CHAPITRE II
TROUBLES CIRCULATOIRES
ANÉMIE. HYPERÉMIE
L 'anémie du pharynx, comme celle de la cavité buccale, est toujours •symptomatique d’une anémie générale. On la voit chez tous les cachectiques. Elle est surtout marquée chez les phthisiques. Dans les anémies dues aux maladies générales rapidement cachectisantes, elle coïncide souvent avec la persistance à la surface de la muqueuse gutturale d’arborisations vasculaires <jui tranchent sur le fond pâle de la membrane.
La constatation de l’anémie du pharynx, lorsqu’on examine la gorge tout d’abord, doit donc éveiller l’attention du médecin sur l’état général du sujet, •et notamment sur la possibilité de la phthisie au début. Elle a, comme on voit, une certaine importance diagnostique et pronostique, bien qu’elle ne comporte pas de traitement spécial.
L 'hyperémie de la muqueuse de la gorge est une condition extrêmement fréquente. Elle accompagne constamment un certain nombre de formes de pharyngite chronique. Je n’insisterai pas ici sur la congestion passive, qu’on a cependant assez souvent l’occasion d’observer chez des cardiaques, et je
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m’arrêterai davantage aux congestions actives du pharynx survenant par poussées, à cause de leur importance.
Ces poussées congestives, qu’on peut considérer le plus souvent comme des réflexes vaso-moteurs à point de départ viscéral, sont fréquentes chez les femmes nerveuses, surtout lorsqu’elles sont atteintes de troubles des fonctions génitales ou d’affections utéro-ovariennes. Certaines femmes en présentent à l’approche de chaque période menstruelle, et dans certains cas cette congestion est suivie d’une angine qui se répète de mois en mois (Jaccoud, A. Genet, Bertholle). On les observe encore très fréquemment chez les dyspeptiques, surtout ceux qui souffrent d’atonie ou de dilatation stomacale (Ruault), chez les constipés, et en général, chez les personnes atteintes de troubles gastrointestinaux. Elles sont assez fréquentes chez les arthritiques en général, et les goutteux en particulier.
La congestion passagère est souvent accompagnée de troubles sécrétoires consistant en une exagération de la sécrétion du mucus. La durée de ces poussées est variable : chez les dyspeptiques, elle peut se montrer presque constamment après les repas ou même à table, et durer pendant toute la période digestive; chez certaines femmes, elle dure pendant les deux ou trois jours qui précèdent la période menstruelle. Elles sont une des causes les plus nettes de certaines formes de pharyngite chronique, et même de rhinite chronique, car souvent elles s’étendent au pharynx nasal et à la muqueuse nasale elle-même, surtout chez les malades atteints de troubles digestifs.
ŒDÈMES
En dehors des œdèmes dus à des obstacles à la circulation veineuse, et de ceux qui sont associés aux inflammations, surtout aux inflammations phlegmoneuses, on rencontre encore l’œdème du pharynx dans certaines maladies où la « crase sanguine », comme on disait autrefois, est profondément troublée : chez les brigh tiques, par exemple, il accompagne parfois l’anasarque. Dans ce cas, l’œdème peut envahir le larynx. L’œdème pharyngo-laryngé des brightiques peut même quelquefois apparaître avant que d’autres symptômes aient éveillé l’attention du malade ou du médecin (Fauvel). Cet œdème, au pharynx, siège surtout à la luette ; parfois les arcs palatins, et le plus souvent un surtout d’entre eux, sont aussi infiltrés. Le repos et une médication convenable (diète lactée) peuvent le faire disparaître.
On peut encore observer au pharynx l’urticaire œdémateuse (Bazin, Hardy). J’ai dit déjà, à propos des œdèmes de la langue et des lèvres, que l’affection décrite par Quincke sous le nom d’œdème angioneurotique intermittent répondait exactement à l’urticaire œdémateuse; j’ajouterai ici que j’ai observé récemment, avec M. Féréol, une dame d’une soixantaine d’années, qui avait été prise tout à coup, à sa rentrée des bains de mer, d’un œdème très marqué de la partie inférieure de la face et du cou, puis du pharynx et du larynx, sans rougeur des parties, et en même temps de plaques d’urticaire érythémateuse
MALADIES DU PHARYNX ET DE SES ANNEXES
sur diverses parties de la peau. Cette coïncidence, et ce fait que l’affection avait paru après que la malade avait usé largement, les jours précédents, d’une nourriture composée surtout de poissons, de crustacés et de coquillages ne laissait guère de doutes sur la nature de la maladie. Après quelques accidents dyspnéiques qui avaient fait craindre un moment la nécessité de la trachéotomie, les accidents disparurent. La dyspnée ayant reparu deux jours plus tard, j’examinai le larynx et le trouvai indemne, mais il y avait une tuméfaction marquée de la base de la langue s’étendant à gauche jusqu’à la moitié du pilier antérieur, et ces parties étaient très rouges. Comme la première fois, ces lésions disparurent rapidement. Dans ce cas, à part les plaques cutanées d’abord, puis muqueuses, d’urticaire érythémateuse, qui existaient indépendamment de l’œdème, les symptômes répondaient exactement à la description de Quincke (picotements au niveau des régions œdématiées, légers troubles digestifs, urines rares, etc.).
