‹ Traité de médecine (volume 4)Chapitre 8 sur 168 · HYPERHÉMIE · texte numérisé non relu

HYPERHÉMIE

Les hyperhémies du larynx sont fréquentes et surviennent sous l’influence de causes extrêmement nomI)reuses. Elles sont actives ou passives.

Les congestions actives peuvent tenir à des causes purement locales, ou survenir sous l’influence de poussées vaso-motrices directes, ou réflexes, et à points de départ éloignés. Parmi les premières, nous citerons les traumatismes locaux, la pénétration des vapeurs, poussières, fumées âcres ou autres, l’action locale des liquides ou des aliments (l)oissons alcooliques, épices irritantes), et celle de l’élimination, au niveau de la muqueuse de l’arrière-gorge, de quelques substances médicamenteuses (iodures alcalins, eaux sulfureuses, etc.). Les fatigues locales résultant d’efforts vocaux répétés (cris, toux quinteuse, etc.), ou d’usage trop prolongé de la voix parlée ou chantée.

MALADIES DU LARYNX

amènent aisément de la congestion du larynx. Elle survient souvent chez les orateurs, et chez les chanteurs de profession qui abusent de leur larynx; surtout, d’après i\I. ÎMoure, « chez les personnes qui chantent dans le registre grave, sur des notes qui ne sont pas dans leur voix ». Parmi les hyperhémies laryngées de causes locales, il faut aussi ranger celles (jui surviennent à l’occasion de la mue de la voix, résultant du développement rapide (jue présente le larynx à l’époque de la puberté. Ce sont les plus persistantes.

Les poussées hyperhémiques de causes générales ou de causes éloignées sont presque aussi fré(|uentes. ün observe les unes dans certaines maladies infectieuses (fièvre typhoïde, etc.), où elles semblent résulter de l’action des poisons microbiens sur les centres vaso-moteurs; et dans certaines fièvres éruptives, oiï elles marquent le plus souvent le début d’une localisation inllammatoire catarrhale. Les autres se voient fré(}uemment chez certaines femmes à l’approche ou pendant la durée des j)ériodes menstruelles. Elles peuvent encore résulter d’excès vénériens. Leur cause de beaucoup la plus fré(|uente est le refroidissement, soit généralisé, soit plutôt limité aux extrémités inférieures. La respiration d’un air froid et humide peut la provoquer sans (juc le malade se refroidisse; et le séjour dans une atmosphère surchauffée et trop sèche i)eut amener le môme résultat. Ce sont surtout les arthriti([ues (Joal), les lymphatiques, les dyspepli({ues et les constipés ([ui souffrent de ces hyperhémies laryngées déterminées par les changements de tem{)érature ; il s’agit, le plus souvent, d’individus sujets à des poussées suhaiguës de catarrhe [nasal et pharyngé, et chez eux l’hyj)erhémie n’atteint le larynx (jue consécutivement aux régions sus-jacentes. Plusieurs de ces causes divcr.ses sont souvent associées.

Les congestions passives s’observent chez des cardiaques présentant des lésions valvulaires mal com[)ensées, les enq)hysémateux et les In'onchitiipies avec dilatation du cœur droit, les gens atteints de ciri’hoses du foie, aussi bien (|ue chez les sujets présentant des tumeurs voisines du larynx et en comprimant les veines émergentes. La bronchite capillaire aiguë s’accompagne aussi de congestion passive de la muqueuse du larynx. Les efforts prolongés, la toux et les efforts de vomissement (co(pieluche) peuvent avoir le môme effet. Les hyperhémies survenant rapidement sous l’influence d’un examen laryngoscopi(pie prolongé (Mandl, Schrôtfer), me pai'aissent devoir être considérées aussi comme des congestions passives dues aux efforts persistants que le malade fait inconsciemment.

Les résultats de rexamen laryngoscopicpie diffèrent un peu suivant que la congestion est active ou passive. Dans ce dernier cas (sauf s’il s’agit d’une compression limitée), le larynx est atteint d’une rougeur livide diffuse, surtout maixjuée au niveau du vestibule; et lorsque la congestion est déjà ancienne, on trouve souvent l’épiglotte et la base de la langue sillonnées de varicosités bleu-noiràtrcs. En cas de forte hyperhémie active, la rougeur est très vive. Elle est surtout marquée au niveau du vestibule : bandes ventriculaires, région aryténoïdienne, replis ary-épiglottiques, et souvent aussi au niveau de l’épiglotte. Mais les cordes vocales sont rarement de couleur rouge vif. Elles sont seulement rosées, au lieu d’ôtre blanches et nacrées comme à l’état normal. Lorsque la congestion est moins vive, la rougeur est également

TROUBLES CIRCULATOIRES

moindre, les cordes vocales peuvent avoir conservé leur blancheur en partie, et présenter seulement un liséré rouge sur leur bord libre. Lorsque la congestion est consécutive à des quintes de toux répétées, ce liséré occupe surtout la région interaryténoïdienne et ne dépasse guère les apophyses vocales; il peut au contraire s'étendre plus en avant et être moins marqué en arrière, s’il résulte de fatigues de la voix.

Dans les cas légers, les symptômes sont à peu près nuis. Si l'hyperhémie, plus vive, est limitée à la région aryténoïdienne, il n’y a qu’une légère sensation de chaleur et de sécheresse, et un chatouillement qui porte le malade à « hemmer », ou à toussotter;si les cordes vocales sont touchées, la voix s’altère dans sa tonalité et dans son timbre, la première s’abaisse et le second devient cuivré et dur. Il peut y avoir de renrouement marqué si l’hyperhémie s’accompagne de parésies musculaires, ce que fait reconnaître l’examen laryngoscopique. La voix parlée peut être à peine altérée, et la voix chantée compromise. Les artistes lyriques (voix de soprano et de ténor surtout) deviennent incapables de chanter sans effort, et se plaignent que leur voix est surtout altérée dans le médium (Moure). Au contraire, il n’est pas rare de voir des barytons et des basses présenter de rhyq)erhémie marquée des cordes vocales, parfois même persistante, sans présenter d’altérations sen.sibles de leur voix (Semon).

On comprend que la marche, la durée, les terminaisons et le pronostic des hyperhémies passives varient avec leurs causes. Les poussées de congestion active, le plus souvent, sont de courte durée, ou meme tout à fait passagères, lorsqu’elles ne constituent pasje début d'une laryngite catarrhale. Elles iic deviennent sérieuses que lorsqu’elles sc répètent frérpiemment, en augmcntavit de durée; et surtout lors(ju’elles atteignent des personnes obligées par leur profession à ménager leur voix (professeurs, avocats, orateurs ou prédicateurs, chanteurs, etc.); car elles al)outissent facilement au catarrhe subaigu répété d’abord, et chroni(jue ensuite. En pareil cas, une fois le diagnostic établi avec le laryngoscope, on devra rechercher avec soin les causes et s’appliquer à les faire disparaître ou à les éviter.

Le traitement est nul dans la majorité des cas. Le repos toujours, le silence surtout, quelquefois un léger purgatif, un bain de pic(ls très chaud, pourront être conseillés avec avantage. Les applications locales sont pres(]ue toujours plus nuisibles qu’utiles. L’aconit à l’intérieur (teinture ou alcoolature) jouit, auprès des chanteurs surtout, d’une vogue (pi’il ne mérite certainement pas ; d’ailleurs la dose parfois utile varie suivant les cas et les individus, et de plus le médicament ne peut sans danger être laissé à la libre disposition des malades.

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