CHAPITRE II
CONTAGION DE LA PHTISIE
Nous donnons ici au mot contagion son sens le plus large : nous entendons désigner par lui tous les modes de transmission de la tubercnlose autres que la transmission Inh’édUaire.
Les anciens auteurs ont sonpçonné la contagiosité de la phtisie. C’est ce (jue nous avons déjà montré dans l’iiistorique. Mais nous avons vu comment cette notion s’était obscurcie au commencement de ce siècle. Le problème de la transmissibilité de la phtisie d'un individu malade à un individu sain ne commence à se poser nettement qu’avec les recherches de Villemin. Celui-ci rapporta tfuelques observations très nettes de contagion. En 1871), de Musgrave-Clay soutient à Paris une excellente thèse intitulée : Élude sur la conta- (jiosité de la ‘phtisie jndrnonaire. On y trouve relatées 111 observations où la contagion ne paraît pas douteuse. — En voici une tout à fait remarquable : .Jean A..., issu de parents phtisiques, se marie à Antoinette A..., née de parents indemnes de tuberculose. Bientôt apparaissent chez Jean A... les signes de la phtisie. Il meurt ; sa femme se remarie et succombe phtisique après avoir transmis la maladie à son second mari. Dans les derniers mois de sa maladie, Antoinette a réclamé les soins d’une de ses nièces, Marguerite M..., mariée à Joseph B..., indemne de phtisie et née de parents sains. Marguerite M... succombe à la phtisie et transmet la maladie à son mari, Joseph B..., qui en meurt (') Congrès de la tuberculose de 1891, [). 31.7.
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également [observation 22 de Mnsgrave-Ckoj, empruntée à Violettes, thè.sc de Montpellier, 18G6).
Les observations de ce genre ne sont pas absolument rares. Les plus communes sont celles où on voit la transmission s’opérer de mari à femme, ou de femme à mari. Dans ses conclusions, Musgrave-Cday considère comme favorables à la contagiosité : 1" la vie en commun, surtout pendant la nuit, dans un appariement où le renouvellement de l’air est insuffisant; les relations sexuelles ; 0“ la gestation, dans le cas de tnljerculose du mari ; ¥ le sexe féminin (peut-être à cause du motif précédent) ; 5° la jeunesse du sujet sain ; 0“ la vie sédentaire de la personne exposée à la contagion; 7“ l’état avancé des lésions locales chez le sujet tuberculeux contaminant.
Depuis ce travail, les observations, les statistiques se sont multipliées. Nous ne pouvons citer tout ce qui a été écrit sur ce sujet. Mais nous pouvons dire (jue ces recherches ont permis de préciser les modes de transmission, et que, malgré toutes les obscurités qui régnent encore sur ce sujet, on peut dire que la tuberculose se transmet :
DPar inhalation dans les voies respiratoires;
2*^ Par ingestion dans le tube digestif;
a“ Par inoculation cutanée;
¥ Par les relations sexuelles.
1“ Transmission par inhalation. — C’est le mode de transmission qui parait de beaucoup le plus commun ; c’est à lui qu’il faut rapporter le plus grand nombre des cas de phtisie pulmonaire. Les lois de Louis nous l’ont appris ; aju’ès quinze ans, s’il y a des tubercules en un point quelconque de l’organisme, il y en a presque toujours de plus anciens dans les poumons. Malgré quelques exceptions, cette loi se vérifie dans la généralité dos cas.
On a objecté, il est vrai, que, dans les expériences de transmission à l’animal, on voit le poumon se prendre souvent le premier, et cpielquefois le seul parmi les viscères, quel cpie soit le mode d’introduction de la matière tuljerculeuse. Cependant il est un fait qui nous paraît prouver la frécpience de la transmission par inhalation : c’est la localisation haldtuelle des premiers tubercules au sommet du poumon. Plus loin, nous exposerons les raisons invo- (juées pour explicpier cette singulière localisation, et nous montrerons ([uc toutes les poussières inhalées, de (jiielque nature qu’elles soient, les poussières charbonneuses, par exemple, se fixent de préférence au sommet du poumon ; il y a donc, dans la ventilation pulmonaire, une loi, encore inexi)liquée, qui veut que les poussières inhalées se fixent surtout au sommet du poumon. La fréquence de la localisation des premiers tubercules au sommet du poumon est donc une preuve de la fréipience de la transmission par inhalation.
