BRONCHITES
Synonyjiii:: Catarrhe l>ronclii(iuc, rluiine de |)oitrine, Irachco-lironchite.
Historique. — hoicYme bronchite, qui sert aujouftl’hui à désigner rinllammation de la trachée et des bronches, n’est pas très ancien; il paraît avoir été employé pour la première fois, en 181 i, par Badham. 11 a été vulgarisé sous l’inlluence des travaux de Pinel, de Bichat et de Brottssais, qui, les premiers, ont démontré la localisation des maladies sur les organes et les tissus. Auparavant la hronchite, c’était le catarrhe du poumon, et le mot catarrhe impliquait une doctrine dont l’origine se retrouve dans les livres hipjtocratiques, qui a régné sans partage jusqu’au xvi° siècle, et qu’on peut résumer comme il suit. A l’état normal, le cerveau attire l’humidité du reste du corps et la renvoie aux glandes qui la rejettent. Tant que l’humidité attirée par le cerveau n’est pas trop abondante el que le rcHux vers les glandes se fait normalement, la santé se maintient; si l'humidité de l’organisme devient trop considérable, la maladie apparaît. Elle frappe le cerveau si le cerveau retient tonte l’humidité; mais si le cerveau la renvf)ie aux glandes, les glandes seront alfectées de catarrhe, c’est-à-dire de Hux abondant (x7.t-/, en bas ; feto, je coule) ; le nez, la gorge et le poumon sont les parties le plus souvent frappées parle catarrhe.
Cette doctrine, universellement acceptée jusqu'au xvi® siècle, fut attaejuée en l-jOi par Jérôme Cardan, qui émit l’hypothèse que les liquides rejetés par la muqueuse sont peut-être sécrétés par celle-ci. Un siècle plus tard. Van Helmont porte les coups les plus rudes à la vieille doctrine humorale (1648), et, en 1664, Schneider établit définitivement ([ue la sécrétion morbide du coryza, de l’angine, du catarrhe pulmonaire, est un produit séparé du sang et transsudant à travers les membranes muqueuses (jui tapissent les parties où l’on observe ces dilférentes maladies.
Dès lors, la doctrine hippocratique a vécu ; mais le mot catarrhe survit à la
MALADIES DES BRONCHES
doctrine qu'il représentait. En 1798, Pinel place les catarrhes dans le groupe des phlegmasies ; et le mot catarrhe devient et reste synonyme de phlegmasie aiguë ou chronique des membranes muqueuses.
Ainsi, à l’heure actuelle, catarrhe bronchique est synonyme de bronchite.
Cependant, même de nos jours, on a cherché à réserver un sens spécial au mot catarrhe-, on a voulu en faire l’équivalent de sécrétion abondante, à' hypercrinie des muqueuses. Ainsi, quand on dit bronchite catarrhale, cevlains auteurs entendent bronchite avec sécrétion surabondante. Toute l’histoire des bronchites que nous allons retracer montre que cette distinction n’est, à l’heure présente, d’aucune utilité.
Dans riiistoire de la bronchite, l’œuvre de Laënnec lient la place la plus importante. Sans se préoccuper de discussions doctrinales, Laënnec garde le mot catarrhe bronchique pour spécifler toutes les bronchites. A l’aide de l’auscultation et de l’anatomie pathologique, ildécritrafl'ection, en sépare les variétés, et apprend à la distinguer des maladies qui peuvent être confondues avec elle.
Après Laënnec, on a un peu modifié les classifications ; mais, en vérité, on ne peut pas dire que la question ait fait de très grands progrès.
Il faut citer cependant, parmi les essais intéressants, les leçons de Lasègue, la thèse d’agrégation de M. Ilayem (1809), les leçons de M. Ferrand, et les livres de M. G. Sée (1885-1880) (■).
Remarques préliminaires. — Les voies respiratoires, envisagées dans leur ensemble, peuvent être divisées en trois segments : L le segment supérieur qui comprend les premières voies : le nez, le pharynx, le larynx (la bouche n’est qu’une voie supplémentaire pour le passage de l’air) ; 2° le segment moyen qui comprend la trachée et les bronches ; o» le segment inférieur ou terminal qui comprend les cavités alvéolaires creusées dans le parenchyme du poumon.
Les premières voies, particulièrement le nez, sont avant tout un organe de défense pour les voies respiratoires i)rofondes ; elles constituent, selon l’expression de François Franck, une sentinelle respiratoire. On peut les considérer d’abord comme un filtre destiné à arrêter, dans ses cavités anfractueuses, les poussières inorganiques et organiques, inanimées et vivantes, qui sont contenues, en si fortes proportions, dans l’air que nous respirons. Elles sont destinées en outre à humecter et à réchauffer l’air qui pénètre dans la poitrine.
(') Bibliographie générale des bronchites.
Laënnec, Traité de r auscullalion médiale. Édition de la Faculté de médecine de Paris, d'après rédilion de 18‘2t3. — Graves, Leçons de c, Unique médicale. Traduit et annoté par le D'' Jaccoml, Paris, 1863, t. II, 59“ leçon. — Gintrac, Article Malaoies des bronches du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, l. V, 1806. — Bartii et Blaciiez, Article Maladies des bronches, du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. X et XI de la P“ série, 1809. — IIayem, Des lironchites (Pathologie générale et classilicalion); Thèse d'agrégation, Paris, 1809. — .Iaccoud, Pathologie interne, 7° édition, t. II, 1885.
— CoRNiL etRANviEii, Manuel d'histologie pathologique, 2“ édition, t. II, 1882, p. 8 et03,18!*4.
— Lasègue, Eludes médicales, l. II, 1881. — Ferr.vnd, Leçons cliniiiues sur les formes et le traitement des bronchites, Paris, 1888. — G. Sée, Bronchites aiguës; Maladies spécifiques non tub. du poumon, Paris, 1883; — Bronchites chroniques; Maladies simples du poumon, Paris, 1880. — Coenil et Babès, Les bactéries, 3“ édition, 1890, t. Il, p. 572. — Eichiiorst, Traité de pathologie interne, trad. franç., t. I, p. 1889; et Traité de diagnostic médical, trad. franc., 1890 (article Graciiats). — Strümpell, Traité de pathologie spéciale et de Hier., trad. française, 1888.