‹ Traité de médecine (volume 4)Chapitre 34 sur 168 · BRONCHITE AIGUE SIMPLE OU A FRIGORE · texte numérisé non relu

BRONCHITE AIGUE SIMPLE OU A FRIGORE

Symptômes. — Dans la bronchite aiguë simple ou a frigore, il faut distinguer une forme légère et une forme intense. Dans la forme légère, l’affection est purement locale; dans la forme intense, des troubles généraux s’ajoutent à la lésion bronchique (').

I. La forme légère de la bronchite aiguë est extrêmement commune. Elle succède ordinairement à un coryza et fait dire au vulgaire que le rhume est tombé sur la poitrine (rhume de poitrine). Le sujet éprouve une sensation de chaleur et de chatouillement derrière la poignée du sternum. Cette sensation provoque une toux plus ou moins fréquente, qui est d’autant plus intense et plus forte que le processus est plus marqué dans la zone de bifurcation de la trachée, zone tussipare très sensible. La toux est souvent plus marquée le soir au coucher, et dans la seconde moitié de la nuit; sèche au début, elle s’accompagne rapidement d’une expectoration muqueuse, gélatiniforme et visqueuse {sputum crudiim). La toux n’expulse que très difficilement ce mucus concret et adhérent du stade initial; aussi est-elle répétée, intense, pénible. A l’auscultation, on entend quelques riUes ronflants, discrets, car le processus est souvent limité à la trachée, et, dans tous les cas, ne s’étend guère au delà des grosses bronches. Ces râles sont symétriques et prédominent à la partie postérieure et inférieure de la poitrine. Telle est la phase de crudité.

A mesure que l’affection suit son cours, l’expectoration devient plus abondante, plus liquide, moins adhérente; les crachats deviennent muco-purulents, c’est-à-dire opaques, avec des stries ou des taches jaunâtres ou verdâtres {sputum coctum)\ alors la toux est grasse, humide, plus facile, plus efficace; elle est beaucoup moins pénible et devient plus rare. Les râles sonores sont moins secs et sont bientôt remplacés par (piehjues râles muqueux à grosses bulles. Telle est la période de coction ou de maturité.

Aucun trouble de l’état général n’accompagne la bronchite légère; vers le dixième ou quinzième jour, tous les phénomènes morbides ont disparu et la guérison est complète.

IL Forme intense. — Elle est caractérisée par l’intensité initiale des phénomènes généraux; dès le début le malade est pris d’un grand malaise, de céphalalgie, de douleurs musculaires; il ressent des frissonnements et la température

(') La forme légère réi)Oii(l à la forme coin/estire aiguë de M. Ferrand ; la forme intense au.x formes cutarrlialcs on injIammaloirc.s aiguës du même auteur.

MALADIES DES BRONCHES

s’élève; la fièvre a un maximum vespéral (lièvre catarrhale); souvent même la fièvre est plus que rémittente, elle est intermittente, la température du matin étant normale (Jaccoud). La fièvre s’accompagne d’un état saburral plus ou moins marqué des voies digestives supérieures et de constipation.

Il peut arriver que les phénomènes fébriles précèdent d’un ou deux jours l’éclosion des symptômes thoraciques; et si l’on ne tient un grand compte des caractères spéciaux de la fièvre, on peut croire au début d’une fièvre éruptive ou d’une dothiénentérie. Mais le plus souvent la bronchite est annoncée d’emblée soit par un coryza, soit par les signes qui lui appartiennent en propre (Jaccoud).

Le malade éprouve une sensation de brûlure et de plénitude rétrosternale; il tousse, et la toux est pénible, fatigante, quinteuse, retentissante; elle est d’abord sèche; les changements de la température ambiante, l’ingestion de liquides trop froids ou trop chauds la provoquent. L’effort musculaire que nécessite la toux finit par donner lieu à des douleurs périthoraciques qui occupent principalement les attaches du diaphragme et qui sont exaspérées à chaque quinte nouvelle. Le processus, malgré son intensité, ne produit pas de dyspnée, parce qu’il siège sur les grosses ou moyennes bronches et ne gêne en rien l’entrée de l’air dans la poitrine.

Les crachats sont d’abord muqueux et visqueux, très adhérents et difficiles à expulser; c’est lap/ia.se de crudité qui dure de 5 à 5 jours. Ensuite, ils deviennent plus abondants, plus liquides, moins adhérents, ils sont muco-purulents, c’est-à-dire opaques avec des parcelles jaunâtres ou verdâtres qui l’eprésentent du pus concret. Dans la forme intense, cette expectoration est en général abondante et peut se prolonger assez longtemps. C’est la période de coction, au début de laquelle la fièvre tombe habituellement, en même temps que les phénomènes généraux s’amendent.

