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TÆNIA INERME

Synonymie : Tænia dentata, Nicolaï, 1830. — Tænia lata, Pruner, 1847. — Tænia saginata, Goeze, 1782. — Tænia medio canellata, Kuchenmeister, 1852.

Anatomie Ruban plat variant de 1 à 6 ou 8 mètres et plus. C’est le plus long des tænias de l’homme; ses anneaux disposés en série linéaire peuvent atteindre un chiffre énorme, sommer en a compté 1 221 sur un tænia de longueur moyenne.

MALADIES DE L’INTESTIN

La tête est plus grosse que celle du tænia armé, et plus segmentée. Il est souvent possible de l’apercevoir à l’œil nu. Dépourvue de rostre, aplatie à la partie supérieure, elle paraît presque quadrilatère. A ses angles, on voit assez facilement quatre ventouses hémisphériques. Chacune d’elles est constituée par une sorte de cupule creusée dans les tissus de la tête et communiquant avec l’extérieur au moyen d’un orifice rétréci.

Il existe, chez ce tænia adulte un rudiment de rostre analogue à celui qui, chez les tænias armés, se développe pour donner naissance par sa base à la couronne de crochets. Cette formation a l’aspect d'une dépression centrale, s’ouvrant au dehors par un pore rétréci. Quelques auteurs l’ont même considérée comme une bouche, ce qui est tout à fait inexact.

Le cou très grêle se continue par un corps de plus en plus large à mesure qu’on se rapproche davantage de l’extrémité postérieure. Les anneaux antérieurs sont très courts et très étroits, ceux du milieu sont à peu près carrés, les anneaux mûrs de la région postérieure sont au moins deux fois plus longs que larges. Ceux-ci peuvent se détacher facilement et être rejetés par série de T>, 4 et plus, sans que le malade s’en aperçoive. Chaque anneau porte sur l’un de ses bords un sinus génital saillant, bien visible, et les sinus alternent de côté comme chez le tænia armé. Il y a peu de différences anatomiques entre ces deux espèces. Dans le tænia inerme, l’utérus porte des diverticules plus graciles, plus nombreux, et plus profondément divisés ou subdivisés que dans le tænia armé.

Biologie. — ■ Cycle de développement. — L’œuf de ce tænia est plus ovale et plus lisse que celui du tænia armé. Lorsqu’il est fécondé, il devient libre par le même mécanisme que nous connaissons pour le tænia armé. Cet œuf a étévu par judas en 1854 dans les poumons des bœufs des abattoirs d’Orléansville.

En 1860, kuchenmeister crut le découvrir dans le tissu cellulaire du porc, à côté du cysticercus cellulosæ. Vers la même époque, huber émettait l’avis que la larve devait se rencontrer dans les muscles et dans les viscères du bœuf, et leuckart pensait de même. Puis le fait acheva d’être démontré par knoch à Saint-Pétersbourg, par arnould et cauvet en Algérie, par talairach à Beyrouth. (R. Blanchard.)

Il est donc acquis que le bœuf est l’hôte véritable de la larve du tænia inerme.

L’œuf de ce ver pénètre dans le tube digestif du bœuf en même temps que l’eau de boisson ou avec les feuilles des herbes dont le bœuf, fait sa nourriture. Il se développe et une fois arrivé à l’état de cysticerque, il est ingéré par l’homme avec la viande de boucherie, et lorsque cette viande n’a pas été suffisamment cuite, perroncito a en effet démontré qu’il meurt habituellement lorsqu’il se trouve exposé pendant cinq minutes à une température de 44° C., mais qu’il meurt toujours entre 47 et 48° C. Le développement de cysticercus bovis en tænia inerme dans l’intestin de l’homme a été démontré expérimentalement par ollivier, médecin de l’armée des Indes, en 1869, puis par perroncito en 1877.

Au type tænia inerme appartiennent des espèces rarement observées.

Tænia tenella. — Ce ver, très imparfaitement connu, a été décrit par

HELMINTHIASE INTESTINALE.

Cobbald, il a été très rarement rencontré chez l’homme. Il a environ un mètre de longueur. Cobbald a pensé que le tænia provenait du cysticerque du mouton.

Tænia algérien. — Décrit par Redon. Ce ver, comme le tænia inermc, s’observerait chez les indigènes. Son cysticerque existe dans la chair du mouton.

Tænia du cap de Bonne-Espérance. — On ne connaît jusqu’ici que la partie postérieure de l’animal qui a été excrétée par un Hottentot (Küchenmeister). Les articles de ce tænia du Cap sont épais, longs, pourvus sur toute la longueur du corps d’une crête longitudinale ; les orifices génitaux sont en tout semblables à ceux du tænia inerme ordinaire. Davaine pense que ce ver n’est qu’une anomalie du tænia inerme.

Tænia abietina. — Ce ver a été observé par Wienland, qui le regarde comme une simple variété du tænia solium.

Tænia nègre. — M. Laboulbène, remit en 1875 à Davaine un ver qui provenait d’un Anglo-Américain des Etats-Unis du Nord. Ce ver était noirâtre dans toute son étendue, et plutôt de la teinte d’un mulâtre foncé.

BOTHRIOCÉPHALE

Synonymie: Bothriocephalus latus, Bremser, 1819. — Tænia prima, Platep, 1603. — Tænia à

épine, Audry, 1700. — Tænia à anneaux courts, Bonnet, 1750. — Tænia vulgaris,

Linné, 1748.

Anatomie. — Lorsqu’il est entièrement développé, le bothriocéphale est le plus long de tous les parasites de l’homme. Il est formé communément de 5500 à 4000 anneaux. Stein en a compté jusqu’à 4155.

