‹ Traité de médecine (volume 4)Chapitre 35 sur 168 · BRONCHITE CHRONIQUE COMMUNE · texte numérisé non relu

BRONCHITE CHRONIQUE COMMUNE

Étiologie. — La bronchite chronique commune, celle (ju’on appelle encore idio|)alhi(pie ou essentielle, s’observe surtout chez des héréditaires neuroarlkriluptes. C’est ce fpie Laënnec a déjà indiqué. « Le catarrhe sec chronique, dit-il, est le plus souvent une affection idiopathicpie ; il est commun chez

(') On pont aussi adiniriislrcr la lcii>inc sous rorinc <lc solution alcoolique:

Tcrpiiic O grainines.

Elixir (le Oarus ô0(l —

Un verre à li(|ueiir à la lin de chaeun des deux ])rineipaux repas.

D’après M. Dujardin-Beaunudz, le terpinol serait encore sup(M'ieur ;i la ter|iine ; on l’adininistre en capsules de 10 centigranunes (X à 10 par jour).

(■■*) Voici la ronnule de la poudre de Doxver (Codex IVançais) ;

Nitrate de [.Otasse p.dv.'u-is.:- / j grammes.

Sulfate de [.ôtasse [.ulverise. . . . . \

Bacinc d’i[.(':ca [.ulvf-risée j

Extrait de r('‘glissc [.ulvérisée. ... ; aa 1 —

Exirait d’o[.ium séch(‘ et [.ulvéï'isé . )

Dose: 0 gr. 40 à 0 gr. 50 [..ar j(.ur.

MALADIES DES BRONCHES

les goutteux, les hypochondriaques, les dartreux et particulièrement les sujets dont la constitution a été détériorée par des causes quelconques. » (Édition de la Faculté, page 114.) Graves a montré aussi qu’elle affectait souvent les goutteux ; or, les liens de la goutte avec le neuro-arthritisme héréditaire sont incontestables. Bazin décrit le catarrhe arthritique et le sépare du catarrhe des lymphatiques ou scrofuleux que nous étudierons avec les bronchites de l’enfance. Pidoux a décrit ce type sous le nom de bronchite herpétique. Plus récemment, M. G. Paul a précisé mieux que ses devanciers les caractères de cette affection (*).

M. Bouchard et son élève, M. Le Gendre, ont insisté sur ce fait que, dans beaucoup de cas, les bronchitiques chroniques ont de la dilatation de l’estomac. Celle-ci agit-elle directement’par auto-intoxication on action réflexe, ou indirectement par l’intermédiaire du neuro-arthritisme héréditaire avec lequel elle a plus d’un lien? Cela est difficile à préciser. Il importe de noter aussi que les neuro-arthritiques atteints de bronchite chronique commune, aussi bien les adultes que les enfants, ont souvent une affection chronique naso-pharyngée (végétations adénoïdes du pharynx nasal, hypertrophie des cornets, déviations de la cloison). Sans chercher à élucider la nature du rapport qui unit la bronchite chronique et les lésions naso-pharyngées, constatons ce rapport, et ajoutons que quelquefois la bronchite s’améliore ou guérit sous l’influence de l’amélioration ou de la cessation de l’affection naso-pharyngée.

Symptômes. — Quoi qu’il en soit, c’est souvent à la suite d’une ou plusieurs bronchites aiguës, le plus souvent a frigore, que la bronchite devient chronique chez les sujets qui présentent les conditions étiologiques précédemment exposées.

Chez un certain nombre de malades, les signes de la bronchite chronique persistent sans discontinuité; chez d’autres, ils disparaissent de temps en temps pour réapparaître ensuite. Chez tous, ils présentent des recrudescences, soit pendant l’hiver, soit au printemps, soit à l’automne. Les variations atmosphériques ont une très grande influence sur ces poussées aiguës. « La muqueuse bronchique devient un véritable baromètre, ou plutôt une sorte d’hygromètre, sensible à l’bumidité et au froid » (C. Paul). Quelques malades ne toussent que pendant l’hiver (rhume d’hiver, toux hivernale) et sont bien portants pendant la belle saison. Souvent la fièvre apparaît au début de ces exacerbations aiguës.

