BRONCHITES
Enfin Fr. Franck, et plus récemment Julius Fazarus, ont prouvé que l’excitation artificielle de la muqueuse nasale provoque un spasme des bronches. Ce réflexe serait un acte protecteur ; lorsque des poussières irritent la mu(|ueuse nasale, les bronches se resserrent, et cette constriction bronchique empêche les impuretés de l’atmosphère de pénétrer jus(|u’aux alvéoles.
La trachée et les bronches ne sont qu’une région de passage par laquelle l’air modifié dans les premières voies est conduit jusqu’aux alvéoles pulmonaires où il sert à l’hématose.
De ces conditions anatomiques et physiologiques on peut déduire quelques lois qui dominent la pathologie des hroncliites.
1. — La trachée et les bronches, ayant la même structure et les mênîes fonctions, les secondes n’étant en définilive qu’un épanouissement de la première, on comprend que leur pathologie soit la même. La trachéite et la bronchite peuvent et doivent être décrites dans le même chapitre. S’il est vrai que, dans une forme de l’inflammation trachéo-bronchique chronique, la trachéite prédomine, en somme, il ne s’agit là (|ue d’une simple variété clinique que nous décrirons plus loin.
2. — La trachéo-hronchite est très souvent la conséquence d’une afl’ection des premières voies respiratoires, soit qu’il s’agisse d’une simple propagation phlcgmasi({uc, soit que, les premières voies étant obstruées, le sujet respire par la bouche, voie anormale, et fasse pénétrer dans les bronches un air irritant pour celles-ci. Il y a donc un groupe de bronchües qui dépendent d’une alTection des premières voies, des bronchites descendantes.
5. — La trachéo-hronchite peut êtrela conséquence d’une afl'cction des alvéoles ou du parenchyme du poumon, soit qu’il s’agissed’une simple propagation phlegmasique, soit ([ue l’aU'ection alvéolaire engendre des troubles circulatoires de la muqueuse trachéo-bronchique. Il y a donc des bronchites ascendantes.
4. — Les veines des bronches ont deux aboutissants, le cœur droit et le cœur gauche. L’oreillette droite reçoit le sang des veines bronchiques qui se jettent dans la veine azygos et la veine cave ; l’oreillette gauche reçoit le sang des veines bronchiques qui se rendent dans les veines pulmonaires. On conçoit que, par suite de cette disposition anatomitpie, l’asthénie cardio-vasculaire fera sentir ses el'fets rapidement et particulièrement sur le réseau veineux bronchique, et on s’explicjue aisémeni, avec (piolle facilité la bronchite se développera et passera à l’état chroni(pie chez les cardia(pies.
à. — Le mo<le de distribution et de division des bronches permet de décrire un système bronchicpie antérieur et un système bronchi(jue postérieur, et dans chacun de ces systèmes, des branches ascendantes et des branches descendantes.
Les bronchites consécutives à une lésion des premières voies (bronchites descendantes), les bronchites sous la dépendance des maladies générales, les bronchites inllucncées par l’asthénie cardio-vasculaire, seront symétriques et frapperont surtout le système bronchi(pie postérieur, particulièrement dans ses rameaux descendants, soit en raison des congestions plus faciles de ces régions déclives, soit i)arce que le séjour prolongé des produits morbides dans ces rameaux y entretient le mal. Les bronchites ascendantes, c’est-à-dire celles (|ui sont engendrées par une lésion locale du poumon, sont au contraire unilatérales et peuvent si(‘ger [)artout, en avant et en arrière, en haut et en bas.
TÜ.UTK DE MÉDECIXE. — l\'. 19
MALADIES DES BRONCHES
(). — Dans beaucoup de cas, la bronchite reste limitée aux gros et aux moyens canaux bronchiques. Ces canaux étant suffisamment larges, ni l’épaississement inflammatoire de la muqueuse, ni la sécrétion catarrhale ne peuvent les rétrécir au point d’entraver sérieusement l’hématose.
Mais si le processus, au lieu de rester ainsi limité, s’étend vers les bronches de petit calibre, vers les bronches capillaires ou terminales, l’obstruction sera vite réalisée. Or, l’absence de toute communication anastomotique entre les ramifications bronchiques permet de comprendre qu’un rameau étant bouché, toutes les subdivisions qui en naissent deviennent imperméables, et qu’elles ne peuvent se suppléer entre elles pour la circulation de l’air, comme les artères se suppléent pour la circulation du sang. L’obstruction d’un rameau bronchique entraîne donc la suj)pression de l’hématose dans le territoire correspondant. Et si le processus est généralisé, la bronchite capillaire devient un catarrhe suffocant.
Telles sont les lois principales que nous allons retrouver dans l’étude des bronchites.
La bronchite est, au moins dans nos climats, l’afTection la plus fréquente du cadre nosologique. Cette fréquence explique le grand intérêt qui s’attache à son étude.
Et pourtant, cette maladie n’a donné lieu qu’à des recherches peu nombreuses : elle offre encore beaucoup de problèmes à résoudre, et il est. à l’heure actuelle, assez difficile d’en tracer l’histoire générale.
Pour donner un tableau satisfaisant de la bronchite, nous avons cru devoir diviser notre exposé en trois parties.
Dans la première, nous étudierons la pathologie générale des bronchites, c’est-à-dire qu’après avoir essayé 'd’en classer rationnellement les causes, nous étudierons les lésions, les symptômes et les indications thérapeutiques communes à toutes les bronchites.
Dans la seconde partie, nous étudierons en particulier les principaux types cliniques de la bronchite aiguë et de la bronchite chronique.
Dans la troisième partie, nous nous occuperons de quelques états morbides qui sont souvent des complications ou des effets de la bronchite : la bronchite capillaire, la gangrène des bronches, la dilatation des bronches, \a rétrécissement des bronches et la lithiase bronchique.