La tête varie d’aspect suivant son état d’extension ou de contraction ; elle a la forme d’une amande. Elle est longue de 2 millimètres à 2mm, 5 et large de 0mm, 7 à 1 millimètre. Dépourvue de proboscide, elle se termine en avant par une surface obtuse; en arrière elle se continue insensiblement avec le cou. On n’y rencontre pas de véritables ventouses : celles-ci sont remplacées par deux fentes allongées et profondes qui ont reçu le nom de bothridies, situées chacune le long d’un des bords latéraux.

Après là tête, vient un cou plat et large, long ordinairement de 6 à 10 millimètres. Les anneaux qui le suivent immédiatement sont d’abord très courts et imparfaits, et deviennent d’autant plus longs, larges et parfaits qu’on s’éloigne de la tête.

Les anneaux mûrs sont à peu près carrés, longs de 2 à 5 centimètres et à peu près aussi larges que longs. Ils sont tout à fait différents des deux précédentes espèces. Les orifices génitaux sont situés sur la ligne médiane du ventre.

Les deux orifices, mâle et femelle, sont très rapprochés l’un de l’autre et s’ouvrent au sommet d’une papillle conique et concave (sinus génital) située vers le haut de l’anneau. Un peu plus bas, se voit un autre orifice qui répond au fond de l’utérus et par lequel sortent les œufs mûrs.

Laboulbène décrit ainsi qu’il suit l’organisation intérieure de l’anneau.

Les testicules sont disséminés dans les champs latéraux des anneaux;

MALADIES DE L’INTESTIN

ils sont disposés en petites loges ou chambres, ayant chacune un conduit sécréteur propre ou spermiducte, qui se joint avec un conduit voisin et ils se terminent par un canal déférent. Ce dernier aboutit au pénis revêtu d’une gaîne.

L’appareil sexuel femelle, composé d’un germinène, d’un vitellogène, d’une glande formant la coque, d’une matrice et d’un vagin, est fort compliqué. Au vagin, aboutissant au pore génital et près du pénis, est annexé le réservoir séminal. Les germigène et vitellogène se réunissent à la matrice, qui se garnit d’œufs en nombre immense. Ceux-ci, après leur maturité, sont évacués par une véritable ponte, ayant lieu par un orifice spécial, distinct de celui du vagin, situé beaucoup plus bas, ou bien ils s’échappent après la rupture des parois qui les renferment. (Laboulbène, Bulletin général de thérapeutique.)

Biologie. — Cycle de développement.

L’œuf du bothriocéphale large est brunâtre et parfaitement elliptique. Sa coque peu épaisse possède à l’un de ses pôles un opercule ou calotte qui donne à l’ovule l’aspect d’une pyxide (Blanchard) ; ce clapet s’accuse de plus en plus à mesure qu’avance le développement de l’embryon à l’intérieur de l’œuf. Cet œuf a une structure assez simple, et se développe dans l’eau ainsi que l’a observé nettement Sciiauinsland, mais, contrairement aux tænias, l’évolution de l’embryon se fait avec une extrême lenteur et exige des semaines et des mois: après une période assez longue, la larve, longue de 45 à 50 u, devient libre et nage assez lentement en roulant autour de son axe. Elle reste pendant plusieurs jours dans l’eau et peut même être conservée vivante pendant une semaine et plus.

Schauinsland a fait d’infructueuses recherches dans le but de déterminer le mode de migration des larves. Knoch (de St-Pétersbourg), avant lui, avait cru reconnaître que le bothriocéphale se développe directement; des chiens, auxquels il avait fait avaler des œufs de ce cestoïde, furent atteints de bothriocéphale; mais ces expériences, reprises par d’autres, et surtout en Allemagne, furent négatives.

C’est Braun qui, jusqu’à présent, a le mieux élucidé cette question. Ayant remarqué que tous les animaux susceptibles d’être atteints de bothriocéphale sont ichthyophages, et que des formes jeunes de diverses espèces de bothriocéphale avaient été découvertes sur les poissons, Braun pensa qu’il fallait chercher les hôtes intermédiaires du bothriocephalus latus parmi les poissons mangés ordinairement par l’homme.

Il eut alors l’idée d’examiner les poissons qui arrivent sur les marchés de Dorpat,et trouva en effet des bothriocéphales agames, des plérocercoïdes, dans l’intestin; cherchant encore plus loin, il découvrit ces mêmes embryons dans les autres organes, muscles, organes sexuels, foie, rate..., des brochets. Il en est de même de la lotte, qui paraît héberger encore un plus grand nombre de ces vers.

Restait à démontrer que les scolex trouvés dans les muscles du brochet et de la lotte, constituent l’une des phases du développement du botriocephalus latus. Braun se servit de chiens et de chats, débarrassés auparavant de tout parasite intestinal ; après les avoir infectés âvec des embryons de bothriocéphale, il les soumit à une alimentation d’où toute chance d’infection par ce même parasite

HELMINTHIASE INTESTINALE.

était exclue autant que possible, et constata dans leur intestin le développement d’adultes de bothriocéphale.

Depuis lors, on a retrouvé la larve du bothriocéphale dans le lavaret. Cependant Braun n’ayant jamais trouvé, chez les poissons qu’il a examinés, de jeunes bothriocéphales au-dessous d’une certaine taille, en d’autres termes, aucun individu intermédiaire entre l’embryon et la larve déjà assez volumineuse, suppose que les poissons eux-mêmes ne s’infectent pas directement avec des œufs, mais avec des larves renfermées dans un premier hôte encore inconnu.

Le dernier mot n’est donc pas encore dit sur le développement du bothriocéphale.

Appartiennent encore au type bothriocéphale, certains vers, quelquefois observés chez l’homme.

lu Bothriocephalus cordatus. — Ce ver atteint une longueur maxima de 1 m. 15; il présente en moyenne 400 anneaux.