Chez les neuro-arthritiques qui sont sujets aux dermatoses (eczéma, lichens, etc.), on observe parfois une certaine alternance entre les manifestations cutanées et les manifestations broncbitiques(’‘). Aussi N. Guéneau de Mussy considère-t-il certaines bronchites chroniques comme des endermoses.

Les signes majeurs sont la toux et l'expectoration. La toux est constante, mais variable d’intensité ; elle est plus fréquente la nuit que le jour, et les quintes sont souvent plus fortes au coucher et au lever. Quant à l’expectoration, elle présente des variations sur lesquelles on a basé une division des bronchites chroniques.

(') C. P.^uL, Traitement de la bronchite arthritique; Annales de la Société d' hydrologie médicale de Paris, t. X.XIV, 1879.

(-) Bonnemaison, Essais de clinique médicale, Toulouse, 1874, p. 180.

TYPES CLINIQUES DE LxY BRONCHITE.

Les signes physiques sont ceux de toute bronchite. Les résultats de la percussion sont normaux, et l’auscultatiori laisse entendre soit des râles sonores (ronflants ou sibilants) si la sécrétion est rare et visqueuse, soit des râles humides (muqueux, sous-crépitants) si la sécrétion est abondante et fluide. Ces variétés de râles permettront de savoir, fait capital, jusqu’à quelles ramifications bronchiques le processus phlegmasique est étendu.

Formes de la bronchite chronique commune. — Laënnec, et la plupart des auteurs après lui, ont distingué diverses formes de bronchite chronique suivant les caractères de l’expectoration. Le catarrhe bronchique est en effet sec ou humide, suivant le cas.

Nous ferons remarquer à ce propos qu’il nous a paru impossible d’établir un parallélisme étroit entre la forme sèche ou humide de là bronchite et telle ou telle cause spéciale. Ce que nous avons observé nous permet d’avancer que, chez un même sujet, la bronchite chronique est tantôt sèche, tantôt humide, tantôt muqueuse, tantôt purulente. Il y a ici quelque chose d’analogue à ce que l’on observe chez les eczémateux dont la dermatose est tantôt sèche, tantôt humide, et qui, sur divers points du coi'ps, peuvent présenter en meme temps les deux formes.

Chez quelques sujets, le catarrhe est toujours humide ; chez d’autres, après avoir été un catarrhe sec, une bronchite sibilante, pendant de longues années, il finit par devenir humide (muqueux ou purulent).

Ceci posé, on peut distinguer les variétés suivantes d'après l’expectoration :

la bronchite humide ou muco-purulente vulgaire, type le plus commun ; '2“ la bronchite sèche ; 3" la bronchite séreuse ou catarrhe pituiteux de Laënnec; 4° la broncho-pyorrhée ou bronchite purulente; 5> là bronchite putride. A ces variétés suivant l’expectoration, nous ajouterons une variété d’après la localisation : 6" la trachéite chronique.

1° Bronchite muco-purulente vulgaire {Catarrhe muqueux de Laënnec; ■bronchite catarrhale cltronique de il/. Ferrand).

Dans cette forme, qui est la forme commune, de beaucoup la plus fréquente, •on n’observe rien de spécial. L’expectoration plus ou moins abondante est luuco-purulente. Dans les cas légers, les malades expectorent le matin quelques masses muco-purulentes et tout est fini pour le reste de la journée ; dans les •cas plus graves, l’expectoration est plus abondante et se répète plusieurs fois par jour.

2® Bronchite sèche {Catarrhe sec de Laënnec; bronchite congestive chronique de M. Ferrand). — Cette forme est surtout le propre des asthmatiques ; mais on peut l’observer en dehors de l’asthme.

La muqueuse sécrète faiblement ; mais elle [est turgescente, et cette turgescence est mobile ; elle passe d’un point à un autre avec facilité (Laënnec). Quand elle est très prononcée, elle engendré une dyspnée à paroxysmes diurnes ou nocturnes qui confinent à l’accès d’asthme.

