‹ Traité de médecine (volume 4)Chapitre 85 sur 168 · ÉTAT DU SANG · texte numérisé non relu

ÉTAT DU SANG

est plus avancée; elles sont soumises à de nombreuses variations par suite d’une foule de contingences (troubles digestifs, diarrhée, sueurs, etc.).

D'une manière générale, tous les observateurs ont vérifié cette assertion de Portai que dans la phtisie chronique, la masse du sang est notablement réduite.

Le nombre des hématies est toujours diminué (Malassez). De 5000000, chiffre normal, ce nombre tombe à 4000 000, 5 000000, 2 500 000. Les dimensions des hématies sont très variables; on est frappé par le nombre de ces éléments très petits ou très grands, c’est-à-dire présentant les dimensions normales extrêmes; on constate en outre des globules nains dérivant des hématoblastes, dont le nombre est toujours augmenté; on ne voit de globules géants que dans les cas où l’anémie symptomatique est poussée à un très haut degré. La teneur du sang en hémoglobine est amoindrie, ce qui tient d’abord à la diminution du nombre des hématies, et ensuite à l’abaissement de la valeur globulaire, c’est-à-dire de la quantité d’hémoglobine dans chaque globule rouge; le pouvoir d’absorption du sang pour l’oxygène est partant très diminué (Ouinquaud, Regnard); d’après Hénocque, l’activité de réduction de l'hémoglobine dans les tissus est aussi très amoindrie.

La leucocgtose ne s’observe, d’après Hayem, que lorsqu’il se produit une complication phlegmasique (pneumonie, méningite, etc.).

Les caractères chimiques du sang des phtisiques sont peu connus; ce sang serait à peine alcalin (de Renzi et Marotta), pauvre en matières grasses et en glycose (Chiais), en chlorure de sodium; d’une manière générale, il y aurait diminution de tous les principes solides, sauf du phosphate de chaux, dont la proportion est augmentée jusqu’à 49 pour 1000 (Becquerel et Rodier). Freund a montré qu’il existe de notables proportions de cellulose dans le poumon et le sang des tuberculeux.

Aces altérations consomptives du sang, dues sans doute à l’empoisonnement tuberculeux, correspond le teint pâle et terreux des phtisiques; mais l’anémie symptomatique ne se traduit presque jamais par des souflles cardiovasculaires.

On a coutume de rapporter aux altérations du sangla disposition hémorrhagique qui s’observe parfois dans la tuberculose; Forget, Leudet, Charcot, ont décrit un jnirpura, avec hémorrhagies multiples, mortelles, pouvant s’observer dans la phtisie chronique, plus rarement, il est vrai, que dans la phtisie aiguë.

2" Chloro-anémie du début de la tuberculose. — Il est fréquent, surtout chez les jeunes femmes, d’observer, au début de la tuberculose pulmonaire, les signes d’une chloro-anémie semblable, au point de vue hématologique, à la chlorose vraie. C’est ce que Hayem désigne sous le nom de chloro-anémie tuberculeuse.

La coexistence de la chloro-anémie et de la tuberculose engendre un type clinicjue important à connaître. Alors que souvent la lésion pulmonaire est à son défait et parfois échappe à l’examen, la peau devient d’une pâleur terne et jaunâtre, et les muqueuses se décolorent; il y a une diminution rapide des forces, de la fatigue au moindre effort. A l’essoufflement s’ajoutent des palpi-

PHTISIE PULMONAIRE

talions, survenant parfois sans causes, la nuit surtout, et une tachycardie légère et permanente; ces symptômes fonL parfois penser à une cardiopathie; l’erreur est d’autant plus facile à commettre, que l’augmentation de l'impulsion de la pointe et la transmission des bruits du cœur par le poumon induré peuvent faire croire à une hypertrophie cardiaque. Mais le plus souvent l’ensemble symptomatique simule la chlorose vraie; l’aménorrhée ou la dysménorrhée, les troubles dyspeptiques, se joignent presque constamment à la chloro-anémie, et l’on conçoit combien il peut être difficile, en l’absence de lésions pulmonaires nettes, de ne pas affirmer qu'il s’agit d’une chlorose simple. Cependant, la fièvre, ramaigrissement, les sueurs, qui sont rares dans la chlorose pure, attirent souvent rattention. D’après Trousseau, un signe d’une haute signification serait l’absence presque constante des souflles cardiaques et vasculaires, (jui permettrait de distinguer la chlorose tuberculeuse de la chlorose vraie.

Cœur. — Endocarde. — Id endocardite bacillaire ne s’observe que dans la tuberculose miliaire aiguë. Girode et Lion ont rencontré, dans la phtisie chronique, une endocardite de nature indéterminée, dans laquelle l’examen et les cultures n’ont permis de découvrir aucun micro-organisme. Si la plupart des auteurs s’accordent pour admettre un réel antagonisme entre les lésions mitrales et le développement de la tuberculose pulmonaire (Pidoux, Peter), il faut par contre citer l’opinion de Teissier attribuant une origine tuberculeuse au rétrécissement mitral pur des jeunes filles.

Péricarde. — La péricardite, observée par Agricola, Sénac, Corvisart, Laënnec, est fréquente dans la phtisie (Bamberger, Gunshurg, Jaccoud); on l’observe une fois sur trente-cinq (Rilliet et Barthez, Leudet); elle peut produire un épanchement peu abondant, de nature séreuse et contenant quelquefois du pus et du sang; mais elle est le plus souvent sèche (Rousseau) et se termine alors par symphyse ; quelquefois on observe une pachypéricardite avec nombreuses granulations dans l’épaisseur de la fausse membrane. Pins fréquente dans la forme aiguë, mais encore assez commune dans la tuberculose chronique, la péricardite est le plus ordinairement de nature bacillaire (Cornil) ; elle peut résulter de l’infection générale ou de la propagation d’une tuberculose de voisinage, plus rarement de l’ouverture d’un foyer tuberculeux dans le péricarde (Zenker). La péricardite peut être causée aussi par une infection secondaire pure ou associée à la tuberculose.

La péricardite des phtisiques est le plus souvent latente; elle ne se révèle même pas toujours par l’auscultation. Mais elle peut devenir la cause de troubles circulatoires graves, soit par l'abondance de l’épanchement, ce qui est rare, soit plutôt par la symphyse du cœur, dont la tuberculose est la cause la plus fréquente après le traumatisme (Bamberger); alors la cachexie cardiaque s’ajoute à la cachexie tuberculeuse (Jaccoud), et la mort peut survenir par asystolie, par syncope ou par un autre accident, tel qu’une thrombose de l’artère pulmonaire ou une hémorrhagie intra-péricardique.

Myocarde. ■ — La tuberculose du myocarde, en dehors des granulations miliaires constatées dans la phtisie aiguë dans les parois on sur les valvules, est extrêmement rare.

Mais on trouve fréquemment, chez les phtisiques, des altérations non spécijiques du muscle cardiaque.

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