La tête est courte, large, aplatie dans le sens latéral et porte une bothridie sur chacune de ses deux faces; chaque bothridie très profonde n’est séparée de la voisine que par un étroit pont de substance.

On ignore quel est le premier hôte du bothriocephalus cordatus et de quelle manière il est transmis aux animaux et à l’homme. Il est probable (Blanchard) que l’état larvaire se passe chez un poisson, étant donnée la présence de ce ver uniquement chez les Esquimaux et chez les animaux essentiellement ichthyophages.

Ce ver a été découvert au Groenland par Olrik. Il est très fréquent chez le chien. Il ne se rencontre guère chez l’homme, où on ne l’a trouvé qu’une fois.

2° Bothriocephalus cristatus. — (Davaine, 1874). Ce ver a été vu deux fois par Davaine. Le premier a été rendu par un enfant de cinq ans, né et élevé à Paris ; le deuxième par un adulte.

Le ver est long de 2 à 5 mètres. Il est grisâtre. Sa tête est aplatie, pointue, a la forme d’une graine de lin dont le bout obtus se continuerait avec le cou, l’extrémité pointue présente sur chaque face une crête saillante, longitudinale.

Il suffît de mentionner très rapidement chez quels individus chaque espèce de tænia se rencontre surtout :

Distribution géographique des tænias. — Le bothriocéphale est extrêmement commun dans certaines localités du littoral de la Baltique, et peut exister chez presque tous les habitants d’un même village, surtout à l’embouchure des fleuves, au bord de certains estuaires, lacs ou rivières. Ce sont presque toujours les pêcheurs qui en sont atteints, ceux qui mangent la viande de poisson, alors qu’elle n’a pas eu le temps d’être modifiée par la salure, la fumure....

Le tænia armé se rencontre de préférence chez les gens qui touchent et mangent le plus souvent la viande de porc : charcutiers, cuisiniers....

Le tænia inerme est très fréquent chez les Abyssins, qui mangent de la viande crue. A Saint-Pétersbourg, en ces dernières années, le tænia inerme est devenu commun à la suite de l’adoption du traitement de Weise par la viande crue dans la diarrhée infantile.

Anatomie pathologique. — Lorsque l’on a pu, clans une autopsie, constater la présence du tænia, on s’est assuré que le ver se tient plus ou moins près du duodénum lorsqu’il est dans les conditions normales de son existence. S’il est malade (à la suite d’un purgatif, par exemple), on constate qu’il est refoulé soit vers le gros intestin, soit au contraire plus près de l’estomac.

Le plus souvent, où qu’il se trouve, il décrit des anses, replié sur lui-même en plusieurs endroits jusqu’à n’occuper qu’une longueur de 50 à 80 centimètres. A l'état normal, le ver a sa tête tournée du côté de l’estomac et les anneaux les plus volumineux du côté de l’anus. On n’admet pas généralement que le taenia puisse séjourner normalement dans l’estomac, ouy avoir une partie de son corps, et l’on est en droit de penser que lorsqu’on l’y rencontre, son existence est menacée, s’il n’est à coup sûr détruit.

Il n’est pas rare de rencontrer chez le même malade deux tænias d’espèce différente, on a observé la coexistence du bothriocéphale et du tænia armé, celle du T. inerme et du T. armé..., de même que la coexistence de tænia avec des lombrics, des oxyures....

Les tænias ne sont pas toujours solitaires.

On a rencontré 5 et 4 bolhriocéphales chez le même individu (Davaine,Laboulbène, Tenneson).

En mai 1877, un individu rendit à Paris 19 tænias armés, sous l’influence d’une dose de pelletiérine. A l’autopsie d’un boucher qui succomba à une affection chronique de l’intestin, on trouva 8 tænias armés dans l’intestin grêle.

Le Dr Richard a signalé en une seule fois l’expulsion de 27 tænias inermes.

La durée de la persistance d’un tænia est quelquefois considérable. On sait que le parasite a pu vivre jusqu’à 55 ans chez le même sujet.

Le tænia peut être expulsé spontanément dans le cours de certaines maladies aiguës ou chroniques (dysenterie, fièvre typhoïde, phthisie). A la suite d’indigestion, d’excès alcooliques.... Il a été prouvé (à titre d’exception infiniment rare) que le tænia pouvait être expulsé par la bouche, par l’urèthre ; il faut alors admettre que le tænia développé dans l’intestin peut être évacué par la voie d’une fistule congénitale ou acquise. Enfin le tænia peut être expulsé par un abcès ou une fistule (cas d’abcès stercoral).

Symptômes. — La série des symptômes que l’on attribue à la présence des tænias est diverse, changeante, mobile. Il n’est ni un organe que l’on n’ait cru atteint, ni un phénomène que l’on n’ait considéré comme possible. S’il est vrai, ainsi que Davaine l’a fait remarquer, que la fréquence, la variété et l’intensité des désordres sont en rapport marqué avec la constitution de l’individu affecté, on comprendra comment les symptômes les plus pénibles ont été surtout observés chez les individus nerveux et doués d’une grande sensibilité, et le plus souvent chez les femmes. C’est pour cela qu’il faut se méfier de ces prétendus malaises, si étranges, que l’on attribue à la présence du tænia. Combien de femmes décrivent, avec une conviction risible, les mouvements d’ondulation, de reptation du ver solitaire, son enroulement en peloton... voire des sensations de morsure!