La toux est d’ordinaire pénible et très laborieuse. Elle est incessante et suscitée par une sorte de « démangeaison bronchique » (C. Paul). Elle aboutit, après beaucoup d’efforts, à l’expulsion d’une matière visqueuse, de consistance d’empois ou un peu plus forte, disposée en globules de la grosseur d’un grain de chenevis ou de millet ; c’est ce que Laënnec a désigné sous le nom de cra ~

MALADIES DES BRONCHES

chats pei'lés [sjmta margaritacea), et dont, à tort ou à raison, on a fait une caractéristique de la bronchite asthmatique (voyez plus loin : Bro7ichite asthmatique).

A l’auscultation on n’entend pas toujours de vrais râles. On peut percevoir des sifflements qui, dans les moments de dyspnée, peuvent s’entendre à disbance. Au début, cette sibilance est intermittente et s’accompagne souvent d’un bruit de cliquetis (Laënnec), ou d’un bruit de clapet (Lasègue). Plus tard des râles sonores apparaissent et s’installent d’une manière permanente ; la poitrine du malade chante et siffle comme celle d’un asthmatique (respiration musicale).

Le catarrhe sec aboutit, tôt ou tard, à la bronchite muco-purulente. Il se complique de très bonne heure d’emphysème pulmonaire. Il coexiste fréquemment avec la dilatation de l’estomac.

5“ La bronchite séreuse {Catai^rhe pituiteux ou phlegmorrhagie pulmonaBe de Laënnec), forme très rare, mais curieuse, est caractérisée par l’expectoration extrêmement abondante de crachats incolores, transparents, fluides, spumeux, semblables à une solution légère de gomme. La toux qui expulse ces crachats est violente, quinteuse, et s'accompagne de crises dyspnéiques qui ont fait donner à cette forme le nom d'asthme humide. Tantôt cette spoliation est bien supportée, et Laënnec parle d’un malade qui, depuis 12 ans, rendait tous les jours quatre litres d’expectoration et avait un état général excellent. Tantôt elle affaiblit les forces, et Strümpell a observé un cas de catarrhe pituiteux chez une jeune femme dont les forces étaient considérablement diminuées.

La bronchite séreuse s’observe surtout chez les arthritiques nerveux (hypersécrétion nerveuse). On l’aurait observée aussi au début de la sclérose rénale.

4“ La bronchite purulente ou broncho-pyorrhée n’est que le dernier terme de quelques bronchites chroniques. Les malades toussent fréquemment et expectorent dans les vingt-quatre heures jusqu’à un demi-litre de sécrétion presque exclusivement purulente. Cette expectoration doit faire soupçonner d’ailleurs que la bronchite chronique se complique de bronchectasie.

5“ Bronchite putride. — Souvent, au cours d’une bronchite chronique, l'haleine et les crachats deviennent d’une fétidité considérable; mais cette fétidité n’est pas permanente; elle dure cinq ou six jours et disparaît. Quand la fétidité est permanente, il faut penser soit à une grangrène des bronches, soit à une bronchectasie putride.

G° Trachéite chronique. — Lorsque le processus phlegmasique se localise à la trachée, le type morbide présente quelques caractères particuliers que nous allons indiquer.

Isolée par Beau et étudiée récemment par divers auteurs, entre autres Lubet- Barbon et Nicaise, la trachéite s’observe surtout à la suite des affections du nez, du pharynx ou du larynx; d’autre fois, elle est le reliquat d’une bronchite aiguë ou chronique. L’absence de phénomènes stéthoscopiques, une toux persistante avec un timbi'e spécial (timbre de chaudron fêlé), une sensation de douleur sourde derrière l’extrémité supérieure du sternum, douleur qui s’exagère par la pression sur les premiers anneaux de la trachée, tels sont les principaux symptômes. Au laryngoscope, on constate une coloration intense de la muqueuse et une vascularisation plus ou moins prononcée des anneaux de la trachée.

