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CANCER DE L’ESTOMAC

Fréquence. — Le cancer de l’estomac est des diverses localisations du cancer une des plus fréquentes, sinon même la plus fréquente. Le premier rang est revendiqué par certains auteurs en faveur du cancer de l’utérus.

Les statistiques montrent que, sur |1 00 000 j habitants, 25 à 55 en moyenne succombent par an à cette maladie. Si l’on rapproche la mortalité due au cancer de l’estomac de la mortalité générale, on trouve 1 à 2 cas de cancer gastrique pour 100 morts. Ce sont là évidemment des chiffres relativement élevés.

Le cancer de l’estomac représentant à peu près la moitié du chiffre total des cancers, on voit quelle singulière prédisposition {présente cet organe. Cette prédisposition paraît plus singulière encore si l’on songe que presque toujours c’est au pylore que siège la tumeur maligne. Le pylore est dans l’organisme le point le plus menacé par les néoformations épithéliales.

Il faut examiner certaines influences, telles que le climat, l’âge, le sexe, etc.

Climat. — Griesinger n’a pas vu de cancer de l’estomac en Egypte, Heizmann n’en a pas vu à la Vera-Cruz. D'après des relevés récents (*), les divers cantons de la Suisse sont loin d’être égaux devant le cancer stomacal ; fréquent dans le nord (0,71 pour 1000 habitants à Zurich), il est beaucoup plus rare dans les cantons de l’ouest et surtout du sud (0,21 à Uri, 0,06 dans le canton du Valais).

On prétend que le carcinome gastrique est également très fréquent dans la Forêt-Noire. Peut-être faut-il faire intervenir, pour expliquer cette répartition, l’influence des mœurs et surtout de l’alimentation.

Le sexe n’a pas d’influence apparente.

Hérédité. — Quel rôle joue l’hérédité, si souvent mise en cause? On manque de données précises à cet égard, et du reste une statistique de ce genre est bien difficile à dresser. D’après Hœberlin (138 cas), l’hérédité directe (cancer de l’estomac chez les parents, grands parents, frères et sœurs) se retrouverait à peu près 1 fois sur 10 ou 12 cas. Il n’a trouvé que 3 fois sur 100 environ l’existence d’un cancer extra-stomacal chez les ascendants. Tous les chiffres analogues portent malheureusement sur un diagnostic rétrospectif et sur le dire souvent incertain des malades.

Influences morales. — On a beaucoup accusé les chagrins, les peines morales ; c’est une étiologie assez souvent relevée au début des dyspepsies nerveuses.

Age. — Le cancer de l’estomac est surtout une maladie de l’âge avancé. Il est très rare au-dessous de 40 ans. On le trouve à peu près avec la même fréquence de cet âge à 70 ans.

Au-dessous de 50 ans, il devient très rare. Marc Mathieu (2), dans sa thèse, n’en a rassemblé que 27 cas. On cite, à titre de curiosité, deux cas de cancer congénital, et quelques cas entre 10 et 20 ans.

Affections gastriques antérieures. — Bon nombre de cancéreux de l’estomac ont toujours joui d’une digestion parfaite : le cancer lui-même est la cause de leurs premières souffrances gastriques. Il n’en est pas toujours ainsi, et on a

(*) Haeberlin, D. Arch. f. Klin, med ., Bd. 44, p. 460.

(a) Du cancer précoce de l’estomac; Th. de Lyon, 1884.

TUMEURS DE L’ESTOMAU 365

relevé des traumatismes antérieurs de la région stomacale, des phénomènes de dyspepsie ou de gastrite.

Le rôle du traumatisme reste très incertain.

Quant aux malades atteints antérieurement de dyspepsie ou de gastrite, il est difficile de savoir exactement ce qu’ils ont eu.

La gastrite et le cancer paraissent avoir des rapports étroits, sinon obligatoires. On a relevé aussi assez fréquemment des symptômes antérieurs d’ulcère rond : on est allé jusqu’à dire que dans 8 fois sur 100 environ l’ulcère simple avait précédé le cancer (').

L’irritation de la muqueuse, la prolifération embryonnaire, mais surtout épithéliale qui en résulte, expliqueraient la survenue de l’épithélioma dans ces estomacs déjà lésés, ce serait une dégénérescence semblable à celle que l’on voit parfois sur la peau. Ce sont des points sur lesquels nous reviendrons à propos de l’anatomie pathologique et de la pathogénie.

Les aliments grossiers mal broyés par les dents, les boissons irritantes (cidre en Normandie, vinaigre en Suisse), provoqueraient d’abord de la gastrite, et le cancer s’établirait sur ce terrain préparé. De là la fréquence du cancer de l’estomac dans certaines régions.

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