‹ Traité de médecine (volume 4)Chapitre 67 sur 168 · ÉTIOLOGIE DE LA PHTISIE PULMONAIRE · texte numérisé non relu

ÉTIOLOGIE DE LA PHTISIE PULMONAIRE

Il est maintenant établi que la matière tuberculeuse ne se développe que là où végète le bacille de Koch. Comme ce bacille ne paraît pas exister dans l’organisme sain, qu’il paraît toujours venir du dehors, et (jue sa présence dans le corps de l’homme coexiste toujours avec un état morbide, il faut admettre (ju’il n’y a que deux causes efficientes de tubei’cniose : la contagion et Yhéré- (lité. Mais le bacille de Koch étant très abondamment répandu, surtout dans les villes, par l’expectoration des phtisi(jues, et tous les hommes ne devenant [)as tuberculeux, il est absolument nécessaire d’admettre des causes prédisposantes. C’est ce que àl. Bouchard a naguère établi clairement: « Il faut, disait-il, pour la réalisation de la maladie, la réunion de deux facteurs : le premier, nécessaire, est le germe infectieux; le second, non moins indispensable, est la connivence de l’organisme qui met à la disposition du germe l’ensemble des conditions physicpies et chimiques qui constituent le milieu vivant. S’il n’y a qu’un homme sur cim} qui meure par tuberculose, c’est que décidément l’homme ne représente pas le milieu de la tuberculose; c’est que, dans un cinquième des cas seulement, l’homme, par suite des modifications physi({ues, chimiques et dynamiques subies par son organisme, perd ses moyens ordinaires de défense contre la tuberculose; c’est que le sol, si l’on peut ainsi dire, a été remanié, retourné, modifié de telle manière que les germes, tombés stériles hier, deviennent fertiles aujourd’hui. »

S’il existe des causes prédisposantes, il semble, d’autre part, que certains états de l’organisme le rendent plus ou moins réfractaire au développement de la tuberculose.

Nous exposerons donc l’étiologie de la phtisie en étudiant successivement ;

1“ La transmission expérimentale de la tuberculose et le bacille de Koch; c’est sur l’étude de ces deux points qu’a été assise la doctrine parasitaire;

'2'' Le rôle de la contagion ;

,> Le rôle de l’hérédité;

'r Le rôle des causes prédisposantes;

5'> Les antagonismes et les immunités.

CHAPIÏIIE PREMIER

TRANSMISSION EXPÉRIMENTALE DE LA TUBERCULOSE LE BACILLE DE KOCH

Nous avons montré, dans l’historique, comment avait été fondée définitivement la doctrine parasitaire de la tubercnlose. Villemin démontre d’abord que la maladie peut être inoculée aux animaux et, dix-huit ans après, Koch de-

TRANSMISSION EXPÉRIMENTALE DE LA TUBERCULOSE

couvre le l^acille qui doiiuc sa virulence à la matière luherculeuse. Nous commencerons donc par exposer sommairement ce (jui concerne la transmission expérimentale de la tuberculose et le bacille de Koch. Ces deux études sont la préface nécessaire de l'étiologie clinique (*)■

Transmission expérimentale de la tuberculose. — Quelques ex|)érienccs fondamentales ont démontré que la tuberculose est inoculable aux animaux. La transmission peut s’opérer par l’inoculation sous-cutanée, par l’inhalation, par l'ingestion dans les voies digestives, }>ar l’injection intra-veineuse de matière tuberculeuse. Pour ces expériences, on se sert du lapin et du cobaye, animaux qui offrent, surtout le second, une réceptivité considérable pour le virus tuberculeux.

I. 'L'inoculation sous-cidance de matière tuberculeuse permet de transmettre la tuberculose aux animaux inoculés. Voici ce qui se passe en pareil cas : au point inoculé, il se produit une j)etite tumeur qui peut se résorber, mais qui généralement subit la fonte purulente, s’ouvre au dehors et se transforme en ulcération tuberculeuse; l’animal maigrit; les ganglions lymphatiques qui correspondent au tubercule d’inoculation se gonflent et deviennent caséeux. L’animal meurt dans le marasme au bout de six semaines ou trois mois. A l’autopsie, on trouve la rate très grosse et farcie de granulations, et l’on observe des tubercules miliaires sur les séreuses, le foie, les reins, le poumon. C’est la généralisation tuberculeuse du hjpe ViUernin. L’inoculation dans le péritoine ou la ])lèvre donne des résultats analogues, mais avec plus de certitude encore que rinoculation sous-cutanée (Cornil et Leloir). L’inoculation dans la chambre antérieure de l’œil, procédé élégant utilisé par Cobnheim et Baumgarten pour étudier les accidents initiaux, aboutit encore à une généralisation tuberculeuse du même type.

