HERPES
vésicule d'herpès. Le contenu de cette vésicule est constitué par de la sérosité, à laquelle viennent s'ajouter un nombre plus ou moins considérable de cellules mig-ratrices.
Le liquide des vésicules renferme en outre des micro-organismes très divers. Parmi ces micro-organismes, les uns n'ont certainement aucune importance pathogénique et se rencontrent dans toutes les lésions vésiculeuses et bulleuses, d'autres sont peut-être les agents pathogènes de la maladie qui s'accompagne d'herpès; les recherches microbiologiques de ZeissI, de Ilaushalter, de Boinet, etc., n'ont pas fait reconnaître jusqu'ici l'existence d'un micro-organisme appartenant spécialement à l'herpès. Cependant, il existe au moins pour l'herpès guttural quelques faits de contagion et les vésicules d'herpès sont quelquefois auto-inoculables (E. Vidal, Douant).
Diagnostic. — L'herpès est presque toujours facile à reconnaître à son évolution rapide, à la présence de vésicules qui se rompent pour former des croûtes ou être remplacées par des ulcérations à contours polycyliques. La difficulté n'existe guère que quand l'herpès siège en des régions où il n'est pas habituel de le rencontrer et où on ne songe pas à sa possibilité. Cependant, sa marche aiguë le distingue d'une plaque d'eczéma, la présence de vésicules multiples empêche de le prendre pour une papule due à la piqûre d'un parasite ou à une inoculation septique. 11 est facile de distinguer l'herpès vrai du zoster qui en diffère le plus souvent par sa topographie et la multiplicité de ses plaques et qui, même dans ses formes frustes avec un ou deux placards isolés, se reconnaît à ce qu'il n'a pas été précédé d'une éruption semblable et à ce qu'il laisse des cicatrices à sa suite.
Diverses affections décrites sous le nom d'herpès doivent en être absolument séparées et s'en distinguent d'ailleurs facilement. Tels sont l'herpès iris de Bateman qui rentre dans le cadre de l'érythème polymorphe, l'herpès circiné qui est une des formes de la trichophytie cutanée et l'herpès crétacé de Devergie qui n'est autre qu'une forme du lupus érythémateux. L'herpès gestationis des auteurs anglo-américains n'est autre qu'une forme de dermatite herpétiforme survenant pendant la grossesse.
Les caractères différentiels de l'herpès génital avec le chancre syphilitique et avec le chancre simple ont été exposés à propos du diagnostic de ces affections.
Les exulcérations de la balanoposthite se distinguent de celles de Iherpès par leur étendue plus considérable, leur contour plutôt festonné que polycyclique, leur aspect plus superficiel.
Les mêmes éléments de diagnostic, auxquels il faut ajouter la persistance plus longue des lésions et la coexistence de manifestations eczémateuses en d'autres régions, permettent de reconnaître l'eczéma, qui se manifeste d'ailleurs rarement sur les régions génitales par la présence de petits placards susceptibles d'être confondus avec l'herpès.
Il suffit de rappeler que, quel que soit son siège, l'herpès doit être considéré à priori comme une affection deutéropathique ou symptomatique et que, une fois le diagnostic de la lésion cutanée établi, il faut toujours rechercher sous quelle influence elle s'est développée, ce qui nécessite un examen complet du sujet et parfois une étude attentive des diverses fonctions nerveuses.
Pronostic. — Lésion sans gravité par lui-même, l'herpès comporte uniquemenl le pronostic de l'afTcction gt'nérale ou de l'altération nerveuse dont il dépend et qu'il traduit. Aussi l'herpès fébrile, qui dans la pneumonie et la fièvre typhoïde, peut être considéré, en général, comme d'un bon augure, n'a pas toujours la môme signification, témoin sa présence à peu près constante dans la méningite cérébro-spiiude.
