‹ Traité de médecine (volume 4)Chapitre 56 sur 168 · FORMES MAL DÉFINIES DE SCLÉROSE PULMONAIRE · texte numérisé non relu

FORMES MAL DÉFINIES DE SCLÉROSE PULMONAIRE

a. Quelques auteurs décrivent une pneumonie chronique interstilielle primitive^ c’est-à-dire un processus scléreux qui ne serait consécutif ni à la pneumonie lobaire, ni à la broncho-pneumonie, ni à la pleurésie, et qui ne serait lié ni à la syphilis, ni à la tuberculose. Cette forme, indiquée j>ar Laënnec et Andral, étudiée ensuite histologiquement par Heschl, Eppinger, Worochinin, Ackermann, Marchand et Wagner, serait caractérisée par l'absence de systématisation de la sclérose. Tout le tissu conjonctif du poumon est pris (interlobulaire, interalvéolaire, péribronchique). La lésion est constituée d'abord par l’infiltration embryonnaire de toutes les travées conjonctives et, plus lard, par leur transformation fibreuse; il se produirait des végétations papillaires dans les alvéoles.

Au point de vue clinique, cette sclérose primitive est, nous dit-on, habituellement confondue avec la phtisie ; cependant Heschl (enfant de 15 ans), Eppinger (homme de 47 ans), (Marchand (homme de 27 ans), Wagner (homme de 47 ans) auraient fait le diagnostic en se basant sur l'absence du bacille de la tuberculose dans les crachats, et surtout sur les caractères physiques grossiers de l'expectoration : extrême abondance des crachats, qui sont sanguinolents et fluides.

Dans les cas cités plus haut, la maladie a débuté comme une pneumonie franche-, mais au bout de deux ou trois jours, les caractères changent et font penser à la phtisie; après ({uelques semaines, les malades meurent avec de la dyspnée et de la cyanose.

11 ne nous paraît pas encore prouvé (pie ce type clinique soit distinct de la sclérose lobaire décrite plus haut, liemarqiions aussi que Wagner, qui admet son existence et son indépendance conteste la réalité de la sclérose lobaire consécutive à la imeumonie aiguë, qui paraît cependant parfaitement démontrée.

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MALADIES CHROAIQUES DU POUMON

b. Scléross du sommet du poumon chez le vieillard. — Chez le vieillard, Ic sommcl du poumon esl souvent froncé, ratatiné, dur et ardoisé (Cruveilhier). Cette lésion s’accompagne quelquefois de dilatation bronchique, ce qui prouve qu’elle rentre dansle groupe des scléroses broncho-pulmonaires. Nous pensons, avec Cruveilhier, que dans un très grand nombre de cas, l’induration ardoisée du sommet du poumon chez le vieillard représente le vestige de tuberculoses guéries. Dans les antres cas, beaucoup plus rares, elle est le reliquat d’une broncho-pneumonie du sommet.

Au microscope, on constate que l’anthracose est très marquée, que les alvéoles sont remplis de leucocytes et de cellules épithéliales en désintégration granulo-graisseuse, et que les travées périlobulaires et péribronchiques sont épaissies et fdjreuses. Vulpian a vu l’épaississement fibreux prendre parfois l’apparence de fibromes ayant une structure assez analogue à celle de la cornée normale. Millier a signalé la transformation ostéoïde de ce tissu. Cette transformation ostéoïde est nettement décrite par Cornil et Ranvier, qui l’ont observée dans rindnration du sommet chez le vieillard et dans les vieux foyers tuberculeux; les productions ostéoïdes occupent les parois des alvéoles sous formes d'aiguilles ayant une structure véritablement osseuse.

Rappelons, à ce propos, que Cohn (‘) a décrit une ossification diffuse du ])Oumon affectant tantôt la forme ramifiée, tantôt la forme tubéreuse. Il admet que ce processus résulte d’une pneumonie chronicjue interstitielle ossifiante, lésion comparable à la myosite ossifiante.

Diagnostic des scléroses pulmonaires. — Les scléroses pulmonaires sont le plus habituellement confondues avec la tuberculose. Pour les distinguer de cette maladie, nous possédons aujourd’hui un moyen de diagnostic très sur, la recherche du bacille de la tuberculose dans les crachats. Si, après plusieurs examens réitérés, on ne trouve pas le bacille, on éliminera la tuberculose. Si on le trouve, et si néanmoins le malade présente tous les signes d’une sclérose pulmonaire avec ou sans dilatations des bronches, on pensera à la phtisie fibreuse.