Rappelons cependant <pie, dans toutes ces expériences, l’inoculation peut ne produire ({u’une lésion locale au point oii a été déposé le virus et (juc cette lésion est suscei)tible de guérir. Ainsi l’abcès sous-cutané tuberculeux, la pano[)htalmie tuberculeuse, la péritonite tuberculeuse, provo(|ués par les inoculations précédentes, peuvent rester des accidents locaux et guérir sans avoir infecté l’organisme.

D’autre part, (juand on injecte dans le })éritoine du col)aye une dose trop forte de culture de tuberculose bumaine, l’animal succombe très rapidement (Straiis et Gamaleia), et à l’autopsie on constate la rétraction de l’épiploon et un épancbemeid- séreux dans les plèvres; mais, comme Koeb l’avait remarqué, la moi’t survient avant la production de tubercules visibles dans les organes.

II. Transmission par inhalation. — En 1880, Tappenier, ayant enfermé L2 ebiens dans une petite chambre oii il pulvérisait des crachats desséchés de phtisi(jue, obtint sur 11 d’entre eux des lésions tuberculeuses dans le poumon, la rate et les reins.

En 1882, (liboux oldint des résultats semblables en faisant respirer à de jeunes lapins 20 à 25 litres d’air expiré i>ar des phtisiciues, tous les jours pendant 500 jours; mais cette dernière expérience n’entraîne pas la conviction;

(') Si d’ailleurs nous sotnnics l)i'cfs ;i ce sujet, c'est que la question a déjà été étudiée par M. Roger dans le premier volume de cet ouvrage. Four de jdus am]dcs renseignements, nous renvoyons au.x Traités de Oaclériologie et aux Leçons de M. Arloing.

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elle ii’a pas donné de résultats positifs à M. Granchcr (jui l’a répétée, ce qui s’explique bien par les recherches de Straus prouvant que l’air expiré est privé de microbes; dos particules de crachats desséchés ont dû probablement être inhalées par les animaux mis en expérience par Giboux.

Koch tuberculisa des animaux en leur faisant respirer des cultures pulvérisées. Cadeac et Malet ont tuberculisé 2 animaux sur 12, en leur inoculant la vapeur d’eau d'une salle de phtisiques, chargée des poussières qu’elle avait entraînées en se condensant.

Cependant quelques observateurs, en répétant ces expériences, obtinrent des résultats négatifs. Cadeac et Malet nous ont expliqué ces contradictions par des différences de technique; de leurs expériences il découle en effet que l’appareil respiratoire se défend bien mieux contre des particules grossières que contre des poussières extrêmement divisées.

Ainsi, des parcelles de matière de tuberculeux (cultures, crachats desséchés), quand elles sont en fine poussière, peuvent pénétrer par inhalation dans les voies respiratoires et engendrer une tuberculose pulmonaire qui peut ensuite infecter tout l’organisme.

III. Transmission par ingestion dans les voies digestives. — Le 17 novembre 1808, M. Cbauveau annonça à l’Académie de médecine qu’il avait rendu des génisses tuberculeuses en leur faisant ingérer de la matière tubercnleuse. L’autopsie des animaux infectés révéla une tuberculose généralisée avec prédominance sur l’intestin et le mésentère; les poumons présentaient quelques masses tuberculeuses; les ganglions bronchiques étaient atteints. En 1869, Villemin et Parrot répétèrent ces expériences sur des lapins et des cobayes et confirmèrent la possibilité de la transmission de la tuberculose par les voies digestives. Les nombreuses expériences instituées depuis ont été aussi confirmatives.

Cohnheim, et surtout Baumgarten, après avoir répété les expériences précédentes, ont soutenu que le bacille de la tuberculose n’infectait l’organisme qn’après avoir produit mie lésion locale au point d'inoculation. Il y aurait donc toujours, au niveau de la porte d’entrée, une lésion primordiale, un vrai chancre phtisiogène., analogue au chancre initial de la syphilis. Cette loi est vraie pour la grande majorité des cas ; mais elle souffre des exceptif)us : les muqueuses intestinale, buccale et conjonctivale peuvent être traversées par le virus sans qu’une lésion se produise au point de pénétration.

