HERPÈS
Définition. — Sous le nom d'herpès on comprend aujourd'hui des lésions cutanées à évolution aiguë ayant pour caractères communs la présence de vésicules, disposées en groupes sur une base érythémateuse.
11 n(^ s'agit pas là d'une maladie définie de la peau, mais d'un groupe de
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lésions à caractères objectifs communs, relevant de causes diverses et présentant une évolution variable.
Description générale. — Une plaque roug-e légèrement saillante, de dimensions variables, de forme arrondie ou allongée, à contours souvent mal limités, s'elTaçant par la pression, dont le développement est accompagné ou mieux précédé d'une sensation de tension, de brûlure ou de prurit constitue la lésion initiale de l'herpès; dans l'espace de quelques heures, apparaissent sur cette plaque rouge de petits soulèvements épidermiques arrondis, d'abord fermes et dont la coloration ne diffère pas de celle de la plaque érythémateuse, puis ces soulèvements deviennent plus nets, plus saillants et en même temps prennent une teinte blanchâtre ou grisâtre ; ils acquièrent la dimension moyenne d'un grain de millet et se réunissent souvent les uns aux autres de façon à former une saillie à contours irréguliers au voisinage de laquelle quelques vésicules restent isolées. Les vésicules demeurent à cet état pendant deux ou trois jours, puis se rompent, l'épiderme qui les recouvrait se plisse et se dessèche, le liquide qu'elles renfermaient se concrète en croûtes jaunâtres ou brunâtres par suite de son mélange avec du sang; l'enlèvement de ces croûtes laisse voir une exulcération qui reproduit la forme et la disposition irrégulière, polycyclique, avec petits îlots aberrants, des vésicules auxquelles elle succède ; lorsque les croûtes sont enlevées, elles se reproduisent plus minces et plus adhérentes, mais ne tardent pas à tomber à leur tour, laissant une surface rosée ou rougeâtre recouverte d'un épiderme mince, sur laquelle on ne trouve bientôt plus aucune trace de l'éruption antérieure.
Dans quelques cas rares, chez des sujets atteints de maladies infectieuses particulièrement graves ou sous l'influence d'infections locales secondaires, les ulcérations qui succèdent aux vésicules d'herpès peuvent s'étendre en profondeur, donner lieu à des hémorrhagies graves ou être le point de départ de lésions gangreneuses.
Les ganglions lymphatiques correspondant à l'éruption d'herpès sont, d'une façon constante, légèrement tuméfiés, indurés et sensibles à la pression.
L'éruption d'herpès est quelquefois constituée par une seule plaque érythémateuse, puis vésiculeuse; mais, le plus ordinairement, plusieurs plaques d'étendue variable se développent, soit simultanément, soit dans l'espace de quelques jours, présentant toutes la même marche ; ces plaques multiples peuvent occuper, soit une même région, soit plusieurs régions de la surface cutanée; leur disposition est irrégulière, plus rarement symétrique.
Lorsque l'herpès occupe les muqueuses ou les portions de la peau qui présentent les mêmes conditions d'humidité que les muqueuses, les vésicules sont moins nettes ou mieux se rompent de bonne heure, ne donnent pas lieu à la production des croûtes, et leur existence se traduit principalement, sinon uniquement, par les ulcérations généralement superficielles qui leur succèdent, ulcérations recouvertes d'un exsudât pseudo-membraneux blanc et adhérent, plus nettement délimitées et à contour plus manifestement polycyclique que les ulcérations de l'herpès cutané.
Étiologie. — L'herpès peut se développer sous l'influence de causes multiples.
Des causes locales, contusions, plaies, etc. , peuvent amener le développement de groupes de vf^'sicules herpétiques, soit au point atteint, soit dans des points éloignés ; une altération nerveuse est l'intermédiaire entre le traumatisme et la lésion cutanée.
Le plus ordinairement, l'herpès survient sans incitation locale, sous l'influence de causes générales, infectieuses, toxiques ou constitutionnelles.
Le type le plus habituel de l'herpès est celui que l'on désigne sous le nom d'herpès fébrile. Les causes en sont multiples. Tantôt il est sous la dépendance d'une infection, que ce soit une maladie infectieuse classée, telle que l'infection pneumococcique avec localisation pulmonaire ou cérébro-spinale, l'infection malarienne, plus rarement la dothiénentérie, ou une maladie infectieuse innominée, à localisation gaslro-inteslinale, hépatique ou autre ; ou encore d'un état infectieux sans localisation viscérale nette et précise. Ces derniers faits, dans lesquels l'éruption est intense, étendue à de grandes surfaces, ou constituée par un simple groupe limité, sont connus sous le nom de fièvre herpétique, dénomination qui répond à cette conception discutable que l'herpès joue en pareil cas le môme rôle que l'exanthème dans les fièvres éruptives.