Quand on a pu démontrer l’absence des tubercules par l’examen microscopique des crachats, il faut rechercher en présence de quelle variété de sclérose on se trouve.

Les signes physiques ne seront guère utiles pour ce diagnostic; les commémoratifs, les caractères de l'expectoration, et révolution seront d’un plus grand secours ; on soupçonnera une sclérose lobaire, si le début a été marqué par une pneumonie aiguë, ou si le sujet a présenté une série de pneumonies récidivantes, si la lésion est lobaire et unilatérale ; on pensera à la sclérose d’origine pleurale, s’il existe une déformation thoracique unilatérale très marquée, si la toux est sèche, sans expectoration, s'il y a des troubles cardiaques; on songera à une sclérose broncho-pulmonaire, si les lésions sont bilatérales, si elles sont de date très ancienne et remontent à l’enfance, si le sujet présente des signes de dilatation bronchique (signes cavitaires, expectoration abondante et souvent fétide), enfin si le sujet présente des troubles cardiaques.

(') Ein Fall von diOuse Knochcnbildung in der Lunge; Arch. f. path. Anal, und Physi'oL, CI.

SCLÉROSES DU POUMON.

Pour le fliagnoslic des piieumokonioses, des scléroses syphilitiques et des scléroses cardiaques, nous renvoyons aux chapitres qui traitent de ces affections.

Pronostic. — Les sujets atteints de sclérose Jobaire succombent presque fatalement avec de la consomption pulmonaire; ceux qui sont atteints d'une sclérose pleurogène meurent comme des cardiaques.

La sclérose broncho-pulmonaire avec dilatation des bronches est grave, à coup sur; mais elle est compatible avec une longue existence (voyez plus bout Dilata (ion des bronches).

Traitement. — La sclérose pulmonaire est l’aboutissant, la terminaison de diverses pldegmasies aiguës. On comprend donc que la guérison ne puisse être obtenue lorsque la lésion est définitivement ctaljlie. ]\Iais avant que la lésion soit constituée, il y a une phase aiguë ou subaiguë pendant laquelle le médecin doit toujours avoir présenle à l’esprit la possibilité de la terminaison par sclérose, car, à ce moment, une intervention active peut être très bienfaisante. Dans la couA^alescence d’une pneumonie, d’une broncbo-pneumonie, d’une pleurésie, si la résolution des lésions locales se fait attendre, on emploiera énergiquement la l’évulsion qu’on a une trop grande tendance à abandonner (vésicatoires, pointes de feu, cautères). On emploiera aussi les expectorants, comme le kermès, pour débarrasser les bronches; les balsamiques, surtout l'essence de térébenthine, la terpine ou le terpinol, pour tarir les sécrétions. On s'efforcera de maintenir en bon état les forces et les fonctions digestives; on usera aussi de l’arsenic, toujours utile dans les affections chroniques du poumon.

Si, malgré cette médication, la maladie aboulit à la sclérose, on ne doit plus espérer la guérison. Mais le rôle du médecin n’est pas terminé pour cela; l’hygiène, permettant d’éviter les complications, et la médication symplouiatique prolongeront les jours du malade. On recommandera à celui-ci d’éviter le froid, de traiter avec soin le moindre rhume; on [)roscrira toutes les substances qui peuvent fatiguer le cœur (alcool et tabac). Comme dans toutes les affections chroniques des voies respiratoires, si la situation du malade le permet, on l’éloignera des villes, où l’air est toujours surchargé de poussières; et, l'hiver, on lui conseillera d’aller dans un climat où les conditions météoriques lui permettront de vivre une i)artie de la journée au grand air.

Dès que le malade présente un peu de défaillance du cœur, on intervient avec la digitale et la caféine. Lorsqu’il s’agit d’une sclérose broncho-pulmonaire, on met en œuvre toutes les médications recommandées contre la dilatation des bronches.

Contre les crises aiguës, congestives ou phlegmasicjues, qui traversent si souvent l’évolution des scléroses pulmonaires et compromettent l’existence des malades, IM. Ducastel recommande l’emploi des décongestionnants : ventouses sèches ou scarifiées; ipéca à doses nauséeuses (50 à 75 centigrammes dans une potion de 125 grammes). Les sulfureux doivent être évités, car ils semblent réveiller ces poussées aiguës.

La toux est souvent une indication de l’emploi de l’opium ; lorsqu’elle prend le caractère co({ueluchoïde, les pointes de feu la font quelquefois disparaître.

MALADIES CHROXIQUES DU POUMON

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