D’un autre côté, ne savons-nous pas quelle est la dilfusion des poussières tuberculeuses autour de nous?
L'agent ordinaire de la contagion, c’est le crachat bacillifère. Ce n’est pas fhaleine des phtisiques qui est contagieuse; l’air expiré est toujours dépourvu de germes (Straus, Cadeac et iMalet). Le crachat se dessèche; il se réduit en poussière qui se réi>and dans l’atmosphère, et c’est sous cette forme qu’il pénètre dans les voies respiratoires. Cornet, ipii s’est attaché à étudier la distribution du bacille de la tuberculose en dehors de l’organisme, l’a retrouvé dans
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la poussière des habitalioiis el des hôpitaux où vivent des phtisiques, notamment lorsque ceux-ci crachent sur le plancher ou dans des mouchoirs. D’après lui, il est exceptionnel de le rencontrer ailleurs. Mais, dans les grandes villes, il nous semble que le virus doit être disséminé un peu partout; car beaucoup de phtisiques y vont et viennent et crachent par terre. Nous savons d’autre part l’extrême résistance de ce virus aux agents extérieurs. La putréfaction, en particulier, le modifie peu et lentement. Cadéac et Malet, Schotelius, Gærtner, ont montré que la matière tuberculeuse enterrée reste virulente au bout d’un temps très long, et Lortet et Despeigne pensent, d’après leurs expériences, que les vers de terre peuvent ramener les bacilles tuberculeux à la surface du sol, opinion émise antérieurement par Leloir. Les mouches, d’après Spillmann et Ilaushalter, les punaises, d’après Dewèvre, sont aussi des agents de dissémination du virus tuberculeux. Le fait suivant, que rapporte Scimirer, montre la facilité avec laquelle les bacilles tuberculeux peuvent se disséminer. « Me trouvant un jour occupé, dit-il, à des travaux bactériologiques au laboratoire de Weichselbaum, pendant un repos, je me fis apporter du raisin pour me rafraîchir. Ce raisin avait séjourné quelque temps dans un panier à l’extérieur ; il était tellement couvert de poussière, que l’eau dans laquelle je le lavai était absolument sale et noirâtre. En examinant cette eau, je réfléchis que la rue voisine était fréquentée par les très nombreux phtisiques qui se rendent à la clinique, et que ces gens ne se gênaient pas pour cracher à terre. La poussière, si abondante à Vienne, avait donc des chances de contenir des bacilles. Pour m’en rendre compte, j’injeclai à trois cochons d’Inde 10 centimètres cubes de celte eau. L’un d’eux mourut en 2 jours de péritonite; (juant aux deux autres, ils succombèrent au bout de 45 et de 58 jours, présentant des lésions tuberculeuses manifestes, partant du point de l’injection. J’ajouterai ([ue beau du lavage avait été prise au moment de son emploi au robinet d’eau de source, que le verre à expériences qui l’avait contenue venait d’être stérilisé avec soin, que ni le garçon qui avait apporté les raisins, ni le marchand (jui les avait vendus, ne sont tuberculeux. Ce fait montre avec évidence quel danger les crachats tuberculeux lancés au hasard et les poussières qui les contiennent présentent au point de vue de la santé publique.» De ses expériences, Di Mattéi conclut que la tuberculose peut se transmettre par certains produits du corps des malades, comme la saleté des ongles, les poils de la barbe, les cheveux, etc., toutes matières qui peuvent incessamment être répandues dans l’atmosphère.
