PATHOGÉNIE ET BACTÉRIOLOGIE
.1. — ItVniOGÉME
Certains auteurs, au premier rang desquels se placent Fauvel, Béhier, réduisaient autant que possible le rôle de l’intlammation pulmonaire dans la maladie (pie nous étudions. Pour eux, le mal consistait avant tout en une intlammation des bronches capillaires. Les lésions des alvéoles pulmonaires n’étaient que mécaniques. Les petites collections purulentes observées dans les vésicules pulmonaires, grains jaunes, résultaient tout simplement de la stagnation et du refoulement du muco-pus lironchique. L’alfaissement des vésicules, atélectasie, collapsus, n’avait également qu’une origine mécanique.
L’opinion de Fauvel, de Béhier, n'est plus soutenable depuis que le microscope a montré dans le parenchyme pulmonaire l’ensemble des altérations (|ue peut déterminer rinllammation : la production d’un exsudât qui, comme l'a établi Damaschino, est souvent fibrineux, la multiplication des cellules épithéliales et leur desquamation, l’augmentation du nombre des éléments
MALADIES AIGUËS DU POUMON
embryonnaires et dans les travées conjonctives et dans la cavité alvéolaire. 11 s’agit bien là de lésions qui caractérisent l’inflammation des alvéoles pulmonaires.
S'il est difficile de reproduire chez l'animal une pneumonie lobaire comparable à la pneumonie franche de l'homme, il n'est rien de plus aisé que de reproduire expérimentalement, isolément ou simultcmément, toutes les altérations de la bronchopneumonie .
C’est ainsi que Bretonneau les voit apparaître après inhalation des vapeurs d'acide chlorhtjdrupæ. Les auteurs qui suivent se sont surtout adressés aux agents irritants introduits par une plaie trachéale. Reitz et Bayer ont employé ï ammoniaque ; Corail et Trasbot, iMassalongo, l'essence de térébenthine ; Sommerbrodt, le perchlorure de fer; Veragutli, Ouinquaud et Piogey, le nitrate d'argent; Foâ, l'extrait de cantharide. On obtient les memes résultats mais plus circonscrits en injectant ces corps irritants dans la plèvre (Massalongo). M. Corail a môme montré que ces bronchopneumonies expérimentales succèdent aux injections sous-cutanées de cantharkline, cette substance étant charriée par le sang.
A la suite de ces diverses irritations, on voit se produire dans les divers lobes du poumon des noyaux indurés, disséminés ou conlluents en même temps que paraissent souvent des lésions d’emphysème et d’atélectasie. Au niveau des noyaux indurés, le microscope fait reconnaître toutes les lésions de la bronchopneumonie : exsudais alvéolaires constitués par des leucocytes et des- cellules épithéliales souvent englobées dans un réticulum fdjrineux, infiltration embryonnaire des travées interlobulaires et du tissu péribronchique et enfin inflammation marquée des bronches.
Il est un moyen plus simple encore et plus sûr de déterminer des bronchopneumonies expérimentales. Il consiste à s’adresser à la section des pneumogastriques chez le chien et le lapin.
Cette section, pourvu que la survie soit de quelques heures, détermine dans le poumon des altérations très remarquables et déjà connues de Valsalva, le maître de Morgagni. Elles ont été depuis bien étudiées par Reid, Legallois, Magendie, Longet, etc.
Mais l’auteur qui les a le mieux étudiées et décrites est Traube(') auquel nous devons une interprétation satisfaisante de leur pathogénie.
La survie est-elle de très courte durée, moins de douze heures? On peut n’observer qu’une distension notable des alvéoles (emphysème) accompagnée d’un certain degré de congestion et d’oedème.
La vie est-elle plus longue? On voit dans les divers lobes des poumons un ensemble de désordres que nous reproduisons ici en nous conformant à la description de Traube.
1“ La muqueuse trachéale et bronchique est injectée; chez le chien cette injection peut être suivie jusqu’aux dernières ramifications.
(') Traube, Die Ursachen und die Beschaffenlieit derjenigeii Vertindcrungen welche das Lungen parcnchym nach Durschneidung der Nervi vagi erleidet, 1876; Qesammelte Beitrage zur Pathologie imd Physiologie.
BRONCHOPNEUMONIE.
2“ Les conduits aériens renferment un liquide blanchâtre spumeux, quelquefois teint de sang. Ce liquide peut être accompagné de débris alimentaires, poils, sables.
5" Les poumons sont plus volumineux.
¥ Une partie de leur parenchyme ne renferme plus d’air, a une couleur rouge brun, est inhltrée de sérosité.
5“ Une autre partie également non aérée et brun rougeâtre est de plus infiU trée d’une masse blanche dense qui refoule le fond ronge.
6“ Il y a enhn des parties non aérées tout à fait grises.
On retrouve dans cette description tous les éléments relevés dans l’anatomie pathologique de la bronchopneumonie : l'inflammation des bronches et leur obstruction par des bouchons de diverses natures (1 et 2), l’emphysème pulmonaire (5), l’atélectasie et la splénisation (4, 5), enfin les noyaux de pneumonie lobulaire (G).
Quel est maintenant le mécanisme par lequel se produisent ces altérations du poumon?
Nous ne pouvons suivre ici Traube dans la remarquable discussion des théories antérieurement admises. Il montre qu’il ne faut certainement pas voir dans ces lésions le résultat de la constriction de la glotte (Mendelsohn) ou des troubles trophiques résultant de la section des nerfs vasomoteurs fournis par le pneumogastrique au poumon (Schiff).
L’inflammation pulmonaire est due à l’introduction de corps étrangers dans les bronches. La section du pneumogastrique paralyse les cordes vocales et entrave les mouvements de l’œsophage. De là résulte une gêne marquée de la déglutition et la pénétration de parcelles alimentaires, de mucosités, de salive dans les bronches. L’anesthésie du poumon qui résulte de la section du pneumogastrique favorise encore l’arrêt de ces corps étrangers en s’opposant à leur expulsion par voie réflexe (Vulpian). La pneumonie par section du pneumogastrique est une qmeurnonie ptar corps étrangers irritants. On peut en fournir la preuve de diverses façons : directement à la manière de Traube en établissant la présence de particules alimentaires et de cellules épithéliales de la bouche dans les bouchons qui remplissent les bronches; indireclement, en montrant que la section du pneumogastrique n’est pas suivie de trachéotomie si l’on empêche la pénétration de ces corps étrangers.
Pour cela, Traube sépare l’œsophage de la trachée et du larynx et en créant une fistule œsophagienne empêche toute pénétration. Il évite ainsi la bronchopneumonie.
Gaertner sectionne le pneumogastrique à la base du cou après la séparation du récurrent. 11 ne trouve dans ce cas aucune altération pulmonaire.
On a dans ces dernières années cherché à pénétrer encore plus loin dans la pathogénie de ces désordres pulmonaires après section des vagues. Dans ces intlammations pulmonaires on trouve des microbes et Schou a établi qu’un de ces microbes, le bacillus pneumonicus agilis, existe normalement dans la salive du lapin. Or ces microbes introduits dans le poumon déterminent des altérations inflammatoires. La section du p)neumo gastrique a donc pour résultat de faire pénétrer dans Je poumon des microbes pathogènes, inoffensifs tant qu'ils séjournent simpkmient dans lu bouche du lapin. C’est précisément ce qui se passe dans la bronchopneumonie humaine.
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