‹ Traité de médecine (volume 5)Chapitre 97 sur 109 · OXYDE DE CARBONE · texte numérisé non relu

OXYDE DE CARBONE

plète de la contractilité faradiquc dans les muscles du pied et sa dimiimliun dans ceux de l'avant-bras.

L'anesthésie est la règle dans ces paralysies. Elle peut être complète.

Les troubles trophiques sont fréquents. On a signalé la formation de plaques œdémateuses sur le trajet des nerfs paralysés. Arnozan et Daelidet ont observé la formation d'eschares. Dans un fait signalé à l'Académie de médecine, le professeur Verneuil a vu des eschares survenir au talon, à l'extrémité des gros orteils, à la face antérieure des avant-bras et à la pointe de la langue. Dans leur voisinage, la circulation capillaire se faisait mal et la sensibilité était presque abolie. D'autres troubles trophiques, consistant en éruptions herpétiques siégeant sur le trajet des nerfs paralysés et en glossy-skin, ont été signalés par Leudet, Rendu, etc.

Empoisonnement chronique. — Les symptômes que nous venons de décrire sont ceux qui correspondent à l'empoisonnement aigu. Quand l'oxyde de carbone est absorbé à faibles doses d'une manière lente et prolongée, son absorption est suivie d'effets différents, qui réalisent l'empoisonnement chronique par cet agent. Cet empoisonnement chronique est l'empoisonnemenl j)rofessionnel des cuisiniers, des blanchisseuses, des mineurs, des ouvi'iers des usines à gaz, parfois des personnes qui habitent dans le voisinage de ces usines.

L'intoxication chronique se traduit par des signes d'anémie, de la courbature générale, quelquefois des troubles nerveux tels que des aneslhésies ou des paralysies motrices (Lancereaux). Lancereaux et Aubert ont signalé une toux trachéale persistante chez des enfants de 5 à 10 ans. Ollivier a mentionné la glycosurie qui a été observée en France et à l'étranger. Le diagnostic de ces troubles assez vagues se fait par les anamnestiques et surtout par l'examen du sang qui, examiné au speclroscope, donne la réaction caractéristique de l'oxyde de carbone (Brouardel).

Le traitement de l'empoisonnement par l'oxyde de carbone consiste, dans la forme aiguë, à ramener le sujet à l'air pur le plus rapidement possible. Il faudra aussi faire des frictions stimulantes, des injections d'éther et de caféine. Il conviendra également de faire la respiration artificielle et de donner de l'oxygène qui, malgré une action très lente, parvient cependant à chasser l'oxyde de carbone du sang oxycarboné.

Dans l'empoisonnement chronique, l'emploi de l'oxygène rendra encore les plus grands services. Cet emploi devra être accompagné de l'usage des toniques généraux. Il est inutile de dire que les malades devront être soustraits aux causes premières de l'intoxication.

Lésions anatomiques. — L'aspect extérieur des cadavres d'individus ayant succombé à l'intoxication par l'oxyde de carbone présente quelques particularités intéressantes à signaler. Ces cadavres se conservent intacts pendant fort longtemps. La putréfaction ne se développe qu'avec une extrême lenteur.

Le cadavre a une coloration rose clair généralisée, surtout marquée dans les parties postérieures, où le sang s'accumule par le fait de la position horizontale. Il existe assez fréquemment des plaques de même couleur au niveau des parties génitales, de la face interne des cuisses, du pli du coude, du jan-et, etc. Ces plaques sont généralement étendues.

A l'ouveiiure du corps, on est frappé de l'aspect du sang, qui est fluide et présente une coloration rose ou rouge clair remarquable. Cette couleur du sang est facile à apprécier quand le sang s'échappe des vaisseaux. Elle est encore plus marquée dans les organes où le sang circule dans des vaisseaux à parois minces (dans les séreuses, sur les méninges, sur le péritoine par exemple). La teinte rose clair du sang se retrouve dans tous les organes et leur donne un aspect tout particulier.

Les organes ne présentent pas de lésions caractéristiques. Ils paraissent toujours presque absolument sains.

Le sang, dont nous avons déjà signalé l'apparence physique si particulière, présente une réaction qui est caractéristique de l'empoisonnement par l'oxyde de carbone. C'est la réaction spectroscopique du sang oxycarboné. Voici en quoi consiste cette réaction.

On sait qu'à l'état normal le sang présente entre les raies D et E du spectre deux bandes d'absorption, l'une dans le jaune, l'autre dans le vert.

Rougcl Orangé I Jaune I Vert I Bleu f Indigo ' Violet I

0 10 ZO 20 «fO tO 6j 70 (iO ^0 lOÛ 110 t20 '30 ".0 IbO l«0 170 "80

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N°l.Sang Normal.

Lorsqu'on fait agir sur le sang un corps réducteur tel que le suU'hydrate d'ammoniaque, les deux raies D et E signalées ci-dessus disparaissent ou plutôt

N'*2Sang Normal

traite par les agents réducteurs

te 1*1

fusionnent en une bande unique, qui est la bande d'absorption de l'hémoglobine réduite.

Quand le sang est chargé d'oxyde de carbone, les résultats de l'examen spectroscopique sont tout différents. On constate bien l'existence de deux

fîiS-Sang cxjcarboné

avecûu sans agents réducteurs.

Raie 0

Raie E

bandes d'absorption , à peu près analogues à celles du sang normal , mais situées un peu plus à droite; de plus, ces bandes d'absorption ne s'effacent pas, ne fusionnent pas en une seule quand le sang est traité par les agents réducteurs.

En un mot le spectre du sang chargé d'oxyde de carbone est fixe et n'est pas influencé parles agents réducteurs.

Cette réaction spectroscopique du sang est absolument caractéristique de l'empoisonnement par l'oxyde de carbone. Malheureusement, elle peut faire défaut lorsque l'individu n'est pas mort dans l'atmosphère chargée d'oxyde de carbone, et que la mort n'est survenue qu'après plusieurs heures de respiration à l'air pur.

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