CHAPITRE VI
TUMEURS DE L’ESTOMAC
En dehors du cancer, les tumeurs de l’estomac sont chose rare : les plus intéressantes sont les tumeurs adénomateuses et polyadénomateuses qui marquent en quelque sorte la transition entre la gastrite chonique et le cancer. On peut signaler encore le lipome, le sarcome, les myomes et fîbro-myomes, les kystes dermoïdes le lymphangiome multiloculaire, le lymphadénome. Toutes ces productions, il faut bien le reconnaître, sauf les adénomes et les polyadénomes, très importants au point de vue de la pathologie générale, n’ont qu’un médiocre intérêt. Ce sont le plus souvent de pures trouvailles d’autopsie.
Lipomes. — Ces productions sont rares; les lipomes peuvent être sousmuqueux ou sous-séreux, Les premiers prennent naissance dans la sousmuqueuse ; ils font saillie dans la cavité gastrique, les autres au contraire se développent dans la cavité péritonéale. D’après Fôrster, les polypes de la cavité peuvent se présenter sous l’aspect de petites saillies grosses comme des grains de chènevis.
Sarcomes. — Dans un cas rapporté par Virchow, une tumeur de la petite courbure était de nature sarcomateuse. Il existait en même temps un sarcome du péritoine et des ovaires. Le sarcome mélanique secondaire a été vu quelquefois dans l’estomac. Brodowsky a décrit un myosarcome. Le sarcome pur, d’après Virchow, a une tendance moins grande que le cancer à l’ulcération. Il envahitles diverses tuniques de l’estomac, contrairement aux tumeurs bénignes.
Myomes, fibro-myomes. — Ils font saillie soit vers la face muqueuse, soit vers la face péritonéale. Les myomes internes se voient de préférence au voisinage du pylore. Ils peuvent s’engager à travers le pylore, ainsi que l’ont une fois constaté Cornil et Ranvier. Les myomes subissent quelquefois la dégénérescence calcaire.
On peut trouver au pylore un myome annulaire qui est quelquefois une
(') Cornil et Ranvier, Manuel d' Histologie pathologique . — Oser, Art. Magen in E nlenburg’s Encyclopædie. — Ortii, Lehrb. der palhol. Anatomie.
MALADIES DE L’ESTOMAC, cause de rétrécissement, et, en particulier, de rétrécissement congénital.
Un kyste dermoïde a été signalé dans une observation bien des fois citée de Ruysch.
Lymphadénomes. — Ou peut trouver des tumeurs lymphomateuses de l’esT tomac soit dans la leucocythémie, soit dans la pseudo-leucémie. Elles se présentent sous forme de tumeurs molles, blanchâtres, bourgeonnantes, qui fournissent à la coupe un suc lactescent. Elles peuvent s’ulcérer. Leur diagnostic anatomique ne peut guère se faire que par l’examen microscopique. Il se fait une infiltration lymphoïde interglandulaire, sous-muqueuse, et même dans les muscles une infiltration interfasciculaire.
POLYPES DE L’ESTOMAC, ADÉNOME ET POLYADÉNOME (*).
Les productions polypeuses que l’on peut rencontrer dans l’estomac sont de nature différente : on peut y trouver des villosités polypiformes secondaires à la gastrite chronique, des fibromes, des myomespolypeux. Quelquefois le cancer se présente sous la forme villeuse.
Aux chapitres consacrés à la gastrite et au cancer on trouvera la description des polypes qui dépendent des lésions de cet ordre. Il vient d’être question des myomes et des fibro-myomes. M. Cornil a étudié un gros polype fibreux long de 5 centimètres, large de 3, ovoïde, mobile, qui s’était engagé dans l’orifice pylorique et en avait amené l’oblitération. Cruveilhier signale un fait analogue. Dans le cas de M. Cornil le centre était fibreux, mais la muqueuse de revêtement contenait des glandes dilatées et kystiques ; par conséquent cette production polypeuse touchait par ce côté aux adénomes.
Les polypes adénomateux, que l’on a appelés aussi polypes muqueux, sont plus fréquents et plus intéressants; leur histoire se confond avec des adénomes et des polyadénomes.
Ces tumeurs se rencontrent le plus souvent à l’autopsie, alors que rien pendant la vie ne faisait soupçonner leur existence. Pour Ménétrier, elles sont en rapport avec la gastrite chronique; pour Brissaud elles en sont indépendantes. Cependant, comme le fait remarquer Ménétrier, la gastrite chronique ne peut pas se reconnaître par le seul aspect macroscopique de la muqueuse, un examen histologique est nécessaire.