M. Laboulbène a justement écrit à ce sujet :

« Je me suis assuré que souvent la présence d’un tænia dans l’intestin n’est

HELMINTHIA SE INTESTINALE.

annoncée par aucun dérangement de la santé. Les personnes surprises de rendre en allant à la garde-robe, des fragments de ver rubané, ou bien s’apercevant de la présence des cucurbitains, sortis de l’anus et offrant des mouvements, viennent consulter le médecin. — Quant aux malades qui éprouvent diverses douleurs ou des symptômes nerveux variés et qui rapportent tous leurs maux aux tænias, ainsi qu’aux autres vers intestinaux, le nombre en est très considérable; mais il s’en faut que les symptômes soient bien définis.... »

Il s’en faut tant que nous ne croyons pas qu’il existe un seul symptôme qui puisse permettre de dire qu’il est provoqué par un tænia. L’ensemble même de tous les symptômes ordinairement invoqués est peut-être insuffisant. Du côté du système digestif on trouve tout; d’abord des sensations douloureuses extrêmement variées comme siège et comme forme. C’est une pesanteur ou un pincement, ou une sensation de boule qui se déplace, ou bien ce sont des coliques siégeant soit en bas du ventre, soit en haut, dans les flancs ou l’ombilic. Elles se produisent en général vers l’heure des repas, puis disparaissent rapidement, pour revenir ensuite.... C’est là assurément le symptôme le meilleur du tænia ! que dire des autres?

Tel malade ne mangera plus, alors que celui-ci sera pris d’une boulimie intense; puis en mangeant, les douleurs s’accentueront avec certains aliments, harengs, oignons, ail, choucroute.

D’autres seront pris de salivations, de nausées, de vomiturition. La diarrhée ou la constipation sont aussi fréquentes l’une que l’autre.

Cette symptomatologie si indistincte, due au tænia, doit encore s’accroître de certaines observations d’accidents hépatiques ou biliaires dus à cette même origine.

Il est évident que les tænias peuvent devenir les agents d’une infection biliaire, mus par un mécanisme indirect, d’ailleurs hypothétique ; par la fixation de leur tête, ou l’accolement de leurs anneaux au niveau de l’ampoule de Vater, et l'oblitération secondaire de l’orifice ( Dupré )*.

Quel que soit le procédé mécanique de cette influence nocive, la possibilité n’en semble guère contestable, quand, après le cas déjà ancien de Moreau, qui observa un ictère intermittent, avec gonflement douloureux du foie, guéri par l’expulsion de plusieurs tænias, on médite l’observation que M. Letulle a rapportée, sous le titre de Tænia solium. — Accidents hépatiques, ressemblant au début à une cirrhose , et rapidement amendés après l'expulsion de l' helminthe. Les accidents hépatiques furent l’ascite avec subictère, l’augmentation du volume du foie et de la rate. Il s’est agi très probablement, dans ce cas, d’une infection biliaire subaiguë, consécutive à l’implantation du ver sur l’orifice duodénal du cholédoque.

Les symptômes généraux, dits réflexes, que nous pourrions très souvent appeler psychiques, sont extrêmement variés.

Pour les organes des sens on a signalé : de la perversion de l’ouïe, pouvant aller jusqu’à la surdité plus ou moins prolongée ; de l’obscurcissement de la vue avec ou non dilatation de la pupille.

Le système nerveux est toujours atteint : des vertiges, des crampes, des spasmes du larynx, du thorax ou du diaphragme, le prurit du nez.

(‘) Dupré, Les infections biliaires; Th. de Paris, 1891.

Les convulsions seraient fréquentes et presque toujours rattachées aux helminthes lorsqu’elles s’observent chez les enfants.

On a accusé les tænias de produire aussi la chorée, de la paralysie, et surtout des attaques épileptiformes. Cette pseudo-épilepsie vermineuse vaut qu’on s’y arrête. Quelques rares observations probantes permettent d’en tracer les caractères distinctifs. Ces attaques de pseudo-épilepsie présentent des symptômes qui les différencient de l’épilepsie idiopathique (*). L’ictus est moins brusque, les chutes moins graves et les blessures exceptionnelles.

La durée des périodes convulsives est plus longue que dans l’épilepsie idiopathique. Ce qui est le plus frappant, c’est la disparition des attaques coïncidant avec l’évacuation de l'helminthe. Les faits bien observés de ces accidents ont prouvé que l’épilepsie était bien produite par les parasites, car les malades, suivis pendant de longues années après la disparition du tænia, n’ont pas vu se reproduire leurs attaques.

Les désordres cérébraux sont aussi nombreux. Ce sont : des changements de caractère et surtout l’hypocondrie, la monomanie du tænia , Esquirol a même signalé quelques faits de dérangement plus ou moins profond des facultés ; dont le degré moindre est constitué par des rêves pénibles, bizarres, qui arrivent par leur intensité et leur fréquence à constituer de véritables phénomènes morbides.

Ce peuvent être aussi des troubles respiratoires variés : de la toux fréquente, pénible, la dyspnée, des symptômes de pseudo-asthme.

Notons encore l’aphonie momentanée, la perte de la mémoire, une insomnie persistante, une ardeur inaccoutumée dans le désir du coït, ou une frigidité triste, des troubles menstruels?

Il y a cependant, quelquefois, une symptomatologie plus intéressante et qui paraît propre au bothriocéphale. D’abord on retrouve les symptômes précédents, mais au maximum. Selles irrégulières, nausées, vertiges, palpitations, cris et soubresauts pendant la nuit, cardialgies, défaillances. Mais ce qui est plus particulier, c’est l’état d’anémie grave que l’on peut observer, et qui rappelle presque trait pour trait l’anémie pernicieuse progressive.

Les malades deviennent de plus en plus pâles (Eichhorst), ils ont des palpitations, de la suffocation, de l’œdème, de la fièvre, du manque d’appétit et des accès de diarrhée, puis une faiblesse ne leur permettant plus de se tenir debout. Ils ont des accès syncopaux avec obscurcissement du champ visuel et des tintements d’oreille par suite de l’anémie cérébrale.

