TROUBLES DE L’APPAREIL DE LA RESPIRATION
Larynx. — Anesthésie du larynx. — On observe parfois, le plus souvent à la suite de la diphtérie, une anesthésie de la muqueuse laryngée, qui prédomine au niveau du vestibule. Ce trouble peut être facilement mis en évidence; il suffit pour cela d’explorer à l’aide d’une sonde la cavité du larynx; le malade ne perçoit alors aucune sensation et l’on constate que les cordes vocales, qui, à l’état normal, réagissent vivement dès qu’on excite leur muqueuse, restent absolument inertes.
La perte de la sensibilité du larynx peut avoir des conséquences graves; on sait en effet que cet organe, en vertu d’un mouvement d’occlusion d’origine réflexe que provoque l’excitation de la muqueuse, protège les voies aériennes contre la pénétration de corps étrangers; l’anesthésie laryngée, entraînant la
DES NÉVRITES.
suppression de celte fonction protectrice, expose le malade à des accidents pulmonaires qui peuvent être mortels.
Paralysie des muscles du larynx. — Cette paralysie n’est pas très , commune, mais il en existe déjà un certain nombre d’observations. Tanquerel des Planches avait signalé l’aphonie chez des ouvriers maniant le plomb. Seifert, cité par Mme Dejerine-Klumpke, rapporte dans un mémoire plusieurs faits de paralysie laryngée, dont il a emprunté les uns et dont les autres lui sont personnels. Il mentionne le cas de paralysie des adducteurs de la glotte, publié par Sajous, celui de paralysie de la corde vocale droite avec diminution de la motilité de la corde vocale gauche, publié par Scheck, les cas de paralysie unilatérale ou bilatérale des adducteurs rapportés par Mackenzie. Dans l’un des faits qui appartiennent à Seifert, il s’agit d’une parésie des muscles aryténoïdiens transverses et obliques; dans un autre, d’une paralysie des muscles crico-aryténoïdiens postérieurs; dans le troisième, d’une paralysie complète des muscles internes du larynx du côté droit avec intégrité du crico-aryténoïdien. Semon a signalé dans un cas une parésie du thyro-aryténoïdien gauche. Ormsby, cité par Luc, signale l’aphonie chez un saturnin. Dans l’observation publiée par Kast dont il a été question plus haut, il existait, en même temps que la paralysie de la langue et du voile du palais, une parésie du larynx avec aphonie. D’après Mackenzie, dans les paralysies laryngées saturnines et arsenicales, les adducteurs de la glotte seraient seuls paralysés. Sans être aussi absolu que cet auteur, on peut dire que, dans les cas de ce genre et en général dans les paralysies laryngées d’origine névritique, les troubles de la motilité prédominent dans les adducteurs et sont caractérisés principalement par de l’aphonie.
Peut-il exister dans la polynévrite des troubles laryngés paroxystiques semblables à ceux que le tabes provoque parfois (crises laryngées, vertige laryngé)? Cela n’est pas encore établi définitivement, quoique Grocco et Fusari prétendent avoir observé chez un malade atteint de névrite périphérique des accidents de ce genre en même temps que des accès d’angine de poitrine et des crises gastriques. En tout cas ces phénomènes sont, pour le moins, tout à fait exceptionnels dans les névrites.
Muscles respirateurs. — Je n’aurai ici en vue que les troubles paralytiques du diaphragme et des muscles du tronc.
La paralysie du diaphragme doit occuper la première place, eu égard à sa fréquence et à l’importance des phénomènes cliniques auxquels elle donne naissance.
Les symptômes qui la caractérisent sont les suivants. « Au moment de l’inspiration, l’épigastre et les hypocondres se dépriment, tandis qu’au contraire la poitrine se dilate; les mouvements de ces mêmes parties se font dans un sens opposé pendant l’expiration » (Duchenne). Si le diaphragme est simplement parésié, les phénomènes précédents ne se manifestent que dans les grandes respirations. Les mouvements respiratoires sont ordinairement plus fréquents et moins profonds qu’à l’état normal. Quand le malade est au repos, il ne parait aucunement oppressé; mais, dès qu’il fait quelque effort, sa respiration s’accélère et il se développe une dyspnée qui peut même devenir très intense.
DES NÉVRITES.
La paralysie du diaphragme entrave la phonation, l’expectoration, la défécation et tous les actes qui nécessitent des efforts.
Cette paralysie n’est pas mortelle par elle-même ; mais, si elle vient à se compliquer d’une affection intercurrente de l’appareil respiratoire, elle en augmente singulièrement la gravité.
La paralysie des intercostaux, qui semble moins fréquente que celle du diaphragme, donne lieu aux phénomènes suivants. Pendant les efforts d’inspiration la partie supérieure du thorax ne s’agrandit pas, tandis que la région épigastrique et la base du thorax se soulèvent sous l’influence de l’action du diaphragme. L’inspiration est longue, l’expiration, au contraire, est toujours courte et la phonation est entravée. D’après Duchenne, la paralysie des intercostaux est aussi grave que celle du diaphragme. Il suffit, dans l'un et dans l’autre cas, d’une simple bronchite pour produire l’asphyxie.
La paralysie des muscles inspirateurs auxiliaires entraînerait quelques troubles respiratoires bien moins accusés que celle du diaphragme ou des intercostaux. Du reste, comme nous l’avons fait remarquer, ces muscles, ou du moins quelques-uns d’entre eux, la portion cervicale du trapèze, le sternomastoïdien, sont très rarement atteints dans les névrites.
La paralysie des muscles de l’abdomen, du petit dentelé postérieur et du petit dentelé inférieur, qui sont des expirateurs extrinsèques, ne pourrait guère entraver que les grands mouvements expiratoires, car, d’après Duchenne, ces muscles ne se contractent que pendant l’expiration avec effort, pendant le chant, le cri, la toux.
Poumons. — Les lésions broncho-pulmonaires sont assez communes dans la polynévrite. Plusieurs facteurs peuvent contribuer à les déterminer. Nous avons déjà vu que l’anesthésie du larynx avait parfois pour conséquence la pénétration de corps étrangers, de parcelles alimentaires dans les voies respiratoires; ces accidents peuvent donner lieu à des troubles des plus sérieux; nous avons fait observer aussi que la paralysie des muscles respirateurs aggravait singulièrement les affections inflammatoires des bronches et des poumons.
Les altérations du pneumogastrique, signalées chez l’homme par Dejerine, sont capables de donner naissance à de l’œdème, à de la congestion pulmonaire et à de la spléno-pneumonie, à des phénomènes inflammatoires. En pareil cas les lésions nerveuses, en modifiant le terrain, en l’affaiblissant, permettent à certains microbes pathogènes de pénétrer dans le tissu bronchopulmonaire et d’exercer leur action nocive (voir p. 673).