A côté de l'éruption de la fièvre herpétique, dans laquelle les phénomènes fébriles tiennent une place importante, on classe encore dans le groupe de l'herpès dit fébrile une série de faits où l'élévation de température est nulle ou du moins très faible, dans lesquels l'infection ne semble jouer aucun rôle et où l'éruption paraît reconnaître pour cause exclusive une intoxication : telle est en effet l'explication la plus rationnelle que l'on puisse donner des éruptions d'herpès qui surviennent chez certains sujets à la suite des fatigues et des excès de toute espèce, en particulier des veilles prolongées et des écarts de régime, de celles que l'on observe chez certaines femmes à chaque époque menstruelle. On doit admettre que, chez ces sujets, les causes précédentes amènent dans les échanges nutritifs des perturbations telles qu'il se forme des substances toxiques anormales ou anormalement abondantes, qui provoquent, par leur action sur les extrémités des nerfs périphériques, ou peut-être sur la peau elle-même, le développement de l'herpès.
Des lésions spontanées des nerfs, ou mieux des névrites rentrant dans la classe des névrites périphériques de cause toxique ou infectieuse à marche chronique, peuvent s'accompagner d'éruptions herpétiques rappelant plus ou moins exactement la topographie de l'altération nerveuse. Des lésions de la moelle ou du rachis (mal de Pott, tabès, sclérose en plaques, myélite transverse), ou du cerveau peuvent également, grâce à leur retentissement sur les nerfs périphériques, être une cause d'herpès ; l'éruption en pareil cas se distingue du zona par les récidives possibles, par l'absence des phénomènes généraux de la lièvre zostérienne, par la présence même des lésions nerveuses antécédentes, et s'en rapproche par la fréquence des cicatrices consécutives, caractère qui fait défaut dans les formes communes de l'herpès.
Certaines formes d'herpès qui, en raison des récidives fréquentes et de l'absence de cicatrices, offrent de grandes ressemblances extérieures avec l'herpès fébrile, doivent être rattachées à une origine nerveuse, comme le démontrent les phénomènes douloureux qui le plus souvent accompagnent ou plus exactement précèdent l'éruption : ces phénomènes douloureux consistent en une
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véritable douleur névralgique, ayant pour siège non seulement les rameaux nerveux correspondant au point qui sera occupé par l'éruption herpétique, mais les rameaux nerveux voisins, souvent même des troncs nerveux importants : la douleur dure plusieurs jours avec une intensité souvent considérable, puis cesse lorsque l'éruption herpétique se produit; celle-ci se répète à intervalles variés, occupant toujours le même point, quelquefois cependant se développant sur une région voisine ou occupant la région symétrique du côté opposé. Cette forme d'herpès, bien décrite par Mauriac dans sa localisation balanopréputiale, sous le nom dherpès névralgique des organes génitaux, mériterait mieux le nom d'herpès récidivant, car elle peut, dans certaines attaques, ne pas s'accompagner de douleurs ; elle peut avoir des sièges divers, tels que la face où elle occupe le plus souvent le centre delà joue, mais s'observe presque toujours soit aux organes génitaux, soit à la fesse ou dans la région crurale.
Sièges de l'herpès et variétés topographiques. — Les éruptions d'herpès peuvent occuper des sièges très dilîérents.
Le siège le plus ordinaire est la face, ou plus exactement le pourtour de l'orifice buccal et des narines. C'est là que se développent presque toujours l'herpès dit fébrile et l'herpès menstruel. Les groupes de vésicules peuvent être limités à une des moitiés latérales de l'orifice buccal, mais le plus ordinairement, tout en prédominant d'un côté, ils se développent sur ses deux moitiés, ce qui les distingue du zona, et n'offrent pas une disposition symétrique. Les joues, les oreilles sont encore fréquemment le siège de cette variété d'herpès, qui parfois occupe de larges surfaces.
