‹ Traité de médecine (volume 4)Chapitre 84 sur 168 · TROUBLES DES ORGANES DES SENS · texte numérisé non relu

TROUBLES DES ORGANES DES SENS

bien étudiées par Klippel. Ces amyotrophies sont quelquefois précoces; mais, en général, elles se développent avec les progrès de la consomption et ajoutent leurs elTels à ceux de l’amaigrissement général; et même on peut se demander si l'émaciation musculaire habituelle des phtisi({ues n’est pas toujours due à l'amyotrophie décrite par Klippel. Celle-ci offre parfois une marche aiguë; habituellement, elle est chronique avec des poussées suljaiguës; elle se manifeste par l’atrophie du système musculaire tout entier; mais elle est surtout marquée aux membres inférieurs, où la peau se colle sur les os, et où il peut se produire des déformations par rétraction. L’amyotrophie des plitisiijnes se traduit aussi par une parésie plus ou moins marquée, accompagnée de tremblement, et enfin par l’hyperexcitabilité musculaire (contraction idio-musculaire ou myoœdème) ('). Le myoœdème des phtisiques avait été signalé par les auteurs anglais, au niveau des muscles thoraciques; Lawson Tait a montré qu’il est généralisé, qu’on le provoque presque partout avec la plus grande facilité. Klippel a établi (ju’il s’accompagne de la diminution des réactions électriques, et souvent d’une légère exagération des réllexes; et il désigne l’ensemble de ces phénomènes (myoœdème, diminution des réactions électriques, et exagération des réllexes) sous le nom de réacAion de débilité ou de cachexie des muscles. L’anatomie pathologi([ue montre que les muscles atrophiés qui présentent cette réaction offrent des lésions variables : tantôt on trouve de l’atrophie simple de la fibre musculaire, avec sclérose du tissu conjonctif interstitiel ; tantôt on trouve de la dégénérescence de la substance striée avec prolifération secondaire des noyaux. Klippel ne rattache pas ces altérations aux névrites des j)htisiques ; il pense que les myopathies de la tuberculose dépendent des toxines microbiennes, agissant à la fois sur les extrémités nerveuses et sur la sul»stance musculaire striée. 11 rapproche de ces myopathies l’amyotrophie cardia(|ue avec tachycardie, et l’atrophie des muscles du larynx produisant l’aphonie sans lésions de la muqueuse, états mf)rbides qui s’oljservent quelquefois chez les phtisiques.

Os et articulations. — Les lésions tuberculeuses des os, des articulations, des synoviales, si fréquentes comme tuberculoses locales et primitives, sont relativement rares chez les phtisiques avérés.

iMais il se produit souvent des troubles île nutrition du tissu osseux qui donnent lieu à la déformation des doigts en baguette de tambour (doiiits hippocratiques). \dosléo-arthropalhie hypertrophiante pneirmiijue de Marie, (pi’on rencontre, comme les doigts hippocratiijues, dans la phtisie et la plupart des maladies chroni(pies de l’aiipareil respiratoire, paraît n'étre que l’expression la plus élevée de ces troubles de nutrition. La fragilité du tissu osseux pourrait aussi être une conséquence de la tuberculose, et l’on pourrait observer chez les phtisi<jues des fractures spontanées (Klippel). Lharrin et (luignard ont noté chez les phtisiques des douleurs dans la continuité des os longs, et les ont expli([uées par l’intensité de la désassimilation phosphaticjue.

Organes des sens. — Appareil de la vision. — La tuberculose de l'ccil (*)

(*) Ou donne le. nom de tnyoœdème à une conlracl.ion limilée d’une jiarlic d’un muscle, SC traduisant |)ar un bonnement nodulaire, et se jiroduisant sous l’inlluence d’une c.xcitation, telle que le pincement, la p('rcussion In-usque. Lawson Tait considérait ce iihénomène cornme un signe |>récurscur de la jililisic; cette opinion est erronée.

PHTISIE PULMONAIRE

est une complication rare de la phtisie; l’infection bacillaire peut atteindre toutes les parties du globe de l’œil, sauf le cristallin et la sclérotique; en cas de tuberculose des méninges, il existe très souvent des tubercules sur la choroïde. La tuberculose oculaire est toujours d’un fâcheux pronostic.

Appareil de rouie. — La suppuration de l’oreille est fréquente chez les phtisiques; elle est ordinairement la conséijucnce d’une tuberculose de la caisse du tympan et du rocher; elle doit être traitée avec soin, car elle peut se compliquer de méningite, d’abcès du cerveau et du cervelet, d’ulcération des vaisseaux et de phlébite des sinus.

Nez. — La tuberculose du nez peut se présenter sous la forme de lupus, et sous la forme de tuberculose proprement dite. Cette dernière, très rare, ne s’observe (jue chez des phtisiques avancés ; elle est ulcéreuse ou végétante, et dans ce dernier cas elle se manifeste par les signes d’une tumeur intra-nasale (Cartaz, Plicque).

Peau. — Chez les phtisiques, on peut observer la tuberculose cutanée, sous ses diverses formes (lupus, tuberculose ulcéreuse ou verruqueuse), et les gommes tuberculeuses sous-cutanées-, ces lésions ont été décrites dans une autre partie de ce Traité.

La peau des phtisiques offre assez souvent des troubles de la pigmentation; sur le front et les joues, on peut constater du chloasma, c’est-à-dire des macules d’un jaune clair, luisantes, non squameuses; on attribue ces troubles pigmentaires à une altération de la rate ou des ganglions lymphatiques, ou de l’intestin (N. Guéneau de Mussy). Dans les cas où la phtisie s’accompagne de lésions des capsules surrénales, on peut observer la teinte bronzée addisonienne. Le pityriasis versicolor est fréquent chez les phtisiques; les taches brunes, couleur « café au lait », qu’il produit sur la poitrine, doivent être distinguées d\\ pityriasis tabescentium, c’est-à-dire delà desquamation cachectique à fines écailles qui est due à un trouble des sécrétions sudorale et sébacée accompagnant la fonte du tissu adipeux.

Les éruptions sudorales (sudamina et miliaires) s’observent surtout dans la phtisie aiguë. Le purpura est plus fréquent aussi dans la granulie que dans la forme chroni(jne; dans celle-ci, il s’observe (juelquefois à la période terminale.

Sang. — C’est seulement dans le cours de la tuberculose granulique aiguë qu’on a constaté la présence des bacilles de Koch dans le sang. Dans la phtisie chronique, le bacille de la tuberculose n’a pas été constaté dans cette humeur.

On y a trouvé, par contre, certains microbes d’infections secondaires, tels que le streptocoque et le pneumocoque.

Au point de vue de sa constitution anatomique et de sa composition chimique, le sang des phtisiques peut présenter, d’après Hayem, deux ordres de modifications : celles qui sont liées à Y anémie symptomatique et celles qui sont dues à une chloro-anémie semblable, au point de vue bématologique, à la chlorose vraie et s’observant souvent chez les jeunes femmes au début de la phtisie.

Anémie symptomatkpie. — Les modifications du sang qui résultent de l'empoisonnement tuberculeux sont d'autant plus accusées que la consomption

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