Dans toutes les expériences d’inoculation, on a remarejué que, quelle que soit la voie d’introduction du virus, le poumon est souvent le premier et quelquefois le seul organe attaqué. Récemment encore, Straus et Gamaleia ont confirmé ce fait dans les expériences par lesquelles il ont cherché à établir la distinction de la tuberculose humaine et de la tuberculose aviaire.

Ainsi, on peut contracter la phtisie pulmonaire par la voie digestive sans qu’il existe une lésion au niveau de l'intestin. C’est là un fait qui a une grande importance.

IV. Lorsque l’on injecte dans la veine de l’oi'eille d’un lapin de la matière tuberculeuse, on obtient dans certains cas une tuberculose granulique des plus nettes (type Villemin) ; dans d’autres on produit une infection mortelle sans qu’on puisse relever des altérations visibles à l’œil nu (type Yersin).

TRANSMISSION EXPÉRIMENTALE DE LA TUBERCULOSE

D'après Slraiis et Gamaleia, ces résullals (liflerenls tiennent surtout à la contusion qui a régné (juehjue temps entre le bacille do la tuberculose humaine et le bacille de la tuberculose aviaire; d’après ces auteurs, avec la luljerculose humaine on obtient, comme l’avait dit Koch, une granulie généralisée, tandis qu’avec le bacille de la tuberculose aviaire on réalise rinlèction du type Yersin. Ajoutons cependant que, dans son mémoire, Yersin affirme avoir réalisé la bacillose sans granulations avec la tuberculose liovine, (]ui est considérée actuellement comme identique à la tuberculose humaine.

Voies et rapidité de la propagation. — Les expériences précédentes prouvent que le virus tuberculeux peut se projiager dans l’organisme par deux voies ; les vaisseaux lymphaticpics et les vaisseaux sanguins. La voie lymphatique est la plus commune; elle est la règle après l'inoculation sons-cntanée, intra-oculaire, intra-péritonéale, après l’inhalation et l'ingestion de matière tuberculeuse.

Cependant, chez le lapin, M. Arloing jiense que la voie sanguine est plus fré- ({uemment la voie d’infection, meme (piand on ne se sert pas de l'injection intra-veineuse. Les expériences de M. .leannel sont favorables à l’opinion de iM. Arloing ; cet auteur a montré en elTet <|u’au bout de 24 heures au plus, les bacilles sont transportés assez loin du point de l’inoculation sous-cutanée faite à l’oreille du lapin pour que l’amputation de cet organe reste sans effet préservatif.

Par l'injection intra-veineuse, l’infeclinn est d'emblée généralisée. Lorsque le virus se propage par le système lymphalicjue, il se répand plus lentement, mais avec plus de rapidité cependant <[u’on ne serait tenté de le croire. Les expériences de M. Jeannel ont montré <]u’au bout de 4 jours, les ganglions correspondants au point inoculé renferment le virus; et même, après ce laps de temps, la barrière ganglionnaire serait franchie.

M. Dobroklonski a montré que lorscpfon fait ingérer des cultures de bacilles aviaires à des cobayes, l’organisme est infecté dès le 6'' jour ([);ir la voie sanguine aussi Irien que par la voie lymphatique), sans ([ue la muqueuse intesi inale paraisse altérée; ce n’est qu'après le 15'^ jour <|u’il se forme des tubercules dans la couche sous-épithéliale de la muqueuse intestinale.

Bacille de la tuberculose. — Morphologie. — L’agent ([ui donne sa virulence a la matière tul)erculeuse est le bacille découvert par Koch. Le bacille de la lul)erculose a la forme d’un InUonnet grêle dont la longueur, de 1 à 5 y. enviiv)ii, égale Ih ou 20 fois la largeur. 11 est tantôt rectiligne, tantôt un peu incurvé. Examinés dans les crachats ou dans des tissus tuljerculcux, les bacilles sont isolés ou réunis en groupe dont les éléments sont parfois parallèles; d’au Ires fois deux bacilles se croisent ou sont réunis à angle par une de leurs extrémités.

Les bacilles existent toujonrs parlout oi'i existe la matière tubercnlense ; on les trouve en particulier dans les crachats des phtisiques.

On peut les observer assez aisément au microscope, après les avoir mis en évidence par certaines réactions colorantes.

La première réaction employée par Koch pour les déceler n’est pins employée aujourd’hui; elle est remplacée par la réaction d’Ehrlich, dont la supériorité a été vite reconnue partout.

