ALCOOLISME CHRONIQUE
L'alcool introduit dans l'économie à doses suffisamment répétées amène à la longue et dans un temps qui varie en raison de la quantité du liquide absorbé et de la répétition plus ou moins fréquente de l'ingestion, des désordres locaux et généraux qui constituent l'intoxication chronique ou l'alcoolisme chronique. Peu de sujets arrivent à l'alcoolisme chronique sans avoir présenté quelques-unes des manifestations qui peuvent être considérées comme le résultat d'un empoisonnement aigu. Quelques individus, cependant, en raison d'habitudes particulières d'intempérance, en raison aussi d'une grande tolérance passagère, peuvent n'avoir jamais eu de manifestations aiguës et arriver cependant d'une manière lente et insidieuse à la période la plus avancée de
l'alcoolisme chronique. Chez ces individus, la constatation d'une lésion viscérale grave, de la cirrhose du foie par exemple, peut ôlre le premier signe révélateur d'une intoxication déjà longue et irrémc^diable.
Dans l'empoisonnement chronique par l'alcool, tous les systèmes et tous les appareils peuvent être intéressés. L'alcool, après avoir imprégné et impressionné chacun des organes, produit, en dernière analyse, une maladie de toute la substance, iine véritable diathèsc. Certains organes placés sur le passage de l'alcool ou doués d'une susceptibilité particulière sont plus souvent et plus profondément lésés; il n'en est pas qui présente de résistance absolue et qui ne puisse être frappé, à un moment donné, de l'intoxication alcoolique.
Nous devons tenir compte de cette généralisation des basions et montrer quels sont les désordres produits dans chaque appareil en particulier. Après f.voir analysé ces lésions, le moment viendra de les grouper et de montrer les formes principales que peut revêtir en clini(iue l'alcoolisme chronique.
Notre premier soin sera donc d'étudier les désordres produits dans chaque appareil considéré isolément.
Appareil digestif. — L'appareil digestif est fréquemment et profondément touché par l'action de l'alcool. L'alcool l'impressionne comme les autres appareils de l'organisme et exerce de plus sur la muqueuse digestive une action irritante directe, comparable à l'action dun poison irritant et caustique.
La bouche des buveurs présente quelques modifications dues à l'abus de l'alcool. La muqueuse buccale est rouge et des((uamée par places. La langue est blanchâtre, saburrale comme dans les irritations chroniques du tube digestif; elle est parfois fendillée. L'haleine a une odeur aigrelette, sui generis.
Le pharynx présente les mômes altérations; sa muqueuse est rouge et tuméfiée par places. Les glandes font une saillie appréciable h la vue et au toucher; leur aspect est assez semblable à celui qu'elles ont dans l'origine granuleuse.
L'œsophage, dont les altérations sont probablement de même nature, peut, en outre, présenter dans sa partie inférieure de petites érosions analogues à celles que nous décrirons sur la muqueuse gastrique. Tout récemment, M. Letulle a constaté, chez un alcoolique, des varices énormes des veines de l'œsophage. L'estomac et le foie étaient sains ; aussi ces varices ne pouvaientelles être attribuées à une gène de la circulation veineuse hépatique. Pour Letulle, elles étaient dues à une action directe de l'alcool sur les veines de l'œsophage.
Vestomac est fréquemment altéré. Il peut être atteint d'inflammation simple ou ulcéreuse. On a encore décrit une variété de gastrite phlegmoneuse ou de phlegmon dilïus de l'estomac, dont il a été observé quelques cas. Il nous semble difficile d'admettre que l'alcool puisse amener directement la suppuration de l'estomac. Il est plus probable que l'alcool, en déterminant des érosions gastriques, permet aux organismes de la suppuration de pénétrer dans les tuniques de l'estomac et d'amener la fonte suppurative. Ces complications de gastrite phlegmoneuse sont d'ailleurs extrêmement rares.
L'inflammation chronique est, au contraire, d'une grande fré(juence. Elle est simple ou ulcéreuse.
Dans la gastrite alcoolique simple, les dimensions de l'estomac sont variables. Cet organe serait dilaté chez les buveurs de bière, de cidre ou de vin, rétracté chez les buveurs d'eaux-de-vie (Lancereaux). La dilatation n'est peutêtre qu'une lésion transitoire destinée à faire place ultérieurement à la rétraction de l'org-ane. Dans les cas typiques, les parois sont indurées et épaissies. La muqueuse est plissée dans le sens longitudinal. Son aspect est celui de l'estomac dit à colonnes. Les plis s'elTacent difficilement par les tractions exercées sur leurs côtés. On distingue, de distance en distance, des saillies correspondant à des dilatations kystiques ou à des polypes glandulaires el fibreux. On peut constater la présence de polyadénomes.
La muqueuse est de couleur grise, ponctuée de place en place, par des points ecchymotiques, généralement peu étendus.
.Microscopiquement, les lésions sont celles de la gastrite chronique, avec disparition d'une partie des glandes.
