CHAPITRE PREMIER
DYSPEPSIE
SÉMÉIOLOGIE GÉNÉRALE
Toutes les fois que la digestion se fait mal, il y a dyspepsie. La digestion normale comporte des phénomènes chimiques, des actes nervo-moteurs : il peut donc y avoir des phénomènes chimiques ou nervo-moteurs de la dyspepsie. Ce n’est pas tout ; il peut apparaître des sensations anormales, et peutêtre un vice d’absorption. Ce sont autant d’éléments dont il faut tenir compte.
Il faut ainsi, toutes les fois qu’on veut qualifier un état dyspeptique, en désigner les éléments symptomatiques ou pathogéniques prédominants. Le trouble de la digestion peut avoir pour siège l’estomac, ou l’intestin’; reconnaître pour cause un vice de la sécrétion du suc gastrique, du suc pancréatique, etc. Il faut donc spécifier qu’il s’agit de dyspepsie gastrique, gastro-intestinale, etc.
Peu importe qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas de lésion anatomique : la dyspepsie, c’est la digestion anormale, soit par la perturbation d’actes physiologiques, soit par l’apparition de phénomènes anormaux.
Il peut arriver que des phénomènes d’un certain ordre soient très prédominants, par exemple les phénomènes nervo-moteurs : il est alors très légitime de désigner l’ensemble clinique par le terme de dyspepsie nervo-motrice. On dit de même hyperchlorhydrie pour indiquer la dyspepsie stomacale avec acidité chlorhydrique exagérée.
Ce remaniement, ou plutôt cette fixation du vocabulaire médical est absolument indispensable à l’heure actuelle ; et, en présence des données acquises depuis quelques années, il est impossible de comprendre la dyspepsie autrement. La seule façon d’utiliser avantageusement ce terme qui a reçu tant de significations diverses sous l’influence des doctrines successives, et qu’on ne
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peut remplacer, c’est de lui donner la compréhension la plus large, la plus élastique.
Écrire un chapitre de dyspepsie, c’est écrire, en somme, d’après cela, un chapitre de séméiologie générale (1).
Nous ne nous occuperons ici que des divers phénomènes delà dyspepsie gastrique. Il y a là quelque chose d’artificiel, car il est bien difficile de séparer la dyspepsie intestinale de la dyspepsie stomacale, et lorsque nous parlerons des phénomènes nervo-moteurs, nous serons obligé de parler à peu près autant de l’intestin que de l’estomac. L’intestin, qui continue directement l’estomac, achève ce qu’a commencé celui-ci ; il a la même structure ; son innervation est puisée aux mêmes sources. D’autre part, les états intestinaux retentissent souvent sur les états gastriques, et réciproquement. On ne peut donc fixer au pylore une barrière qui sépare d’une façon absolue en physiologie normale, et moins encore en physiologie pathologique, l’estomac de l’intestin.
Cependant l’estomac étant plus accessible à l’exploration, on connaît mieux les phénomènes de la dyspepsie gastrique que ceux delà dyspepsie intestinale. Il n’y a donc pas lieu de regretter trop vivement d’avoir à obéir à l’usage qui veut que l’on expose successivement la pathologie de l’estomac et celle de l’intestin.
Les divers phénomènes de la dyspepsie gastrique sont étroitement unis les uns aux autres, et, comme l’a très bien fait remarquer Cohnheim, on ne peut guère supposer un trouble marqué des phénomènes chimiques, sans être obligé d’admettre, comme conséquence, un trouble de motricité, de circulation et d’absorption ; la réciproque est vraie. On a donc toujours affaire à des états plus ou moins complexes II importe donc de tenir compte des divers facteurs symptomatiques, et en présence de tout estomac qui fonctionne irrégulièrement, de rechercher les divers éléments possibles de la dyspepsie. La prédominance marquée de tel ou tel de ces facteurs de la mauvaise digestion pourra servir à l’établissement de telle ou telle forme clinique.
L’estomac reçoit les aliments mâchés et insalivés ; il les triture de façon à les imprégner de suc gastrique. C’est le suc gastrique qui agira chimiquement sur eux. Il y a là déjà deux ordres de phénomènes, nervo-moteurs et chimiques. Peut-être l’absorption dans l’estomac peut-elle être viciée. Souvent il se produit des sensations anormales plus ou moins douloureuses; enfin, il peut apparaître; à distance, des accidents de divers ordres en conséquence du fonction* nement défectueux de l’estomac. Nous avons ainsi passé en revue les éléments possibles de la dyspepsie gastrique, et nous aurons successivement à étudier :
1° Les phénomènes chimiques;
2° — nervo-moteurs ;
3° — sensitifs ;
4° Les troubles de l’absorption stomacale ;
5° Les phénomènes de retentissement à distance.
(') Rosenbach, Dyspepsie; in Eulcnburg's-Encyclopædie. — A. Mathieu, Estomac; in Dict. de Deehambre.
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