URTICAIRE
Définition. — On décrit sous le nom d'urticaire une modification de la peau caractérisée par la production d'élevures (saillies ortiées, pomphi), de forme, d'étendue et de saillie variables, dont le centre blanc est bordé par une zone rouge ou rosée de largeur également variable ; ces élevures sont transitoires et s'accompagnent ordinairement d'un prurit assez intense.
L'urticaire n'est pas une maladie, mais bien une forme de lésions cutanées reconnaissant des causes variées ; dans certains cas cependant, elle constitue le symptôme le plus apparent d'un état pathologique d'origine toxique ou peut-être infectieuse auquel on a donné le nom de fièvre ortiée.
Description. -- Débutant brusquement ou tout au moins rapidement par une légère saillie rosée, les élevures urticariennes s'étendent avec une grande rapidité, en même temps qu'elles deviennent plus saillantes et que l'aspect de leur partie centrale se modifie : celle-ci devient d'un blanc plus ou moins brillant, son niveau se confond avec celui de la bordure périphérique restée
400 MALADIES CUTANEES.
rouge ou l>ien il s'alTaissc de façon à consliluer une légère dépression. Généralement arrondies, les plaques ortiées se conl'ondent souvent en se réunissant pour constituer des figures irrégulières ne répondant à aucune description et qui sont sujettes à des modifications rapides en raison du caractère éphémère de l'éruption ; d'autres fois, et surtout loisquolles sont produites par une pression extérieure, elles affectent une forme linéaire correspondant au trajet suivi par le corps qui les a déterminées. Leurs dimensions peuvent varier de celles d'une pièce de 50 centimes à celles d'une pièce de 5 francs et plus; il n'est pas rare d'en voir qui occupent tout un segment de membre.
Le prurit existe d'une façon constante sauf quand l'urticaire reconnaît pour cause une pression extérieure : quelquefois modéré, il est d'autres fois véritablement intolérable et c'est lui qui constitue pour ainsi dire le seul phénomène gênant de l'urticaire ; on peut même se demander si le prurit n'est pas parfois la cause déterminante des éruptions ortiées, témoin la facilité avec laquelle le grattage et le frottement déterminent le développement d'éléments orties chez les sujets en puissance d'urticaire, témoins aussi les résultats favorables obtenus par Jacquet au moyen de l'enveloppement ouaté.
Les saillies de l'urticaire disparaissent avec une grande rapidité; elles ne laissent ordinairement après elles aucune autre trace que les excoriations consécutives aux grattages provoqués par le prurit qui les accompagne.
Tels sont les caractères de l'urticaire dans les cas ordinaires; mais certains faits s'écartent de la description précédente.
Une des formes anomales les plus curieuses est celle qui a reçu le nom d'urticaire géante ou d'urticaire œdémateuse. Les éléments orties, assez larges, au lieu d'être légèrement saillants au-dessus des téguments sains, les dépassent d'une façon considérable, formant une sorte de bosse volumineuse, de coloration blanche, bordée par un mince liséré rosé; parfois l'aspect rappelle absolument celui de l'œdème cutané et les faits décrits sous les noms d'œdème circonscrit de la peau et de nodosités éphémères des arthritiques appartiennent certainement à l'urticaire, comme le prouvent la coexistence ou l'alternance avec des éruptions indiscutables d'urticaire. Dans les régions où la peau est mince et où le tissu cellulaire se laisse facilement infiltrer de sérosité, comme les paupières et le gland, l'œdème peut atteindre des proportions considérables.
Il faut également ranger dans le cadre de l'urticaire certaines éruptions d'apparence érythémateuse qui se rapprochent de l'érylhème polymorphe et qui se caractérisent par le développement, chez des sujets urticariens et sous l'influence des causes ordinaires de l'urticaire, d'une éruption érythémateuse avec éléments festonnés, légèrement surélevés et très prurigineux, ainsi que E. Besnier et Doyon en ont rapporté des exemples.
D'autres éléments dermatologiques peuvent s'ajouter à l'urticaire. Ainsi des vésicules et des phlyctènes peuvent se développer sur tout ou partie des saillies ortiées. J. Renaut (de Lyon) a attribué à l'intensité de l'anémie au centre des papules ortiées la production de petites plaques disséminées de gangrène dans certains cas mal déterminés avant ses recherches. Plus souvent la congestion périphérique peut être assez intense pour amener une extravasation sanguine (urticaire hémorrhagique).
L'urticaire, au lieu de la marche rapide et passagère qu'elle offre dans les cas
URTIC.AIRK. 401
ordinaires, peut avoir une longue durée; en réalité, elle nest chronique que par la répétition incessante pendant des mois et des années d'une série de poussées éruptives et non par la persistance de ses éléments en particulier.
On décrit sous le nom d'urticaire pigmentée une affection débutant généralement dans l'enfance, et donnant lieu pendant des années à des poussées successives d'érythème accompagné de soulèvements urticariens, dont les éléments persistent à l'inverse de ceux de l'urticaire véritable et laissent après eux une pig-mentation sous forme de taches brunâtres irrégulières ; les éruptions ont pour siège de prédilection le tronc et les membres. Cette affection, qui s'accompagne d'adénopathies multiples, rentre certainement dans le groupe des angionévroses, malgré la persistance des lésions au niveau desquelles on a constaté la présence de MaMzellen d'Ehrlich (Unna.P. Raymond); mais il n'est pas prouvé qu'elle doive être classée parmi les urticaires.