Les lésions peuvent retentir sur les autres tuniques de l'estomac. Peuventelles aller jusqu'à produire les lésions de la gastrite chronique avec sclérose sous-muqueuse hypertrophique ? Hanot et Gombault, qui après Andral el Wilks, etc., ont décrit cette altération de l'estomac, ne l'admettent pas. Cependant dans l'observation de Wilks, la malade était alcoolique.
Cette forme de gastrite alcoolique peut rester simple; souvent, elle s'accompagne d'ulcérations ou plutôt d'érosions.
Ces ulcérations ditïèrent de l'ulcère simple de Cruveilhier par leur multiplicité, leur peu d'étendue, leur irrégularité et par leur peu de tendance à l'extension en profondeur.
Exceptionnellement, elles peuvent être solitaires; le plus souvent, il en existe plusieurs. Elles siègent généralement au sommet d'un pli et rappellent les ulcérations fissuraires de la langue; elles sont peu profondes et n'entament guère que la partie la plus superficielle de la muqueuse. Lancereaux a remarqué que ces ulcérations présentaient souvent un petit caillot de sang à leur centre et que, même en l'absence de ce caillot, on constatait souvent la présence des grains d'hématosine à leur surface. Il en a conclu que ces érosions étaient dues à l'ouverture d'un petit vaisseau sanguin.
Au point de vue pathogénique, les érosions gastriques de l'alcoolisme sont causées par l'action directe de l'alcool ou par l'action du suc gastrique, agissant sur une partie de la muqueuse dépouillée d'épithélium.
A ces lésions de l'estomac, correspondent en clinique les symptômes de la dyspepsie et de la gastrite alcooliques.
Peu de buveurs échappent à la dyspepsie.
La dyspepsie alcoolique en plus des symptômes communs à toutes les dyspepsies (lenteur dans les digestions, nausées, inappétence, soif vive, parfois vomissements, etc., etc.), s'accompagne ordinairement d'un signe de grande valeur qui permet à lui seul de soupçonner l'origine alcoolique des troubles digestifs. Ce signe est la pituite matinale. La pituite consiste, ou le sait, dans le rejet d'un liquide blanchâtre, filant et spumeux. Le rejet de ce liquide est précédé de nausées et de renvois ; il est suivi dune épouvantable amertume de la bouche. Presque toujours la pituite s'accompagne de violents efforts de toux, parfois de congestion de la face et des yeux. Caractère
important, la pituite a lieu le matin, à jeun. Elle est moins abondante, et parois môme peut mancpier chez les alcooliques qui ont soin d'absorber quelque liquide ou qucl({ue aliment dès leur réveil. La pituite paraît formée de salive déglutie pendant le sommeil.
La gastrite alcoolique, plus rare que la dyspepsie, s'accompagne des troubles fonctionnels et organicjues propres à toutes les gastrites. Il serait du plus haut intérêt de savoir ce que deviennent dans cette variété d'inflammation de l'estomac, le suc gastrique et les éléments de ce liquide (acide chlorhydrique, ferment lactique, pepsine, etc.), qui participent au travail de la digestion; malheureusement nous manquons sur ce point de documents concordants.
Un signe propre à la gastrite alcoolique, ou tout au moins d'une extrême rareté dans la gastrite glandulaire ordinaire, consiste dans de petites hématémèses dues aux érosions gastriques que nous avons signalées. Ces hématémèses sont d'ailleurs rares, peu abondantes et se caractérisent plutôt par la présence du sang en petite quantité dans les matières vomies que par un vomissement de sang pur. Cette hémorrhagie gastri({uc diffère absolument de celle qu'on observe dans la maladie de Cruveilhier.
Les lésions intestinales beaucoup moins importantes que les lésions gastriques sont mal connues au point de vue anatomique. On admet qu'elles consistent dans un catarrhe chronique de l'intestin, qui rend compte des débâcles intestinales qu'on peut observer d'une manière intermittente dans l'alcoolisme.
Glandes annexes du tube digestif. — Toutes les glandes annexées au tube digestif peuvent être lésées. On a signalé la stéatose des épithéliums des glandes salivaires, des altérations analogues des épithéliums du pancréas et la cirrhose de cette glande, à laquelle il faut peut-être rapporter la glycosurie signalée par Ernst Bumm. Ces lésions sont rares et peu importantes au point de vue clinique.
Foie. — Les lésions du foie portent sur le tissu conjonctif de l'organe cl sur les cellules hépatiques.
