‹ Traité de médecine (volume 4)Chapitre 104 sur 168 · PHTISIE DES VIEILLARDS · texte numérisé non relu

PHTISIE DES VIEILLARDS

Des divergences séparent les auteurs en ce qui concerne la fréquence et la gravité de la phtisie chez le vieillard. Pour les uns, la phtisie est fort rare après 05 ans; pour d’autres (G. Sce), elle est au contraire fort commune.

Fonssagrives a dit : « Passé 45 ou 50 ans, il est à peu près indifférent d’être ou de ne pas être phtisique. » Cette opinion nous paraît fort exagérée; nous observons tous les jours à l'hôpital des vieillards qui succombent à la phtisie comme les adultes. Mais si l’on s’en tient à la clientèle de la ville, Fonssagrives pourrait avoir raison; car, d’après Peler, chez les vieillards riches la phtisie évolue avec une remarquable lenteur. La phtisie des vieillards peut être d’origine récente, ou due aux progrès d’une infection bacillaire ancienne qui a présenté une longue rémission. Son développement paraît favorisé parle rétrécissement de l’œsophage, le cancer de l’estomac, la gastrite alcoolique, le cancer de l’utérus, le diabète et l’albuminurie. La phtisie des vieillards affecte la forme chronique ou la forme aiguë.

I. La phtisie chronique des vieillards se présente ordinairement avec des symptômes très atténués. Si, chez l’enfant, rarement un organe souffre seul, chez le vieillard, les organes semblent souffrir et vivre isolément. Aussi la lésion locale se développe-t-elle sourdement, sans réactions vives, sans retentir sur l'état général ; il y a désaccord entre les signes physiques d'une part, et d’autre part les symptômes fonctionnels et généraux ordinairement très peu marqués.

La maladie se développe à la suite d’une laryngite, d’une pleurésie, d’une bronchite. La toux est faible, l’expectoration presque nulle (car le vieillard, comme l’enfant, déglutit souvent ses crachats); l’hémoptysie est très rare. La dyspnée est plus objective que subjective; elle ne s’apprécie que si l’on compte le nombre des respirations. La fièvre peut manquer; quand elle existe, elle est en général assez modérée (58", 58", 5). Les signes physiques sont ceux de la phtisie ulcéreuse commune ou de la phtisie fibreuse. La marche est traînante; ce n’est qu’au bout de plusieurs années que les malades se plaignent d’une grande faiblesse, qu’ils s’amaigrissent, que leur peau se dessèche et se plisse, ce qui les fait paraître encore plus vieux qu’ils ne sont. Ils finissent par s’éteindre sans bruit; quelquefois on les trouve morts dans leur lit sans qu’on puisse préciser la cause de cette terminaison rapide.

Cette forme de phtisie est propre au vieillard; mais elle n’est pas la seule: on peut observer même chez des sujets très âgés des formes absolument analogues à celles qu’on observe chez l’adulte.

(') Leudet, Rcclici’clies sur la phtisie aiguë chez l’adullc; Thèse de Paris, 1851. — Moure- TON, Tulierculisation des vieillards; Th. Paris, 1805. — Cocatrice, Tuberculisation aiguë des vicillaols; Th. Paris, 1866. — Jardi, Phtisie i)uluionairc des vieillards; Th. Paris, 1871.

— Durand-Fardel, Traité des maladies des vieillards. — Peter, Leçons de clinique médicale.

— Audouin, De la phtisie aiguë chez les vieillards; Thèse de Paris, 187'J.

TRAITEMENT DE LA PHTISIE PULMONAIRE

On évitera de confondre la phtisie chronique du vieillard avec la bronchite chronique, la bronchectasie et remphysème.

II. La phtisie aiguë du vieillard est plus fréquente ({u'on ne le croit. Elle affecte la forme granulique ou la forme pneumonique.

La p/Hia'ie aiguë granulique du vieillard est une cause fré({uente de surprises d'autopsie; elle revêt les aspects symptomatiques les plus divers et les plus trompeurs. Dans la forme lalenle, le malade se plaint de céphalalgie et d'étourdissements ; il maigrit, mais il n’a ni toux, ni fièvre, ni sueurs; et les signes ])hysiques font le plus souvent défaut; le vieillard succombe brusquement, et à l’autopsie on reconnaît la granulie. Dans la forme cardicujue, il survient de l’oedème, de l’ascite, de la diarrhée, de fojipression, de la cyanose ; comme il n'existe ni fièvre ni lésions jnilmonaires ap|)réciables à l’auscultation, on pense à une lésion du cieur, à une myocardite; la mort survient en quelques jours, et à l’autopsie on constate une granulie. Dans la forme cérébrale, c'est la démence et le gâtisme, avec rigidité de la nuque et hyperesthésie cutanée, qui sont les signes dominants. Dans la forme fébrile, la maladie simule la fièvre typhoïde; dans la forme catarrhale, elle simule la bronchite capillaire. Le diagnostic de la maladie ne se fait le plus souvent, on le comjoit sans peine, qu’au moment de l’autopsie.

La 'phtisie aiguë jmeumonûjue du vieillard commence souvent par une hémoptysie qui survient après un refroidissement. Elle diffère, dès le début de la pneumonie franche, par l’absence de frisson initial et de douleur thoracique, par l’amaigrissement rapide, le caractère intermittent de la fièvre, le léger degré de la toux et l’absence fréquente d’expectoration. La mort survient après quelques jours, après un ou deux mois; elle est due à une syncope, à une hémoptysie, ou à une complication cérébrale. Chez le vieillard, la pneumonie caséeuse passe souvent inaperçue, comme la pneumonie franche ; dans les deux affections, le vague du tableau clinique, la faiblesse des réactions morbides, rendent souvent le diagnostic impossible ; les malades meurent parfois presque subitement, sans s’être alités, sans s’être plaints; et ce n’est qu'à l’autopsie qu’on peut découvrir la cause de la mort.

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