En résumé, les poussières tuberculeuses .sont surtout abondantes autour des phtisiques, mais elles peuvent exister partout où un phtisique a passé et a craché. Il n’est donc pas absolument nécessaire, pour que la contagion par inhalation soit réalisée, qu’il y ail eu contact ou cohabitation d’un individu sain avec un individu malade.
La réalité de la contagion par inhalation est prouvée aujourd’hui par des faits cliniques nombreux, en particulier par les épidémies qui ont sévi dans les familles, dans les bureaux (Marfan) et dans les ateliers (Arthaud) où des phtisiques ont craché par terre, par la fréquence de la phtisie dans les prisons (Cornet) et parmi les infirmiers attachés aux salles de phtisiques (Debove, Cornet). L’épidémie dont nous avons rapporté l’histoire a sévi dans un
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bureau qui comptait 22 employés ; en 1878, il y entra 2 phtisiques qui y vécurent plusieurs années, toussant et crachant, souvent sur le plancher, dans un local exigu et mal aéré. Les employés arrivaient au bureau de bonne heure au milieu d’un air charge des poussières du balayage du matin; 15 d’entre eux ont succombé à la phtisie de 1884 à 1880. La contagion s’est faite très probablement par l’air tenant en suspension les bacilles de crachats desséchés sur le plancher. A notre instigation, l’administration fit évacuer le bureau, brider le plancher, réparer la pièce, et prescrivit des mesures prophylactiques pour empêcher le retour de pareils faits. Depuis cette époque, trois ans se sont écoulés; il ne s’est produit aucun cas nouveau de tuberculose (').
Le poumon est donc la porte d’entrée par excellence du virus tuberculeux. Celui-ci, mélangé aux poussières de l’air, arrive dans les alvéoles et se fixe de préférence aux sommets des poumons. Cette prédisposition des sommets sera étudiée plus loin.
Chez les enfants, le bacille peut traverser la muqueuse respiratoire sans y déterminer de tubercules; il peut pénétrer par le poumon et aller infecter les ganglions intra-thoraciques ; il peut pénétrer par les muqueuses nasale et buccale, surtout lorsqu’elles présentent des érosions, et aller tuberculiser les ganglions du cou (écrouelles).
Très probablement, c’est aussi par les voies respiratoires qu’il pénètre dans la circulation lymphatique et sanguine pour aller infecter primitivement le testicule, les articulations et les os, voire même la plèvre et le péritoine, (jui est rarement malade sans que la plèvre le soit.
Parfois cependant, au niveau du point de pénétration, le bacille laisse une lésion qui j)ermet de préciser la porte d’entrée. Chez un enfant qui avait sucé le mouchoir d’un tuberculeux et qui avait une amygdalite avec adénite, G. Daremberg a constaté, dans une crypte amygdalienne, une masse caséeuse qui était farcie de bacilles de Koch. Cette amygdalite tuberculeuse a du reste été constatée par Lublinski au début de plusieurs phtisies pulmonaires.
Transmission par ingestion dans les voies digestives. — L’expérimentation nous a prouvé que l’ingestion de matière tuberculeuse peut infecter l’organisme; et la clinique nous montre que le phtisique qui déglutit ses crachats peut luberculiser son intestin. D'autre part, il est presque admis universellement que la tuberculose des bovidés est identique à celle de l’homme. Or l’homme se nourrit de viande et de lait provenant des bovidés. On s’est donc demandé si le lait et la viande provenant d’animaux phtisiques ne peuvent pas contaminer l’homme qui les ingère. C’est là un gros problème dont on s’est beaucoup occupé dans ces derniers temps, et dont l’importance au point de vue de la proi)hylaxie est très considérable.