Les lésions du tissu conjonctif sont connues depuis longtemps et universellement admises. Elles produisent la cirrhose hépatique vulgaire, cirj-hose de Laennec, souvent dénommée cirrhose alcoolique en raison de son étiologie. Nous n'avons à étudier ni les lésions ni les symptômes de cette cirrhose, dont on trouvera la description dans un autre volume de ce recueil (*). Rappelons seulement qu'au point de vue expérimental, MM. Straus et Blocq ont étudié l'action de l'alcool sur le foie et réalisé les lésions de la cirrhose alrophique à la première période. Ces auteurs ont vu (juc des animaux en expérience présentaient au bout de 5 ou 4 mois des lésions du foie appréciables au microscope. Le tissu conjonctif de l'organe était infiltré de cellules rondes au niveau des espaces portes; la lobulation était plus marquée. Au septième mois, certains lobules étaient complètement entourés de cellules. Comme dilTérence à noter avec la cirrhose alcoolique de l'homme, les manchons leucocytiques étaient aussi abondants autour des canaux biliaires qu'autour
(') \(nr les maladies du foie, tome III de ce traité.
des veines et des artères. Les veines sus-hépatiques étaient constamment respectées.
Dans toute cirrhose alcooHque, les cellules hépatiques présentent des altérations manifestes; mais ces altérations sont plutôt d'ordre mécanique et paraissent causées par la compression exercée par le tissu fibreux rétracté. Dans certains cas les cellules hépatiques sont plus profondément atteintes. Elles sont dégénérées et stéatosées, comme si le poison avait agi sur elles d'une manière toute spéciale. Ces altérations cellulaires s'observent dans certaines cirrhoses atrophiques à marche rapide.
Parmi les lésions hépatiques observées chez les alcooliques, il faut encore citer les cirrhoses, dites hypertrophiques graisseuses, décrites par MM. Hutinel et Sabourin chez les tuberculeux alcooliques.
Enfin, les cellules hépatiques peuvent être frappées indépendamment de toute altération importante du tissu conjonctif, dans certaines hépatites parenchymateuses (ictères graves des alcooliques).
Appareil respiratoire. — Les lésions du larynx paraissent dues le plus souvent à l'extension des lésions du pharynx. Elles sont généralement d'ordre congestif. Cliniquement, elles se manifestent par la parole spéciale des alcooliques chroniques, dont la voix est rauque, éraillée et gutturale. Souvent, il existe de l'aphonie, surtout le matin.
Aux lésions congestives du larynx et de la trachée, correspond la toux matinale des alcooliques. Cette toux accompagne souvent la pituite et favorise le vomissement qui l'accompagne.
L'alcool ne paraît pas déterminer de lésions pulmonaires spéciales. Tout au plus pourrait-on citer, à ce point de vue, certaines observations de congestion pulmonaire suraiguë ou d'apoplexie pulmonaire. Par contre, l'alcoolisme chronique aggrave singulièrement le pronostic de la plupart des affections thoraciques. On sait quelle est la gravité de la pneumonie aiguë chez les alcooliques, même indépendamment des complications nerveuses, et combien fréquente est sa terminaison par hépatisation grise.
Les notions médicales contemporaines ne nous permettent guère d'affirmer que l'alcoolisme suffise à lui seul pour produire la gangrène pulmonaire; il est néanmoins hors de doute qu'il en facilite singulièrement la production.
La même remarque peut s'appliquer à la tuberculose pulmonaire. L'alcool ne peut la produire à lui seul ; mais il la favorise puissamment en rendant le terrain apte à recevoir et à faire fructifier le germe tuberculeux. La tuberculose ainsi créée, est généralement une tuberculose de l'âge avancé. Elle a une marche rapide; les poussées granuleuses sont très étendues et accompagnées d'hémoptysies abondantes, facilitées par le mauvais état antérieur des vaisseaux pulmonaires. Très souvent, la tuberculose des alcooliques s'accompagne de manifestations hépatiques graves, sous forme de cirrhoses graisseuses ou de cirrhoses tuberculeuses.
Appareil circulatoire. — Dans l'alcoolisme chronique, le cœur est surtout frappé dans sa musculature. Un grand nombre de myocardites scléreuses doivent être mises sur le compte de l'intoxication alcoolique. Ces myocardites
paraissent, d'ailleurs, rarement primitives. Elles semblent plutôt consécutives à des lésions des artères du cœur, également d'origine alcoolique.
L'appareil valvulaire ne paraît pas directement intéressé par l'alcool. L'endocardite chronique alcoolique est pour le moins douteuse.
Pour certains auteurs, le système artériel est profondément touché dans l'alcoolisme. Ce serait à l'influence de l'alcool qu'il faudrait, en effet, rapporter la production des plaques athéromateuses. Lancereaux n'admet pas cette origine de l'athérome. Duclos, de son côté, a noté que sur 52 autopsies d'alcooliques, le système artériel était intact 25 fois. Dans les 27 autres cas, les lésions consistaient en plaques jaunâtres à peine saillantes occupant la tunique interne. Duclos rapporte ces plaques à la stéatose et non à l'athérome. Il est cependant certain qu'on rencontre fréquemment à l'autopsie des alcooliques la dégénérescence athéromateuse des artères ; mais il s'agit d'une lésion en réalité si fréquente qu'on peut se demander dans quelle mesure l'alcool intervient dans sa production.
