CHAPITRE
PLEURÉSIES HÉMORRHAGIQUES
Sous le nom de pleurésies hémorrhagiques on réunit tous les épanchements pleuraux qui sont franchement d’aspect hémorrhagique : cet aspect est dù, non pas seulement, comme celui des liquides pseudo-hémorrhagiques, à la dissolution de la matière colorante du sang, mais à la présence de globules sanguins dont la forme, grâce à la composition du liquide, est indéfiniment conservée. Les globules rouges existent dans tous les épanchements pleuraux, mais au nombre de 200 ou 300 seulement par millimètre cube, c’est-à-dire en nombre insuffisant pour colorer la sérosité ; celle-ci ne prend une teinte rosée que s’il y a environ 5 à 0 000 globules rouges par millimètre cube (Dieulafoy), mais, dans ce cas, le liquide ne devient pas par la suite plus franchement hémorrhagique, il a, au contraire, de grandes tendances à devenir purulent; c’est l’épanchement histologiquement hémorrhagique de Dieulafoy, distinct des pleurésies hémorrhagiques qui ne deviennent pas purulentes.
Dans la pleurésie hémorrhagique le nombre des globules sanguins est toujours considérable, il est quelquefois le dixième du nombre des globides rouges du sang : le liquide a une teinte rose, rouge ou rouge foncé, rouge brun. La présence de ces globules rouges dans le liquide pleural est due à une hémorrhagie de la plèvre, le sang se mélange en quantité variable à la sérosité déjà exsudée, ou, rarement, constitue tout l’épanchement, comme s’il s’agissait d’un hémothorax traumatique ; il se coagule rapidement, et le caillot
PLEURÉSIES HÉMORRHAGIQUES.
(iljrineux conlienl d’abord les globules sanguins ; mais soumises à une sorte de lu'assage, à chaque inspiration, entre le poumon et la paroi, les mailles de iibrine laissent échapper peu à peu les globules sanguins qui nagent alors dans le plasma du sang et dans la sérosité pleurale, s’il en existe (Trousseau). Ainsi s’expliquent les dilTérences dans la teneur en fibrine que l’on trouve entre les liquides évacués par thoracentèse, suivant que ce liquide est du sang presque pur ou mélangé à un exsudât séro-fibrineux pleurétique.
La pleurésie hémorrhagique est relativement rare. A la clinique de Munich on en a observé en six ans 14 sur un total de 227 dont 69 pleurésies sèches, 1 14 pleurésies avec épanchement séro-fibrineux, aO avec épanchement purulent.
Les signes physiques des épanchements hémorrhagiques sont ceux des autres épanchements : matité absolue avec perte d'élasticité, absence plus ou moins complète de vibrations, diminution ou abolition du murmure vésiculaire, souffle à caractères variables avec la quantité de liquide , égophonie ou hroncho-égophonie, pectoriloquie aphone assez souvent (.Jaccoud, Dieulafoy), œdème de la paroi quelquefois (Dieulafoy, Barbe), déplacement plus ou moins considérable des organes voisins, et déformation du thorax. Aussi le diagnostic de la qualité de répanchement est-il à peu près impossible : on diagnostique, suivant les cas, épanchement sérofibrineux ou épanchement purulent, en se basant sur des signes incertains, comme la pectoriloquie aphone et l’œdème de la paroi, ou sur l’aspect général du malade : c’est la ponction seule qui peut relever l’erreur.
Dans quelques conditions données, comme rexistence bien connue d’un cancer du poumon et de tout autre organe, et la marche insolite de l’épanchement, on peut supposer que le liquide est hémorrhagique, mais ce n’est qu’un diagnostic de probabilité, puisque le cancer pleuro-pubnonaire peut, comme la tuberculose, produire aussi bien un épanchement séro-fibrineux qn’un épanchement hémorrhagique.
Les signes fonctionnels et i évolution des pleurésies hémorrhagiques varient au contraire^ essentiellement , avec les causes qui les produisent.
La pleurésie hémorrhagique peut se rencontrer exceptionnellement au cours de la cirrhose du foie, du mal de Bright qui produisent bien plus fréquemment une pleurésie séro-fibrineuse, dans les fièvres éruptives ou les fièvres graves hémorrhagiques, le scorbut, etc., où il n’y a pas à vrai diiœ inflammation mais simplement hémorrhagie pleurale ; dans certaines phlegrnusies pleuro-pulmonaires infectieuses comme dans les deux cas d'infarctus infectieux vus par Ehrlich, comme dans les observations de Chai-rin et Roger, de Ivelsch, dans lesquelles il faut peut-être incriminer- plutôt la tuberculose coexislante que le bacille typhique. L’hémotborax enfin, en dehors des hémothorax traumatiques, peut succéder à V ouverture d'un anévrgsme de l'aorte dans la plèvre.
Toutes ces variétés de pleurésies hémorrhagiques sont rares, exceptionnelles même, et ne méritent pas une descrii)tion à part, description qui se déduirait d’ailleurs facilement des notions étiologi({ues.
Les trois grandes variétés de jdeurésies hémorrhagiques sont : la pleurésie tuberculeuse, la pleurésie cancéreuse, l'hématome pleural {') : bien que rares
(h Robert Moutard-Martin, Étude sur les pleurésies hémorrhagiques néo-membraneuse, tuberculeuse et cancéreuse; Thèse Paris, 1X78.