(‘) La tuberculose est très IVéquentc dons le personnel hospitalier. Elle décime les surveillardes laïques. A riiôpital Necker, la moitié des surveillantes est frappée par la phtisie. Gc sont celles <pu accomplissent leurs fonctions avec le plus de zèle et de, dévouement (pu sont atteintes. Il est remar((ualde (pic ce sont surtout les surveillantes des services de médecine qui deviennent phtisi((ucs; les surveillantes des services de chirurgie sont généralement épargnées. Les religieuses sont beaucoup moins sujettes à contracter la phtisie; radministrotion jiarait attribuer ce résultat à ce ([uc les sceurs sont ]dus noinlu-cuses, se supidéent et se fatiguent moins. Peut-être faut-il accorder aussi une inlluence à la vie génitale; la plupart des surveillantes lonpies sont mariées et mères de famille; j’en connais une (jui a fait très régulièrement un service pénible en allaitant son enfant.
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On seml)le d'accord sur un point : la réalité de l’inl'ection par les aliments, lorsque ceux-ci renferment le virus. iMais le lait et la viande des animaux luberculeux sont-ils fréquemment virulents? Sur ce second point, les dissidences sont encore nombreuses (*).
ContaminaUon par la viande et par le sang des animaux tuberculeux. — Sur la question de la virulence de la viande, trois opinions ont été émises.
1“ La première consiste à regarder comme suspectes toutes les parties d’nn organisme tuberculeux, même lorsque la tuberculose paraît limitée à une seule région. Toussaint et Bouley, s’appuyant sur ce principe, firent repousser, par le Congrès international des vétérinaires de 1885, fusage de la viande de tout animal tuberculeux. Le Congrès de la tuliercnlose de 1888, malgré les réserves de certains de ses membres, n’hésita pas à voter les conclusions suivantes : « 11 y a lien de poursuivre par tous les moyens, y compris l’indemnisalion des intéressés, l’application générale du principe de la saisie et de la destruction totale, pour toutes les viandes provenant d'animaux tuberculeux, quelle que soit la gravité des lésions spécifiques. »
2“ Mais, en 1885, Arloing établit que les muscles ne pouvaient être virulents ((ue si la tuberculose était généralisée ; on ne devrait donc exclure de la consommation que la viande provenant d’nn animal mort avec des lésions tuberculeuses généralisées, ayant franchi les ganglions afférents au foyer initial. Arloing et Chauveau recueillent du suc musculaire de vaches atteintes de tuberculose généralisée, et l’injectent clans le péritoine de cobayes; ils déterminent la tubercnlose une fois sur deux. La cuisson de la viande, d’après Arloing, ne suffirait j)as toujours à prémunir contre le danger de l’infection tuberculeuse, car, à la température de 70°, qui est rarement dépassée pour la préparation de la viande, le bacille n’est pas détruit.
5° Nocard et Galtier pensent tjue le danger est encore moins grand que ne le laisseraient croire les expériences d’ Arloing et Chauveau. Au Congrès de la tuberculose de 1888, et au Congrès d’hygiène de Londres de 1891, Nocard a émis (juelques réserves au sujet de la virulence du sang et du suc musculaire ; il ne nie pas celte virulence, mais il la croit exceptionnelle; ayant recueilli du suc musculaire provenant de 21 vaches atteintes de tuberculose généralisée, et fayant injecté dans le péritoine de col)ayes, une fois seulement il a provoqué la tuberculose. Galtier n’a déterminé la tuberculose, en expérimentant dans les mêmes conditions, que 5 fois sur 22. Nocard fait d’ailleurs remarquer que la tuberculisation possible des cobayes par l’injection de suc musculaire dans le péritoine ne prouve pas que ces animaux seraient devenus tuberculeux s’ils avaient mangé la viande des bêtes malades; il n’a pu rendre tuberculeux de jeunes chats en leur donnant de la viande dont le suc contenait des bacilles.
Ainsi la lumière n’est pas faite sur la fréquence de la virulence de la viande des bovidés luberculeux. Il importe pourtant, au point de vue de l’hygiène publique, que le problème soit résolu d’une manière certaine.
