PROPHYLAXIE DE IA TUBERCULOSE
redoubler de précautions pour éviter les circonstances favorables à la contamination signalées plus haut. Ce sont ;
« 1“ Les personnes nées de parents tuberculeux ou appartenant à des familles qui comptent plusieurs membres frappés par la tuberculose;
« 2“ Celles qui sont débilitées jiar les privations et les excès. L’abus des boissons alcooliques est particulièrement néfaste.
« O'' Sont aussi prédisposés à la tuberculose les individus atteints ou en convalescence de rougeole, de coquelucbe, de variole et surtout les diabétiques. »
.1. Bergeron proposa d’ajouter à ces instructions le paragraphe suivant ;
« La notion certaine de la transmissibilité de la tuberculose impose au gouvernement le devoir de faire rechercber dans toutes les collectivités dont il a la surveillance, lycées, casernes, prisons, grandes administrations et ateliers de l’Etat, les sujets atteints de tuberculose, pour prendre à leur égard, dans l’intérêt des autres, telle mesure de prophylaxie que les circonstances permettront de leur appliquer. »
§ 77. Une des principales critiques adressées à la première rédaction des Instructions était qu’elle n’avait pas insisté d’une façon assez particulière sur ce point capital ; que l’agent ordinaire de la contagion tuberculeuse, c'est la poussière des crachats de phtlsifjues. Cette critique était juste, et la seconde rédaction, reproduite plus haut, fut modifiée dans ce sens. Cependant Verneuil en contestait la valeur et prononçait, dans son discours du 21 janvier 1890, la phrase suivante : « Si tout cela était vrai, et s’il suffisait de faire la chasse aux crachats tuberculeux, en vérilé le moment serait proche où nous pourrions rayer la tuberculose du cadre nosologique ». Mais, au contraire, ce qui est extrêmement difficile à réaliser, c’est justement la chasse aux crachats tuberculeux. Nous essaierons de le montrer.
On doit défendre aux phtisiques de cracher par terre et dans un mouchoir; ils doivent cracher dans un crachoir à moitié rempli de liquide (soit d’eau simple, soit d’eau phéniquée au 1/àO) (^). Dans les sanatoria, en dehors des vastes crachoirs disséminés partout et des crachoirs à main qui sont sur les labiés des kiosques de cure, on munit chaque phtisique d’un crachoir de poche très commode et dont il serait fort heureux que l'usage se répandît. C’est un tlacon de verre bleu, muni en liant et en bas d'une ouverture afin de pouvoir être facilement nettoyé; les ouvertures sont fermées par des couvercles métalliques appliqués hermétiquement à l’aide d’un ressort comme dans les encriers. Les malades ne sortent jamais sans ce crachoir de poche qui rend inutile le mouchoir, dont Cornet a montré tous les dangers au point de vue c la contagion.
Mais en vertu de quelle loi obligera-t-on un phtisique à ne pas cracherp ar terre et dans un mouchoir? Et qui nous protégera contre l’expectoration des tuberculeux <lont la maladie est inconnue du malade et du médecin? (*)
(*) Fr.'inkcl a conseillé de désinfcclcr les crachais des ]>hlisi<ines avec une solulion à ë pour 100 d’un mélange ])ré|iaré à IVoid d’acide sull'ui'iqiie et de paracrésol. — Mais, en somme, on ])eiil se sei-vir d'eau juire, car le crachat humide n'esl [las dangereux; quant à la destruction délinitivc des crachais hacillifères, elle n’est ohlenue sûrement ipie par a chaleur.
PHTISIE PULMONAIRE
g 78. On doit aussi désinlecter les habitations et les objets qui ont servi aux pbtisi(jues, mais le meilleur mode de cette désinfection n’est pas encore déterminé sûrement; on a conseillé les vapeurs d'acide sulfureux; Krupin, qui a fait une étude spéciale de la (juestion, pense (pi’on peut arriver à un résultat presque parfait en se servant des solutions acides de sublimé; sur les murs à parois crépies ou couvertes de tapisseries, on pulvérise une solution de sublimé à o/lOOO avec de l’acide cblorhydricpie à 5/000; pour les parquets, (juelle que soit leur nature, il faut des solutions de sublimé à 4 ou 5/1000 et fortement acide. Les objets (jui ont servi à un phtisi(pie, surtout les ustensiles de table, doivent être désinfectés à l’eau bouillante.
^ 70. Ces mesures prophylactiques devraient être mises en pratique avec une excessive rigueur dans tes hôpitaux oii l’on soigne des phtisiques; en réalité, elles y sont le plus souvent méconnues ou inexécutées. Nous devons nous elTorcer de les faire connaître et d’obtenir leur mise en pratique. Il faut d’abord réclamer la suppression du balanage des planchers. Le balayage doit être remplacé par le lavage avec une solution antiseptique. On devrait imiter Bard (de Lyon), qui, pour rendre cette opération plus facile et plus sûre, fait inq)erméables les planchers de ses salles en les enduisant à froid de paraffine dissoute dans du pétrole; le paivpiet présente alors une teinte brune un peu mate; il y a plus de deux ans que (\L Bard a rendu ainsi imperméable le plancher d’une salle oii se trouvent des tuberculeux, et, malgré l’usage ininterrompu de la salle avec toutes les causes de détérioration qu’il comporte, les lavages ont suffi à l’entretien du parquet sans nouvelle application de paraffine; toutefois, dit M. Bard, celle-ci deviendra bientôt utile, car, si l’imperméabilité paraît encore assurée sur la plus grande partie du parquet, il est manifeste que l’eau commence à mouiller sur (juelques points plus exposés, tels (pie le voisinage de la porte d’entrée.
^ 80. Mais ce ({u’il est impossible de détruire, ce sont les crachats bacillifères rejetés tous les jours dans les rues des villes par les nombreux phtisiques q.ui s'y promènent. Il est vrai que la lumière solaire est un grand agent de des- Iruction et que là où un rayon de soleil a passé on ne trouve plus que des cadavres de germes. Mais, dans nos villes, que de rues étroites et bordées de maisons à cinq étages, où le soleil ne pénètre qu’imparfaitement ou même pas du tout!
On voit donc que la « chasse aux crachats » est entourée de difficultés presque insurmontal>les, et que longtemps encore la contagion s’exercera par la poussière des crachats desséchés.
^ 81. L’isolement des pbtisi(pies, réclamé par quelques médecins, est irréalisable; il serait d’ailleurs inutile si la destruction des crachats était etfectuée régulièrement. On doit cependant s’etïorcer de séparer les enfants de leurs parents, nourrices, bonnes, domestiques, institutrices, professeurs phtisiques. Ouand, dans un ménage, un des conjoints devient phtisique, il faut interdire la cobal)itation.
82. Combattre les influences qui transforment un sujet réfractaire en un sujet prédisposé. - L’enfant né de parents tuberculeux doit être, dès sa naissance, éloigné de sa famille, et placé à la campagne; on ne doit pas l'allaiter au biberon , mais on doit lui donner une nourrice aussi saine et