Il est facile de suivre l’évolution de la lésion par les signes physiques. Pendant la période de crudité, l’auscultation laisse entendre des râles sonores, ronflants quand l’inflammation atteint les grosses bronches, sibilants quand elle atteint les bronches plus étroites. A la période de maturité, l'air passant à travers les sécrétions bronchiques plus abondantes et plus fluides, les râles deviennent humides (muqueux et sous-crépitants).

Tous ces râles sont symétrniues et prédominent en général dans les régions postéro-inférieures. Le son de percussion, le murmure vésiculaire, la bronchophonie sont parfaitement noi’inaux.

La maladie est d’ordinaire terminée vers le quinzième jour. Cependant l’expectoration muco-purulente peut persister plus longtemps, sans qu’il existe aucun trouble de la santé.

Pronostic. — La bronchite aiguë simple, afrigore, estime affection ordinairement bénigne, même dans ses formes intenses. Cependant après une première atteinte, il semble que les bronches soient plus vulnérables ; les récidives sont plus faciles. Quand plusieurs poussées aiguës se sont produites, la maladie passe aisément à Vétat chronique, surtout lorsque sont réalisées les conditions principales qui engendrent la chronicité du mal (neuro-arlhrilisine, affections chroniques naso-pharyngées, emphysème, cardiopathies, mal de Brighl) .

TYPES CLINIQUES DE LA BRONCHITE. H 17

Chez les sujets prédisposés, c’est souvent une bronchite simple, a frigore, qui semble ouvrir la porte à la tuberculose.

La bronchite aiguë est un accident redoutable chez les cardiopathes, car elle provoque souvent une attaque d’asystolie. Chez les albuminuriques, elle est Ijarl'ois la cause occasionnelle d’une attaque d’urémie.

Enfin, elle peut avoir une gravité exceptionnelle chez les bossus. Dans une étude sur ce sujet, nous avons cherché à préciser le caractère de la physiologie pathologique des bossus. Le premier phénomène qu’on observe chez tout bossu c’esi la dyspnée {asthma a gibbo, dyspnæa ihoracica) ; cette dyspnée est due d’abord à la petitesse des poumons et à l’insutfisance consécutive de la quantité d’air inspiré ; elle est due aussi à la rigidité de la cage thoracique, qui ralentit la circulation pulmonaire parce qu’elle entrave l'aspiration thoracique. L’insuffisance respiratoire produit la dyspnée, et la dyspnée produit remphysème qui est la règle chez les bossus. Pour compenser cette insuffisance respiratoire, le cœur droit s’hypertrophie, et l’équilibre se rétablit dans une certaine mesure ; mais c’est un équilibre instable susceptible d’ôtre détruit par la cause la plus minime, par le plus petit désordre circulatoire. Ce désordre est réalisé par une bronchite simple, a friyore. Sous l’inlluence d’une simple bronchite, la circulation pulmonaire s’arrête et le malade peut mourir avec tous les signes de l’asphyxie. A l’autopsie, on trouve les lésions de la bronchite et de la congestion passive du poumon (‘).

Diagnostic. — Chez les névropathes, la toux bronchitique affecte quelquefois un caractère si violent (forme convulsive) qu’on peut penser soit à la coqueluche, soit à Vadé)iopjathie trachéo-bronchique. Un examen attentif lèvera tous les doutes.

Une bronchite aiguë doit toujours faire penser à la rougeole-, le milieu épidémi(jue, l'évolution de la maladie permettront d’établir le diagnostic.

Rapports de la bronchite a frigore intense et de la grippe. — La distinction de la bronchite a /■/v'^oz-e intense et delà grippe estsouvent impossible. Les ressemblances cliniques des deux alfections sont fort grandes. 11 y a dans les deux cas un empoisonnement dont les symptômes sont très analogues (céphalalgie, courbature, rachialgie, etc.). Il n’est pas justju'à la possibilité, pour une lironehite a frigore, de devenir contagieuse <pii ne la rapproche de la grippe. Née d'abord sous l’intluence du froid, la bronchite simple se transmet ensuite par contagion aux membres d’une même famille, cela est de notion commune. Peut-être, les microbes vulgaires qui végètent dans les bronches après un refroidissement acquièrent-ils une virulence passagère qui les ti’ansforme en microbes presque spécifiques.

Mais la bactériologie décidera seule si la lu'onchite a frigore est une forme s])oradique de la grippe. D’ajzrès Woillez, Ferrand, Rendu, il est un signe (]ui permettrait quelquefois d’étaldir le diagnostic entre la bronchite simple et la gri[)pe, car il n’appartiendrait (ju’à la grippe ; c’est la diminution du murmure vésiculaire aux deux bases apparaissant avant tout signe stétboscopique de bronchite.

Traitement. — Certains individus, avons-nous dit, ont une impressionna-

(■') Maiifan, Oli.servnUon jioih' servir .tu pronostic de la bronchite chez les bossus; Arcli.ivc.s (jenéredes de médecine, 188i, sc|itenibre.