Runeberg(2), Reyher (3),' Schapino (4), Müller(3) ont rapporté plusieurs observations dans lesquelles il s’agissait de l’infection par le bothriocéphale, la guérison vint après l’expulsion du tænia. Il n’y a guère que l’examen du sang qui puisse faire éliminer le diagnostic d’anémie pernicieuse.

Diagnostic. — Le seul signe certain de la présence d’un tænia est la constatation de fragments dans les matières fécales.

(*) Martha, Attaques épileptiformes dues à la présence du tænia ; Archives générales de médecine. — Nov. et déc. 1891.

(-) Deut. Arch. f. kl. Med., 41.

(s) Deut. Arch. f. kl. Med., 39.

('*) Zeitch. f. kl. Med., XIII, Hft 5.

(5) Char. Ann., 1889.

HELMINTHIASE INTESTINALE.

Lorsqu’il s’agit d’un tænia inerme, l’indécision est de courte durée, car il ne se passe pas de semaine, lorsque le ver est développé, qu’un cucurbitain ne soit expulsé. Quand il s’agit du tænia armé, cette indécision peut durer plus longtemps lorsqu’on attend l’apparition des cucurbitains, car il faut se souvenir que ce tænia armé laisse échapper un cucurbitain dans l’espace de temps où le tænia inerme en fournit vingt.

S’il s’agit des bothriocéphales, le temps est plus considérable encore, le ver ne perdant pas ses anneaux isolément comme les précédents.

Lorsque l’on sait que le malade a un ver, il faut en établir l’espèce.

A quelle variété de tænia a-t-on affaire?

On peut faire le diagnostic, d’après l’examen des œufs, ou plus facilement d’après l’examen des proglottides.

Pour reconnaître les œufs, il faut examiner au microscope les matières fécales.

L’œuf du bothriocéphale a une forme ovale, une longueur de 0m.06 à Om. 07. Sa coque est brune, avec une consistance cérumineuse, munie à sa partie postérieure d’un opercule qui peut s’enlever. A l’intérieur cet œuf a une structure celluleuse.

L’œuf du tænia solium est plus petit que celui du tænia inerme, sa largeur est de 0 m. 052, sa longueur de 0m.036; les œufs du tænia inerme ont une largeur de 0 m. 035, et une longueur de 0m.059. Déformé ovale, ils sont entourés d’une coque épaisse, d'apparence cutanée, qui est formée de petites fibres radiées. A l’intérieur, ils contiennent du protoplasma granuleux dans lequel on trouve six petits crochets de chitine. La coque est souvent entourée d’une enveloppe claire, albumineuse.

A la vue des cucurbitains on pourra établir aussi l’espèce avec le souvenir des caractères suivants :

Les cucurbitains du bothriocéphale portent leur pore génital sur le milieu d’une des faces planes. La tête de l’helminthe est olivaire et porte sur les côtés deux ventouses latérales, longitudinales, bien visibles à la loupe.

Les cucurbitains des tænias ont leur pore génital sur un des bords laté- ! raux. La tête est sphérique ou aplatie en forme de cône tronqué, et porte sur le plateau terminal des ventouses rondes assez facilement visibles à la loupe.

Les deux tænias inerme et armé peuvent aussi être différenciés l’un de l’autre.

La tête du tænia armé est élargie dans sa partie moyenne et restreinte au niveau du cou, portant à sa partie centrale une couronne de crochets placés sur deux rangs : quatre ventouses placées autour de la couronne sur cette tête. Les cucurbitains sont moins larges et surtout moins longs et moins épais que ceux du tænia inerme. Ils sont quadrangulaires, d’autant plus allongés qu’ils sont plus éloignés de la tête, avec leurs pores génitaux plus régulièrement alternes que dans le tænia inerme. L'issue des cucurbitains est assez rare et ne se produit généralement qu’avec les selles; l’expulsion se fait par cinq, dix, ou quinze cucurbitains à la fois qui exécutent des mouvements après leur sortie. L’utérus présente sept à douze branches peu ramifiées.

MALADIES DE L’INTESTIN

La tête du tænia inerme a la forme d’un cône tronqué. Elle a une surface presque plane sur laquelle se voient quatre ventouses assez saillantes et occupant les angles du plateau. Les cucurbitains sont plus larges et plus épais que ceux du tænia armé. Ils arrivent parfois à avoir deux centimètres de long sur un de large. Les pores génitaux sont irrégulièrement alternes. L’issue des anneaux estfplus fréquente; ils se détachent souvent isolément dans l’intervalle des selles de sorte que le sujet les retrouve dans son pantalon, ou dans ses draps de lit. L’utérus présente quinze à vingt branches d’apparence arborescente.

Pour mieux établir la différence entre les deux espèces, il faut recourir à une petite préparation : on place un de ces cucurbitains, conservé jusque-là dans l’eau, sur une plaque de verre; on l’imbibe avec une solution de potasse caustique, à 1 pour 100, et en regardant, avec une forte loupe ou avec un petit grossissement du microscope on voit la disposition des anneaux qui permet de différencier les deux helminthes.

Traitement. — Principes généraux. — Qu’il s’agisse du tænia armé, de l’inerme, du bothriocéphale, le traitement est le même, et le premier soin à prendre est de choisir le moment favorable à son application. Ce moment, qui est l’état d’entier développement du ver, est indiqué pour le tænia inerme lorsque les cucurbitains se détachent spontanément; et pour le tænia armé et le bothriocéphale, on détermine le moment opportun en songeant que le parasite met de trois à quatre mois pour prendre le développement favorable à la réussite du traitement, soit lorsqu’il s’est produit pour la première fois, soit lorsqu’une précédente tentative d’expulsion a échoué.

