MARCHE, DURÉE, TERMINAISON
Rappelons seulement que le phtisique peut mourir subitement, et que la mort subite peut être due : R à la rupture d’un anévrysme de Rasmusseu suivie d’une hémoptysie foudroyante; 2“ à une embolie pulmonaire consécutive à une phlébite; 0“ à une thrombose de Tarière pulmonaire qui a les mêmes eflets que l'embolie, ou à une thrombose des veines pulmonaires (jui peut donner naissance à une embolie cérébrale; ¥ à une vomique qui éloutïe le malade; 5” à une syncope dont la cause est mal connue et qui a été attribuée : (rt) à une action réflexe (Perroud); {b) à Tanémie bulbaire; (c) à la dégénérescence graisseuse du myocarde (Vinay) ; (rf) à ces deux dernières causes combinées (Tluchard) ; [e] à Texquise sensibilité du nerf laryngé supérieur en cas de phtisie du larynx; ce nerf hyperexcitable peut devenir le poin! de départ d’une action réllcxe cardia({ue qui aboutit à la syncope mortelle (Ramey) (‘)-
Les trêves de la phtisie. — Le pronostic de la phtisie est d’une exceptionnelle gravité. Mais il n’est pas absolument inexorable. D’abord la maladie peut subir des temjts d’arrêt. Il n’est pas de médecin qui n’ait observé ces trêves de la tuberculose.
La tuberculose peut s’arrêter à toutes ses périodes; les trêves sont plus fréquentes et plus longues dans les premières; mais elles peuvent se produire même chez un phtisique à la phase caverneuse et consom[)tive. On peut voir s’améliorer, quelquefois même très rapidement, des phtisiques avérés, fébricitants, qui vomissent et présentent d’abondantes sueurs nocturnes, de la diarrhée, nn amaigrissement très prononcé ; la toux devient alors moins intense ; Texpectoration diminue; l’appétit renaît; les vomissements, les sueurs et la fièvre disparaissent; l’embonpoint revient, et le malade peut, dans une certaine mesure, reprendre ses occupations. Certes, il n’est pas guéri; car si on Tausculte, on perçoit nettement les signes de la tuberculose, peut-être avec un peu moins d’humidité des bruits adventices ; et si Ton examine les crachats, on y constate des bacilles en plus ou moins grand nombre. Mais la trêve peut durer longtemps; parfois elle dure des années.
Ces temps d’arrêt peuvent être obtenus par la thérapeutique; ils sont le plus souvent l’œuvre de la nature; et nous connaissons fort mal encore les causes qui les font naître et les moyens de prévoir leur durée et leur cessation. Cependant les causes prédisposantes qui favorisent une première infection semblent avoir aussi une action puissante sur la rechute ; une phtisie au repos se réveille sous TinfUience du surmenage, de la vie dans un air confiné, de l’alcoolisme, de l’accouchement, etc.
Degré de curabilité de la phtisie. — Enfin, et c’est là un point qu’il importe de mettre en lumière, la phtisie est curable.
Le mécanisme de la guérison a été bien indiqué par Cruveilhier, Grancher et Charcot. Si, dans le foyer tuberculeux, le travail de sclérose périphérique l’emporte sur celui de la caséification centrale, la tuberculose reste locale et peut être arretée définitivement dans sa marche.
Cela arrive très souvent au début de la maladie, à cette phase où elle parait encore impossible à diagnostiquer. Nous avons dit avec quelle fréquence on trouvait dans les sommets du poumon des tubercules guéris, fibreux ou créta-
(') A. Moiissous, De la iiiort chez les phtisiques; Thèse d'agrégation, Paris, 1886.
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PHTISIE PULMONAIRE
cés, chez des sujets morts d’affections étrangères à la phtisie pulmonaire. Mais il importe de noter ici que ces tuberculoses latentes ne constituent pas la phtisie. Des que la bacillose devient appréciable au diagnostic, elle s’accompagne, en général, à un degré pins ou moins élevé, de cette septicémie consomptive si caractéristique, elle s’accompagne de consomption, de phtisie. Or, si la tuberculose est curable, la phtisie l’est-elle aussi ?
A cette question, un assez grand nombre d’auteurs répondent alTirmativement : môme à la période des cavernes (Laënnec, C-harcot), la phtisie serait susceptible de guérir complètement et définitivement.
Mais on doit se demander si cette affirmation n'est pas trop absolue, et si l’on n’a pas souvent confondu la guérison parfaite avec le simple repos du processus bacillaire? Le critérium de la guérison complète ne peut être fourni par la clinique. Lorsque N. Guéneau de Mussy nous dit ; « Je connais des malades chez lesquels des cavernes ont été constatées par moi et par des observateurs d’une autorité bien supérieure à la mienne, il y a 10, 15, 20 ans, et qui jouissent d’une bonne santé », nous le croyons sans peine, ayant observé des faits du même ordre; mais ne s’agit-il pas là d’une trêve de la phtisie qui pourra être interrompue bientôt? Au point de vue anatomique, Ziemssen prétend qu’à l’autopsie de tuberculeux guéris depuis 20 ans, on trouve dans les lésions cicatrisées des bacilles encore virulents, et que par conséquent jamais la guérison de la tuberculose n’est absolue. A. Ollivier et Loomis ont tout récemment signalé des faits analogues. Il est vrai que Kurlow affirme que les tubercules dont la transformation fibro-calcaire est complète ne sont pas virulents.
Si nous insistons ici sur le sens opi’on doit donner à l’expression : guérison de la phtisie, ce n’est pas pour aboutir à une conclusion pessimiste, mais pour fixer un point qui a une grande importance, à savoir que lorsqu’un sujet a été atteint d'une lésion tuberculeuse du poumon et que cette lésion a paru guérir, très souvent ce sujet n’en porte pas moins en lui les germes d’une réinocnlation possible, dont la réalisation pourra être provoquée par toutes les «anses qui ont favorisé la première infection.
Cette réserve faite, nous acceptons pleinement les conclusions de G. Daremberg ; « On peut déclarer guéri un ancien tubercnleux qui, pendant 10 ans, a repris ses occupations sans avoir un crachement de sang, un accès de fièvre imputable à une poussée tuberculeuse, un ci’achat bacillaire. S’il a résisté pendant 10 ans à quelques bacilles perdus dans un coin de son poumon et probablement morts, car nous avons vu que les bacilles morts sont aussi infectieux, il n’y a aucune raison pour qu’il redevienne phtisique s’il ne se replace pas dans les conditions où il a subi sa première atteinte. Il ne faut pas oublier, en effet, que le bacille tuberculeux est incapable d’infecter tons les organismes humains; que l’homme est un être relativement réfractaire à l’infection tuberculeuse; qu’il importe de considérer la virulence comme l’expression des modalités diverses de la vie des microbes, sans cesse influencée par les qualités physico-chimiques essentiellement changeantes des milieux organiques. Le médecin sait que le bacille tuberculeux ne prospère que sur les terrains (pii lui sont favorables, qu’il ne suffit pas d’un microlie pour faire un tuberculeux, et qu’à côté des maladies il y a des malades qui moulent la matière morbide suivant leurs dispositions héréditaires ou acquises. »