En ce qui concerne le sang., il est admis qu’il n’est virulent que lorsque la tuberculose est généralisée ; dans ce dernier cas, Toussaint, Vallin, Galtier,
(') Voyez à ce sujet le résumé de G. Lyon, La tuberculose intestinale, Gazelle des hôpitaux, 1891, n° 139.
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Guinard (de Dijon) lui ont reconnu des propriétés infectantes ; aussi l'on ne doit employer qu’avec réserve le sang frais pour clarifier le vin; et l’on doit proscrire l’usage du sang frais absorbé dans un but tbérapeutique.
Contamination par le lait. — La virulence du lait des vacbes tuberculeuses paraît plus fréquente que celle des muscles et du sang. On sait que les vaches laitières sont très souvent tuberculeuses; dans certaines étables, il y aurait jusqu’à 40 et 60 pour tOO de vaches tuberculeuses. Mais le lait de ces vaches est-il toujours virulent? Celte question, nettement posée depuis que Gerlach, en 1S78, a dénoncé le danger présenté par le lait des vaches pommelières, n’a pas encore reçu une réponse positive. Bollinger, qui adopta l’opinion de Gerlach, avança que le lait est virulent : L lorsque la tuberculose est généralisée; S» lorsque le pis des vaches malades est atteint de tuberculose. Ces assertions sont considérées comme exactes par la majorité des observateurs, malgré quelques dissidences de détail; ainsi Nocard croit que la tuberculose mammaire est très rare; Degive et 'Van Ilertsen, Bang, croient qu’elle est très fréquente.
Mais d’autres expérimentateurs vont plus loin : pour eux, le lait peut être virulent même lorsque la mamelle est saine, même lorsque la tuberculose n’est pas généralisée. Bang a trouvé des bacilles dans du lait provenant de vaches tuberculeuses à pis indemne, et Csokor a vu des bacilles dans le lait chez des vaches atteintes de tuberculose localisée des poumons. Sur 114 échantillons de lait provenant de oG vaches tuberculeuses, sans lésions du pis, Ernst a trouvé 17 échantillons bacillifères, provenant de 10 vaches diil'érentes. Koubassof a injecté quelques gouttes de pus tuberculeux à une cobaye, aussitôt après l’accouchement; ensuite il a examiné son lait })lusieurs fois par jour; pendant la première semaine, il n’a pas trouvé de bacilles; mais ceux-ci apparurent dans le cours de la deuxième semaine. Ilirscbberger a produit la tuberculose chez le cobaye, dans TiTi pour 100 des cas, par l’inoculation du lait provenant de vaches chez lesquelles les lésions tuberculeuses étaient localisées au poumon. Ernst a obtenu des chitïres comparables (ô7,5 pour 100).
Bien que la lumière ne soit pas encore faite complètement sur ce sujet, une conclusion peut être déduite des travaux que nous venons de citer: le lait d’une vacbe tuberculeuse est souvent virulent. 11 faut donc se prémunir contre cette cause de contamination, surtout dans les grandes villes, où la source du lait est le plus souvent ignorée; rappelons qu’IIippolyte Martin a rendu tuberculeux nombre de lapins et de cobayes, en leur inoculant du lait acheté au hasard à des laitiers de Paris.
Le lait d’une femme tuberculeuse peut-il être virulent? L’absence de documents sérieux nous empêche de nous prononcer sur ce point; disons cependant que, d’après Bang, on doit répondre par la négative.
La virulence du lait est conservée dans ses différents produits : la crème, le beurre. Le beurre, rendu tuberculeux par l’addition de matière tuberculeuse, peut encore donner la tuberculose au bout de 100 à PiO jours (Gasperini).
La clini<pie humaine confirme-t-elle les résultats fournis par l’expérimentation et la ])athologie vétérinaire? On conçoit ({u’il est fort difficile de faire des enquêtes fructueuses à ce sujet; aussi les faits probants ne sont pas encore bien nombreux : citons celui d’Ollivier et Boulet qui ont rapporté l’histoire
TnAITÉ DE MÉDECINE. — IV. 57
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d’un pensionnat où 6 cas de tuberculose se sont développés durant le séjour d’une vache laitière tuberculeuse dans l’étable de l’établissement.