La seule lésion veineuse qui paraisse ressortir manifestement de l'alcoolisme est la pyléphlébite adhésive qui a été observée parBudd, Frerichs et Lancereaux. La genèse de cette inflammation veineuse se conçoit, du reste, facilement, la veine porte charriant l'alcool puisé directement dans le tube digestif. L'alcool paraît, d'ailleurs, avoir une action manifeste sur les veines du tube digestif, comme le montre l'observation de Letulle, relative à des varices veineuses de l'œsophage.
Appareil urinaire. — Le rein est fréquemment ou rarement intéressé dans l'alcoolisme chronique, suivant qu'on admet l'influence de l'alcool sur la production de l'artérite athéromateuse ou qu'on nie cette influence. Dans le premier cas, on admet que l'alcool est une des principales causes de la néphrite interstitielle d'origine artérielle. Cette influence est niée par Lancereaux.
Abstraction faite de la néphrite interstitielle, les lésions rénales de l'alcoolisme sont assez mal connues. Il paraît logique d'admettre qu'elles doivent être fré({uentes, sans que leur forme soit bien établie. Formad a décrit une altération spéciale du rein, qu'il dit particulière à l'alcoolisme. Il s'agit d'ime lésion du rein, qu'il appelle le rein en dos de porc des alcooliques. Cette lésion serait due à la congestion veineuse chronique. Il y en aurait deux variétés : une cyanotique; une œdémateuse.
L'urine, contrairement à Tiedemann, Gmelin renfermerait de l'alcool pour Lallemand, Duroy et Perrin. D'après Ernst Bumm, elle renfermerait du sucre d'une manière passagère et intermittente dans le delirium tremens.
Bernabéi a trouvé que chez trois alcooliques la quantité d'azote éliminée par les urines était réduite au tiers de la normale. L'acide urique, d'après lui, n'existe plus (ju'en traces impondérables et la créatine est également diminuée.
Appareil génital. — Dans quelques cas rares, les testicules peuvent s'atrophier (Baesch). Fréquemment, on note lanaphrodisie et l'impuissance.
Chez les femmes, la menstruation est troublée; parfois elle peut cesser complètement.
L'alcoolisme paraît être une cause fréquente d'avorlement. Si la grossesse suit son cours régulier et si l'accouchement se fait dans des conditions nor-
maies, les enfants issns d'alcooliques peuvent ressentir l'influence de l'intoxication de leurs parents.
L'enfant conç-u dans l'ivresse alcoolique de l'homme est fréquemment épileptique, aliéné ou idiot (Demeaux). D'autre part, d'après Thomsen, l'ivrognerie comme tout autre penchant héréditaire, peut passer à l'état de psychose transmissible par voie d'hérédité. D'après cet auteur, elle pourrait se transmettre directement d'une génération à la suivante ou sauter une ou deux générations. Thomsen croit beaucoup plus rare sa transformation en épilepsie ou en tout autre tare constitutionnelle.
Système nerveux. — Le système nerveux est le siège de lésions graves et profondes. Les organes qui le composent sont avec les organes digestifs ceux qui paraissent souff"rir le plus gravement de l'intoxication alcoolique.
Le cerveau, la moelle, les nerfs périphériques, les organes des sens peuvent être altérés, isolément ou simultanément, en réagissant chacun à leur manière sous l'influence du poison. Presque toujours, l'intoxication intéresse simultanément plusieurs parties du système nerveux. Il en résulte une très grande complexité dans les phénomènes nerveux présentés par les alcooliques. Nous ne pouvons que signaler cette complexité, sans entrer dans l'étude des cas particuliers. La plupart des phénomènes nerveux de l'alcoolisme devant être traités, d'ailleurs, dans d'autres chapitres de ce recueil, nous nous contenterons de signaler les principaux sans les décrire complètement.
Les lésions du système nerveux peuvent être parfois inappréciables, comme le fait s'observe dans quelques cas de delirium tremens terminé par la mort rapide. Elles peuvent être purement congestives, bornées à la réplétion des vaisseaux, à quelques sufl'usions sanguines ou à l'œdème des méninges. D'autres fois, surtout dans l'alcoolisme de date ancienne, elles sont plus nettes et se caractérisent par des altérations avancées des cellules nerveuses et de la névroglie.
Nous avons déjà mentionné la fréquence relative des hémorrhagies méningées chez les alcooliques. Elles sont, avons-nous dit, une des causes de la mort dans l'alcoolisme aigu. Ces hémorrhagies sont produites par la lésion ordinaire de l'apoplexie méningée, c'est-à-dire par la pachyméningite. L'alcool pourrait avoir une action irritante directe sur le tissu de la dure-mère, ce qui expliquerait pour M. Lancereaux la production des fausses membranes de la pachyméningite.
L'arachnoïde et la pie-mère sont presque toujours altérées chez les alcooliques dont l'intoxication est ancienne. Dans l'alcoolisme aigu terminé par la mort, ces membranes présentent ordinairement les signes d'une congestion intense. Dans l'alcoolisme chronique, terminé par la démence et l'imbécillité, elles SQut épaissies, fusionnées et adhérentes à la substance cérébrale sousjacenle. L'arachnoïde pré.-^ente plus spécialement des plaques blanchâtres, plus ou moins épaisses et étendues, qui sont l'indice d'une inflammation chronique.