Pour rechercher les bacilles de la tuberculose dans les crachats à l’aide de

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la méthode d'Elirlich, on procède, delà manière suivante : on enlève au crachat une particule opaque, bien purulente, de la grosseur d’une tète d’épingle; on l’étend sur une lamelle de verre propre que l’on recouvre d’une seconde lamelle également propre; on serre les deux lamelles l’une contre l’antre pour écraser autant que possible le crachat et l’étaler en couche uniforme; puis on sépare les deux lamelles de verre, et l’on passe chacune d’elles au-dessus de la flamme d’une lampe à alcool, la face enduite étant tenue en haut, jusqu’à ce que la malière du crachat soit tout à fait desséchée. Puis on prépare de l’eau d’aniline en mettant dans un tube à réaction de l’huile d’aniline bien pure en très petite quantité et en ajoutant de l’eau distillée jusqu’aux trois quarts; on secoue le tube en fermant l’orifice avec le pouce et l’on filtre sur un filtre mouillé. A l’eau d’aniline ainsi préparée on ajoute 15 à !20 gouttes d’une solution alcoolique saturée de fuchsine; on a alors la liqueur d’Ehrlich. On la verse dans un verre de montre; on y plonge les lamelles, la face enduite en bas, autant que

possible de façon à ce qu’elles surnagent. Onlesy laisse 21 heuresà froid ou un quart d’heure à chaud.

Mais quand on suppose que les bacilles sont peu nombreux, il vaut mieux laisser les lamelles 21 heures dans le bain colorant.

Quand on retire les lamelles, on les plonge dans une solution aqueuse d’acide nitrique au 1/5 jusqu’à ce qu’elles aient perdu leur couleur rouge; on les lave à l'eau distillée ; on les dessèche complètement et on les monte dans le baume au xylol. Entre les globules du pus peu ou pas teintés par la fuchsine, le bacille apparaîtra fortement coloré en rouge.

Tous les autres microbes de crachats sont décolorés par l’acide nitrique; seul le bacille de la tuberculose résiste à la décoloration. On peut, le bacille étant coloré en rouge par la fuchsine, colorer le fond avec du bleu de méthylène suivant la méthode de Frankel; au sortir de la liqueur d’Ehrlich, les lamelles seront passées une minute dans le liquide suivant :

Alcool 50 p.

Eau d’aniline 50 p.

Acide azotique 20 ji.

Solution alcoolique salui’ée de hieu de niéüiylène. . . , O. S. (Filtrez.)

Puis elles sont lavées à l’eau distillée, desséchées et montées comme précédemment.

Depuis que la réaction d’Ehrlich est connue, on a recherché des procédés meilleurs. On reproche à la liqueur d’Ehrlich de ne pas se conserver, ce qui

TRANSMISSION PIXPÉRIMPINTALE DIÎ LA TUBLRCULOSL.

oblige à la préparer au moment de s’en servir. C’est cependant, à notre avis, le procédé le plus fidèle.

Après le procédé d’Ehrlich, le meilleur est \a procédé de Zield. Le liquide de Zielil se compose de :

Alcool alisolu 10 ceiitinièü'os cnlics.

.\cidc |ihéMi<iuo giainmos.

Fuchsiiio 1 —

Eau distillée 100 —

Ce liijuide a l’avantage de se conserver longtemps; les lamelles y soid- plongées pendant une dizaine de minutes; elles sont décolorées ensuite par l’acide sulfurique au J/i, lavées, séchées et montées au baume de Canada et au xylol.

Herman (de Liège) a préconisé un procédé de colorolion rapide qu’il juge supérieur à tous les autres. On a à sa disposition deux solutions :

1“ Kryslallviolet 1 giainnio.

Alcool à 00" âO centimètres cubes.

‘2" Carbonate d’ani)nonia(|ue. ... 1 gramme.

Eau dislilléc 100 centimètres cubes.

Au moment de la recherche, on verse nue certaine quantité de la solution ammoniacale dans un verre de monire; on y ajoute assez de krystallviolet pour ([u’une goutte du mélange, déposée sur du papier à filtrer, y laisse une tache très foncée. Ce bain est chauffé jusqu’à ébullition commençante, et l'on y plonge les lamelles une minute. On les sort du bain pour les mettre dans une solution «l'acide nitricpie au I/IO (i à 5 secondes); on les lave à l’alcool très rapidement. on les sèche et on les monte. Les bacilles sont en violet foncé. La double coloration peut être obtenue si, après le lavage à l’alcool, on laisse les lamelles uO secondes dans la solution suivante :

Ilosiiic I gramme.