TYPES CLINIQUES DE LA BRONCHITE

Il faut noter aussi, parmi les signes de la trachéite, les altérations de la voix. La trachée n’est pas seulement une région de passage pour l’air respiré ; elle joue aussi un rôle dans la production du son. C’est pourquoi la trachéite s’accompagne si souvent de dysphonie. Le mécanisme de la dysphonie trachéale a été bien étudié par M. Nicaise. Cet auteur a montré d’abord, comme nous l’avons dit, que la trachée se rétrécit et se raccourcit pendant l’inspiration et qu’elle se dilate et s’allonge pendant l’expiration. Il a démontré, en outre, ce qui pouvait être prévu, que dans l’inspiration la pression de l’air contre la trachée et les bronches est moindre que la pression atmosphérique, et que dans l’expiration elle est plus élevée. Lorsque le larynx fonctionne, la trachée est en état de dilatation expiratoire, son élasticité est en jeu, et la tension de l’air plus forte ({lie la pression atmosphérique. (Disons en passant (pie cela explique la production de V anévrysme trachéal chez les crieurs et les chanteurs.) La trachéite, diminuant l’élasticité et la contractilité des parois trachéales, finit par altérer la voix; il y a des fautes, des variations dans l’émission du son, qui est moins intense, dont le timbre et la résonance sont modifiés; parfois des notes manquent. La vieillesse, qui ossifie les cartilages trachéaux, a sur la voix des effets analogues à ceux de la trachéite (^).

Dans la très grande partie des cas, la trachéite est habituellement, avonsnous dit, consécutive à des alï’ections naso-pharyngées. Il est intéressant de rappeler que quelquefois la trachéite prend les caractères spéciaux de la rhinite concomitante. C’est ainsi que Massei, B. Frænkel et Luc(^) ont cité des cas i\'ozè)ie trachéal consécutif à l’ozène nasal. L’ozène trachéal se manifeste cliniquement par l’expectoration, surtout le matin, de crachats verdiUres, visqueux, épais, exhalant l’odeur sui generisàc, l’ozène, par la persistance de la fétidité de l’haleine après le lavage des fosses nasales. Le laryngoscope montre sur les parois trachéales les croûtes verdâtres et desséchées caractéristiques de l’ozène.

La trachéite offre un intérêt cliniipie considérable par les erreurs de diagnostic auxquelles elle peut donner lieu. L’auscultation ne fournissant souvent que des résultats négatifs, on est porté à faire provenir la toux d’une autre région. Donc, avant de faire le diagnostic de toux hystérique (^), gastrique, amygdalienne, lu'patique, spléni(pie ou utérine, etc., il faut avoir soin d’examiner la trachée avec le laryngoscope.

Marche, complications, terminaison de la bronchite chronique. — La marche des bronchites chroniques est paroxystique. De fréquentes poussées aiguës, survenant sous rinfluence du froid et des saisons, viennent en incidenter le cours. Mais chaque poussée nouvelle laisse la muqueuse jilus profondément atteinte; et au bout d’un certain nombre d’années, le catarrhe arrive à être complètement purulent. Alors [leutse produire une destruction des couches qui constituent la paroi bronchique, deslruclion (]ui laissera après elle une dilatation bronchique. Ce processus est hâté parfois par une gangrène des

(') Nicaise, Académie de médecine, I8'J1, ‘28 juillet.

(q Luc, Archives de lai'yngologie, R' aniié'C, 1887-88, p. 101 et 177.

(5) La toux aboyante de la luibcrté décrite récemment par Andrew Cdarkc paraît devoir être assimilée à la toux hystérii[uc telle <pie Lasègue l’a décrite en 1854 {Archives gén. de mcd.).

MALADIES DES BRONCHES

bronches épisodique. Dans cette phase terminale, on observe parfois une cachexie assez analogue à la consomption tuberculeuse, causée probablement par une septicémie chronique (fièvre hectique, amaigrissement, déformation hippocratique des doigts, ostéo-arthrite hypertrophiante pneumique).