Traitement. — L'herpès ne nécessite à proprement parler aucun traitement spécial, sauf lorsqu'il occupe des régions dans lesquelles il donne lieu à des ulcérations : en pareil cas, la propreté obtenue au moyen de lavages avec des solutions antiseptiques, l'application de pommades antiseptiques légères et l'isolement avec des poudres inertes ou légèrement antiseptiques sans être irritantes, suffisent presque toujours à en permettre la réparation dans un temps court.
Cependant, lorsque l'herpès est encore à l'état de plaques rouges légèrement saillantes, on peut en obtenir l'abortion par l'emploi de liquides alcooliques (Leloir).
Bibliographie :
II. Feulard, Art. Herpès du Dict. ciicycl. des ftriences méd., 4'' série, t. XIV, p. 1. (Bibliogr. très étendue.) — A. Fourmer, Herpès récidivant de la langue chez les syphilitiques; Semaine médicale, \SH1, p. '281. — Spillmann, Sur la valeur diagnostique de l'herpès fébrile; jRev. médic. de l'Est, 15 déc. I88G, p. 74(5. — Toruk, Zur Infectionsfrage der Herpesarten ; Monatsii. f. prakt. DcDnat., 1889, I, p. 54. — PouziN, De l'angine herpétique et du zona bucco-i)haryngien ; Th. de doctorat, Paris, 1889-1890. — G. Tiuiuerge, Herpès récidivant de la face; Mercredi médical, 1890, p. 521. — Boimît, Recherches microbiennes sur (jnel- (jues éruptions vésiculeuscs et huileuses; Annales de Dermat. et de Syph., 1890, p. 845.
ZONA
Définition. — On désigne sous le nom de zona ou d'herpès zoster une affection caractérisée par le développement de groupes de vésicules d'herpès sur le territoire de distribution d'un nerf; la lésion nerveuse qui détermine cette éruption est la manifestation d'une maladie générale infectieuse, dont l'agent pathogène est encore indétermin('.
Cette deuxième partie de la définition élimine du zoster, suivant la distinction proposée par L. Landouzy, les éruptions herpétiques commandées par une lésion nerveuse quelconque ou relevant d'une altération plus ou moins profonde des centres nerveux : ces éruptions zostériformes seront signalées plus explicitement à propos du diagnostic du zona.
Description. — Le zona, et c'est de là (ju'est venu son nom, occupe le plus souvent la région thoraciquc, où il siège d'un seul coté, formant une demi-ceinture correspondant au trajet anatomique ou mieux à la distribution cutanée d'un ou plusieurs nerfs intercostaux : la demi-ceinture, en raison
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même du trajet des nerfs intercostaux, n'est pas horizontale, mais toujours oblique de haut en bas et d'avant en arrière. Les groupes éruptifs sont limités exactement parla ligne médiane en avant et en arrière; cependant il n'est pas rare de voir un petit groupe aberrant la déborder.
Des douleurs offrant les caractères de la névralgie intercostale précèdent souvent l'éruption du zona. Une sensation de brûlure, quelquefois fort pénible, qui accompagne ordinairement son début, lui a valu les noms d'ignis sacer et de feu de Saint- Antoine; en même temps apparaissent des plaques rouges, arrondies, souvent mal délimitées; les premières plaques se développent ordinairement dans les points correspondant à l'émergence des filets des nerfs intercostaux et aux maxima de la douleur des névralgies intercostales, c'est-à-dire en arrière et en avant en dehors de la ligne médiane, et latéralement sur la ligne axillaire. Ces plaques rouges ne tardent pas à se recouvrir de vésicules réunies en groupes souvent serrés. Pendant quelques jours, apparaissent, autour et dans l'intervalle des premières, de nouvelles plaques rouges à la surface desquelles se développent des vésicules. Arrivée à son maximum de développement, l'éruption est caractérisée par un nombre variable de groupes plus ou moins considérables de vésicules ; la base rouge sur laquelle ces dernières se sont développées s'efface et on ne voit bientôt plus que ces vésicules formant souvent par leur confluence des soulèvements épidermiques de configuration irrégulière, mais dont le contour sinueux et les dépressions de leur surface indiquent le mode de formation; par places, d'ailleurs, on rencontre des vésicules isolées. Les vésicules du zoster sont fermes, résistantes, ne se rompent que par des pressions prolongées ou des grattages répétés. Elles sont au début remplies de sérosité citrine; mais, même dans des cas absolument bénins et réguliers, quelques-unes d'entre elles deviennent livides ou noirâtres par suite du mélange d'une petite quantité de sang à leur contenu; à une période plus avancée, les vésicules se rompent, se dessèchent ou deviennent l'origine d'exulcérations parfois rebelles.