Il est bon, la veille du jour où le tænicide doit être administré, de soumettre le malade au régime lacté, puis de lui faire prendre, une demi-heure ou une heure avant le médicament, une potion éthérée.

Le malade devra aller à la garde-robe sur un vase rempli d’eau tiède.

Nous ne signalerons que les médicaments ayant véritablement fait leurs preuves.

1° Graines de citrouille (Tyson 1685), surtout bonnes chez les enfants.

On fait prendre ces graines soit mélangées avec du miel en formant une sorte de pâte, soit simplement avec partie égale de sucre en poudre seul ou additionné d’un peu d'eau.

D’après Davaine, la dose de graines de courges peut être portée à 100 grammes et au delà; 50 à 55 grammes suffisent pour un enfant.

On administre le médicament en une ou deux fois ou par cuillerée à café d’heure en heure.

Une heure ou deux après la dernière dose on fait prendre au malade 50 à 60 grammes d’huile de ricin.

2° Kousso. — On se sert en médecine des fleurs de kousso, dont les propriétés anthelminthiques ont été étudiées par Brayer.

On l’administre de la manière suivante :

Le sujet étant à jeun depuis douze heures, on lui fait ingérer en une fois, ou en trois fois, à dix minutes d’intervalle, 20 grammes de médicament, macéré dans 250 grammes d’eau froide ou tiède pendant quelques heures.

Deux heures après, on peut donner l’huile de ricin.

HELMINTHIASE INTESTINALE.

Le kousso est presque complètement abandonné à cause du dégoût que provoque l’odeur répugnante de l'infusion.

5U Kamala. — On a voulu substituer au kousso le kamala qui s’administre en poudre ou en teinture.

La poudre peut être prescrite à la dose de 2 à 12 grammes, suspendue dans l’eau.

Davaine a trouvé le kamala efficace contre le bothriocéphale.

4U L’extrait éthéré de fougère mâle est un des meilleurs agents thérapeutiques contre les tænias.

A la dose de 5 à 4 grammes, il donne presque toujours des résultats positifs, mais il faut lui associer un purgatif. On emploiera avec avantage le mélange de Créquy.

Chaque capsule contient :

Fougère mâle 0,50 centigrammes.

Calomel .... 0,05 —

On fait prendre une vingtaine de capsules en une heure, de façon à faire absorber 50 centigrammes de calomel et 4 grammes d’extrait éthéré.

5° Écorce de grenadier. — Tanret a trouvé quatre alcalis dans le grenadier, auxquels il a donné le nom Pelletiérines, et pour les distinguer les a nommées : pelletiérine, isopelletiérine, pseudo-pelletiérine, méthyl-pelletiérine.

Les deux premières sont exclusivement employées comme tænicides.

On agira de la façon suivante (Dujardin-Beaumetz) :

La veille , faire prendre un léger purgatif et ne manger au repas du souque du laitage ; le lendemain matin, à jeun, administrer 50 centigrammes de sulfate de pelletiérine et d’isopelletiérine dans une solution contenant 50 centigrammes de tanin; donner dix minutes après un grand verre d’eau, puis au bout d’une demi-heure faire prendre le purgatif.

Celui-ci sera soit l’eau-de-vie allemande,

— l’huile de ricin,

l’infusion au séné (Bérenger Féraud).

Il y a souvent, à la suite de l’ingestion de la pelletiérine, certains phénomènes réactionnels :

Abaissement du rythme du pouls, pâleur de la face, céphalalgie, vertiges, hallucinations de la vision, crampes dans les membres, vomissements. Ces derniers sont assez fréquemment observés et pour les éviter il est bon de prendre la pelletiérine en deux fois et en demeurant couché.

ASCARIS LOMBRICOIDES

Synonymie : Ascaris lombricoïdes, Linné, 1789. — Lumbricus teres, Celse. — Ascaris gigas, Gôze, 1782. — Fusaria lumbricoïdes, Zeder, 1800.

Histoire naturelle. — (État adulte.) Ver cylindrique, grisâtre ou rougeâtre pendant la vie, effilé aux deux extrémités, surtout à l’antérieure. Il existe des stries transversales sur toute la surface du corps. Les femelles (30 à 40 cent.) sont plus longues que les mâles (20 cent.). Les mâles sont toujours aussi trois ou quatre fois moins abondants que les femelles.

MALADIES DE L’INTESTIN

La forme de l’extrémité caudale peut fournir de bons caractères pour la distinction des sexes. Chez le mâle, elle est incurvée en crochet vers la face ventrale et plus ou moins aplatie du côté de la concavité. On y trouve un cloaque dans lequel débouche le rectum, et par l’orifice duquel on voit sortir deux spiculés chitineux qui jouent le rôle d’organes de préhension, de fixation. Grâce à l’enroulement de cette extrémité du corps, le mâle peut saisir la femelle et se fixer à elle au niveau de l’orifice vulvaire.

Chez la femelle, l’extrémité postérieure est toute différente. Elle est constituée par une pointe raccourcie, à la base et à la face ventrale de laquelle se voit l’anus sous forme d’une fente transversale à lèvres saillantes. Elle n’est point enroulée sur elle-même.

La bouche est située à l'extrémité antérieure, sous un petit prolongement de la partie dorsale, de sorte qu’on peut la considérer comme appartenant à la région ventrale. Elle a la forme d’une étoile à trois branches; elle est entourée de trois nodules chitineux, l’extrémité antérieure du corps est entièrement dépourvue d’expansions latérales.