MALADIES DES BRONCHES

bilitc exagérée au froid, et contractent une bronchite dès qu’ils s’exposent à un refroidissement. Il est très important de combattre cette susceptibilité ; et pour cela il existe un moyen héroïque, c’est Vluidrothérapie, particulièrement la pratique des douches froides. En fortifiant le système vasculaire périphérique, l’hydrothérapie diminue ou enraye la susceptibilité des bronches :

« J’insiste sur cette donnée, dit G. Sée, qui ne s’applique nullement aux bronchites prétuberculeuses ; celles-ci n’existent pas ; Laënnec l’a dit, il n’y a que des bronchites simples ou bien des tubercules avec bronchite. Dans le premier cas, l’hydrothérapie en prévient le retour; dans le second, elle en favorise le développement. »

La bronchite aiguë légère, le rhume, ne réclame qu’un traitement anodin ; des tisanes chaudes (béchique ou pectorale) suffii’ont à traiter le malade. Avec le vulgaire, Laënnec et Lasègue croient que l’alcool mêlé d’eau chaude peut réussir à juguler le rhume. On pourra suivre cet usage et on conseillera au patient de prendre le soir au coucher :

Eau chaiulc 250 grammes

Eau-dc-vic 50 —

Teinture d’oi)ium X gouttes.

Dans la forme intense, l’état fébrile est une indication importante; souvent il réclame l’usage du sulfate de quinine (50 à 75 centigrammes par jour). Donné dès le début, et pendant trois ou quatre jours consécutifs, ce médicament détermine très vite la chute des phénomènes généraux et diminue la durée totale de la maladie.

Notons ici qu’on a conseillé, surtout en Amérique, d’administrer, pour guérir rapidement la bronchite aiguë intense, les remèdes qu’on considère comme des spécifiques de la grippe. Le salicylate de soude et le salol (4 gr. par jour), l’antipyrine (.j gr. par jour), l’antifébrine (1 gr. 50 par jour), la salipyrine (1 à 2 gr. par jour), ont été tour à tour conseillés contre la bronchite aiguë intense. Dans le même ordre d’idées, on a proposé d’administrer le chlorhydrate ou le nitrate de pilocarpine à la dose de 1 centigramme, pris le soir au coucher. Ces médicaments seraient capables de juguler rapidement la maladie et d’en abréger considérablement la durée.

Si la toux est intense et empêche le sommeil, on donnera le soir au coucher une ou deux cuillerées à soupe de la potion suivante, composée des trois principales substances béchiques :

Sirop diaco<le . lÜO grammes

Eau (le laurier-cerise 20 —

Alcoolaturc de racine d’aconil 2 —

On cessera l’usage de cette potion à la période de maturité.

Si la période de crudité dure au delà des limites ordinaires, que l’expectoration reste difficile et pénible, le chlorhydrate d’ammoniaque, par ses vertus stimulantes et hypersécrétoires, sera très utile ; on l’administrera à la dose journalière de 1 gr. 50 à 2 grammes par cachets de 50 centigrammes.

A la période de coction, les balsamiques sont les seuls médicaments utiles, et parmi ceux-ci, nous donnons la préférence à la terpine, que nous associons au baume de Tolu sous la formule suivante :

TYPES CLINIQUES DE LA BRONCHITE

BaZ‘'deToiu; . \ ^ grammes.

Divisez en 40 pilules; 4 à 8 pilules par jour (')•

M. Ruault a préconisé, comme une sorte de spécifique, dans le coryza et la trachéo-bronchite a frigore, le benzoate de soude à hautes doses (5 et 10 grammes par jour).

Certains auteurs conseillent l’usage de la poudre de Dower à toutes les périodes de la bronchite aiguë. Cette préparation, qui renferme de l’ipéca et de l’opium, peut être utile par ses propriétés stimulantes et diaphorétiques (^) .

Certaines indications spéciales peuvent surgir dans la bronchite aiguë. Chez les vieillards débilités, chez les cardiaques, chez les sujets prédisposés à la tuberculose, la bronchite aiguë a une tendance à se limiter en un foyer persistant ou à passer à l’état chronique ; dans ce cas, le vésicatoire, répété au besoin, est un excellent moyen de traitement.

Lorsque la bronchite présente une tendance à envahir les petites bronches (ce qui peut arriver chez les adultes, quoique cela soit plus rare que chez les enfants et les vieillards), les vomitifs, l’ipéca de préférence à tous les autres, doivent être employés. L’ipéca est utile aussi lorscpie la bronchite se complique d’embarras gastricjue.

Dans la période fébrile de la bronchite, il faut confiner le malade à la chambre avec une température constante de 18 degrés. iMais la fièvre tombée, il ne faut plus lui défendre les sorties. Il est souvent utile au contraire qu’il fasse de l’exercice en prenant les précautions convenables contre le froid. Quelquefois meme le changement d’air est le meilleur moyen pour oljtenir la disparition complète de falfection.

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