Dans quelques cas rares, toutes les vésicules peuvent être le siège d'épanchements hémorrhagiques; elles peuvent aussi suppurer ou être l'origine d'une gangrène attribuable surtout à la gravité des lésions nerveuses, qui facilite l'entrée en scène d'agents infectieux divers, et, plus rarement, à l'état général du malade.
Le zoster s'accompagne de troubles de la santé générale : son début est souvent marqué par un état fébrile ordinairement modéré, plus rarement intense; en même temps, il y a de l'inappétence, un état saburral des voies digestives, quelquefois des vomissements, plus souvent une légère céphalalgie; en un mot, des symptômes qui justifient la dénomination de fièvre zostérienne appliquée par L. Landouzy au zona et qui sont l'indice de l'infection dont il est la manifestation.
Les douleurs névralgiques qui précèdent parfois le zona l'accompagnent plus souvent dans son cours; elles peuvent disparaître entièrement en même temps que lui, ou lui survivre plus ou moins longtemps : c'est surtout chez les sujets âgés que le zona s'accompagne de névralgies intenses, rebelles et indéfiniment persistantes; chez les enfants, au contraire, la réaction douloureuse est modérée et souvent nulle.
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Siège du zona. — Le zoster occupe le plus souvent le territoire des nerfs inlercostaux; mais, on raison des anastomoses des trois premiers de ces nerfs avec ceux du plexus hi-achial, il n'est pas rare de voir coïncider avec le zona Ihoracitpie une éruption occupant la partie interne du bras correspondant. Lorsqu'il a pour orifs^ine une lésion des nerfs intercostaux inférieurs, il déborde le thorax et répand ses groupes sur la partie supérieure de l'abdomen.
Plus rarement le zona siège sur le territoire des nerfs lombaires, et occupe la paroi abdominale, ou la région inguinale et les organes génitaux externes.
L'un des membres inférieurs peut être le siège d'une éruption analogue à celle ({ui constitue le zona thoracique : les groupes d'herpès, généralement peu considérables, occupent de préférence les points d'émergence des filets nerveux correspondant aux points névralgiques de Valleix et répondent soit à la distribution du nerf crural, soit à celle du nerf sciatique et de ses branches.
Le zona est rarement limité à l'un des membres supérieurs : lorsqu'il les atteint, il s'agit le plus souvent soit d'un zona thoracique, soit d'un zona du plexus cervical se propageant jusque sur l'épaule et le bras.
Le zona cervical est d'ailleurs relativement peu fréquent; la disposition des groupes herpétiques y correspond à la distribution des différents filets nerveux et on les constate sur le cou et jusque sur la partie inférieure de la joue, le pavillon de l'oreille, quelquefois même la portion temporale du cuir chevelu.
Le zona des nerfs cervicaux supérieurs, ou zona sous-occipital, très rare, mérite une mention spéciale, en raison des erreurs de diagnostic auxquelles peut exposer un groupe d'herpès dissimulé sous les cheveux.
A la face, le zona peut occuper la zone de distribution des trois branches du trijumeau; mais, si l'on exclut, comme on le doit faire, du cadre du zona l'herpès fébrile de la lèvre, il ne reste plus qu'un très petit nombre de cas de zona des branches maxillaire supérieure et maxillaire inférieure. La première d/s ces localisations du zona s'accompagne du développement sur le voile du palais et le pharynx (nerfs palatins et sphéno-palatins du ganglion de Meckel) de vésicules d'herpès donnant lieu à une variété spéciale d'angine herpétique unilatérale; dans la seconde on observe une éruption semblable sur la langue (nerf lingual); dans les deux, les malades accusent des douleurs au niveau des dents accompagnant parfois des vésicules d'herpès sur les gencives.
