que dans les membres supérieurs et se développent particulièrement dans la région du genou et dans celle du cou-de-pied. Les deux segments du membre que réunit l’articulation qui est le siège du mal ne sont ordinairement pas immobilisés d’une façon complète, et ce n’est le plus souvent qu’un des mouvements de la jointure qui est entravé; les autres peuvent au contraire jouir d’une liberté absolue ; il est généralement aisé de reconnaître que l’obstacle réside dans des altérations du tissu périarticulaire et que la partie interne de l’articulation est normale. Lorsque la rétraction occupe la région tibio-tarsienne, le pied est tombant et forme avec la jambe un angle obtus; on peut porter le pied en abduction et en adduction, l’étendre d’une façon tout aussi complète qu’à l’état normal, le fléchir dans une certaine mesure sans éprouver de résistance, mais à un moment donné, quand on cherche à accentuer le mouvement de flexion, on se heurte à un obstacle infranchissable résidant dans le tendon d’Achille, qui a subi un raccourcissement. Dans le cas de rétraction de la région du genou, la jambe est en demi-flexion sur la cuisse; il est très facile de la fléchir complètement et de l’amener en contact avec la cuisse; on peut ensuite l’étendre avec la même aisance et la ramener dans l’attitude primitive où l’on rencontre un obstacle formé par les tendons fléchisseurs de la jambe qui sont raccourcis et qui limitent le mouvement d’extension. Ces rétractions fibrotendineuses constituent des pseudo-contractures qui diffèrent essentiellement par leur aspect symptomatique et par leur nature de la contracture spasmodique. Dans celles-ci tous les mouvements sont entravés, la flexion, l’extension, l’abduction et l’adduction; quand on cherche à imprimer au membre un

DES NÉVRITES.

mouvement passif, on éprouve la sensation d’une résistance élastique et progressivement croissante, les parties tendant à reprendre d’elles-mêmes la position primitive. Dans celles-là l’obstacle est limité à un des mouvements de la jointure et la sensation qu’on éprouve quand on cherche à modifier l’attitude normale n’est pas du tout celle d’une résistance élastique et progressivement croissante, mais bien celle d’un obstacle fibreux, rigide, sans ressort, qui vient brusquement arrêter un mouvement s’opérant jusque-là sans entrave.

La chloroformisation établit entre ces deux ordres de troubles une distinction fondamentale; en effet, le sommeil chloroformique fait disparaître complètement la raideur de la contracture spasmodique, tandis qu’il ne modifie en aucune façon la pseudo-contracture qui résulte de rétractions fibro-tendineuses. Ces rétractions se développent dans des cas où les membres, par suite de la paralysie de certains groupes musculaires, ont pris des attitudes vicieuses, et, si la thérapeutique n’intervient pas, elles persistent ensuite d’une façon définitive, alors même que les nerfs et les muscles se sont reconstitués et que les troubles moteurs ont disparu. Quand elles occupent les membres inférieurs, elles entravent d’une façon plus ou moins complète la station et la marche.

Il est parfois possible de s’opposer au développement de ces rétractions à l’aide de moyens mécaniques; toutefois il n’en est pas toujours ainsi, car elles apparaissent bien souvent dans des cas de polynévrites caractérisés par des douleurs très vives qui ne permettent pas l’emploi de moyens de ce genre.

Page 1