.Mcool à liO' 1!I0 cciilimèli es cuIjcs.

On relave à l’alcool, on sèche et l’on monte dans le baume.

Le même procédé peut être utilisé pour les coiqaes; seulement on se sert d’une solution d’acide nitrique au l/i.

Stoc(piart (de Bruxelles) a recommandé le procédé suivant ; « On étale d’abord la matière expectorée sur une lamelle et on laisse sécher à l’air, ce qui se fait raj)idement. Puis on faitlomber sur la lamelle une goutte ou deux du liipiide suivant :

l’ii(.bsiiic 1 ji.

Alcool absolu 10 jo

Eau |ili(''ni(|uéo à 5 jjour 100. . . 100 ]i.

«pi’on laisse une à deux minutes; ensuite ou chaulVe un instant la lamelle audessus d’une llamme, on lave à grande eau et l'on sèche de nouveau. On appli- <pie alors au moyen d’une baguette de verre le li(piide colorant bleu, dont la

composition suit ;

Rleu (le méthylène 1 p.

,\ei(lc suiruri(iue dilué 100 p.

Il se produit à l’instant un nuage vei'dàtre et. jaunâtre à la fois, «pii par le lavage à l’eau fait place à une coloration rouge violacé*'. On réapplique du

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liquide colorant bleu jusqu’à ce que la préparation acquière une nuance bleu violacé, ce qui demande une minute environ. On lave à grande eau et l’on sèche. La préparation est prête alors à être examinée ; elle laisse voir sur un fond bleu clair les bacilles nettement colorés en rouge vif. Un simple grossissement de tiOO diamètres suffit pour voir aisément les bacilles. Pour plus de netteté et quand on n’a pas l’habitude voulue, on peut recourir avec avantage à l’emploi du condensateur et à l’addition sur la préparation d'une goutte de xylol. Cinq minutes au plus me suffisent pour exécuter le procédé que je viens de décrire ; cela me donne l’avantage d’instituer le traitement voulu dès la première visite du malade et d'opérer sur plusieurs cas en une même séance. »

Ce procédé, ajoute Stocquart, est plus simple que celui de Gabbett, dont il n’est qu'une modification. Il est certainement préférable, ajoute-t-il, au procédé rapide que MM. Pittion et G. Roux (de Lyon) viennent de faire connaître et qui n’est en somme que le procédé Gabbett allongé et compliqué (').

Cultures. — Le bacille de la tuberculose humaine est difficile à cultiver. Koch conseilla de faire les cultures sur le sérum sanguin solidifié (sérum de veau ou de mouton); les tubes ensemencés sont placés à l’étuve à +57° ; au bout de dix à quinze jours apparaissent de petites taches blanches, sem- Idables à des squames sèches, le plus souvent isolées, quelquefois conlluentes en une mince couche jaunâtre. Ceux qui tentèrent des cultures par ce procédé n’obtinrent pas de résultats très satisfaisants. Roux et Nocard préconisent alors, comme milieu de culture, la gélose glycérinée; mais leurs premières cultures furent faites avec le bacille de la tuberculose aviaire, qui est probablement une variété distincte du bacille de la tuberculose humaine, et qui végète bien dans divers milieux. Quand on ensemence la gélose glycérinée avec du tubercule humain, on n’obtient pas de résultats plus satisfaisants qu’avec le sérum sanguin. Sti’aus etGamaleia ont observé que le bacille de la tuberculose humaine, pour bien végéter sur gélose ou

Culture de luber- g . Pouilloii glycériiiés, a besoin d’un certain acclimatement ;

culose sur sérum o J ’

sanguin. Ics cullures lie deviennent abondantes qu’au bout d’un certain

nombre de générations. MM. Straus et Gamaleia ont d’ailleurs vérifié, avec leurs cultures, toutes les assertions de Koch, à savoir que toute inoculation par n’importe quelle voie chez le lapin ou chez le cobaye est l’origine d’une généralisation tuberculeuse du type Villemin. Il n’en est pas toujours ainsi avec le bacille aviaire.

(') La coloration des bacilles sur des coupes de tissu présente d’assez grandes difficultés; à ce point de vue, c’est le procédé de Ziehl <pii donne les meilleurs résultats. Mais cette coloration des bacilles sur des coupes est presque imi)0ssiblc lorsque le fragment a séjourné dans la liqueur de Müller. M. Letulle a proposé récemment un procédé qui permet de colorer sûrement le bacille dans des coupes de tissu, môme lorsque la conservation a été obtenue l)0r la liqueur de Müller.

