BRONCHITES ALBUMINURIQUES
Lasègue a décrit avec soin les bronchites albuminuriques. Mais, sous ce nom, il entendait l’ensemble des accidents thoraciques du mal de Bright. On peut accepter la description de Lasègue, lorsqu’on est prévenu de l’extension qu’il donnait au mot bronchite.
Lasègue distingue trois types principaux de bronchite albuminurique :
1“ La forme la plus simple et la plus commune, c’est V œdème broncho-pubnonaire fugace et migrateur. Le malade tousse peu ; mais une dyspnée plus ou moins vive lui fait demander l’assistance du médecin. Cette dyspnée a des paroxysmes ; elle ne s’accroît pas par le mouvement ; elle est plus vive pen-
(') IIucu.MiD, Dyspnée cardiaque; Leçon de la semaine méd., 1800, p. 125; et Traité des maladies da cœur. — Renaut, Myocardite segmentaire essentielle des vieillanls; Gaz. des hôpitaux, 1800, p. 202.
MALADIES DES BRONCHES
dant la nuil que pendant le jour; elle met le malade en orthopnée. C’est le pseudo-asth ine albuminurique. A l’auscultation, dans un ou plusieurs points qu’il Tant chercher avec soin, on entend des râles crépitants sans souffle, agglomérés de manière à constituer des foyers. Ces foyers n’ont pas de siège fixe ; ils se produisent tantôt dans les portions supérieures, tantôt à la base des poumons, souvent dans les régions axillaires. Ils n’occupent jamais un lobe entier. Ils sont très mobiles; on peut constater quelquefois qu’ils changent de place dans le courant d’une auscultation de quelques minutes; d’autres fois, ils se maintiennent à la môme place pendant plusieurs jours, rarement au delà.
Cet état morbide est apyrétique ; il est souvent de peu de durée; mais il réapparaît avec une extrême facilité.
Il est souvent le premier indice qui met sur la voie d’une albuminurie commençante ou latente.
La deuxième forme constitue la bronchite albuminurique proprement dite; elle survient chez des albuminuriques avérés, elle se déclare souvent subitement et acquiert du premier coup une grande intensité. Le malade éprouve une dyspnée intermittente, à paroxysmes. La toux est constante, elle s’exagère durant les crises d’oppression ; elle s’accompagne de l’expectoration des crachats muqueux ou muco-purulents, souvent mélangés de sang diffus ou de filaments noirâtres.
L’auscultation montre que la bronchite a une évolution ascendante ; tout d’abord on ne constate que des foyers d’œdème semblables à ceux de la première forme ; ce n’est que plus tard qu’apparaissent des râles muqueux et souscrépitants, et des râles ronflants et sibilants.
Cet état morbide, indice d’un mal de Bright avéré, se produit sans fièvre ; il peut disparaître au bout d’un certain temps, mais il est sujet à des rechutes.
o‘> La troisième forme éveille l’idée d’une véritable broncho-pneumonie. Elle débute souvent, comme les précédentes, avec une certaine brusquerie, elle s’accompagne fréquemment d’un état fébrile. La toux est fréquente, intense, et s’accroît tous les jours ; l’expectoration est abondante, profuse et parfois sanguinolente. L’oppression est vive ; elle est continue avec paroxysmes.
A l’auscultation, on constate des râles de bronchite généralisée avec des foyers de râles crépitants qui persistent alors que les râles de bronchite ont disparu. L’affection suit ici une marche descendante; ce qui le prouve bien, c’est que la bronchite réapparaît au début de chaque poussée nouvelle et qu’elle disparaît la première, laissant après elle le foyer pulmonaire.
Lasègue se demande si cette troisième forme n’est pas une broncho-pneumonie vulgaire greffée sur le terrain brightique. En tout cas, ce qui la distingue, c’est que malgré la dépréciation de l'organisme par le fait de l’albuminurie, elle guérit habituellement.
Enfin, lorsque le mal de Bright atteint le dernier terme de son évolution, dans les moments qui précèdent la mort, il se produit ordinairement une congestion œdémateuse diffuse avec de gros râles humides dus à la stase du mucus bronchique.
Pathogénie des bronchites cardiaques et des bronchites albuminuriques. —
Il est facile de voir que le tableau tracé par Lasègue des bronchites albuminuriques a plus d’une ressemblance avec celui des bronchites cardiaques.
TYPES CLINIQUES DE LA BRONCHITE
Ou’observons-nous dans les deux cas?
1“ Des congestions et des œdèmes passifs des bronches et du poumon, fixes, occupant les parties déclives ; incontestablement il s’agit d’accidents mécanicpies dus à Va/faiblissement de Faction du cœur, affaiblissement cpii est la règle dans les cardiopathies, et qui accompagne souvent, on le sait, l’évolution du brightisme.
2“ Des congestions et des œdèmes des bronches et du poumon, actifs, mobiles, passagers, variables, mais récidivant avec facilité. Ici, nous pensons qu’il s’agit d'accidents nerveux liés à un trouble des vaso-moteurs des bronches et des poumons.
Dans le mal de Bright, ces accidents sont dus aux poisons urémiques qui frappent les vaso-moteurs des bronches et du poumon, soit directement dans leurs ramifications terminales, soit à leur origine bulbo-médullaire.
Dans les cardiopathies, il est vraisemblable cju’il s’agit d’accidents ayant une origine analogue et qu’il faut incriminer, soit l’intoxication qui accompagne l’insuffisance rénale, soit celle qui résulte de l’insuffisance de l’hématose (autointoxication par l’acide carbonique).
C'est pour obéir aux exigences de la pathologie que nous avons décrit séparément les bronchites cardiaques et les bronchites albuminuriques. Au lit du malade, les faits n’offrent pas toujours une distinction bien tranchée ; entre certaines affections cardiaques et certaines affections rénales, l’artério-sclérose établit souvent un lien si étroit cjue la limite qui sépare les accidents cardiaques et les accidents albuminuriques est souvent impossible à tracer.
Traitement. — Le lait, quelquefois l’iodure de potassium, la révulsion sur les lombes, en agissant favorablement sur la lésion rénale, améliorent les bronchites albuminuriques. Contre la bronchite elle-même, l’application répétée de ventouses sèches sur le thorax, en nombre presque illimité, est le meilleur moyen de soulagement (Lasègue). Les calmants ne donnent pas de résultats favorables. La dérivation intestinale est au contraire assez efficace. Nous nous sommes servis avec succès des pilules de Lancereaux (').
Nous avons dit que très souvent les lésions rénales et les lésions cardiaques coexistent et se conjuguent pour produire la bronchite chronique. C’est là un fait dont on doit toujours se souvenir; et le médecin devra savoir, à l’occasion, combiner le traitement des bronchites cardiaques à celui des bronchites albuminuriques.