Les muqueuses oculaire, nasale, bucco-pharyngée, sont parfois envahies en même temps que les téguments de la face. L'herpès conjonctival, auquel on doit rapporter un certain nombre des cas désignés sous le nom de conjonctivite oij de kératite phlycténulaire, donne lieu, lorsqu'il s'accompagne de lésions cornéennes, à des opacités presque toujours passagères; il s'accompagne de troubles fonctionnels et douloureux (photophobie, etc.), quelquefois intenses. L'herpès de la pituitaire se traduit par une sensation désagréable dans les narines accompagnée de larmoiement. Les lèvres peuvent être le siège de plaques d'herpès occupant leur face cutanée et envahissant leur portion muqueuse ou siégeant exclusivement sur cette dernière. Les gencives, la voûte palatine sont parfois atteintes. La langue, principalement au niveau de sa pointe ou de ses bords, peut être le siège de vésicules herpétiques qui se rompent en laissant des exulcérations souvent très douloureuses; chez les anciens syphilitiques on observe parfois des éruptions d'herpès occupant les côtés de la langue et récidivant à intervalles variables, sur lesquelles le professeur Fournier a appelé l'attention. Sur le voile du palais et les amygdales, l'herpès constitue l'affection connue sous le nom d'angine herpétique, laquelle, ainsi que l'a fait remarquer Gubler, coïncide souvent avec de l'herpès labial ; Ollivier a publié, sous le nom de zona du pharynx, des observations d'angine herpétique unilatérale avec développement de vésicules sur le même côté de la bouche et de la face, mais on ne saurait étendre cette assimilation avec le zona à tous les cas d'angine herpétique, l'affection présentant rarement cette localisation unilatérale et étant sujette à des récidives fréquentes.
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Les diverses localisations muqueuses de l'herpès, qui peuvent se produire avec ou sans altération cutanée concomitante, ressorlissent plus spécialement à l'étude des maladies des yeux et du pharynx et leur description détaillée ne peut ôtre donnée ici.
Le tronc et les membres sont rarement le siège d'éruptions herpétiques, sauf dans certains cas d'herpès généralisé et dans les éruptions zoslérii'ormes. Les caractères extérieurs et les particularités topographiques de ces dernières éruptions qui ne diflèrent du zoster vrai que par leur marche, leurs causes et leurs récidives fréquentes seront décrits au chapitre suivant.
L'herpès des organes génitaux mérite une description spéciale. Il présente, en elïet, de par sa localisation, un intérêt tout particulier au point de vue de son diagnostic qui se pose avec les diverses lésions vénériennes des mêmes régions. Mais, si l'herpès des organes génitaux (herpès progénital) est toujours identique à lui-môme au point de vue de son apparence extérieure, il offre dans son étiologie et dans sa pathogénie des variétés nombreuses. Il peut survenir d'une façon purement accidentelle, à la suite d'un coït avec une femme atteinte d'une affection suppurative des organes génitaux; il peut encore, dans quelques cas rares, constituer la lésion la plus apparente d'une maladie infectieuse sans localisation viscérale caractérisée (fièvre herpétique des auteurs) ou ôtre la traduction sur la peau d'une maladie infectieuse déterminée (herpès fébrile proprement dit). D'autres fois, l'herpès génital survient à la suite de fatigue, d'excès de table ou autres. Des plaques d'herpès de la vulve s'observent fréquemment, au moment de la menstruation, et spécialement chez les prostituées. Parfois, il forme à lui seul une maladie véritable, revenant spontanément à intervalles variables; c'est là le véritable herpès génital, ou herpès récidivant des parties génitales de Diday et Doyon qui n'est pour ces auteurs que la conséquence à longue échéance d'un chancre simple dont les germes infectieux sommeillent longtemps dans la peau et se réveillent de temps à autre pour donner lieu à une plaque d'herpès ; quoi qu'il en soit des relations de l'herpès génital avec le chancre simple, il est certain qu'il s'observe presque exclusivement chez les arthritiques. Enfin, l'herpès génital peut être l'une des localisations de l'herpès névralgique récidivant, comme dans les cas étudiés par Ch. Mauriac.
Ces diverses formes d'herpès, bien distinctes au point de vue pathogénique, quoique souvent difficiles à différencier en clinique, constituent dans leur ensemble ce que l'on appelle l'herpès génital, dénomination défectueuse, car il y a des herpès génitaux, et non un herpès génital.
Objectivement, dans toutes ses variétés étiologiques et palhogéniques, l'herpès génital se traduit par des groupes de vésicules qui, en raison de l'humidité de la région, se rompent facilement, donnant lieu à des exulcérations à fond grisâtre ou jaunâtre et à contours polycyliques, sans induration des bords et de la base; ces ulcérations, à moins d'irritations accidentelles, se réparent rapidement et disparaissent sans laisser de traces.
Anatomie pathologique. — Congestion vasculaire initiale, infiltration embryonnaire des papilles, exsudation de liquide qui s'accumule au niveau de la couche granuleuse de l'épiderme, tel est le mode de formation de la