La branche ophthalmique du trijumeau est bien plus souvent le siège d'un zona redoutable par les complications oculaires graves qui peuvent l'accompagner en raison de ce que le nerf nasal émané de cette branche fournit, à la fois directement et par l'intermédiaire du ganglion ophthalmique, des filets nerveux à l'iris, à la conjonctive et à la cornée; ces complications peuvent varier depuis la simple kérato-conjonctivite phlycténulaire à évolution et à réparation rapides jusqu'à la [)erforation de la cornée avec perte de l'œil ou à l'iritis grave; elles peuvent môme compromettre l'intégrité de l'œil du côté opposé. En raison des connexions de ces filets nerveux avec le nerf nasal, les complications oculaires sont surtout à redouter lorsque les groupes éruptifs du zona occupent le territoire de distribution du nerf nasal externe, c'est-à-dire la racine du nez au-dessous de l'angle interne des paupières (Hutchinson, Hybord). On devra redouter l'apparition rapide de troubles oculaires lorsque la sensibilité de la cornée sera abolie, d'où la nécessité de l'explorer attentivement dans toius
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les cas de zona ophthalmiqiie (E. Besnier). Cette localisation du zona s'accompagne de douleurs céphaliques violentes et parfois d'accidents cérébraux graves.
Marche. — Le zona suit le plus habituellement une marche cyclique : les groupes éruptifs se développent successivement les uns au voisinage des autres, sans se reproduire jamais à la même place; dans l'espace de 4 à 6 semaines ou 12 mois au maximum, ils ont entièrement disparu et, à la place des croûtes qui ont succédé à la rupture des vésicules, on ne trouve plus que des macules brunâtres ; celles-ci sont remplacées à leur tour, au bout de plusieurs semaines ou de plusieurs mois, par des taches blanches, cicatricielles et indélébiles. Les cicatrices sont parfois désagréables en raison de leur siège, par exemple dans le zona ophthalmique : elles peuvent s'observera la suite de zonas parfaitement simples, très régulièrement soignés, et résultent de l'évolution spéciale des lésions du zona, qu'elles contribuent à différencier des formes vulgaires de l'herpès névropathique; à leur niveau, les téguments sont, ainsi que l'a fait voir H. Rendu, le siège d'une anesthésie absolue et persistante qui peut, au même titre que la disposition des cicatrices, servir à établir l'existence antérieure du zona.
Complications. — Outre les accidents oculaires qui peuvent accompagner le zona ophthalmique, outre les névralgies qui peuvent succéder aux zonas de tout siège et les complications locales qui peuvent se surajouter à l'éruption dans quelques cas, on peut voir survenir à la suite du zoster des paralysies et des atrophies musculaires dont la pathogénie est encore insuffisamment élucidée : fréquentes surtout à la suite du zona de la face, et portant alors sur les muscles oculo-moteurs, elles s'observent également à la suite du zona des membres; elles peuvent se localiser aux muscles de la région occupée par le zona ou siéger plus ou moins loin de lui ; elles sont parfois légères et passagères, plus souvent graves, rebelles, ou même définitives.
Pathogénie. — La disposition exacte du zona sur le territoire correspondant à la distribution d'un nerf, les névralgies qui l'accompagnent souvent ne peuvent laisser de doute sur l'intervention du système nerveux dans sa production, et cependant c'est seulement depuis les travaux de Parrot (1856) que le fait a été admis définitivement.