D’ailleurs, n’existe-t-il pas certaines conditions organiques ou extrinsèques qui annihilent l’action nocive du lait tuberculeux? On s’est demandé si le si/c gastrique normal ne peut pas détruire le bacille. Les expériences de Wesener, de Miller, de Bollinger, d’Hirschberger, semblent confirmer cette hypothèse; toutefois, celles de Straus et Wurtz, de Falck, de Baumgarten, de Fischer, ont montré qu’il ne fallait guère compter sur l’action microbicide du suc gastrique, tout au moins en ce qui concerne le bacille de Koch. Quant au rôle semblable que pourraient jouer les fermentations intestinales, il est absolument conjectural; Koch pense que l’intestin est un milieu de culture l'elativement peu favorable au développement du bacille, qui exige un certain temps pour se développer; cependant, il faut songer que les spores, elles, ne sont pas détruites par le suc gastrique et que leur germination dans l’intestin, milieu alcalin, doit être facile.
Les conditions extrinsèques dépendent évidemment de la proportion des bacilles contenus dans le lait; plus celui-ci renfermera de bacilles, plus il est virulent (Baumgarten, Fischer); la dilution atténuerait, ou ferait même disparaître la virulence (Gebliart).
En somme, tout lait bacillifère n’est pas nécessairement infectant; Wurzburg a cité un certain nombre de cas d’enfants ayant pris pendant longtemps du lait de vaches ultérieurement reconnues tuberculeuses, sans avoir été contaminés.
Ce qui augmente encore la complexité du problème, c’est que l’absence de tubereulose intestinale ne prouve rien contre l’origine alimentaire; l’ingestion de lait virulent peut déterminer la tuberculose sans que l’intestin soit lésé; les leucocytes pourraient transporter les bacilles jusque dans les ganglions mésentériques où ils se multiplient et engendrent la dégénérescence caséeuse (Tchistowitch, Wesener, Orth). Orth, sur 9 cas de tuberculose alimentaire, provoquée expérimentalement chez les animaux, a trouvé 2 fois l’intestin indemne et dans les 7 autres cas des lésions intestinales pour ainsi dire négligeables, relativement à celles des autres organes; d’après Wesener, ce serait surtout sous forme de tuberculose mésentérique ou carreau qu’évoluerait la tuberculose secondaire à l’alimentation par le lait tuberculeux, notamment chez l’enfant.
Disons en terminant que Schoull a cherché à prouver la possibilité de la contagion intestinale par les aliments des phtisiques; il a nourri deux jeunes chats avec des restes d’aliments de tuberculeux. Les deux animaux sont morts, et, à l’autopsie, l’auteur a noté la présence de tubercules dans divers organes. Ces faits s'expliquent par la présence des bacilles dans la salive des tuberculeux. 11 est utile de faire connaître ce mode de contagion dont la réalisation est possible dans les familles pauvres.
Il importerait d’être fixé sur la fréquence de l’infection par ralimcntation. Mais, nous le répétons, les documents précis sur ce sujet font défaut. Bollinger, à l’encontre de la majorité des auteurs, croit que le lait et la viande d’animaux phtisiques doivent très souvent transmettre la tubereulose. Cadeac et Malet l’admettent aussi en se fondant sur l’expérience suivante : ils ont fait habiter
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dans la même caisse, mais séparés par un double treillage empêchant un contact direct, des animaux tuberculisés et des animaux sains, sans observer un seul cas de contagion; ayant enlevé le double treillage, de manière à laisser cohabiter les animaux infectés avec les témoins, ils ont vu deux sur trois des animaux sains contracter la tuberculose. Mais on peut répondre que la tuberculose de riiomme ne peut être, au point de vue qui nous occupe, comparée à celle des animaux; il est probable que ceux-ci ne sont presque jamais spontanément contaminés par inhalation. Tout semble prouver que c’est l'inverse qui se produit chez l’homme; si, chez les animaux, la tuberculose spontanée paraît être habituellement d’origine digestive, chez l’homme elle paraît être due le plus souvent à l’inhalation du virus tuberculeux.