Développement. — S’il paraît généralement admis actuellement que l’ascaris lombricoïde se développe directement, il n’en a pas toujours été ainsi. Différents auteurs : Schneider, Leuckart, von Linstow, ont émis que l’ascaride passe d’abord par un premier hôte, et von Linstow a admis cette opinion que l’hôte intermédiaire était un myriapode , Juins guttulatus, extrêmement commun dans les jardins, où il se nourrit surtout de graines (concombres, potirons, haricots), de betteraves, de racines, de pommes de terre. En outre, il va de préférence vers les terrains amendés avec des excréments humains, et là il peut avaler des œufs d’ascaride. Alors l’embryon devient libre dans l’intestin de son hôte et attend pour se développer que les fruits ou les racines dans lesquels se cache le myriapode viennent à être mangés. L’iule est tué, mais la larve de l’ascaride respectée ne tarde pas à parvenir à l’état adulte.

Cette opinion, non admise par tous et surtout non vérifiée, est en contradiction avec les faits où l’ascaride a été rencontré chez de jeunes enfants à la mamelle.

Des expériences de Davaine, Grassi, Calandruccio, permettent au contraire d’admettre que l’ascaride se développe directement. L’œuf rejeté en dehors avec les excréments produit un embryon, en un temps qui varie de quelques semaines à un ou deux ans. S’il est alors ramené dans l’intestin de l’homme avec les eaux de boisson, l’embryon est mis en liberté, il devient une larve, qui, sans changer d’habitat, sans accomplir aucune migration, est capable de parvenir à l’état adulte.

On ignore encore, il est vrai, quelles transformations le ver subit depuis le moment où il quitte l’œuf jusqu’à celui où il revêt la forme adulte. Mais il est probable que le parasite revêt très rapidement sa forme définitive; on a très rarement rencontré dans l’intestin des parasites de petite taille et les observations de Grassi ont prouvé que l’accroissement porte surtout sur la moitié postérieure du corps, par suite du développement de l’appareil génital.

Étiologie. — L’ascaride se rencontre surtout chez les enfants.

La prédominance du parasite dans le jeune âge a été constatée par la plupart des observateurs, encore que dans certains cas elle soit peu marquée.

HELMINTHIASE INTESTINALE.

D’autres ont dit sa plus grande fréquence à l’âge adulte et chez les femmes. Il est plus fréquent à la campagne qu’à la ville, plus fréquent chez les aliénés ou les idiots, surtout chez les coprophages.

Distribution géographique. — L’ascaris lombricoïde se trouve presque partout.

Il va en diminuant des régions tropicales, où il est commun, jusqu’aux régions tempérées et froides.

Il est très fréquent en France, où il a été observé à l’état épidémique. En Allemagne, on le rencontre très fréquemment à Würzburg, Dresde, Kiel.

A Gottingen, en 1760 et 1761, une épidémie importante a sévi dont la relation nous a été laissée par Rœderer et Wagler.

En Suisse, il fut extrêmement fréquent à la suite de l’inondation de 1852, dans des villages riverains du lac de Bienne, très commun aussi en Angleterre, chez les habitants des campagnes, de même en Suède et en Finlande.

Au contraire, il serait très rare en Islande.

Son extrême fréquence aux Indes et dans toute l’Asie orientale a été notée, dès 1850, par Ward et Grant, puis par Waring en 1859, par Day en 1862 (Blanchard).

D’après Vidal, en Cochinchine, presque tous les cas de fièvre intermittente s’accompagnent d’expulsions d’ascarides, qui peuvent même occasionner des accidents fort graves (fièvre, diarrhée).

Il est très fréquent au Tonkin.

L’Afrique est aussi infestée par l’ascaride ; il est très connu en Algérie chez les habitants des tribus. Enfin, il est fréquent en Amérique, surtout vers les régions chaudes.

Anatomie pathologique. — Le siège ordinaire du ver est le commencement de l’intestin grêle, encore qu’il ne soit pas rare de le rencontrer dans d’autres points du tube digestif et de le voir sortir par un autre orifice que l’anus qui est la voie d’expulsion habituelle.

Il est rarement unique, presque toujours on en rencontre deux à six individus, il est rare d’en rencontrer davantage (on en a vu jusqu’à 400, 500 et 1 000). Il n’est pas toujours seul. Il coexiste parfois avec l’oxyure, le tricocéphale, avec des cestoïdes.

Davaine a fait une étude très complète des pérégrinations anomales de l’ascaride.

Il remonte parfois par le pylore jusqu’à l’estomac, pour gagner plus haut encore et atteindre l’oesophage et le pharynx. Il sort alors par la bouche, à moins de rencontrer sur son chemin quelque abcès ou trajet fistuleux où il puisse s’engager.

Il existe plusieurs observations d’ascarides ayant pénétré dans la trompe d’Eustache (Blanchard). Il en est d’autres où le parasite a pu passer des fosses nasales dans le canal nasal et déboucher par les points lacrymaux, à l’angle interne de l’œil. Il peut s’introduire par la glotte jusque dans les voies respiratoires et déterminer la mort par suffocation.

Davaine a cité plusieurs exemples de migrations de l’ascaride de l’intestin grêle jusque dans le canal de Wirsung et dans la substance du pancréas

Il est fréquent de voir le parasite s’engager dans les voies biliaires : ou bien

MALADIES DE L'INTESTIN

il ne pénètre qu’en partie dans le canal cholédoque, ou bien il y est contenu tout entier; d’autres fois il est dans la vésicule biliaire ou dans les conduits biliaires plus ou moins dilatés ; s’il y séjourne longtemps, il détermine des lésions profondes soit du foie, soit des canaux eux-mêmes. On peut rencontrer, dans les voies biliaires, chez le même individu, 3 à 4 parasites, rarement plus. Aces faits se rattachent tous les documents relatifs à l’helminthiase biliaire, rares et intéressants. On connaît le cas classique rapporté par Lieutaud d’un garçon de 14 ans, mort rapidement avec des accidents de fièvre, d’ictère par rétention, de convulsion et de douleur du foie, et à l’autopsie duquel on trouva, avec les signes d’une rétention biliaire récente, le canal cholédoque obturé par un gros lombric ; le tube gastro-intestinal était habité par une grande quantité de ces ascarides. Kartulis a rapporté un cas semblable.