La fiièce reçue, au moment de l’autopsie, dans une notable quantité de liquide de Müller,

Fig. 26.

TRANSMISSION EXPÉRIMENTALE LE LA TUBERCULOSE

Uoppelons à ce propos que, d’après certains auteurs, Rivolta, Maffucci, Kocli, Straus et Gamaleia, on doit dislingiier soiijncuseme)it le bacille de la tuberculose aviaire du bacille de la tuberculose Innnnine. C’est [>our n’avoir pas fait cette distinction que des résultats contradictoires auraient été obtenus par divers expérimentateurs. D’après Straus et Gamaleia, les différences entre le bacille aviaire et le bacille humain sont suffisantes pour séparer complètement les deux espèces. Les cultures de tuberculose humaine sont sèches, écailleuses ou verruqueuses ; celles de l’aviaire sont humides, grasses et molles. Le bacille humain ne pousse pas à -iü'’ et au delà ; le bacille aviaire se développe abondamment à cette température. Pour Straus et Gamaleia, on ne pourrait infecter des oiseaux avec la tuberculose des mammifères. En second lieu, si l’on infecte des cobayes et des lapins avec la tuberculose aviaire, on produit une infection sans tubercule visible à l’œil nu (type Yersin), sauf lorsque l’inoculation a été faite dans la chambre antérieure de l'œil du lapin, auquel cas il peut se produire (pielques rares tuliercules. D’ailleurs, le chien, très sensible à la tuberculose humaine, paraît réfractaire à la tuberculose aviaire.

Mais Cadiot, Gilbert et Roger, Courmont et Dor ont observé des faits qui contredisent les assertions de Straus et Gamaleia, et Arloing conclut que le bacille de la tuberculose aviaire n'est peut-être qu'une simple variété bien fixée ou mieux qu’une irice du bacille tuberculeux humain.

Le bacille de la tuberculose, aussi bien dans la variété aviaire que dans la variété humaine, paraît être un aérobie-, il ne pourrait végéter qu’en présence de l’oxygène libre.

Résislance du bacille. — La résistance du bacille de la tuberculose humaine aux divers agents de destruclion est très considérable.

Seule, la chaleur humide semble avoir une action énergi(pie sur ce parasite ; il est détruit par une élndlition de quelques minutes, ou par l’action de la vapeur (l’eau chaude sous pression. Mais la chaleur sèche a moins d ’inlUience; Granchcr et Lcdoux-Lel)ard ont démontré que si l’on chauffe à sec des crachats, on peut les laisser à 100" pendant trois heures sans ([ue leur vii'ulence soit éteinte.

ayant ensuite été sunisaniinent durcie dans Talcool, penl, si liesoin est, s’indure dans la (•elloïdin(( selon la rormnie liahitnelle.

Les coupes, au sorlirde l'eau, sont trailées par rhéniato-xylinc afin de colorer les noyaux des élémeids cellidaires. Lavées ensuite lai’geincnt à l’eau, elles passent :

1» Lu ijuarl d’heure dans la sidutiou phéniipiéc de Itubine (eau phéniquée à i pour KM); — Ruhiiu', O. S. pour saturation);

Ü» La\agc i-apide, d’une minute, ;i l'eau distillée;

5» Séjour d'une demi-minute dans l’abajol absolu;

¥ Séjoui- de ciiK] minutes d;uis la solution pbéniipiée de vert d'iode (eau idténi(juéc ;i 2 pour KM). KM) gi'ammes; vei't d’iode, 1 gi-amme);

5° Lavage dans un bai)i d’alcool absolu jusipi’à décoloration voulue, ((u’on surveille sous le nuci'oscopc;

(b Bain d'essence ib' bei'gamote ;

7» Bain de xylol;

8» Moid.age dans le baume (au xylol).

Cette leclmiipie réussirait toujoui's et ne demanderait ipi’unc minime surveillance au uiomeid de la décoloration dans ralco(d absolu; elle serait en oïdi'c très rapide, puisqu'eu moins d'une denu-beni-e on pourrait colui'ei’ tous les bacilles tuberculeux d'une coiqie (pielcompie. Elle donnerait une sélection tannanpiable, car elle montrerait violets les noyaux des c(dlules, l'oiige cei'ise les coi-ps hyalins (coiqis de Cazin-Russel) et. rouge carmin les bacilles lidiiu'cubuix de Koch i[ui ll•ancb('nt viwment sur le fond ;') peine teint eu gris lilas ipiand la coloration ,a été bien nienée.