La dénomination d’œdème angioneurotique me paraîtrait devoir être réservée pour désigner des localisations œdémateuses uniques paraissant indépendantes de l’urticaire, telles que M. G. Ballet (*), M. Galliard, et d’autres auteurs, en ont signalé des cas sous le nom dœdème aigu suffocant de la luette. Ces faits peuvent être comparés à ceux que j’ai cités moi-même, à propos des œdèmes buccaux, et où l’œdème s’était localisé à la langue ou à une lèvre. Dans ces cas, la soudaineté des accidents, et leur disparition aussi rapide, en 24 heures par exemple et souvent moins, permettent aussi bien de soutenir cette opinion que de rejeter sans hésitation l’hypothèse d’une inflammation phlegmoneuse se terminant par résolution. En pareil cas, le froid n’a été qu’une cause déterminante. Quoi qu’il en soit, ces observations prouvent que chez certains individus, surtout des nerveux, des surmenés neurasthéniques, il peut se produire, soit sous l’influence d’un refroidissement, soit même sans cause appréciable, des poussées œdémateuses de la luette et du voile du palais, souvent accompagnées de sensations douloureuses des parties, indépendantes de tout mouvement fébrile, mais capables d’amener des troubles respiratoires inquiétants, surtout si l’œdème se propage au larynx.
Bien que ces accidents disparaissent rapidement et sans laisser de traces, ils peuvent cependant dans certains cas présenter une certaine gravité, à cause des dangers de suffocation. Des scarifications de la luette et du voile œdémateux, et l’application de sangsues ou d’un révulsif au devant du cou, auront d’ailleurs raison des accidents dans presque tous les cas.
HÉMORRHAGIES
En dehors des traumatismes accidentels ou opératoires, des tumeurs ulcérées, ou de l’hémophilie, du scorbut, du purpura et des formes dites « hémorrhagiques » de quelques autres maladies générales infectieuses, les hémorrhagies du pharynx buccal sont très rares.
■ (*) G. Ballet, Bull, de la Soc. clinique de Paris ,
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Elles peuvent cependant se produire à la suite d’une poussée congestive du pharynx, ou encore à la suite d’efforts de vomissements et de toux, chez des personnes atteintes de varicosités, ou de véritables varices du pharynx (Cartaz) (*), et surtout de la base delà langue. J’ai observé récemment un cas de ce genre, ne laissant aucun doute sur sa nature, car j’ai pu enlever un petit caillot sanguin dans la région de l’amygdale linguale et reproduire ainsi une légère hémorrhagie. La connaissance de ces faits n’est pas sans valeur au point de vue du diagnostic de l’hémoptysie, et surtout de l’hématémèse; car les hémorrhagies pharyngées peuvent, exceptionnellement, être assez abondantes pour inquiéter le malade et son entourage. Chez les personnes atteintes d’affections du foie, par exemple, il peut être important, en cas d’hématémèse survenant dans des conditions telles que son origine gastrique soit improbable, de s’assurer que l’écoulement sanguin n’a pas eu un point de départ pharyngé avant de conclure à la présence de varices œsophagiennes : on conçoit la valeur que pourrait en pareil cas présenter, au point de vue du pronostic, le résultat de l’examen.
Les hémorrhagies du pharynx nasal se produisant au niveau de l’amygdale pharyngée rétro-nasale, sont beaucoup plus fréquentes. Chez les enfants atteints de tumeurs adénoïdes de cette région, on observe souvent de petites hémorrhagies de la surface de ces tumeurs. L’écoulement sanguin est d’ordinaire insignifiant. Il se montre surtout la nuit : on trouve, le matin, l’oreiller du petit malade souillé de salive sanguinolente. Dans ces cas on ne peut, quelque précaution qu’on prenne, pratiquer le toucher digital du cavum nasopharyngien sans déterminer une légère hémorrhagie. De plus, des hémorrhagies souvent assez abondantes peuvent se produire chaque fois qu’une poussée inflammatoire ou seulement congestive vient frapper le pharynx nasal de l’enfant. Le professeur J. Renaut (2) a émis l’opinion que le point de départ des épistaxis de la fièvre typhoïde était aussi l’amygdale pharyngée. Il est possible qu’il en soit ainsi dans quelques cas, mais dans beaucoup d’autres l’observation directe fait reconnaître que le sang vient de la partie antéroinférieure du cartilage quadrangulaire de la cloison du nez.
Le traitement des hémorrhagies du pharynx varie un peu suivant la région où se produit l’écoulement sanguin. Lorsque le sang vient du pharynx buccal et que le point de départ de l’hémorrhagie peut être exactement déterminé, comme dans le cas de M. Cartaz et aussi dans le cas personnel que j’ai cité plus haut, on pourra être amené à recourir à une cautérisation ignée du point lésé pour éviter autant que possible un retour de l’hémorrhagie. Pendant que le malade saigne, les gargarismes astringents et coagulants, ou renfermant des substances à action locale vaso-constrictive, devront être conseillés. Lorsqu’au contraire le sang vient du pharynx supérieur on devra, si l’hémorrhagie ne s’arrête pas d’elle-même ou après des badigeonnages ou des pulvérisations de liquides hémostatiques, recourir au tamponnement de cette région. S’il s’agit d’un malade à gros foie on pourra, quelle que soit la région du pharynx qui saigne, recourir tout d’abord à l’application de ventouses scarifiées sur l’hypochondre droit.
(h A. Cartaz. British mecl., ass., 1888.
-) Dict. encycl. des sc. rriéd. Article Hémorrhagie.
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