Urticaire interne. - Des phénomènes généraux graves peuvent accompagner certaines formes d'urticaire, celle qui succède à l'ingestion des moules par exemple ; parfois même la mort peut en être la conséquence. La plupart de ces phénomènes (douleurs gastralgiques, vomissements, diarrhée, hypothermie, état syncopal) relèvent de l'intoxication dont l'éruption orliée est la manifestation.
Mais, outre ces troubles d'ordre toxique concomitants à l'urticaire, on peut observer du côté des diverses muqueuses des manifestations fugaces, relevant de lésions analogues à celles qui ont pour siège la peau. La langue, la voûte et le voile du palais sont parfois le siège de ces manifestations qui peuvent s'accompagner de troubles plus ou moins marqués de la déglutition et de la respiration. L'urticaire de l'épiglotte et de la muqueuse laryngée i)eut produire l'œdème de la glotte. Guéneau de jNIussy a attribué à une urticaire des bronches certains accès d'asthme. Plus rarement des troubles œsophagiens ou gastro-intestinaux peuvent être rattachés à des lésions d'urlirairc interne, dont l'étude est loin d'être faite d'une manière définitive.
Anatomie et physiologie pathologiques. — Comme on pouvait le prévoir et comme l'ont montré les recherches de Vidal, Pick et Leloir, les saillies urticariennes sont constituées par une congestion vasculaire intense avec exsudation, dans les espaces intercellulaires du derme et dans les papilles, d'une grande quantité de sérosité et de quelques cellules lymphoïdes; en un mot, il s'agit d'une congestion avec œdème actif.
L'examen de la peau au moment où on y trace des lignes au moyen d'un corps mousse et où se produit la saillie d'urticaire factice — laquelle n'est que l'exagération des phénomènes qui constituent la raie vaso-motrice ou raie méningitique de Trousseau — permet de suivre le mode de production des saillies urticariennes : une première phase, qui manque dans l'urticaire spontanée, est le résultat de la constriction active des capillaires sous l'influence de l'excitation directe et est caractérisée par la production d'une raie blanche; il se forme ensuite une ligne rouge produite par la congestion due à la paralysie vaso-motrice, puis, apparaît à sa place une saillie qui blanchit bientôt et qui représente la papule ortiée, saillie produite par l'œdème que détermine l'exsudation de liquide hors des vaisseaux dilatés : la décoloration est le
402 MAr.ADIKS CUTAXKKS.
résultai de l'anémie produite parla compression qu'exerce sur les vaisseaux le liquide exsudé. On conçoit dès lors que cette anémie, résultat indirect de la cong-estion vasculaire, n'existe que dans les parties cenl raies de la saillie urticarienne et que la rougeur persiste à sa péiipluM-ic où la congesli(jn n'a pas encore abouti à l'exsudation.
Le mécanisme de la production des saillies orliées et leur existence éphémère ne sont pas compaliiiles avec une alttM-alion matérielle et permanente des tissus : il s'agit là de troubles vaso-moteurs sine materia, d'une angionévrose.
Étiologie. — Les causes de l'urticaire sont des plus variables. 11 est certain que tous les sujets ne sont i)as également prédisposés à cette dermatose, qu'elle atteint surtout les sujets à nutrition retardante qu'on classe dans la catégorie des artbritiipies nerveux, et que parmi eux il en est un certain nombre seulement clioz (pii des causes diverses et variables |)our chacun deux peuvent en provoquer l'apparition; mais, en outre, certaines causes externes i)euvent la d<Uerminer chez tous les sujels. (juel <pie soit leur état constitutionnel.
Les causes déterminantes de l'urticaire peu\ent donc être externes ou internes.
Parmi les causes externes, les unes sont banales, agissent })ar excitation mécanitjue directe des éléments périphériques du système vaso-moteur, ce sont les pressions accidentelles ou provoquées intentionnellement : celles-ci produisent des éléments orties (urticaire provoquée) chez les sujets en proie à une poussée d'urticaire; de plus, certains sujets qui nont pas spontanément d'urticaire présentent ce phénomène lorsqu'on irrite leur tégument par une pression forte ; c'est à des cas de ce genre qu'on a donné les dénominations d(';l'ectueuses d'autograj)hisme ou de dermographisme. (jui rappellent la facilité avec laquelle on voit se reproduire en relief les caractères tracés sur la peau du patient à l'aide d'un corps mousse, tel qu'un manche de porte-plume, ce phénomène s'observe presque exclusivement chez des sujets profondément névropathiques.
Des parasites divers, les i)Oux, les punaises, les puces, les chenilles, les cousins, en particulier, })euvent provoquer l'urticaire chez prescpie tous les sujels, plus facilement cependant chez ceux dont la peau est line et chez les enfants; leur mode d'action est complexe, elles résultent tout à la fois de l'excitation mécanique des éléments nerveux du derme par la piqûre du parasite et par le grattage qu'il provcx^ue et de l'introduction par ce pai'asite d'une substance qui irrite chimiquement les éléments vaso-moteurs. Ce dernier mécanisme intervient presque seul dans l'urticaire consécutive à la piqûre de l'ortie vulgaire {urtica dioïca).
Quant aux causes déterminantes internes de l'urticaire, ce sont surtout les ■hvjesta et parmi eux les mollusques, les crustacés, les poissons de mer, les fraises, les framboises, la glace, 1« viande de porc, le gibier ou plutôt c'est chez chaciuc sujet prédisposé à l'urticaire un ou plusieurs de ces aliments, toujours le même, qui intervient pour provoquer l'éruption. D'autres fois, c'est une substance médicamenteuse, et, en particulier, le sulfate de quinine, le copahu, la térélxMithiiie. cic.