Les lésions du cerveau sont moins nettement établies. Pour Magnan, elles consistent en irritations chroniques diffuses. Tantôt, dans la démence alcoolique
chroni({ue, la sléatose cl le ramollissement alhéromateux dominent; tantôt, dans la paralysie générale, il s'agit sui'loul des lésions interstitielles (de la sclérose de la névroglie) (Magnan). La première de ces lésions est seule indiscutable; la seconde est, en réalité, la lésion de la paralysie générale progressive, à propos de laquelle on peut se demander si l'alcoolisme en est bien la cause réelle ou s'il n'y a pas une simple coïncidence. Cette dernière opinion est adoptée par les auteurs qui ne veulent pas qu'on confonde avec la paralysie générale progressive certaines encéphalopathies alcooliques qu'ils considèrent comme des pseudo-paralysies générales (*).
Il n'y a pas de lésions médullaires spéciales à l'alcoolisme. Depuis qu'on connaît les névrites périphériques des alcooliques on est, d'ailleurs, moins tenté de chercher dans la moelle la raison d'ôtre des symptômes nerveux, tels qvie les paralysies du mouvement et de la sensibilité, attribués autrefois à des lésions du système nerveux central. La moelle n'est cependant pas complètement indemne ; c'est vraisemblablement à une lésion de ses cellules qu'est dû le tremblement alcoolique, particulièrement le tremblement généralisé avec frémissements fdirillaires et ondulations des muscles observé dans le delirium tremens. — Dans un cas cité, isolé jusqu'à ce jour, Vierordt a signalé la dégénérescence des cordons de Goll chez un buveur.
Les nerfs périphériques présentent des lésions caractéristiques dans l'alcoolisme. Les travaux de Charcot, Lancereaux, Oettinger, Brissaud, Mme Déjerine, Klumpke, Thomsen, etc., etc., ont montré que les paralysies motrices des alcooliques étaient dues à des lésions des nerfs périphériques. Il s'agit, dans les formes curables, d'une névrite spéciale (névrite segmentaire periaxile) avec persistance du cylindre-axe; dans les formes plus graves la lésion nerveuse est celle de la dégénérescence wallèrienne; le cylindre-axe est interrompu et disparaît. La gaine nerveuse est vide et remplie seulement de blocs de myéline.
Au point de vue clinique, les troubles nerveux de l'alcoolisme chronique consistent en désordres de l'intelligence (délire alcoolique, démence), et en troubles de la motilité et de la sensibilité. Ces dilïérents troubles du système nerveux devant être étudiés complètement dans le tome VI, nous ne ferons que les indiquer sommairement.
Les désordres de l'intelligence sont, par ordre de gravité croissante : l'ivresse, le délire alcoolique simple, le delirium tremens et la démence alcoolique.
L'ivresse est en effet un délire éphémère dû à l'ingestion d'une dose plus ou moins forte d'alcool et cessant quand le poison a été éliminé.
Comme, l'ivresse le délire alcoolique est le plus souvent la conséquence d'un excès passager d'alcool. Il n'apparaît toutefois que chez les sujets qui ont déjà subi une imprégnation assez profonde. Certains malades, à système nerveux particulièrement résistant, peuvent ne jamais présenter de délire, quelles que soient la durée et la gravité de l'intoxication ; d'autres, au contraire, peuvent délirer d'une manière très précoce, par suite d'une susceptibilité spéciale du cerveau grâce à des prédispositions héréditaires, ({ui jouent un rôle incontestable.
(') On trouvera dans le tome VI de ce traité tous les détails que comporte la question des rapports de l'alcoolisme avec la paralysie générale.
Le délire alcoolique est un délire triste, caractérisé par des idées fausses, le plus souvent pénibles ou même terrifiantes. Les malades ont des hallucinations de môme ordre ; ils voient des individus qui les poursuivent, des animaux effrayants ou immondes qui s'acharnent après eux. Ces hallucinations n'ont rien de fixe ; elles sont essentiellement mobiles. La vue est l'organe qui joue le rôle principal dans ces apparitions ; l'ouïe, l'odorat sont moins fréquemment en cause.
Un deuxième caractère des idées délirantes des alcooliques est d'avoir souvent pour objet les préoccupations du malade : la profession (d'où le délire professionnel des ivrognes), les événements de la politique contemporaine, les crimes et les criminels célèbres qui occupent l'attention du moment.
Les hallucinations augmentent toujours dans l'obscurité; à un degré atténué du délire alcoolique, elles peuvent disparaître pendant le jour.
Le délire alcoolique est toujours un délire d'action. Le malade poursuivi par ses hallucinations les objective et cherche à se venger de ses ennemis imaginaires; il peut, dans ces conditions, devenir dangereux pour lui-môme et pour son entourage.