Les examens anatomo-pathologiques de v. Bserensprung, du professeur Gharcot, de O. Wyss, de Kaposi, de Chandelux, etc., ont montré en outre que les lésions avaient pour siège le ganglion correspondant au nerf intéressé : quoique plusieurs de ces faits ne soient pas des cas de zona véritable, mais bien des exemples d'éruptions zostériformes, on peut appliquer au zona les conclusions qui en découlent au point de vue du siège ganglionnaire des lésions, lésions qui consistent en une tuméfaction du ganglion atteint d'inflammation interstitielle. Néanmoins, ces lésions ganglionnaires peuvent manquer, et on peut n'observer qu'une névrite plus ou moins intense (Curschmann et Eisenlohr. Pitres et Vaillard). Comme le font observer E. Besnier et Doyon, il y a lieu de reprendre l'histoire anatomo-pathologique du zona et on comprend mal comment une maladie aussi nettement individualisée que le zona peut avoir indifféremment son siège dans des portions différentes du système nerveux.
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Étiologie. — Le zona peut s'observer à tout Age, et, quoi qu'on en ait dit, il est loin dcHre rare dans l'enlance.
Survenant souvent à la suite d'un refroidissement, il peut se développer au cours de maladies diverses, de la syphilis, de la tuberculose (Leudet, Barié) dont il peut précéder l'éclosion (Lemonnier), dans la convalescence des diverses maladies infectieuses (fièvre typhoïde, variole, rougeole). S'agit-il là de causes prédisposantes ouvrant la porte à une infeclion secondaire ou bien la maladie infectieuse est-elle la cause de la neuropalhic zosiérigène? Ces questions ne peuvent être encore résolues. On peut être plus affirmatif en ce qui concerne le zona survenant au cours de certaines maladies chroniques, le diabète, le rhumatisme, etc., qui n'engendrent certainement pas le zona à elles seules, mais en facilitent seulement le développement. Par contre, les intoxications par l'oxyde de carbone (Leudet), l'arsenic (Hutchinson) dans lesquelles on observe des éruptions d'herpès d'origine nerveuse les produisent par l'intermédiaire des névrites périphériques auxquelles elles donnent naissance et ces éruptions zostériformes doivent être distraites du zona vrai.
Le zona serait, au dire de Dreyfous et de Letulle, particulièrement fréquent chez les membres de la famille neuropathiciue, prédisposés, névropathes, dégénérés, etc. S'il en est réellement ainsi, la prédisposition résultant de l'état originel du système nerveux ne peut jamais que localiser sur un de ses départements l'infection (jui aboutit à la })roduction du zoster sans créer à elle seule la maladie zostérienne.
Un fait mieux établi est l'apparition du zona par séries correspondant le plus souvent aux mois d'avril, mai, juin et juillet. Le fait a été remarqué depuis longtemps : à l'hôpital Saint-Louis il est bien connu qu'un zona ne se j)résente jamais seul à la consultation; les slatisli({ues de E. Besnier ont mis hors de doute cette prédilection du zona pour certains mois de l'année. De là à parler d'épidémies de zona, il n'y a qu'un pas, et, de fait, à certaines années, dans ces époques de recrudescence du zona, les cas sont assez fréquents pour que le mot ne soit pas exagéré. Kaposi, entre autres, en a publié des relations. Si l'on pouvait suivre la transmission du zona d'un sujet à l'autre, ou reconnaître plus nettement l'existence de foyers (épidémies de maisons, de pensions, etc.), le doute ne serait plus possible. Quelques faits rares de zona développés simultanément ou consécutivement chez des sujets vivant ensemble (Trousseau, Erb) ou habitant successivement un même logement (G. Walther) doivent cependant faire admettre que l'infection zostérienne peut se transmettre directement.
Nature du zona. — Si l'intervention du système nerveux dans la production de cette dermopathie est indiscutable, ce n'est là qu'un mécanisme instrumental, un élément physio-pathologique et non une donnée étiologique et il reste à d(Uermiuer la cause véritable de la neuropathie zostérigène, l'étiologie réelle de la maladie dont la neuropathie est la lésion.
