CHAPITRE PREMIER
On désigne sous le nom d'alcoolisme l'état morbide dû à l'introduction de l'alcool dans l'économie. L'alcool, ingéré à doses assez fortes ou assez répétées, agit comme un véritable poison. L'alcoolisme est le résultat de lintoxication par l'alcool.
L'alcoolisme a existé de tout temps, les hommes ayant eu, à toutes les époques, un penchant plus ou moins marqué, suivant les races et suivant les mdividus, à abuser des boissons lermentées. De tout temps, les hygiénistes et les philosophes se sont efTorcés de prémunir les hommes contre le dangereux attrait des boissons alcooliques. Les législateurs anciens et modernes en ont défendu ou restreint l'usage par des lois prohibitives, d'une sévérité variable, en rapport avec la cruauté ou la mansuétude des temps où elles étaient édictées.'
Les funestes effets de l'alcool sont connus depuis longtemps. Ils ont été signalés dès l'antiquité la plus reculée ; mais, c'est de notre siècle seulement (pie date l'étude scientifique de l'alcoolisme. En effet, tout en reconnaissant le mente des travaux des médecins qui avaient signalé avant Magnus Huss les troubles déterminés par l'abus de l'alcool, on peut dire que c'est au médecin suédois que revient l'honneur d'avoir étudié avec un sens clinique admirable les phénomènes de l'alcoohsme.
Depuis le mémorable travail de Magnus Huss, l'histoire de l'alcoolisme s'est enrichie d'un grand nombre de mémoires qui ont eu surtout pour but l'étude (les lésions déterminées par l'introduction de l'alcool dans l'économie et l'analyse des symptômes relevant des altérations du système nerveux. Tout récemment, l'étude des névrites alcooliques a permis d'élucider le mécanisme intime de quelques-uns des troubles nerveux les plus importants de l'alcoolisme et a ouvert en même temps un chapitre nouveau de la pathologie du svstème nerveux.
Les causes immédiates de l'alcoohsme sont faciles à établir. Elles consistent dans l'usage immodéré des boissons fermentées, renfermant une dose plus ou moins considérable d'alcool. Ces boissons peuvent être d'un usage habituel comme le vin, le cidre, la bière, etc. Le plus ordinairement cependant lalcoo-
g 2 INTOXICATIONS.
li.mo csl causé par l'abus des liqueurs spirilueuses (eaux-de-vie, absinthe.
biner vermouth, etc.) dont le dénombrement serait inlern,M,al,lc. Lesbo.ssons
,è les 'que le vin naturel ou la bière falu-iquée dans de bonnes condd.ons, sont
h,finiment moins dangereuses que les liqueurs riches en alcool même si la
an lé d'alcool total ingéré est plus considérable dans le prertuer cas que
,°" le second. Il y a longtemps qu'on a lait la remar<|ue que ! alcoolisme
« moins fréquent et moins dangereux dans les pays de riche produc ion
V ; l"e tels que la Bourgogne, le Bordelais, la Champagne, etc., que dans
^ès contrées du Nord à production vinicole insignifiante ou nulle, quoique
bien souvent les vignerons ne craignent pas d'user largement des produits
Heur récolte. L'.alcoolisme, rare chez les vignerons, revêt chez eux une
forme clinique différente de celle qu'on observe dans nos villes et dans les
■'les ïimreurs alcooliques ne sont pas toutes également nuisibles; les diverses essences' u'elles renferment et qui donnent à chacune d'elles un bouque ou m'e saveur spéciale interviennent en effet pour une bonne part dans les acci-
flenls ciu'elles déterminent.
Les boissons alcooliques naturelles, prises à doses même considérables, ne par^ss nt pas très nuisibles en elles-mêmes, il y a lieu de se demander poui ni^ nous observons si fréquemment des accidents d'alcoolisme conseentils a ■ëmXun peu abusif du vin ou de la bière. La réponse à celte question est iisée Nous savons, en effet, que ces boissons sont rarement livrées a la cons>mmaliÔ dans ui état de pureté satisfaisante. Presque toujours elles son hdX's surchargées d'alcool et additionnées d'alcools autres que 1 alcool
'"wen'n'ili plus variable que la résistance des différents sujets à l'intoxication akooiqùc tant au poiii de vue de la manifestation aiguë ( 'ivresse) qu au pont de vu des effets à longue échéance. Tel individu ne peut absorber e un-" I très faible d'alcool sans être atteint d'ivresse ou de délire alcoo iqie, o ne td autre en absorbe fréquemment et pendant longtemps de lorte, doses L paraître en ressentir les mauvais effets. Dans certains cas pathologiques (dans la polyurie essentielle, dans le diabète, par exemple), la resistinoe à l'alcool peut être considérable.
