LÉSIONS CAUSÉES PAR LE BACILLE DIPIITIIÉRIQUE
Structure des pseudo-membranes diphthériques.— Les fausses membranes diphthériques du pharynx et du voile palatin sont, au début, minces, de teinte blanche, opaline, parfois demi-transparentes. Leur étendue varie beaucoup. Elles sont plus épaisses à leur région centrale qu’à leur périphérie. Elles sont de con sistance assez molle, mais elles adhèrent fortement aux parties sous-jacentes. Lorsqu’on réussit à les en séparer sans léser ces dernières, la muqueuse parait plus ou moins rouge ; mais souvent on ne peut enlever la jeune pseudo-membrane que par fragments, et en faisant saigner la muqueuse où elle siège.
Plus tard, la fausse membrane prend plus d’épaisseur, elle atteint celle de 2 ou 3 millimètres quelquefois ; elle devient ferme et élastique dans beaucoup de cas. Son opacité augmente ; elle devient blanc bleuâtre, grisâtre, blanc jaunâtre, ou verdâtre, parfois plus ou moins brunâtre ou même brune. En même temps son adhérence avec la muqueuse sous-jacente diminue. On peut, en se servant de pinces ou mieux de tampons de coton ou de molleton, l'enlever par larges plaques, en mettant à nu une muqueuse plus ou moins rouge et enflammée. Lorsque la fausse membrane cesse de s’étendre, ses bords amincis se rétractent et se relèvent dans beaucoup de cas ; en même temps sa surface, jusque-là lisse, devient rugueuse et comme chagrinée. Sa consistance diminue, elle devient mollasse et comme pulpeuse ; et son adhérence de plus en plus faible finit par disparaître, au point qu’elle tombe d’elle-même. Le plus souvent, il est difficile de l’enlever sans la désagréger plus ou moins.
Si l’on place dans un verre d’eau une fausse membrane récemment enlevée, elle n’y flotte pas. Elle tombe lentement au fond du vase, où elle conserve sa
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forme sans se dissoudre. En l’agitant, si elle est très jeune, ou, au contraire, si elle est au terme de son évolution, on la désagrège facilement, mais on reconnaît qu’elle ne se dissout pas davantage.
Dans certains cas, les fausses membranes n’évoluent pas comme ci-dessus. Elles peuvent ne pas dépasser le premier stade. Elles peuvent encore s’épaissir tout en restant mollasses et friables, devenir noirâtres par suite d’hémorrhagies de la muqueuse sous-jacente. Ces divers aspects des fausses membranes sont en relation avec les diverses formes cliniques de l’angine diphthérique.
A l’examen microscopique d’une section mince pratiquée perpendiculairement à la surface d’une fausse membrane pharyngée, on voit que celle-ci est constituée par de la fibrine formant un réseau de densité variable, et par des cellules (cellules lymphatiques migratrices, globules rouges, cellules épithéliales modifiées). Ces éléments, qui occupent les mailles du réticulum fibrineux, sont généralement mortifiés. Leur noyau ne se colore plus par le picro-carmin, les cellules épithéliales sont transformées en masses réfringentes à prolongements ramifiés ou multiples (nécrose de coagulation). Lorsque les mailles du réseau fibrineux sont larges, les éléments cellulaires sont généralement nombreux ; mais souvent les travées de fibrine sont épaisses, très rapprochées, homogènes et réfringentes, et alors elles ne laissent entre elles que des espaces extrêmement restreints, et à peine suffisants pour loger de loin en loin un globule rouge ou un globule blanc (Cornil). A la superficie de la fausse membrane, il n’existe nulle trace de la couche épithéliale de la muqueuse sous-jacente. Les fausses membranes un peu anciennes sont formées de plusieurs couches fibrineuses superposées. Sur les coupes portant à la fois sur la membrane et la muqueuse qui la porte, on voit que la couche épithéliale manque et que la pseudo-membrane fait corps avec le chorion. Celui-ci est quelquefois uni, ou bien irrégulier et présentant des papilles saillantes pénétrant dans l’épaisseur de la fausse membrane. L’épaisseur du chorion est infiltrée de globules rouges et de cellules lymphatiques ; les vaisseaux capillaires sont dilatés et chargés de globules blancs. La muqueuse voisine des fausses membranes, mais non recouverte par elles, présente les altérations caractérisant une inflammation catarrhale plus ou moins vive. Son épithélium est presque partout conservé, bien que très altéré. Il est inutile de revenir ici sur les résultats de l’examen bactérioscopique, qui ont été exposés précédemment avec tous les détails nécessaires.
Aux amygdales (‘), les fausses membranes ont une structure histologique U) Cornil, Archives de physiologie, 1881.
Fig. 4.
(D’après Cornil et Babès.) Coupe d’une fausse membrane diphthérique (200 diamètres).
a Fibrilles très fines de fibrine dans les mailles desquelles se trouvent des cellules lymphatiques b, etdes globules rouges c. En d les fibrilles sont plus épaisses.
MPHTHÉRIE.
identique à celles du pharynx et du voile du palais. Leur aspect ne diffère de celles-ci que par la forme qui leur est imposée par celle de la surface qu’elles tapissent. Elles pénètrent dans les cryptes de la glande, qu’elles paraissent tapisser dans toute leur étendue. Mais l’examen microscopique montre qu’en réalité elles y pénètrent à une profondeur variable. Tantôt, il est vrai, la pseudo-membrane tapisse toute la cavité cryptique; mais souvent aussi, à une petite distance de l’orifice, elle s’arrête ou du moins se continue dans la cavité cryptique sous forme d’un exsudât ne contenant pas de fibrine, mais seulement des cellules lymphatiques et des plaques de cellules épithéliales desquamées restées adhérentes entre elles. Les fausses membranes des amygdales se prolongent souvent vers la base de la langue et tapissent en partie ou en totalité l’amygdale linguale. Les lésions de la muqueuse sous-jacente sont identiques à celles qui ont été décrites plus haut à propos de la muqueuse du voile palatin et du pharynx. Mais dans beaucoup de cas le parenchyme de l’amygdale est le siège d’une inflammation due à des coccus et qui sera décrite avec les autres infections secondaires.
Dans la cavité buccale, dans les fosses nasales et sur la conjonctive, les fausses membranes sont ordinairement plus adhérentes que dans la gorge. Il en est de même à la région sus-glottique du larynx; mais au-dessous, ainsi qu’à la trachée et dans les bronches, elles sont d’ordinaire plus minces et moins adhérentes, et de plus elles renferment moins de fibrine et une plus grande quantité d’éléments cellulaires. Les bacilles diphthériques y sont aussi moins nombreux. Toujours la muqueuse sous-jacente est dépouillée de sa couche épithéliale et plus ou moins enflammée.
Les pseudo-membranes fibrineuses qui siègent sur la peau, excoriée ou macérée (par exemple au pourtour de la vulve chez les petites filles), sont très riches en cellules épidermiques modifiées, formant de véritables couches. Elles sont, par places, adhérentes aux papilles, qui conservent leur forme et sont seulement plus ou moins œdématiées et infiltrées de cellules migratrices (Cornil et Babès). L’épaisseur de ces fausses membranes est plus grande que celle de l'épiderme qu’elles remplacent.