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D’après Candler, Koch el Raiisome, l’action combinée de la sécheresse, de la lumière solaire el du grand air atténue sa virulence, mais ne la fait pas disparaître. Malassez et Vignal, ayant soumis des crachats de phtisique <à l’action alternante de la dessiccation et de l’humidité, constatèrent que leur virulence était conservée au bout de plusieurs mois. Zilgien (de Nancy) expose des mélanges dépoussiérés de route el de crachats de tuberculeux, partie au soleil, partie aux intempéries ; il constate ainsi que la virulence des poussières exposées aux intenqoéries dure environ 50 jours, et celle des poussières exposées seulement au soleil environ HO jours. De Toma estime cependant que les crachats, abandonnés à eux-mémes, perdent leur virulence au bout de 15 jours; ces résultats sont en contradiction avec les précédents. De plus, Savinski, qui a expérimenté dans les mêmes conditions, arrive aux conclusions suivantes ; D aliandonnés à eux-mêmes dans une chambre de malade, les crachats perdent leur contagiosité seulement au bout de 2 mois et demi; 2“ dans l’obscurité, les crachats conservent indéfiniment leur virulence, ils la perdent dès qu’ils sont exposés à l’action des ray<»ns lumineux. De nouvelles observations sont encoi'e nécessaires pour éclaircir cette (|ueslion; mais les résultats précédents, bien que concordant peu, nous font déjà comprendre combien sont fréquentes les occasions de contagion dans les villes où de nombreux phtisiques se promènent et crachent par terre.

La congélation, la dessiccation, la salaison n’entament pas la virulence du bacille (Galtier). Un crachat livré à la putréfaction resle virulent au bout de 40 jours. Des poumons tuberculeux enterrés par Cadeac et Malet conféraient la tuberculose au bout de 107 jours ; Schottelius a vu le bacille de la tuberculose survivre deux ans dans la terre; et Gærlner a constaté qu’il gardait son pouvoir infeclieux après avoir séjourné dans le sol pendant tont un hiver; CCS expériences constituent un argument en faveur de la crémation.

Des poumons tubercnleux soumis par Cadeac et Malet à l’action de l'eau courante restèrent virulents pendant 150 jours.

A propos du Iradement, nous verrons que la résistance du bacille aux diverses substances antiseptiques est aussi très considérable.

Ce qui, d’après Koch, serait le facteur principal de cette résistance, c’est que le bacille de la tuberculose peut, comme la bactéridie charbonneuse, donner naissance à des spores dont on connaît l’extrême vitalité. Mais ces spores du bacille de la tuberculose sont encore très peu connues.

Toxines tuberculeuses. — Les éludes de Koch sur la tuberculine, celles d’IIammerschlag, Maffucci et Grancher, nous ont montré que le bacille de Koch sécrète des produits solubles qui ont déjà été étudiés dans ce Traité (l>age 054 du tome !"■). Ces produits solubles, constatés dans les cultures, ont été retrouvés dans les crachats et les viscères des phtisiques par Bonardi et par Kostjurine el Kraïnsky, dans les exsudais des séi’euses tubercnleuses par Debove et Rémond.

Dans ces derniers temps, Prudden et Hodenpyl, Straus et Gamaleia et d’autres observateurs ont découvert un fait très important, à savoir que les toxines tnberculeuses sont surtout renfermées dans le corps même des bacilles; car si l'on injecte dans les veines du lapin des cadavi'es de bacilles (tués par le séjour à l’autoclave à 115“), on provoque la mort de l’animal; et à l’autopsie on trouve

TRANSMISSION EXPÉRIMENTALE DE LA TUBERCULOSE

des liibercules qui renfernienl au centre ces cadavres de l^acilles; Grancher et Ledoux-Lebard ont proposé de désigner cette maladie expérimentale sous le nom de nécro-tuberculose . Il semble donc que le bacille, qui a pénéti’é dans un tissu, y provoque la formation de la matière tuberculeuse surtout par les poisons qu’il produit et qu’il renferme en lui-même après sa mort.