Le délire alcoolique est presque toujours accompagné d'un tremblement plus ou moins généralisé et de mouvements en rapport avec les sensations subjectives du malade, souvent avec la poursuite des animaux qui cherchent à l'attaquer ou qui grimpent après lui.
La gravité du délire alcoolique est variable et dépend à la fois de l'intensité de l'intoxication et de la prédisposition du malade. Magnan (') divise à ce point de vue les malades en trois catégories : dans la première, il classe les malades atteints de délire, à convalescence bénigne, rapide et complète. Dans la deuxième, sont les malades à convalescence lente et à rechute facile. Dans la troisième sont les malades prédisposés à rechutes fréquentes, et à convalescence souvent entravée par des idées délirantes, affectant plus ou moins la forme des délires partiels.
Le délire alcoolique s'accompagne de tremblement musculaire, môme dans sa forme la plus simple; dans les cas bénins, le tremblement est peu marqué et ne se perçoit qu'à l'occasion des mouvements et des actes. Si le tremblement est plus intense, s'il se généralise et devient incessant, perceptible même pendant le sommeil, il constitue alors un symptôme prédominant qui atteste par son intensité la souffrance excessive de la moelle. On lui donne alors le nom de delirium tremens. Les limites qui séparent le délire simple du délire tremblant sont, d'ailleurs, assez mal établies; ces deux formes ne paraissent distinctes que par la participation plus ou moins grande de l'élément moteur. Pour Magnan, la température fournirait les éléments du diagnostic; si le thermomètre indique une température normale ou simplement élevée d'une manière passagère , il s'agit du délire simple ; si la température est élevée d'une manière continue, il s'agit du délire tremblant.
Quoi qu'il en soit, avec des idées délirantes analogues à celles qu'on observe dans le délire simple, il existe, dans le delirium tremens, un tremblement général des muscles, un véritable frémissement musculaire, appréciable sur toute la
(') Magnan, De l'alcoolisme.
surface du corps. En môme temps que le tremblomeal, on observe des contractions fdjrillaires, une ondulation musculaire visible sous le soulèvement et l'afTaissement de la peau. La peau est couverte de sueurs, l'haleine est fétide. Le delirium tremens dans sa forme fébrile est, le plus souvent, d'une grande gravité ; il peut tuer le malade par congestion du système nerveux et par méningite aiguë (Robin).
Le délire alcoolique simple et le delirium tremens s'observent souvent à la suite d'excès prolongés d'alcool. Ils peuvent aussi se montrer dans des circonstances particulièrement intéressantes pour le médecin, dans le cours d'une maladie aiguë, telle que la pneumonie, l'érysipèle, une fièvre éruptive, en un mot dans le cours de la plupart des maladies infectieuses s'accompagnant d'une température élevée. Il s'observe également chez les blessés, où Dupuytren l'avait décrit comme un délire nerveux simple.
La privation brusque de l'alcool joue aussi un certain rôle dans l'apparition de ces délires (comme cela se voit chez les alcooliques emprisonnés pour quelque délit et sevrés de leur stimulant habituel).
Le délire alcoolique est un accident passager de l'alcoolisme, susceptible de guérison. La démence alcoolique constitue au contraire un état permanent et irrémédiable ; elle est l'aboutissant des troubles nerveux présentés par l'alcoolique invétéré, qui continue à boire malgré les avertissements donnés par les accès de délire passager. En rapport avec les lésions profondes des cellules nerveuses et des vaisseaux de l'encéphale, la démence alcoolique se caractérise cliniquement par un affaiblissement progressif de toutes les facultés intellectuelles. L'imagination s'éteint; la mémoire se perd; la parole s'embarrasse. Les mouvements sont incertains. La sensibilité est obtuse. L'alcoolique tombe alors dans un état permanent d'hébétude, entrecoupé de temps en temps par des accès de délire passager ou par une excitation maniaque de peu de durée. Ainsi compromises, les facultés intellectuelles ne peuvent plus retrouver leur fonctionnement normal. L'alcoolique meurt en pleine démence.
Paralysies alcooliques. - Les troubles de l'intelligence s'accompagnent presque toujours de troubles de la motilité. Dans d'autres cas, les désordres de la motilité constituant les paralysies alcooliques, existent isolément.
Les paralysies alcooliques, déjà signalées par M. Huss, ont été bien étudiées par MM. Charcot, Lancereaux, Oettinger, Brissaud, Déjerine, Thomsen, etc. Elles s'observent surtout chez les alcooliques invétérés. Ces paralysies s'installent généralement d'une manière insidieuse. D'après Boisvert, le début serait assez souvent marqué par des coliques, qui seraient l'équivalent clinique des douleurs fulgurantes des membres. La paralysie frappe de préférence les membres inférieurs et particulièrement certains groupes musculaires. Lo membre inférieur a une attitude spéciale. L'impotence musculaire est complète ou incomplète. Les réflexes rotuliens sont abolis. Dans quelques cas la marche du malade est caractéristique. ■ — La paralysie peut s'étendre, gagner les membres supérieurs et déterminer une impotence presque absolue. D'après Déjerine, elle pourrait frapper le pneumo-gastrique et produire la tachycardie, quelquefois même amener une syncope mortelle.