III. Transmission par inoculation cutanée et sous-cutanée. — La peau est un terrain assez réfractaire à l'inoculation tuberculeuse. Le bacille ne peut la traverser ou s’y développer, si elle n’est pas déjà altérée par un traumatisme ou par une lésion d’un autre ordre.
L’anatomiste, qui se blesse en faisant une autopsie de phtisique, présente parfois une tuberculose très limitée de la peau, qu’on désigne sous le nom de tubercule anatomique. Les anatomistes n’ont pas d’ailleurs le privilège de cette lésion : Verehère a cité un cas de tubercule anatomique produit par la morsure d’un sujet tuberculeux. Cette lésion guérit le plus souvent sans se généraliser; mois il n’en est pas toujours ainsi.
Tscherning a rapporté le cas d’une jeune femme qui se lit au doigt une plaie en cassant un crachoir plein de crachats de tuberculeux : un panaris et une synovite tuberculeuse se développent à la suite. Un étudiant observé par M. Verneuil, après avoir eu un tubercule anatomique, fut pris d’un mal de Pott. M. Merklen a rapporté l’observation suivante : une jeune femme, bien portante, nettoie les crachoirs de son mari phtisique; quelque temps après, elle présente sur un doigt un véritable tubercule anatomique ; une lymphangite tuberculeuse du membre supérieur se développe et donne naissance à des abcès où l'on retrouve le bacille. Raymond et Lefèvre (‘) ont rapporté des cas semblables.
Kœnig a vu uu cas de tuberculose de la paroi abdominale se développer à la suite de piqûres faites avec une seringue de Pravaz ayant servi à un phtisique. Czerny rapporte un cas de tuberculose consécutive à l’application sur nue brûlure de greffes provenant d’un membre amputé pour une tumeur blanche. Wahl voit dans le lavage d’un eczéma avec du lait cru de vache tuberculeuse la cause possible d’un cas de tumeur blanche du genou. Beaucoup d’auteurs pensent que si les écrouelles sont si communes chez les enfants lymphatiques, c’est que, chez ceux-ci, il existe souvent de l’eczéma ou de l'impétigo de la face qui permettent la })énélration du bacille.
Il n’y a pas, à l’heure actuelle, une observation probante de tuberculose transmise par la vaccination (Lothar-Meyer, Chauveau, Straus). Cependant l’existence de cette transmission est admise par Butel.
En général, le résultat de l’inoculation cutanée chez un sujet provoque soit le tubercule anatomique, soit le lupus. Mais un sujet déjà phtisique qui (*)
(*) Sur la Lubcrculoso. par inoculation cutanée chez fhomine. Thèse de Paris, 1888.
PHTISIE PULMONAIRE
subit une auto-inoculation cutanée par les crachats, présente une tuberculose ulcéreuse grave de la peau, bien diflerente des premières lésions.
L’inoculation sous-cutanée donne naissance à un abcès froid.
La tuberculose inoculée par la peau à un sujet sain est en général assez bénigne. La manifestation initiale peut rester localisée très longtemps au point d’inoculation sans se généraliser, et guérir complètement sur place. Mais l’envahissement par les voies lymphatiques ou par continuité est possible, et finalement la tuberculose pulmonaire peut évoluer chez les sujets atteints.