La coexistence fréquente de fièvre et de phénomènes généraux avec le début du zona, l'évolution cyclique et la terminaison rapide et spontanée des lésions ne dilï'èrent pas de ce que l'on observe dans les maladies infectieuses; comme certaines d'entre celles-ci, plus même peut-être que la plupart d'entre elles, l'attaque de zoster (zoster vrai, bien entendu, et non pas éruptions zosté-
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riformes) est unique, les récidives sont des plus exceptionnelles quel qu'ait été d'ailleurs le siège de l'éruption. En outre, la fréquence du zoster présente des recrudescences saisonnières analogues à celles qu'on observe pour les maladies infectieuses et dans quelques cas il paraît se transmettre par contagion. Ces caractères prouvent assez que le zona n'est pas une éruption banale d'origine neuropatliique, mais une maladie spécifique : c'est en se basant sur eux que L. Landouzy a pu rapprocher le zoster des maladies infectieuses.
Quant à la nature de l'agent pathogène du zona, elle demeure inconnue, malgré les recherches bactériologiques de Pfeiffer, de Boinet, etc. ; mais l'immunité conférée par une première atteinte de zona, doit le faire considérer comme spécial à cette affection.
Pronostic. — Le zona présente peu de gravité dans ses formes régulières : l'éruption une fois disparue, il ne reste aucune autre trace de son passage que les cicatrices généralement persistantes et le malade n'a pas à craindre le retour offensif de la maladie.
Cependant des complications diverses peuvent apparaître dans son cours ou survivre h la dermopathie et en faire' une maladie sérieuse, parfois môme des plus redoutables. Tels sont les lésions oculaires et les troubles cérébraux qui accompagnent le zona ophthalmique; telles sont encore la gangrène, les hémorrhagies du niveau de l'éruption; telles les névralgies souvent persistantes et rebelles qui peuvent succéder au zoster quel qu'en soit le siège, telles encore les amyotrophies. Ces complications peuvent survenir inopinément, sans que rien les ait fait prévoir, dans le cours ou à la suite du zona le plus bénin en apparence. Aussi le pronostic doit-il toujours être réservé dans cette maladie, et plus encore lorsqu'elle survient chez des sujets avancés en âge ou cachectisés par une maladie antérieure, ou lorsque d'autres cas observés simultanément ont tendance à revêtir une forme maligne et grave.
Diagnostic. — Le diagnostic du zona est facile : la limitation unilatérale de l'éruption, la correspondance avec vni territoire nerveux, les douleurs né vralgiques, le caractère nettement vésiculeux de l'éruption et son évolution rapide ne prêtent guère au doute. L'embarras n'existe que dans les cas où la manifestation cutanée est réduite à son minimum : lorsqu'un ou deux groupes éruptifs représentent seuls la maladie, ils ne rappellent pas à l'œil le trajet d'un nerf et, si de plus le caractère vésiculeux de l'éruption n'est pas très apparent, ce qui arrive souvent dans ces zonas avortés, ils risquent d'être pris pour une plaque érythémateuse sans importance : l'examen attentif de la lésion, la coexistence de douleurs névralgiques, quelquefois leur longue persistance permettront d'éviter cette erreur.
Le zona ophthalmique peut être confondu, k un examen superficiel avec Yérysipèle de la face ; il en diffère par sa limitation à une moitié du front, par l'intensité moindre des phénomènes fébriles, par la disposition des groupes de vésicules en lignes verticales correspondant au trajet des filets nerveux.
h'herpès dit fébrile se distingue facilement du zoster, par son siège aux lèvres, par sa bilatéralité fréquente et par la facilité avec laquelle il récidive chez certains sujets, enfin par ses relations ordinaires avec quelque maladie infectieuse nettement caractérisée ou quelque trouble de la santé générale.
430 MALADIES CUTANEES.
Le point le plus important du diaf^iiostic; du zoster n'est pas de reconnaître qu'il s'agit d'une éruption de plaques d'herpès en relation topographique et palhogénique avec un fdet ou un tronc nerveux, mais bien de reconnaître si cette dcrmatoneurosc dépend de la maladi(! spécirupie et infectieuse qui porte le nom de zoster ou si elle dépend d'une lésion plus profonde et plus durable du système nerveux {éruptions zostérif ormes).
