‹ Traité de médecine (volume 4)Chapitre 105 sur 168 · SECTION VI · texte numérisé non relu

SECTION VI

T HAIT E MENT DE LA PHTISIE PULMONAIRE {'

§ 1. Lorsque la nature parasitaire de la tuberculose fut établie sur des bases solides, on conçut de grandes espérances; on allait, pensait-on, découvrir enfin une thérapeutique rationnelle de ce mal terrible ; on allait trouver la substance qui tue le bacille de la tuberculose comme ou a découvert celle ({ui tue Vacarus de la gale. A l'heure actuelle, ces espérances ne sont pas encore réalisées, et il est impossible de prévoir si elles le seront un jour. Dans cette pour-

(') Consultez, cii outre des ouvrages cités au délmt de cet article, l’excellent livre de DAREMBEiiG, Traitement delà phtisie pulmonaire, 2 volumes de la collection Charcot- Debove, Paris, 1892.

PHTISIE PULMONAIRE

suite d’ime médication bacillicide, les échecs ont été sans nombre. ^lais le fléau auquel on s’attaque est si répandu et si redoutable, que rien ne décourage les inventeurs. Chaque jour voit naître un nouveau remède. Quelques mois passent, et le remède tant prôné tombe dans un profond oubli.

Recherchons d'abord la cause de ces échecs. Peut-être trouverons-nous dans cette recherche quelques lumières thérapeutiques.

§ 2. Nous avons connu un très distingué médecin de l’armée qui expliquait ces échecs d’une façon originale, mais peu médicale. En cherchant à guérir la tuberculose, disait-il, on fait une œuvre contre nature. Et il nous citait II. Bennett, qui a dit : « La phtisie pulmonaire est, en réalité, une des maladies destinées à éliminer ceux qui sont faibles, imparfaits, et par suite inaptes à perpétuer la race humaine dans son intégrité » ; et N. Guénean de IMussy, qni « est porté à regarder la tuberculose comme un moyen d’élimination des races dégénérées, comme le dernier terme de ces affections à tendance cachectique, la forme sous laquelle elles se reproduisent souvent en s’épurant par voie de génération. De même qne les produits inassimilables sont chassés de l’organisme, les organismes radicalement altérés sont éliminés du sein de la collection vivante »; et Pidoux, qui a dit ; « La tuberculose est une maladie qui achève »; et Peter, qui répond : « C’est une maladie qui finit ». Et, fort de ces autorités, il avait érigé en principe le nihilisme thérapeutique en matière de tnberculose.

§ 5. Ce médecin faisait un sophisme. D’une observation exacte il tirait une conclusion erronée, qu’aucun des auteurs qu’il citait n’avait d’ailleurs formulée.

On peut dire de beaucoup d’autres maladies ce que II. Bennett, N. Guénean de Mnssy, Pidoux et Peter ont dit de la tubercnlose ; et parmi elles, il serait facile d’en citer quelques-unes que la médecine est pourtant parvenue à combattre victorieusement.

iMais il y a mieux à répondre : l’observation nous apprend que la tubercnlose est curable spontanément. C’est là un fait capital, qui doit dominer tout ce chapitre. Si, de toutes les localisations de la bacillose, la phtisie pulmonaire est la pins difficile à guérir, celle qui pardonne le moins, nous savons aussi, à n'en pas douter, qu’elle peut guérir complètement. La pathologie nous a appris que la guérison est surtout le propre des tuberculoses peu avancées; mais, même « les cas désespérés peuvent guérir » (N. Guénean de IMussy).

Les guérisons d’une phtisie confirmée sont, il est vrai, fort rares; mais il en existe, et cela suffit pour que l’art cherche à reproduire ce que la nature parvient à réaliser.

Mais l’art en possède-t-il les moyens ?

g -L Nous avons déjà indiqué les échecs obtenus dans la recherche d’une médication bacillicide. Mais cela ne prouve pas qne la solution de ce problème ardu ne puisse être trouvée un jour. Et d’ailleurs, il faut bien le dire, de tous les essais tentés, quand même il ne resterait que la créosote et ses dérivés, les moins mauvais des agents réputés antiparasitaires, ce n'est déjà pas un résnltat à dédaigner.

Mais enfin, ce n’est pas de ce côté qu’on peut encore chercher la meilleure thérapeutique de la phtisie.

TRAITEMENT DE LA PHTISIE PULMONAIRE

On a peut-être trop oublié, dans ces dernières années, que, dans la tuberculose pulmonaire, le bacille n’est pas tout. Lorsque le bacille pénètre en nous, pour qu'il y puisse végéter, il faut que l’organisme donne son consentement. L’intervention dn bacille n’est efficace que s’il y a eu, au préalable, un trouble intérieur qui lui permet de germer; ce trouble intérieur, il est réalisé par toutes les causes prédisposantes de la phtisie que nous avons énumérées, ou par la prédestination héréditaire. On en peut conclure qu’à l’état de santé parfaite, notre organisme porte en lui des moyens de défense contre l’invasion tuberculeuse, et que la prédisposition réside dans la perte de ces moyens de défense. On est ainsi conduit à penser que, peut-être, le meilleur moyen de guérir la phtisie, c’est de transformer l’organisme prédisposé de manièi’e à le rapprocher autant que possible d’un organisme tout à fait sain.