Mais un des effets les plus constants de la bronchite chronique, surtout lorsqu’elle frappe des sujets âgés, cesiV emphysème pulmonaire. Les efforts répétés de toux finiront par rompre les fibres élastiques du parenchyme pulmonaire et l’ectasie atrophique des alvéoles sera réalisée. On sait avec quelle fréquence s’observe, dans les hôpitaux, ce type morbide caractérisé par l’association de la bronchite chronique et de l’emphysème. Lorsque cette association est réalisée, l’évolution de la maladie peut se faire dans le sens de l’asthénie cardiaque. L’emphysème engendre, par un mécanisme que nous étudierons plus loin, d’abord l’hypertrophie et la dilatation du cœur droit (Peacock, Gouraud), et plus tard l’asthénie cardiaque; le malade meurt alors avec tous les accidents de l’asystolie.

La tuberculose se produit quelquefois au cours de la bronchite chronique; si l’on a soin d’examiner de temps en temps les crachats au point de vue des bacilles de la tuberculose, on saisira le moment où la germination s’opère. Alors la maladie perd ses caractères primordiaux et le tableau morbide devient celui de la phtisie pulmonaire.

Pronostic. — La bronchite chronique peut durer de longues années sans troubler sérieusement la santé. Du reste, elle peut, avec un traitement bien dirigé, s’améliorer, voire même guérir complètement. Malheureusement, dans beaucoup de cas, elle est rebelle à la thérapeutique.

La situation du bronchitique, longtemps stationnaire, peut s’aggraver brusquement avec les progrès de l’âge, sous l’influence de l’emphysème, de l’artériosclérose sénile, de l’asthénie cardio-vasculaire.

La gangrène des bronches et la dilatation bronchique peuvent aussi venir assombrir le pronostic. Enfin, il ne faut pas oublier que, sous l’influence d’une poussée aiguë, le processus peut gagner les bronches capillaires et entraîner la mort par asphyxie.

Diagnostic. — L’ensemble des signes que nous avons décrits plus haut permettra d’établir sans aucun doute le diagnostic de la bronchite chronique. Mais le diagnostic, s’il en restait là, serait absolument incomplet. Il faut, chez tout bronchitique, rechercher avec soin si la phlegmasie bronchique n’est pas symptomatique.

L’examen bactériologique devra toujours être fait ; sans lui, le diagnostic est incertain. Lui seul permet d’écarter formellement la tuberculose.

L’auscultation du cœur et l’examen des vaisseaux permettront d'affirmer qu’il ne s’agit pas d’une bronchite cardiaque.

L’examen des urines fera connaître s’il s’agit d’une bronchite albuminurique.

La recherche des antécédents fera reconnaître la bronchite asthmatique.

Enfin, si aucune de ces causes ne peut être invoquée, on examinera l’état du nez et du pharynx, où se rencontrent parfois des altérations qui entretiennent la bronchite. En fouillant le passé du sujet, on recherchera les antécédents héréditaires et les stigmates habituels du neuro-arthritisme.

En procédant rigoureusement à une pareille analyse clinique, le médecin

TYPES CLINIQUES DE LA BRONCHITE

acquerra, sur la bronchite chronique, les connaissances indispensables pour établir le pronostic et pour traiter le mal d’une manière efficace.

Traitement. — La bronchite chronique est une affection pour le traitement de laquelle le médecin doit mettre en œuvre toute sa sagacité et toutes ses connaissances thérapeutiques. Il faut se souvenir ici que la médication doit varier avec chaque individu. Chez tel sujet, telle médication est assez efficace pour qu’à chaque nouvelle poussée, de lui-même, le malade y ait recours; il est des bronchitiques qui, grâce à une saison sulfureuse annuelle, supportent très bien leur état. D’autres fois, au contraire, il sera souvent nécessaire de changer la médication, en tenant compte des formes cliniques du mal et du tempérament du sujet; car ici, bien plus qu’ailleurs, on voit beaucoup de médicaments s’épuiser, et ne plus agir du tout après avoir été très efficaces.

Ilyijiène du catarrheux. — Les catarrheux possèdent h un très haut degré la sensibilité au froid {susceptibilité catarrhale de Pidoux) ; c’est le froid qui cause les poussées aiguës dont on peut dire que chacune fait gravir un degré de plus à la maladie; il faut donc qu’ils se prémunissent contre l’action du froid.