Lai oo isme exerce ses ravages sur toute l'étendue du globe; aucune co tréest épargnée par ee fléau. Tous les pays ne lui payent ccpendanfpas u éW t -ibul Les pays du nord de l'Europe et de l'Amérique eonsUtueut e liùe sorte la terre classique de l'alcoolisme. Dans le midi de 1 Europe, en oS dans les pays de religion musulmane, le nombre des alcooliques es b àucoup moins considérable. Le climat ne joue qu'un rôle secondaire , on sait en' effet, que les nègres et les indigènes des régions intertropicales Q'iftonnenl à l'alcool avec passion. . ,
^ t'aClisme s'observe .à tous les âges et dans toutes les -"^^ ;°»--; - Toutefois pour des raisons faciles à comprendre, il sev.t sui tout, dans not e llyliZ!» moins, chez les hommes adultes des classes pauvres. Les enfants
lois le groupe CH-.
rarement atteints le sont cependant, mais d'une manière exceptionnelle. Des nouveau-nés ont présenté les s^^mptômes d'alcoolisme, après avoir bu des boissons alcooliques que leur mère leur faisait boire dans le vain espoir de les fortifier et de les rendre réfractaires aux maladies de leur âge.
En terminant ce chapitre d'étiologie, nous aurions à rechercher pourquoi on boit et pourquoi on devient ivrogne et alcoolique. Cette recherche est plutôt du domaine des moralistes et des économistes que de celui des médecins. La passion de l'alcool est un penchant artificiel engendré par des conditions multiples, sur lesquelles la médecine n'a et ne peut avoir d'action. Chercher pourquoi nos ouvriers des villes et des campagnes, sur lesquels sévit surtout le fléau, deviennent alcooliques nécessiterait une étude attentive de leur vie de tous les jours. Nous verrions intervenir dans cette recherche des causes de l'alcoolisme la tristesse de la vie d'intérieur, la pauvreté du logis misérable, ne retenant son habitant par aucun attrait, l'alimentation insuffisante et de mauvaise qualité, etc., etc. Pour expliquer le développement de plus en plus grand de l'alcoolisme, nous pourrions invoquer le penchant irrésistible à l'excitation factice qui fait oublier un moment la dureté et la monotonie de l'existence, les mauvais exemples du voisinage, les préjugés stupides qui ont fait et feront encore tant d'alcooliques, enfin, l'attraction exercée par le caijaret, devenu le lieu de réunion des gens du peuple.
Certains alcooliques, peu nombreux à la vérité, s'intoxiquent sous d'autres influences et par suite d'une prédisposition morbide. Tels sont, d'abord, les dipsomanes, devenus alcooliques sous l'influence de leur penchant morbide et irrésistible à s'alcooliser par crises. Ces dipsomanes sont des malades, des dégénérés psychiques, qui boivent d'une manière impulsive et irresponsable.
D'autres individus, peut-être plus nombreux qu'on ne le croit généralement, sont alcooliques par hérédité. L'ivrognerie, comme tout penchant, peut passer à l'état de psychose transmissible par hérédité (Thomsen), la prédisposition héréditaire pouvant se transmettre directement d'une génération à la suivante ou sauter une ou deux générations.
Mode d'action. — ■ L'intoxication alcoolique ne se présente pas à l'observation sous un type uniforme. Certains phénomènes morbides propres à cette intoxication sont assez fréquents pour permettre de déterminer leur origine avec certitude. Mais à côté de ces phénomènes révélateurs, que de dissemblances, que de variétés dans les différents types d'alcooliques! Les prédispositions individuelles et la résistance plus ou moins grande des tissus expliquent ces dissemblances dans une certaine mesure. D'autre part, l'intoxication alcooli(pie est rarement simple. Presque toujours les malades que nous observons ont subi l'influence de plusieurs poisons. Ils n'ont pas absorbé seulement de l'alcool pur, ils ont ingéré, en même temps, un certain nombre de produits dont la toxicité est plus grande que celle de l'alcool. Ils ont fait usage d'alcool mélangé d'essences, dont la liste et la toxicité vont en augmentant chaque jour.