Parmi les toxines de la tuberculose. Bouchard et ses élèves en ont isolé une (pii a une action vaso-dilatatrice énergique (ec/a.sôie) ; Zuelzer en a isolé une autre qui est convulsivante ; ^^'eyl a trouvé une mucine qui a une action nécrosante. Certaines de ces toxines paraissent favoriser l’action du bacille (substances favorisantes); d’autres paraissent entraver cette action (substances empêchantes), ainsi que cela résulte des travaux de Grancher et H. Martin, de Courmont et Dor, dont les recherches ont, il est vrai, été faites avec la tuberculose aviaire. Dans la tuberculine de Koch elle-même, W. Hunter et Klebs se sont efforcés d’isoler les substances qui semblent favoriser l’action du virus tuberculeux de celles qui l’entravent. D’après Klebs, la substance curative serait de l’ordre des pcptones (‘) ; il l’aurait isolée et l’aurait substituée avec avantage à la tuberculine brute.

Bonardi a retiré des alcaloïdes des crachats et des viscères de phtisiques au moyen des procédés usités pour l'isoleinent des alcaloïdes en général. Il a isolé d’autres substances, de nature indéterminée, au moyen de la glycérine. Les alcaloïdes extraits des crachats sont plus toxiques (jue ceux qui ont été extraits des viscères. Ces diverses substances produisent de l’excitation génésique chez le chien, et amènent le marasme chez les la})ins et surtout chez les cobayes. Bonardi a essayé, avec ces produits, de conférer l’immunité aux cobayes; il n’y a point réussi; mais il aurait augmenté notablement leur [)Ouvoir de résistance à l’égard de la tuberculose inoculée.

A l’époque où Villemin annoima ses premiers résultats à l’Académie de médecine, un grand nombre A' objections furent adressées à la doctrine parasitaire de la tuberculose. Avec le temps, ces objections ont perdu de leur force, car l’expérimentation a déterminé leur sens réel. C’est ainsi qu’on avait prétendu que le lapin devenait très souvent et spontanément tuberculeux; l’observation ultérieure a démontré (pie le hqiin n’était pas aussi « follement » lubercnleux que Béhier l’avait dit; la tuberculose spontanée paraît même liés rare chez cet animal. D’autre part, on objectait qu’on pouvait produire du tubercule en injectant dans le système circulatoire des substances inertes; mais 11. Martin montra qne les jiseudo-tuberculoses non parasitaires étaient faciles à distinguer, car elles ne sont pas inoculables en série, comme la tuberculose vraie. Enfin, l’existence des pseudo-tuberculoses parasitaires (jui ont déjà été étudiées ici par M. Boger (t. I. page OtU) ne constitue pas un argument contre la doctrine de la tuberculose maladie infectieuse. Sans doute, beaucoup de problèmes ne sont pas encore résolus; mais, au point de via* étiologi({ue, un certain nombre de faits jiaraissent définitivement acquis et éclairent d’une vive lumière I histoire de celle terrilde maladie.

(‘) .le ra])|)elle à ce propos qii’cii 1S80, (‘xprriim'nlanl avec Roger sur d(‘s extraits de, craclials tiihcrcidcux, nous av<^ns constat(ï (piê ces extraits contenaicid de grandes (piantités de pe|itone. — Makkan, Troubles et basions gastiïcpies dans la phtisie; 1 hvse de t’nris, 1HH7, J). Itt.'i et 120.

PHTISIE PULMONAIRE

Parmi lesquesLions qui méritent d’être approfondies et sur lesquelles nous ne possédons qu'un très petit nombre de documents, nous signalerons en terminant celle de V élimination des bacilles de la tuberculose. A l'heure actuelle, il semble que cette question doive être mise de côté; rinfection bacillaire nous apparaît comme étant forcément localisée au niveau des foyers tuberculeux ; et l'on admet que le bacille ne peut être découvert que dans ces foyers. Cependant Peuch (de Toulouse) a démontré que le bacille passait dans le pus des sétons des vaches tuberculeuses. Solles (de Bordeaux) affirme que l’urine, le suc testiculaire , le sperme et la matière fécale de phtisiques peuvent tuberculiser les animaux, et il prétend que ces matières sont tuberculisantes en dehors de toute altération tuberculeuse des voies génilo-urinaires ou de l’intestin ; il va jusqu’à dire que la matière fécale des enfants de phtisiques est virulente, et il croit possible d’établir un diagnostic très précoce de la tubercnlose en se servant de l'inoculation au cobaye de la matière fécale des enfants suspects. Tout cela mérite confirmation. Nous ne parlons pas de la doctrine édifiée par Solles sur des observations trop peu nombreuses; elle est intéressante, mais fort contestable ('). Peut-être la démonstration de l’existence des spores tuberculeuses, à peu près inconnues aujourd’hui, projettera-t-elle quelque lumière sur ces points obscurs.

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