On essaiera d’abord d’aguerrir le malade par l’hydrothérapie (voyez Bronchite a fri(jore), par les frictions sèches ou alcooliques. S’il ne peut les supporter, il devra autant que possible éviter de sortir par les temps humides, fuir les changements brusques de température. Si sa situation le lui permet, il passera l'hiver dans un climat tempéré, dans une station hivernale : Pau, Dax, IMadère conviennent dans les formes éréthiques; Cannes, Menton, Hyères, Nice, Amélie, dans les formes atoniques. Pendant l’été, il s’éloignera des villes où l’on respire' un air moins pur et plus chargé de poussière.

On a aussi proposé de faire porter au malade, soit des muselièn's, soit des cache-nez qui tamisent l’air et empêchent son action directe sur la muqueuse trachéo-bronchi(]ue.

Le bronchitique chronique se trouve bien des bains chauds. Lasègue a même proposé comme traitement systématicpie l’usage des bains chauds à température progressivement croissante (^). Mais cette pratique demande à être surveillée avec beaucoiq) d’attention.

Médications {^). — Les médications qu’on peut mettre en œuvre contre la bronchite chronique peuvent être classées comme il suit : P médications qui modifient les sécrétions bronchiipies; 2" médication ex[)ectorante ; Td médication astringente; ¥ médication stupéfiante ; 5“ médication révulsive; 6“ aérothéra[»ie; 7" traitement thermal.

Après avoir indiqué les principaux agents de ces médications, nous spécifierons celles qui conviennent à la bronchite sèche, à la bronchite humide et à la trachéite.

P Les médications qui modifient les sécrétions bronchiques, dont il a été déjà question }»lusieurs fois, ont pour agents des substances renfermant des principes volatils qui, après absorption, viennent s’éliminer par les voies respiratoires et les modifient favorablement, en y réalisant un certain degré d’antisep-

(') Lasègue, Éludes incdicat.es, l. II, ji. 1120.

(Q Dujardin-Heau.metz, Clinique thérapeutique, l. II, 5“ édition, p. 457; Traitemcnl du catari'lif judmonairc.

MALADIES DES BRONCHES

sie (balsamiques, gommes-résines, plantes à huile essentielle, sulfureux, iodures et bromures).

Parmi les balsamiques, le copahu est un des plus efficaces contre la bronchite chronique. Si on ne l’emploie pas couramment, c’est peut-être à cause de sa mauvaise réputation, peut-être aussi parce que c’est un produit souvent falsifié. Le copahu subit dans l’économie une double élimination; le principe le plus fixe, la résine, est excrété par les reins; le principe le plus volatil, l’essence, s’élimine par la muqueuse respiratoire. Aussi Paquet a-t-il proposé de ne donner que l’essence privée de la résine. M. Dujardin-Beaumetz recommande d’associer le copahu au goudron, qui évite, dans une certaine mesure, les rapports nidoreux du premier et qui complète son action; il prescrit, à la dose de 4 à 8 par jour, des capsules renfermant 50 centigrammes d’un mélange à parties égales, de copahu et de goudron.

Après le copahu se place la térébenthine, qu’on administre en capsules de 25 centigrammes à la dose de 6 à 8 par jour. On a conseillé de la donner à doses d’abord progressivement croissantes, puis progressivement décroissantes. La terpine et le terpnnol semblent devoir détrôner la térébenthine dans le traitemeni des bronchites. Le goudron est inférieur aux préparations précédentes ('). La créosote rendra parfois des services; nous exposerons les règles de son administration en traitant de la phtisie. Le baume du Pérou est peu employé; le baume de Tolu, sous la forme de sirop de Tolu, sert ou de véhicule pour les potions ou d’édulcorant pour les tisanes pectorales.

Parmi les gommes-résines, citons l’u.sff fœtida, le golbanum et surtout la gomme ammoniaque, que Delioux de Savignac a conseillé d’employer à la dose de 2 à 8 grammes par jour. Parmi les plantes à huile essentielle, on a utilisé le boldo, le buchu, les bourgeons de sapin et Veucahjptus.