Pour avoir une idée exacte du mode d'action de l'alcool, il faudrait donc connaître d'une manière précise la nature et l'action des produits ingérés. Or cette étude ne peut être réalisée que par la médecine expérimentale. En clinique,
nous devons accepter l'inloxicalion telle qu'elle se présente, avec sa complexité plus ou moins grande. Sous le nom d'alcoolisme, nous décrivons des accidents variés produits par des agents multiples, dont le caractère commun est d'être apportés dans l'économie par l'alcool, souvent beaucoup moins nuisible que la plupart d'entre eux.
Il serait du plus haut intérêt de connaître ces agents et leur action physiologique. Malheureusement, cette étude est encore très incomplète et n'a guère été faite que pour quelques-uns. Parmi les produits qui donnent aux vins frelatés et aux liqueurs quelques-unes de leurs propriétés nuisibles, certains bouquets artificiels (huiles de vin français et allemand) étudiés par Laborde et Magnan constituent des poisons énergiques. Injectés à la dose de 8 centimètres cubes dans la veine saphène externe du chien, ils tuent cet animal en une heure en provoquant des troubles du cœur et de la respiration.
Les alcools supérieurs de la série de l'alcool mono-atomique qui entrent presque toujours dans la composition des liqueurs et des boissons alcooliques sont tous plus dangereux que l'alcool éthylique. Leur toxicité augmente avec le nombre des équivalents.
Certaines liqueurs ont une action toute spéciale, encore mal caractérisée pour la plupart, eh rapport avec les essences qui leur donnent un goût particulier. Parmi ces liqueurs, l'absinthe a été la mieux étudiée. M. IMagnan a démontré que l'absinthe seule devait être rendue responsable des convulsions et des attaques d'épilepsie observées chez certains alcooliques. Il a prouvé expérimentalement que l'absinthe, à faibles doses, était un convulsivant, alors que l'alcool était un stupéfiant. L'absinthe a donc une action différente de celle de l'alcool. Sur la cause même de son action, les opinions sont divergentes. Les uns avec Laborde attribuent ses effets à l'essence d'absinthe; les autres avec Cadéac et Meunier font intervenir deux poisons dans l'absinthisme : I" Un groupe épileptisant par l'absinthe, l'hysope, le fenouil; !2" un groupe stupéfiant par l'anis, la badiane, Fangélique, la mélisse, la menthe.
Insuffisamment fixés sur l'action des divers produits renfermés dans les boissons alcooliques absorbées, sommes-nous mieux renseignés sur celle de l'alcool éthylique pur?
Nous savons que cet alcool peut être absorbé par toutes les surfaces, par la peau, les muqueuses et les séreuses ; dans les conditions de la vie ordinaire, ce n'est guère que par les muqueuses digestives et pulmonaires qu'il pénètre dans l'organisme. Au point de vue clinique, nous pouvons même faire abstraction de l'absorption par la muqueuse pulmonaire. Arrivé dans l'estomac, l'alcool y est absorbé en nature et transporté par la veine porte dans le foie ; il est versé de cet organe dans le sang. Pour certains auteurs (Ducliek) il y serait oxydé et transformé ; l'acide carl)onique et l'eau seraient les derniers termes de son oxydation. Pour Boedlander, une partie de l'alcool ingéré (.") à 5,5 pour 100) échappe à la transformation et est excrétée en nature par les reins, la peau et les poumons. Enfin pour d'autres auteurs (Lallemand, Perrin et Duroy) l'alcool n'est ni détruit ni transformé dans l'organisme; il fait un certain séjour dans l'économie et s'élimine par les reins, le poumon et la peau. Ces expérimentateurs disent avoir extrait de l'alcool en nature du sang, de la substance nerveuse, du foie, des muscles, du tissu cellulaire, etc.
En résumé, pour certains auteurs (Duchek, Liebig-, Boedlander, Dujardin- Beaumetz), l'alcool est un véritable aliment d'épargne qui ralentit les combustions en enlevant une certaine quantité d'oxygène aux globules sanguins. Pour d'autres (Lallemand, Perrin et Duroy), l'alcool n'est pas un aliment; c'est un agent modificateur du système nerveux, agissant à faible dose comme excitant et à dose élevée comme stupéfiant.