En premier lieu, il est facile de distinguer du zoster l'alTection à laquelle on donne le nom d'herpès névralgique récidivant ou mieux dlierpès récidivant : une ou, plus rarement, deux plaques d'herpès de petites dimensions se développent sur une région toujours la même, ou sur des points symétriques, précédées ou non par une douleur névralgique parfois intense qui cède aussitôt après l'apparition de la plaque ; la plaque évolue à la façon des groupes qui constituent l'éruption du zoster, mais elle ne laisse jamais de cicatrice à sa suite; en outre elle récidive à intervalles plus ou moins rapprochés.
La distinction est parfois plus difficile avec les éruptions à forme herpétique survenant au cours des maladies des centres nerveux ou des nerfs périphériques. L'existence antérieure de troubles nerveux dans le détail desquels il est impossible d'entrer ici, et dont la nature a pu être établie précédemment (tabès dorsal, myélite chronique, mal de Pott, etc.) permet de soupçonner que l'éruption à forme de zona n'est en réalité qu'un pseudo-zoster d'origine centrale; les récidives fréquentes en pareil cas soit sur le territoire précédemment atteint, soit sur des territoires plus ou moins éloignés, viennent le plus ordinairement fixer le diagnostic. Inversement, une éruption zostérienne peut être la première manifestation d'une lésion du système nerveux central, vis-à-vis de laquelle elle joue le rôle de dermatose indicatrice. L'étude complète des diverses fonctions nerveuses (motilité, sensibilité, réflectivité, etc.) et l'examen attentif du crûne et du rachis s'imposent donc chez tous les sujets atteints d'une affection cutanée revêtant les caractères cliniques du zoster.
Dans les névrites périphériques, on peut également observer des lésions cutanées rappelant le zoster; mais les plaques d'herpès surviennent d'une façon irrégulière, non cyclique, elles ne se produisent que sur une portion limitée du territoire d'un nerf, ou bien atteignent irrégulièrement le territoire correspondant à plusieurs troncs nerveux et s'accompagnent de troubles sensitifs prononcés et d'autres altérations cutanées trophiques ou vaso-motrices.
Traitement. — La thérapeutique locale d'une éruption de zoster doit être aussi simple que possible. La plupart des applications locales irritantes, astringentes, etc., auxquelles on a recouru dans le but de faciliter la réparation des lésions n'ont abouti qu'à les aggraver et à rendre plus apparentes les cicatrices dont on espérait éviter le développement. Dans la grande majorité des cas, une large application de poudre isolante (amidon, talc, etc.,) et de coton hydrophile sur la région atteinte sera le meilleur moyen de laisser les lésions cutanées se réparer; avant la rupture des vésicules, un enduit de collodion élastique ou de pellicule à l'acétone protégera la peau contre les irritations extérieures ou encore on enduira la surface de vaseline boriquée; mais on s'abstiendra de topiques liquides et surtout de cataplasmes dont les applications sont presque toujours suivies d'ulcérations rebelles.
Les douleurs névralgiques nécessiteront l'emploi des calmants appropriés, en particulier de la quinine, de l'aconitine et, au besoin si elles sont violentes, des injections hypodermiques de morphine.
Les complications oculaires du zona ophthalmique seront soumises à un traitement régulier qui relève de l'oculistique. Les parésies et les atrophies musculaires seront combattues par l'emploi de l'électricité.
Bibliographie :
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L'affection connue sous le nom de lichen plan, ou mieux lichen de Wilson, constitue actuellement par sa fréquence, par la netteté de ses caractères, le type le plus parfait du groupe, autrefois fort étendu, des affections cutanées auxquelles on donne le lichen, c'est-à-dire des affections caractérisées uniquement par la présence de papules persistantes. Celles de ces affections qui méritent d'olre conservées dans ce groupe seront signalées sommairement à propos du diagnostic du lichen de Wilson.