L’usage des sulfureux est parfois très efficace, ce qui tient à l’élimination de l’hydrogène sulfuré à la surface des voies respiratoires (Cd. Bernard). Mais les préparations artificielles de soufre sont inférieures aux eaux sulfureuses naturelles dont nous allons parler dans un instant (^). ]\L Bergeon (de Lyon) a proposé d’administrer l’hydrogène sulfuré en lavements (voyez Traitement de la phtisie).

Les iodures et les bromures sont utiles surtout dans le catarrhe sec et la hroncliite asthmatique.

Quelquefois les balsamiques sont mal supportés par l’estomac; on peut alors les administrer en inbalations (voyez p. 515).

L’usage de presque tous les remèdes que nous venons d’énumérer est formellement contre-indiqué s’il existe une lésion rénale.

2“ Médication expectorante. — Le tartre stibié, à la dose journalière de 1 à 2 centigrammes, a été conseillé par quelques auteurs. Le chlorhgdrate d’ammoniaque a été proposé aussi pour lutter contre l’encombrement des bronches.

(') N. Guéneau de Mussy a recommandé la préparation suivante :

Goudron purifié 2 grammes.

Benjoin do Siam 2 —

Poudre de Dower 1 —

Pour 40 pilules: de 4 à 8 par jour.

(-) On peut l’administrer sous forme d’hyposullite de soude (3 gr. à 4 gr. par jour) dans un julep gommeux, ou sous forme de fleur de soufre en cachets f0,50 par jour).

TYPES CLINIQUES DE LA BRONCHITE

Delveau a même proposé le chlorhydrate d’ammoniaque à la dose de 1 à 2 gi’ammes par jour comme traitement systématique des catarrhes chroniques.

Notons ici que la plupart des balsamiques, et surtout la térébenthine, sont considérés comme possédant une action expectorante, attribuée par Rossbach à un effet direct sur les glandes, et par Virchow à l’accélération des mouve' ments des cils vibratils que provoquent toutes les substances résineuses.

5“ Médication astringente. — En vertu de cette idée théorique qu’on peut rendre aux bronches leur élasticité primitive en administrant les astringents, quelques médecins ont conseillé l’usage du tanin, du ratanhia, de Vacétale de plomb Seul, le tanin, préconisé surtout par Woillez, est encore employé; et depuis que Debauque a découvert que le tanin a la propriété de dissoudre l’iode, on a utilisé, avec un certain succès, les solutions iodo-tanni(pies.

4" Médication stupéfiante. — Pour calmer la toux, il sera souvent indiqué d’administrer, comme pour la bronchite aiguë, Yopium, la belladone, Veau de laurier-cerise et Yaconit. A ce point de vue, nous verrons que le chloral et le bromure de p)otassium sont préférables dans certaines formes (catarrhe sec). L’usage des tisanes rend aussi des services quand la toux est trop opiniâtre; les fleurs pectorales et les espèces béchiques seront employées en infusion.

5“ Médication révulsive. ■ — Quand il se produit une poussée aiguë dans le cours de la bronchite chronique, le vésicatoire est d’une très grande utilité pour ramener la maladie dans ses limites normales et l’empêcher de s’étendre en surface ou en profondeur.

Aérothérapie. — On a beaucoup recommandé, dans ces derniers temps, l’usage de l’aérothérapie. On se sert des appareils de Waldenburg ou de M. Dupont, qui permettent au malade d’ôïSjuVer dans l'air comprimé et lY expirer dans Voir raréfié. Grâce à ces appareils, il s’établit dans l’arbre bronchique un double courant aérien très actif qui aide à l’expectoration des mucosités et permet aux bronches de reprendre leur élasticité (voyez Traitement de l'emphysème) .

7“ Traitement thermal. — Ce sont les sources sulfureuses et les sources arsenicales qu’il convient d’employer. Le catarrhe sec est favorablement iidhiencé par les eaux arsenicales du Mont-Dore, de la Bourboule, de Plombières, et par les eaux sédatives de Royat. La bronchite humide est favorablement intluencée par les eaux sulfureuses; aux malades torpides, à réactions faibles, conviennent surtout les Eaux-Bonnes, Cauterets, Saint-Honoré et Saint-Sauveur; aux autres, Barèges, Challes, Marlioz, Saint-Gervais, Le Vernet, Bagnères-de- Luchon, enfin Amélie-les-Bains, qui, en outre de ses sources sulfureuses, présente l’avantage d’être une station d’hiver.