Divisions. — Les accidents consécutifs à l'absorption de l'alcool peuvent se présenter dans deux circonstances. Tantôt ils se produisent chez un sujet indemne de toute imprégnation antérieure, chez un sujet non alcoolique en un mot; ils réalisent alors les phénomènes de l'alcoolisme aigu. Tantôt ils se montrent chez un individu ayant abusé de l'alcool depuis un temps plus ou moins long. Il s'agit alors des accidents de l'alcoolisme chronique. Nous ne voulons pas dire qu'un individu alcoolique, depuis longtemps, ne peut pas présenter à la suite d'un excès passager les phénomènes de l'intoxication aiguë; mais dans ce cas les phénomènes sont passagers, disparaissent plus ou moins vite, tandis que les symptômes de l'intoxication chronique persistent et sont toujours reconnaissables. Il est donc nécessaire de séparer, dans l'étude de l'alcoolisme, les accidents en rapport avec une intoxication passagère et les accidents dus à une imprégnation lente et continue. L'alcoolisme aigu présente d'ailleurs des caractères bien tranchés, différents de ceux de l'alcoolisme chronique-
Nous étudierons, en premier lieu, Y alcoolisme aigu en rappelant que nous étudions sous ce nom la série des accidents immédiatement consécutifs à l'absorption rapide d'une quantité exagérée d'alcool.
L'intoxication alcoolique aiguë se manifeste sous des formes variables, en rapport avec la dose et avec la nature du -liquide alcoolique ingéré. Elle varie beaucoup, suivant les sujets, dans la rapidité de son apparition et dans son expression symptomatique. Certains individus supportent, sans en paraître incommodés, des quantités relativement considérables d'alcool, alors que d'autres ne peuvent en absorber la dose la plus minime sans en ressentir immédiatement les effets. Il y a donc lieu de tenir le plus grand compte de la prédisposition individuelle (héréditaire ou innée).
D'une manière générale, on peut, suivant la quantité d'alcool absorbé, considérer trois degrés dans l'intoxication aiguë par l'alcool.
Au premier degré, c'est l'ivresse (forme transitoire) ; au deuxième degré, prédominent les phénomènes consécutifs à l'ivresse (gastro-hépatite des buveurs).
Au degré le plus élevé de l'intoxication aiguë, les accidents nerveux ont une intensité excessive. Arrivée à ce degré l'intoxication aiguë peut se terminer par la mort.
1° Ivresse. — Le premier degré de l'intoxication alcoolique aiguë est caraclérisé par l'ivresse. L'ivresse avec ses deux phases successives d'excitation et
de dépression est trop connue pour qu'il soit nécessaire de la décrire longuement. L'ivresse est très variable dans ses degrés et même dans ses manifestations; elle s'accompagne frécjuemment de troubles digestifs consistant surtout en vomissements, peut-être autant d'origine nerveuse que d'origine gastrique. Envisagée au point de vue physiologique, l'ivresse tient à un trouble dans le fonctionnement des cellules nerveuses de l'encéphale et de la moelle. Le poison en troublant la nutrition de ces cellules en altère passagèrement la fonction. L'ivresse est généralement de courte durée; après une phase d'excitation cérébrale plus ou moins longue, l'homme ivre s'endort profondément et se réveille presque toujours guéri mais encore hébété et conservant pendant quelques heures du mal de tête et de la torpeur cérébrale.
2" Gastro-hépatite des buveurs. — Il n'est pour ainsi dire pas d'ivresse alcoolique qui ne s'accompagne de troubles digestifs passagers. Si ces troubles sont plus durables, s'ils persistent pendant quelques jours, la deuxième forme des accidents d'intoxication aiguë se trouve réalisée. Les troubles digestifs des buveurs peuvent également se montrer sans ivresse antérieure; ils peuvent survenir à la suite d'une série d'excès assez intenses pour irriter l'estomac et le foie. Dans l'intoxication aiguë, comme dans l'intoxication chronique, l'état antérieur des organes jouent le plus grand rôle ; certains sujets souffrent de l'alcool par le système nerveux, d'autres par le tube digestif.
