BRONCHITE ASTHMATIQUE
L’asthme doit être considéré comme une névrose du bulbe, conséquence habituelle de l’hérédité neuro-arthritique, et mise en jeu parfois par des causes occasionnelles diverses (excitations nasales, cutanées, stomacales, centroémotives, etc.). Cette névrose bulbaire frappe probablement les origines du pneumogastrique; elle se manifeste par des accès de dyspnée, revenant à intervalles plus ou moins éloignés, et caractérisés par un spasme des muscles inspirateurs et une paralysie des forces expiratrices. L’accès de dyspnée se termine par une sécrétion bronchique spéciale qui est expulsée sous forme de petits crachats gluants qui ressemblent à des fragments de vermicelle cuit (crachats perlés de Laënnec). L’accès fini, l’expectoration devient plus fluide, et pendant quelques jours il existe un certain degré de catarrhe bronchique. Puis tout rentre dans l’ordre jusqu’à nouvel accès. Cette sécrétion terminale est probablement une sécrétion d’origine névropatbique.
Les accès d’asthme, en se répétant, engendrent de l’emphysème. De plus, à mesure que ces accès se renouvellent, V hypérémie et Miyjiercrinic bro7ichiques tendent à devenir permanentes. Et au bout d’un certain temps, les grands accès dyspnéiques ont disparu, faisant place à une dyspnée plus légère, mais constante, non paroxystique; il ne reste qu’un emphysème définitif et un catarrhe bronchique permanent (').
Dans les premières périodes, le catarrhe asthmatique alTecte les caractères du catarrhe sec; il garde ces caractères plus ou moins longtemps; il finit par devenir un catarrhe muco- purulent. Alors l’asthmatique est transformé en un bronchitique emphysémateux, et les anamnestiques peuvent seuls permettre de remonter à la source de l’affection. D’ailleurs, comme les bronchiticjues emphysémateux, le sujet présente à un certain moment de la dilatation du cœur avec le cortège habituel des signes de l’asthénie cardiaque (-).
Des crachats dans la bronchite asthmatique. — Les crachats de la bronchite asthmatique ont été, dans ces derniers temps, l’objet d’études attentives.
Le microscope permet d’y constater divers éléments particuliers qui sont : les spirales bronchiques, les cristaux de Charcol-Leyden, les cellules éosinophiles.
D Spirales. — En examinant au microscope les crachats perlés de Laënnec, on constate (ju’ils sont formés de filaments s’enroulant autour d’uu axe brillant, sous forme d’une élégante sj)irale (fig. 2). Ces spirales de l' asthme ont été décrites d’abord par Leyden, puis [lar Ungar; elles ont fait l’objet de recherches impor-
(') Chez rcnfanl, l’aslhme rcvcH i)arfois la forme de la l)ronchitc capillaire (voyez jiliis loin : Bronchite, des enfants).
(-) L’.'islhmo csl, comme la migraine, une névrose qui vieillit cl qui, en vieillissant, perd la netteté de scs caractères originels (Lasègue).
MALADIES DES BRONCHES
tantes de la part de Curschman. Ces spirales sont enveloppées d’une masse muqueuse; elles renferment, dans les interstices des tours de spires, des cristaux de Charcot-Leyden et des cellules éosinophiles. Elles sont constituées probablement par de la mucine (Pel). Patella a décrit récemment la dégénérescence
byaline des spirales anciennes, dégénérescence à laquelle se relierait la production des cristaux de Charcot-Leyden.
2“ Cristaux de Charcot-Leyden. — Leyden a signalé dans l’expectoration des asthmatiques des cristaux spéciaux que Charcot avait déjà observés dans les crachats du catandie sec et dans le sang des leucémiques. Ce sont des pyramides doubles très aiguës, brillantes, de dimensions variables (fig. o). On connaît mal la composition cbimique de ces cristaux; l’ancienne opinion de Friedreicb ctHüber, qui les considéraient comme formés de tyrosine, a été reconnue inexacte. Salkowski croit qu’il s’agit là d’une substance mucinoïde cristallisée, et Schreiner d’une combinaison d’acide phosphorique avec une base organique.
