PHLEGMON DIFFUS PÉRI-PHARYNGIEN
Il est heureusement fort rare que le phlegmon diffus se développe dans le tissu conjonctif péri-pharyngien. Jusqu’à ces dernières années, on ne connaissait que quelques cas de ce genre. Cruveilhier avait donné, dans son anatomie pathologique, le dessin des pièces provenant d’un malade qui avait succombé sans qu’on ait déterminé au juste l’affection dont il était atteint ; et Sestier avait rapporté, sous la rubrique d’angines laryngées œdémateuses, des observations rentrant dans le cadre du phlegmon diffus du pharynx. La première description de la maladie a été faite par Senator (*), à l’aide de quatre observations nouvelles. Depuis lors, MM. Landgraf, Massei, Jaurand, Merklen (2), Sauvineau et d’autres en ont relaté de nouveaux exemples.
Symptômes. — Le phlegmon diffus péri-pharyngien débute comme une angine catarrhale diffuse intense, et pendant quelques jours ne présente aucun symptôme spécial, si ce n’est parfois l’exagération de la dysphagie. Du quatrième au septième jour, les ganglions sous-maxillaires se tuméfient et s’indurent, le cou s’empâte, et en même temps que la dysphagie augmente progressivement, jusqu’à rendre l’alimentation absolument impossible, la voix s’enroue, puis s’éteint, et la dyspnée progressive, avec accès de suffocation intermittents, vient se joindre aux autres symptômes. A ce moment, l’examen de la gorge montre que la muqueuse est partout rouge, tendue, tuméfiée, et que cette infiltration s’étend aussi à la paroi antérieure du pharynx, aux replis ary-épiglottiques et au vestibule laryngien. Parfois, il existe de petits abcès circonscrits, superficiels, qui se vident, mais le malade crache un peu de pus sans qu’il en résulte aucun soulagement pour lui. La fièvre se maintient entre 59°, 5 et 40°; les urines sont albumineuses. Tous ces accidents graves évoluent en 12 à 24 heures, et sont bientôt accompagnés de troubles cérébraux. Le coma succède bientôt au délire. Enfin le malade succombe, du 5e au 9e jour après le début de l’angine, soit dans le collapsus, soit dans une syncope. La mort est constante; le seul cas de guérison observé jusqu’ici est très contestable.
Anatomie pathologique et bactériologie. — A l’autopsie on trouve une infiltration purulente des parois du pharynx dans toute leur épaisseur et
(*) Senator, Berliner klin. Wochenschrift, 1888, p. 78.
(a) Merklen, Soc. méd. des hôpitaux, 1890.
MALADIES DU PHARYNX ET DE SES ANNEXES
dans toute leur étendue : parois postérieures et latérales, amygdales, luette et piliers du voile, paroi postérieure du larynx, replis ary-épiglottiques, épiglotte. Dans l’épaisseur de la muqueuse, on trouve parfois des abcès collectés, de petit volume. La couche musculaire et le tissu conjonctif de sa face profonde sont infiltrés et remplis d’une matière puriforme concrète, de coloration jaunâtre. Souvent cette infiltration gagne le médiastin. Dans le cas relaté par M. Sauvineau (*), elle s’étendait le long de l’œsophage. Au-dessous de cette couche, on trouve une nappe de pus baignant la colonne vertébrale, les vaisseaux et les nerfs, et pénétrant parfois entre les faisceaux des muscles du cou, et entre les lames aponévrotiques au-devant du larynx.
Les poumons sont congestionnés, œdémateux ou partiellement hépatisés. La rate est volumineuse. Les reins sont plus ou moins altérés.
Dans le pus péripharyngien, on a trouvé deux fois des streptocoques (Israël, Boulloche), et une fois des pneumocoques (Jaurand). M. Boulloche a trouvé des streptocoques dans le sang du malade de M. Sauvineau.
Diagnostic et traitement. — Cette affection pourrait être confondue avec un érysipèle primitif du pharynx. Mais dans l’érysipèle le début de l’angine est plus brusque et l’élévation thermique plus rapide et plus élevée, le gonflement de la muqueuse pharyngée est moindre, la tuméfaction des ganglions sous-maxillaires est très précoce. On conçoit cependant que parfois on puisse hésiter sur la nature de cette affection si rare, et dont les rapports avec l’érysipèle paraissent d’ailleurs très probables.
Jusqu’ici, tous les moyens de traitement sont restés absolument inefficaces, et n’ont même pas donné d’effets palliatifs.