Les adénomes encore, surtout les adénomes tubéreux, ont été observés le plus souvent chez des individus avancés en âge et athéromateux; l’on peut se demander s’il n’y a pas une relation pathogénique entre la lésion vasculaire et la lésion muqueuse (Ménétrier).
On peut distinguer Y adénome tubéreux et le polyadénome en nappe.
L’adénome tubéreux est constitué par de petites tumeurs arrondies, du volume d’une lentille, d’un pois, d’une noisette au plus. Elles sont sessiles ou pédiculées, de couleur grise, cendrée, brune ou rougeâtre, peu vasculaires, de
(') Lancereaux, Traité et atlas d'anatomie pathol. — Cornil, Soc. Anat., 1863 et Gaz. médic de Paris, 1864. — Camus Govignon, Des polypes de l’estomac, TU. de Paris, 1883. — Bruneau, Sur les végétations polypiformes de l’estomac, TU. de Paris, 1884. — Brissaud, ArcU. de médec, 1883. — P. Raymond, Soc. anat., févr. 1887. — Ménétrier, ArcU. de physiologie, février et mars 1888.
TUMEURS DE L’ESTOMAC, consistance mollasse. Ces productions sont parfois très nombreuses ; on peut en trouver dans l’estomac quelques-unes seulement, mais aussi 30,40,150,200. Elles arrivent dans chaque cas à un volume uniforme qu’elles ne dépassent guère ; il faut entendre par là qu’elles se ressemblent beaucoup dans chaque cas pris en particulier. On peut les trouver partout ; elles sont cependant plus fréquentes dans la région pylorique. Sur quelques points de la muqueuse, on trouve de simples épaississements qui font une saillie comparable à celle d’un pain à cacheter. Les tumeurs saillantes, polypeuses, peuvent être réunies en grappes : elles sont mobiles sur la muqueuse sous-jacente.
L e poly adénome en nappe se présente avec des allures bien différentes. Il a été vu par Andral, Cruveilhier, Briquet. Ménétrier et P. Raymond en ont présenté des cas à la Société anatomique. Ménétrier l’a bien étudié dans un mémoire des Archives de physiologie.
Dans le cas d’Andral, « la surface interne de l’estomac était garnie de nombreuses lames placées de champ, coupées perpendiculairement par l’axe longitudinal de l’estomac, et uniquement constituées par un développement insolite de la membrane muqueuse. — Elles pouvaient être assez exactement comparées aux lames qui, chez les ruminants, caractérisent celui de leurs estomacs qui a reçu le- nom de feuillet. »
L’aspect le plus curieux est celui de saillies juxtaposées, contournées, arrondies, qui rappellent les circonvolutions cérébrales. Il peut s’agir de replis larges comme le doigt, sinueux, séparés par des sillons. Ces sillons peuvent avoir une profondeur de plusieurs centimètres. Ces espèces de circonvolutions sont formées parla réunion d’une infinité de petits mamelons, arrondis ou allongés. Quelquefois ces mamelons sont les uns isolés, les autres accolés l’un à l’autre et linéairement disposés (‘). Il y a évidemment des faits de passage entre l’adénome tubéreux et le polyadénome en nappe.
Toutes ces productions sont d’origine glandulaire. Dans l’adénome tubéreux, les glandes s’allongent, augmentent de volume, et peut-être même bourgeonnent. A la coupe l’aspect rappelle les canaliculi contorti de la substance corticale du rein. Les canaux à tubes contournés rencontrés par la coupe sont remplis de cellules épithéliales, d’abord cubiques, puis polyédriques et multiformes. On peut y trouver des cellules épithéliales de toute espèce. Les cellules à cils vibratiles sont les seules que n’ait pas rencontrées Brissaud.
Dans les polyadénomes en plaques, les glandes sont extrêmement allongées, rectilignes dans leur plus grande partie, sinueuses dans leur partie profonde. Dans la partie droite, on trouve un revêtement de cellules cubiques, dans les culs-de-sac on rencontre des cellules plus grosses, polyédriques ou prismatiques. La charpente des soulèvements est constituée en quelque sorte par des saillies cellulo-fibreuses émanées de la membrane sous-muqueuse.
La musculaire sous-muqueuse est intacte. Elle avait été franchie par les productions adénomateuses dans un cas de Ménétrier. La limite était-elle donc dépassée entre le simple adénome, tumeur bénigne, et l’épi thélioma?
L’intérêt de l’adénome et du polyadénome, c’est qu’ils semblent être intermédiaires entre la gastrite chronique et le cancer. Cependant il n’est pas absolument démontré encore qu’ils procèdent toujours de la gastrite.
(*) Orth, Lehrb. d. spec. pathol. Anatomie, p. 710; figure.
MALADIES DE L’ESTOMAC