IV. Transmission par les relations sexuelles. — Soupçonnée par Cohnheim, affirmée par Verneuil et Fernet, la transmission par les relations sexuelles paraît aujourd’hui démontrée par les faits de Richard, de Rouis (de Montauban) et de Derville. L’observation de Rouis est démonstrative : un peintre, âgé de 52 ans, cohabitait avec une femme phtisique atteinte de leucorrhée persistante et d’une pelvi-péritonite tuberculeuse; or, à un moment donné, se développa chez cet homme un écoulement uréthral chronique d’emblée; puis survint un gonflement tuberculeux des deux épididymes, des vésicules séminales; puis un mal de Pott, puis enfin une tuberculose pulmonaire. Le cas de Derville montre la contagion de l’homme à la femme : un homme atteint de tuberculose génitale cohabite avec une femme saine; au bout de quelque temps celle-ci présente à son tour une tuberculose uniquement localisée aux organes génitaux. Des faits de ce genre ont été observés par d’autres auteurs et n’ont rien qui doive nous étonner; chez l’homme tuberculeux, la prostate, les vésicules séminales, le cordon, l’épididyme, le testicule, peuvent renfermer de la matière tuberculeuse; chez la femme, elle peut se développer dans l’utérus et les annexes. M. Rabes a démontré que les liquides provenant des glandes génitales malades renferment le bacille de la tuberculose. Tout récemment, Foa a fait l’autopsie d'un phtisique qui avait de la tuberculose prostatique; les vésicules séminales étaient pleines de sperme, ce sperme était rempli de bacilles.
Mais est-il nécessaire que les organes génitaux de l’homme soient tuberculeux pour que le sperme soit bacillifère? Cela n’est pas certain. En l’absence de lésions tuberculeuses de ces organes, Landouzy et H. Martin, Sirena et Pernice, Solles ont trouvé au sperme des propriétés virulentes, et Bozzolo, Niepee, Weigert, Cari Jany, y ont rencontré des bacilles. Dans les mêmes conditions, Haarstich a vu un taureau franchement tuberculeux contaminer (>Ü vaches jusque-là parfaitement saines, et cet exemple ne serait pas unique.
Bruchon, Guéneau de Mussy, Gubler, pensent qu’un fœtus engendré par un père tuberculeux peut infecter sa mère. Il y aurait là quelque chose d’analogue à la syphilis par conception. Ce mode de contagion, cette sorte d’hérédité rétrograde, selon l’expression de Bouchard, expliquerait pourquoi la transmissibilité est plus souvent observée du mari à la femme que de la femme au mari (Hérard et Cornil, Guéneau de Mussy, Guibout, Bruchon, etc.).
Cornil et Dobroklonsky, expérimentant avec le bacille aviaire, ont vu que l’infection pouvait se faire par la muqueuse utérine sans altération préalable de l’épithélium ; ils ont vu aussi que l’infection de l’utérus pouvait succéder à l’inoculation vaginale.
HÉRÉDITÉ DE LA PHTISIE
Récemment Schuchardt a publié des faits curieux qui tendent à prouver aussi que la tidjerculose peut se transmettre par les rapports sexuels. Il a observé trois cas d'infection mixte, c’est-à-dire de tuberculose développée à la suite d’un chancre ou d’une blennorrhagie. Chez un homme, à la suite d’un chanci'e du gland, il a vu se développer dans l'aine des ganglions tuberculeux qui durent Cdre extirpés. Il a observé un cas d'épididymite tuberculeuse double à marche rapide survenue chez un homme de 21 ans à la suite d'une blennorrhagie. Il a trouvé des bacilles de la tuberculose dans un cas d’abcès blennorrhagique de la prostate suivi de guérison. Dans 0 cas de blennorrhagie, il a examiné la sécrétion de l’iirèthre et il a rencontré 2 fois le bacille de la tuberculose. Enfin, chez une femme dont le mari était phtisique, une ulcération du vagin fut le point de départ d’une adénite tuberculeuse du bassin (’).
Ainsi, il est prouvé que la contagion peut s’effectuer par les quatre surfaces que nous venons d’indiquer : les voies respiratoires, le tube digestif, la peau et la muqueuse génitale. Mais il est difficile, à l’heure actuelle, de fixer le degré de fréquence de chacun de ces modes de transmission.