L'observation prouve que les médications qui s’inspirent de ce principe sont celles qui réussissent le mieux. La thérapeutique de la phtisie, dit excellemment Daremberg, a décuplé sa puissance depuis que des maîtres éminents, reprenant les sages doctrines d’Hippocrate et de Gallien, ont montré que le régime et l’hygiène sont les grands agents curateurs de la tuberculose. Bouchard a dit ; « .Je m’empresse de déclarer que ce sont les agents de l’hygiène « qui doivent primerions les autres dans le traitement de la phtisie », et Peter disait tout récemment : « Après des travaux sans nombre, la médecine moderne, d’accord avec le bon sens, en arrive à conclure que la meilleure médication des tuberculeux est l’hygiène : l’hygiène, qui empêche le tuberculisable de devenir tuberculeux, et le tuberculeux de devenir plus tuberculisable ».

Le régime de vie et l’alimentation, joints à quelques préparations pharmaceutiques, peuvent en effet transformer radicalement nn organisme qui n’est pas trop déchu. Et c’est cette transformation qui doit être le but des efforts thérapeutiques. Si l’on parvient à la réaliser, on verra souvent le processus tuljerculeux s’arrêter, rétrocéder ou même guérir complètement.

§ 5. Mais il ne faut pas se dissimuler qu’il reste encore beaucoup à faire, et il ne tant pas être trop optimiste. Nous croyons que Daremberg va trop loin lorsqu’il dit ; « Quand la tuberculose pulmonaire débute, et quand elle débute lentement, je ne crains pas d’affirmer qu’elle doit être guérie, si le malade est bien dirigé, et si ses ressources pécuniaires lui permettent de mener une existence oisive et confortable ». 11 y a malheureusement beaucoup trop de cas qui, dès le début, résistent absolument à toute thérapeutique.

Il faut ajouter que le traitement par le régime et par l’hygiène est un traitement pénible pour le malade et le médecin ; et il est aussi vraiment trop cruel de ne pouvoir guérir (jue les riches. Il faudra donc trouver mieux. C’est la lâche qui incombe aux travailleurs de l’avenir.

^ 0. Faudra-t-il continuer à ebereber un médicament qui lue le bacille de la tuberculose sans tuer l’organisme? Cette recberche nous paraît un leurre. Admettons cependant qu'un pareil médicament soit trouvé; on l’administre au phtisique et l’on guérit les lésions qu’il présente actuellement; mais, si l’on n’a pas en même temps modifié profondément son organisme, la tuberculose germera de nouveau ; car les bacilles nous entourent de tous côtés, et, à moins d’aller vivre dans des régions inhabitées depuis des siècles, de nouvelles conlaminations viendront détruire conslamment l’œuvre de ce remède idéal.

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A défaut d’une substance bacillicide, les recherches de laboratoire pourront peut-être nous fournir un moyen de rendre l’organisme plus ou moins réfractaire à la végétation du bacille. Les découvertes récentes concernant les propriétés bactéricides et antitoxiques des sérums sanguins, et les immunités conférées d’après ces principes, permettent de concevoir quelque espérance de ce côté.

§ 7. Rappelons à ce propos que toute recherche sera forcément frappée de nullité si elle n’obéit pas à certaines règles.

D’abord, il faut apporter une grande réserve et agir avec une extrême prudence lorsqu’on veut faire entrer dans la pratique une méthode née dans le laboratoire, et il ne faut pas se hâter de conclure que, ce que l’on obtient dans la culture ou môme chez l’animal, on l’obtiendra chez l’homme. Il est vrai qu'on ne connaît même pas, à l'heure actuelle, une méthode capable de guérir sûrement la tuberculose inoculée à l'animal. Mais si l’on parvenait à guérir la tuberculose expérimentale, il faudrait encore être très circonspect, car, chez l’animal, on n’arrive que rarement à reproduire une tuberculose ulcéreuse du poumon avec cachexie consomptive, comme celle que nous observons chez l’homme.

Il faut se souvenir ensuite qu’il y a des phtisies bénignes et des phitisies malignes, quel que soit le traitement; ainsi les phtisies habituellement tiques sont relativement bénignes ; les phtisies où la fièvre est constante sont presque fatalement mortelles. Qu’on essaye donc des remèdes sur les malades de ces deux catégories, et qu’on nous dise les effets obtenus dans chacune de ces deux formes ; c’est l’action d’un médicament sur une phtisie fébrile qui est la véritable pierre de touche de sa valeur antituberculeuse.

Il faut enfin ne livrer les résultats à la publicité qu’après avoir noté l’action du nouveau remède sur un très grand nombre de cas et qu’après avoir suivi les malades un long espace de temps, car la guérison de la phtisie n’est pas l’œuvre d’un jour

C’est parce qu’on a oublié ces règles, que nous nous demandons tous les jours, devant un nouveau traitement de la tuberculose, si nous sommes en présence d’une illusion de bonne foi ou d’une réclame de vendeur d’orviétan.

Lorsque le médecin a fait le choix d’une médication antiparasitaire et précisé le régime et les médications qui ont pour but de transformer l’organisme du phtisique, sa tâche n’est pas achevée : il doit intervenir encore en combattant les symptômes prédominants ou les complications incidentes, en modifiant son traitement suivant la forme spéciale de la phtisie, en empêchant que son malade ne contamine les personnes de son entourage, c’est-à-dire en réalisant la prophylaxie de la tuberculose.

Nous étudierons donc dans l’exposé suivant :

Les médications réputées hacillicides,

Les médications qui ont q)our but de transformer V organisme du phtisique^

Les médications symptomatiques,

L'application des médications précédentes aux diverses formes de la pjJitisie,

La prophylaxie de la tuberculose.

Mais, avant d’entrer dans l’étude de ces diverses matières, nous rappellerons

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