Des 'médications qu’il convient iTemployer dans le catarrhe humide et le catarrhe .sec. — Dans les formes humides, il convient d’employer les modificateurs des sécrétions, les expectorants, les astringents, l’opium, la belladone, l’aconit. Dans la forme sèche, la révulsion et l’iodure de potassium sont les meilleures

(‘) Pilules de Traubc :

Acétate de plomb 0?'.50.

Tanin

Conserve de roses O. S.

Divisez en bO pilules ; cimi par jour.

MALADIES DES BRONCHES

médications; C. Paul a recommandé de ne pas user ici, comme calmants, des stupéfiants d’origine végétale ; bien mieux que l’opium et la belladone, le bromure de potassium et le cbloral sont indiqués dans le catarrhe sec pour faire cesser cette sensibilité bronchique, cette irritabilité réflexe qui porte le spasme de la toux jusqu’à la suffocation. On se trouve bien aussi, dans le catarrhe sec, de faire respirer au malade des vapeurs d’eau chauffée à 60 degrés après addition de 2 pour 100 de sel marin.

Traitemenl de la trachéite chronique. — Le seul traitement efficace de la trachéite chronique est le traitement local.

Dans les cas légers et récents, MM. Lubet-Barbon et A. Martin conseillent les inhalations de vapeurs de menthol ('). Leur appareil consiste en un petit flacon à deux tubulures dans lequel sont contenus des cristaux de menthol. Le menthol entre en fusion à 58 degrés, et se résout en vapeur à 45 degrés. Il suffit donc de plonger la partie inférieure du flacon dans un petit vase rempli d’eau chaude pour voir la partie supérieure du flacon se remplir d’une buée blanchâtre qui se dégage par les tubulures. L’une d’elles est munie d’un tube de caoutchouc terminé par un embout de verre par lequel le malade aspire les vapeurs mentholées. Chaque séance doit comprendre cinq ou six inspirations et peut être renouvelée toutes les trois ou quatre heures.

Dans les cas anciens et invétérés, il faut pratiquer des injections intratrachéales. En 1855, Green introduisit pour la première fois dans la trachée des solutions de nitrate d’argent pour combattre l’inflammation de la trachée et des bronches. Cette pratique, d’abord repoussée, est aujourd’hui mise en pratique par les spécialistes. M. Lubet-Barbon, à l’aide d’une seringue munie d'une canule longue, mince et recourbée, pratique des injections avec une solution huileuse de menthol à 5 ou 1(1 pour lOU. La canule doit être introduite profondément, à l’aide du laryngoscope, de façon que la solution puisse pénétrer directement dans la trachée, à travers l’orifice de la glotte, pendant une inspiration profonde du malade. Le liquide injecté se répand à la surface de la muqueuse plus ou moins profondément. Le plus habituellement, ces injections sont parfaitement tolérées; et déjà, à partir du premier jour, on observe un amendement notable des symptômes.

Ouelques auteurs affirment que le liquide ainsi injecté pénètre profondément jusqu’aux dernières ramifications bronchiques; aussi a-t-on voulu étendre ce procédé à la cure de presque toutes les alTections des voies respiratoires, en injectant diverses substances en solution dans l’huile ou dans l’eau (Pignol, Botey). Et meme, comme il est assez malaisé, quand on n’a pas une longue habitude du laryngoscope, de faire l’injection par la voie endo-laryngée, on a proposé d’introduire la solution en piquant avec une seringue de Pravaz armée d’une aiguille ordinaire entre le cartilage cricoïde et le premier anneau de la trachée (Pignol).

Le médicament choisi pour être injecté ne doit pas être trop toxique; car la propriélé d’absorption de la muqueuse respiratoire est considérable.

(‘) Lubet-B.^rdon cl A. ÎM.vrtin, Annales de laryngologie, 1892, p. 108.

TYPES CLINIQUES DE LA BRONCHITE

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