Quelle que soit la cause de la gastrite aiguë des buveurs, ses symptômes sont toujours identiques. Elle revêt la forme de l'embarras gastrique ordinaire. Les malades accusent une légère douleur dans la région gastrique; ils ont de l'inappétence, une soif intense, des nausées, quelquefois des vomissements d'aliments ou de bile, souvent de la diarrhée. La langue est blanche et pâteuse; l'haleine est fétide. Parfois les conjonctives sont légèrement jaunâtres. A un degré plus intense, le foie participe à l'ensemble morbide. Il est douloureux et congestionné. La peau est ictérique. Dans les pays chauds, le foie est presque toujours intéressé, souvent à un haut degré. D'après Bérenger-Feraud, il pourrait devenir le siège de collections purulentes.
o" Intoxication grave. - Dans l'intoxication grave, nous n'étudierons qu(> la forme mortelle; les autres accidents qu'on peut observer, tels le délire, les phénomènes nerveux, seront plus utilement étudiés dans l'alcoolisme chronique.
Dans l'alcoolisme aigu, la mort siu'vient après l'absorption d'une grande quantité d'acool ingéré à dose massive. Presque toujours il s'agit de gageures stupides ou de bravades encouragées par un auditoire insensé. Il est assez difficile de déterminer quelle est la quantité d'alcool nécessaire pour amener la mort. 00 centilitres constituent parfois une dose mortelle. Dans un fait relaté par Tardieu, la mort arriva seize heures après l'absorption de 60 à 70 centilitres d'eau-de-vie.
En pareil cas, peu de temps après l'absorption de l'alcool, le buveur tombe comme foudroyé, privé de connaissance, de sensibilité et de mouvement. Il est plongé dans un coma profond, interrompu de temps en temps par des secousses convulsives. La respiration est stertoreuse; au bout de peu de temps, elle s'embarrasse. Il s'échappe des lèvres une écume sanguino-
lente. La morl arrive tantôt en une-demi heure ou une heure, tantôt en quinze ou vingt heures sans que la connaissance ait reparu (Tardieu).
A l'autopsie, le cadavre exhale une forte odeur d'alcool. Le sang- et les viscères renferment de l'alcool en nature. Le sang, d'après MagnusHuss, Lallemand, Perrin et Duroy, pourrait renfermer des globules de graisse.
Comme lésions viscérales, on a signalé principalement des lésions du tube digestif etde l'encéphale. L'estomac est rempli de liquide acide, aigre, à odeur alcoolique très prononcée. La muqueuse est rouge, fortement injectée; parfois elle présente des sugillations et des ecchymoses. Lesser a observé des infdt rations hémorrhagiques nombreuses. Dans des cas à marche moins rapide, Leudet et Raynaud ont noté une infiltration purulente des parois et des abcès sous-muqueux.
L'intestin est atteint d'inflammation aiguë. Lesser y a observé, comme dans l'estomac, des hémorrhagies infiltrées peu étendues. Cet auteur a remarqué que dans la portion supérieure de l'intestin grcle, les hémorrhagies étaient même plus nombreuses que dans l'estomac.
Dans le système nerveux, ce sont les phénomènes de congestion vasculaire qui prédominent. La congestion est souvent assez prononcée pour aller jusqu'à la rupture vasculaire dans les enveloppes cérébrales. C'est ainsi qu'on a noté la congestion cérébrale, la réplétion des sinus de la dure-mère et le pointillé hémorrhagique de la surface des circonvolutions. Les hémorrhagies méningées sont assez fréquentes ; Tardieu les a trouvées 6 fois sur 7 cas de mort subite dans l'alcoolisme.
Ces lésions sont en rapport avec l'intoxication. D'autres fois la mort peut encore arriver dans l'alcoolisme aigu d'une manière accidentelle. Elle peut être causée par un refroidissement excessif avec température très basse, quand les individus s'endorment profondément en plein air pendant les nuits froides de l'hiver. Ils peuvent mourir ainsi, ou contracter une maladie grave, telle qu'une pneumonie qui les emportera en peu de jours. Nous n'insistons pas sur ces causes de mort qui ne sont pas directement imputables à l'intoxication aiguë. Dans l'alcoolisme aigu , la mort arrive presque exclusivement par le fait des accidents nerveux. L'alcool agit à la façon des poisons stupéfiants.