Leur apparition brusque et en très grand nombre au
moment des accès d’asthme, leur présence constante,
(1 un nsthnyntiqiie. Grossis- j-aniJe disparition api’ès l’accès, ont fait consi-
semenl (le oOO diarnetres. i x i
dérer ces cristaux comme pouvant ôtrc la cause de l’accès d’asthme. Mais nous verrons qu’on peut les observer en dehors de l’asthme.
3“ Cellules éosinophiles. — Plusieurs auteurs, et tout récemment Leyden, ont montré que dans les craehats de l’asthme, les cristaux dont nous venons de parler étaient toujours accompagnés par des cellules éosinophiles d’Ehrlich (cellules munies d’un noyau le plus souvent lobé et de forme variable, ayant un
Cristaux de Clia cot-Leyden dans les crachats
TYPES CLINIQUES DE LA BRONCHITE
protoplasma jaunâtre et se colorant par les couleurs d’aniline dont le principe tinctorial est un acide, cellules qu’on trouve quelquefois dans le sang normal et presque toujours en abondance dans le sang des leucémiques, et qui viendraient, d’après Ehrlich, de la rate et de la moelle des os où on les trouve aussi). Leydcn croit que des rapports intimes existent entre les cellules éosinophiles et les cristaux; car on ne trouve jamais les uns sans les autres, aussi bien dans le sang des leucémiques que dans les crachats des asthmatiques (').
La constance de ces trois éléments dans les crachats des asthmatiques est tout à fait remarquable. IMais il ne faut pas oublier qu’on les trouve dans d’autres circonstances. Les spirales, les cristaux et les cellules éosinophiles ont été vus dans la bronchite simple, la bronchite fibrineuse, la pneumonie et la phtisie pulmonaire. On a trouvé les cristaux et les cellules dans le mucus nasal de sujets atteints de polypes avec ou sans asthme, voire même de coryza simple. Les spirales ont été rencontrées par Koracs dans les crachats de la bronchorrhée séreuse consécutive à la thoracentèse. Il est donc un peu risqué de prétendre que ces éléments sont caractéristiques de la bronchite asthmatique.
y a-t-il une bronchite asthmatique sans asthme? — Rien n’est plus aisé que de diagnostiquer l’origine asthmatique d’une bronchite lorsque le sujet a présenté pendant longtemps les accès d’asthme classique. Mais, d’après G. Sée, la névrose asthmatique comporte trois éléments : 1® l’élément pneumo-hulhaire (accès de dyspnée); 2“ l’élément mécanique (emphysème, asthme alvéolaire); 7}° l’élément sécrétoire (asthme catarrhal). Or, l’élément sécrétoire, catarrhal, pourrait être prédominant dès le début et l’origine de la bronchite pourrait dans ce cas passer inaperçue. C’est ainsi que le catarrhe sec serait presque toujours un asthme méconnu; nous avons vu en effet que le catarrhe sec a plus d’une affinité avec l’asthme. Il serait intéressant de savoir si dans les crachats du catarrhe sec, on trouve habituellement les trois éléments que nous venons d’étudier et qui sont constants dans la bronchite asthmatique. Mais, à notre connaissance, cette recherche n’a pas été faite.
Il est certain ({u’il y a une réelle parenté entre la bronchite chronique commune, qu’elle soit sèche ou humide, et la hroncliite asthmatique. Le terrain d’évolution est ordinairement le même ; ce sont des neuro-arthritiques héréditaires avec ou sans lésions nasales, qui sont frappés par les deux maladies. Les limites qui séparent les deux formes cliniques sont parfois très confuses. On peut donc admettre que, si elles ne sont pas une seule et même alVection, elles forment deux groupes très voisins. Mais, juscju’à plus ample information, on ne peut donner le nom d’asthmaticpie à une hroncliite que lorsqu’elle a été précédée par des accès d’asthme classique.
Traitement. — Le traitement de la bronchite asthmatique a été exposé avec le traitement de l’asthme. Bornons-nous à rappeler que les médications dirigées contre le catarrhe sec peuvent être employées contre la bronchite asthmatique; à l’iodure de [lotassium on pourra joindre l’usage de la teinture de lohélie entlée à la dose de 1 à i grammes par jour. Lorsque la lironchite est devenue muco-purulente, elle relève des médications dirigées contre les catarrhes liurnides.
(') Leyden, Semaine médicale, 1891, ii°’ 2G cl 50.
MALADIES DES BRONCHES