Le plus souvent les muscles de la face sont respectés. Thomsen a pu cependant réunir 6 cas de paralysie alcoolique des muscles de l'œil. Il est à remarquer que, dans ces 6 cas, la paralysie suivit une marche aiguë et que les malades succombèrent au bout d'un temps variant entre 6 et 20 jours, après avoir présenté de l'ataxie des membres et de l'obnubilation intellectuelle. A l'autopsie des 6 malades, Wernicke et Kojewnikoff trouvèrent une altération de la substance grise des parois du troisième ventricule et du plancher du quatrième ventricule.
La paralysie alcoolique ne s'accompagne pas de contracture ni de convulsions; les phénomènes spasmodiques sont, d'ailleurs, rares dans l'alcoolisme pur. Les convulsions et les attaques épileptiformes seraient dues à l'absinthisme (Magnan).
La sensibilité est presque toujours altérée dans la paralysie alcoolique. Tantôt elle est exaltée sous forme d'hyperesthésie ; tantôt il existe des douleurs sous forme de fourmillements et de névralgies, particulièrement dans les membres.
Dans des cas nombreux la sensibilité est émoussée; elle disparaît par places. Quelquefois, les troubles sensitifs revêtent la forme hémianesthésique, chez les hystériques alcooliques.
L'alcoolisme, dans ses rapports avec l'hystérie, sera étudié dans vni autre chapitre. Nous devons cependant rappeler ici que l'alcoolisme peut déterminer un ensemble symptomatique absolument analogue, sinon identique à celui de l'hystérie. La ressemblance est parfaite, tant au point de vue des manifestations (paralysie motrice, attaques convulsives, etc.), qu'au point de vue des stigmates persistants en dehors des attaques (rétrécissement du champ visuel, anesthésie pharyngienne, sensation de boule cervicale, douleurs tesliculaires, hémianesthésie, etc., etc.).
L'alcoolisme ne provoque pas l'apparition de l'hystérie chez tous les alcooliques indifféremment, mais il la détermine chez les malades prédisposés par un état névropathique antérieur. Le rôle de l'alcoolisme est analogue à celui des traumatismes, qui peuvent développer des accidents hystériques (Charcot), mais seulement chez les sujets prédisposés.
Sensibilité spéciale. — Tous les organes des sens peuvent être frappés dans l'hystérie alcoolique. On peut observer des troubles visuels consistant en : amblyopie, dyschromatopsie et rétrécissement du champ visuel; des troubles de l'ouïe, de l'odorat et du goût généralement limités à un côté du corps. En plus de ces troubles hystériques, il peut y avoir des altérations remarquables de la vue, étudiées récemment par Uhtoff. — Uhtoff a constaté chez un grand nombre d'alcooliques (15 pour 100 environ) une décoloration caractéristique du tiers externe de la papille, qui est pâle et anémié, tandis que les deux tiers sont d'un rouge sale. Cliniquement, les malades atteints de cette altération papillaire accusent une diminution de l'acuité visuelle et de la gène de l'accommodation. Ils ont un scotome central du champ visuel. Les couleurs cessent d'être perçues sur une surface peu étendue. Dans 2 autopsies d'amblyopie alcoolique, Uthoff a constaté qu'il s'agissait d'une névrite atrophique partielle, caractérisée par la prolifération du tissu conjonctif interstitiel avec
multiplication des noyaux, la néoformation des vaisseaux avec épaississement des parois et l'atrophie des libres nerveuses.
Les muscles de l'œil sont le plus souvent 'épargnés dans les paralysies alcooliques (soit névritiques, soit hystériques). Rappelons, cependant, qu'ils ont été intéressés dans la paralysie aiguë, signalée par Thomson.
Peau. — La peau est, chez les alcooliques, le siège d'altérations fréquentes. Un grand nombre de malades présentent de la rougeur de la peau, de la congestion du système vasculaire du nez et des joues, des boutons d'acné, de la couperose, etc. La plupart sont sujets à l'eczéma, à l'ecthyma et aux lésions similaires. On sait que chez eux les affections cutanées, comme les manifestations syphilitiques, d'ailleurs, sont particulièrement graves et rebelles au traitement. Extension en surface et en profondeur, longue durée des manifestations morbides, grande fréquence des complications de lymphangite, d'adénite, d'érysipèle ou de phlegmon, tels sont les caractères présentés par les affections cutanées dans l'alcoolisme.
Formes cliniques de l'alcoolisme chronique. — Il est difficile de grouper les différents symptômes de l'alcoolisme de façon à en former des types cliniques. Car la plupart des malades présentent, à des degrés variables, des symptômes multiples portant sur presque tous les appareils.
On doit toutefois faire remarquer que certains malades réagissent surtout par leur tube digestif et que d'autres, en vertu d'une prédisposition spéciale, sont plutôt frappés dans leur système nerveux encéphalique ou médullaire. De là deux formes cliniques de l'alcoolisme : une forme gastro-intestinale et une forme nerveuse. Dans la forme gastro- intestinale sont les malades atteints de fréquents embarras gastriques avec congestion passagère du foie. Chez ces malades, la pituite matinale est excessive, extrêmement abondante ; les digestions sont laborieuses ; les symptômes gastriques sont d'une grande intensité. Ces malades succombent d'ordinaire à la cirrhose atrophique ou à l'hépatite graisseuse.
Dans la forme nerveuse, deux modalités cliniques sont possibles. Tantôt les symptômes cérébraux prédominent sous forme de délire et de troubles intellectuels. La démence ou la pseudo-paralysie générale des alcooliques terminent la scène. Tantôt ce sont les paralysies alcooliques qui constituent le phénomène capital, souvent à l'exclusion d'autres manifestations nerveuses.
Diagnostic. — Le diagnostic doit être surtout étiologique; le rôle du médecin consiste à rechercher les stigmates de l'intoxication alcoolique et les signes qui servent à la mettre en évidence. Les renseignements fournis par les malades ou par leur entourage auraient, à ce point de vue, une importance capitale s'ils n'étaient souvent entachés d'erreur ou de mensonge. Faute de commémoratifs suffisamment véridiques, il faut avoir toujours présents à l'esprit les indices révélateurs de l'alcoolisme. Ces indices sont parfois faciles à trouver; d'autres fois, ils sont peu marqués, même dans des cas d'intoxication avancée.
Les stigmates de l'alcoolisme sont la pituite matinale, à laquelle échappent bien peu de malades; le tremblement avec ses caractères particuliers; les rêves
nocturnes avec les visions d'animaux variés et le caractère professionnel des visions. Comme les manifestations délirantes, les rêves des alcooliques sont tristes, souvent effrayants. Les animaux qu'ils voient sont immondes ou terrifiants. Quand ils revent des choses de leur profession, ce qu'ils entreprennent ne réussit pas. Cochers, leurs chevaux s'emportent ou tombent; leurs voitures accrochent. Marchands de vin, leurs clients les abandonnent, se plaignent de leurs produits ; le laboratoire municipal leur intente des procès. Rien ne réussit. L'accident ou la faillite sont proches.
Ces stigmates sont les plus fréquents. D'autres, pour être plus rares, qui ne sont pas sans importance. Telles sont les douleurs fixes ou par élancements dans les membres inférieurs, la sensation de constriction {de boité) dans les mollets; les troubles digestifs variés, les anesthésies partielles, les troubles de la vue, etc., etc.
Le diagnostic étiologique devrait encore tenir compte de la nature des produits alcooliques, coupables de l'intoxication. Mais, comme nous l'avons fait remarquer au début de cette étude, il est encore actuellement à peu près impossible de caractériser l'action des différents alcools et de leurs mélanges.
Seule l'action de labsinthe commence à être bien connue. C'est à cette liqueur qu'il faudrait attribuer la cause des convulsions précoces et des attaques d'épilepsie observées dans l'alcoolisme. En dehors de l'abus de l'absinthe, les convulsions ne se verraient qu'exceptionnellement et tardivement dans l'alcoolisme (Magnan).
Pronostic. — L'alcoolisme est grave par les désordres viscéraux qui occasionnent si souvent la mort des malades, et par les désordres intellectuels qui en font une des grandes causes de l'aliénation mentale. Il est redoutable aussi par ses conséquences sociales et les problèmes médico-légaux qu'il soulève journellement.
L'alcoolisme ne borne pas ses méfaits aux individus qui font abus de l'alcool ; il agit encore souvent sur leur descendance. Les descendants des alcooliques sont plus que tout autres frappés de tares nerveuses (d'hystérie, d'épilepsie, de dégénérescence mentale). Quelquefois, c'est le penchant à l'ivrognerie qui se transmet lui-même.
En plus des désordres viscéraux qu'il détermine et de l'influence qu'il exerce sur la descendance, l'alcoolisme est encore une cause d'aggravation pour les maladies intercurrentes, surtout pour les maladies aiguës (pneumonie, érysipèle. etc.), et même pour les maladies chroniques (syphilis, tuberculose, etc.) dont il précipite la marche et dont il rend les lésions plus intenses et plus tenaces.
Traitement. — Le traitement de l'alcoolisme est surtout prophylactique. Comme malheureusement les conseils des médecins et des hygiénistes sont presque toujours impuissants à empêcher qui a bu de boire, la seule prophylaxie consiste à favoriser l'adoption des mesures qui pourront restreindre le mal et rendre le poison plus inaccessible pour les malheureux tentés d'en abuser (').
(') Parmi les mesures proposées, le projet de loi de AL Alglave sur le monopole de l'alcool paraît un des plus pratiquement réalisables et un des plus efficaces au point de vue de la prophylaxie de l'alcoolisme.