Si l’on cherche à résumer l’action pathogène de ces parasites sur les voies biliaires, on peut, au point de vue de l’infection, grouper ainsi les effets observés (Dupré) (4).

Dans certains cas, fort rares, l’helminthiase biliaire semble ne déterminer ni lésions, ni symptômes d’infection. — Parfois, elle ne provoque point dé lésions, mais un syndrome de nature convulsive, d’allure suraiguë, sur la pathogénie duquel il est difficile de se former une opinion.

Le plus souvent, l’helminthiase biliaire détermine une angiocholite aiguë, qui suppure rapidement et engendre deux sortes de lésions, ou des dilatations ampullaires, irrégulières, des canaux biliaires intra-hépatiques, qui représentent de petites cavités remplies de pus, au milieu desquelles se retrouvent les ascarides pelotonnés, ou bien des ulcérations multiples des canaux biliaires qui s’ouvrent ainsi en plein parenchyme glandulaire, et donnent lieu à de multiples abcès du foie, enkystés ou communiquant avec les voies biliaires.

Une autre voie parfois suivie par le ver est le passage de l’intestin dans la cavité péritonéale. Presque toujours, cette migration résulte de la production d’abcès, du fait du parasite lui-même, et de la déchirure de ces abcès par où les parasites vont jusqu’à la cavité péritonéale ; alors il n’est pas rare de voir l’issue de l’animal à travers la paroi abdominale, où se produit un abcès vermineux général, au niveau de l’ombilic ou de l’aine. On a encore rencontré l’ascaride dans les voies urinaires à la suite de fistules faisant communiquer l’intestin avec les voies urinaires.

Symptomatologie. — La symptomatologie est, comme celle des tænias, peu chargée de faits indiscutables, alors que tous les symptômes ont paru exister. La présence de ces vers dans l’intestin peut être longtemps méconnue, et il faut savoir que l’apparition d’un lombric dans les selles ou dans les matières vomies n’implique pas forcément la présence de parasites semblables dans l’intestin. C’est alors que l’examen microscopique des matières fécales a une grande importance, en y démontrant des œufs d’ascarides. La quantité de ces œufs chez les individus atteints de lombrics est telle, suivant Davaine, que chaque parcelle de matière grosse comme une tête d’épingle en renferme plusieurs. (*)

(*) Dupré, Les infections biliaires, Th. de Paris, 1891.

HELMINTHIASE INTESTINALE.

Ces œufs, qu’il est doue indispensable au médecin de chercher et de reconnaître dans les matières fécales, sont ovoïdes, blancs avant la ponte, teintés ensuite en brun par les sucs intestinaux, pourvus de deux enveloppes distinctes : l’interne est lisse et résistante ; l’externe est constituée par une membrane albumineuse transparente et mamelonnée qui donne à la coque un aspect mùriforme. L’œuf mesure 0 m. 075 a sur 0 m. 058 a (Blanchard).

On a fait jouer pendant longtemps un rôle aux lombrics dans la genèse de nombreuses maladies. Des pneumonies, des pleurésies, des méningites, des apoplexies même, ont été considérées comme de nature vermineuse ; on a même décrit une fièvre vermineuse affectant deux types essentiels, inflammatoire et putride.

Tout cela est abandonné et force est bien de réduire à quelques principaux les symptômes que les lombrics peuvent causer.

Le système digestif présente naturellement les plus fortes atteintes : manque d’appétit, faim féroce, goûts pervertis, haleine fétide, douleurs abdominales avec selles irrégulières. Puis, on a observé les phénomènes de l’entérite pseudo-membraneuse avec expulsion de fausses membranes par les garderobes, l’hémorrhagie intestinale, l’ulcération de l’intestin, avec à sa suite la perforation et ses signes. Très souvent le faciès du malade exprime la souffrance et la fatigue, il se décolore et ses yeux se cerclent d’une ligne grise ou bleue grise. N’avait-on pas aussi décrit un faciès vermineux ?

Les troubles réflexes sont très nombreux : chatouillement dans le nez ! inégalité des pupilles, vertige, syncope, troubles intellectuels, hystérie, attaques épileptiformes, aphonie, cécité, troubles de l’ouïe.... Huber (Eichhorst) a pensé que des lombrics pouvaient produire ces effets morbides par l’intermédiaire d’une substance chimique ; car, pendant qu’il étudiait des ascarides, cet observateur ressentit du prurit à la tête et au cou; il eut une éruption vésiculeuse, les oreilles se gonflèrent; son conduit auditif fut le siège de sécrétions anomales, il eut de la conjonctivite, du chémosis et de violentes douleurs de tête.

Nous avons vu les migrations incessantes de ce ver et ses voyages presque dans tous les organes. Il y a plus : des auteurs ont vu des ascarides s’engager dans des trous de boutons, d’agrafes, avalés par mégarde et être évacués de la sorte avec les excréments ; certains auteurs ont même proposé comme piège à vers des objets de ce genre! (Blanchard). Cobbald dit que le musée du Boyal College à Edimbourg renferme la préparation d’un ver qui s’était pris dans une agrafe !

Pronostic. — Très généralement bénin.

Traitement. — On peut employer :

1° Le calomel à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme.

2° La mousse de Corse. On fait une infusion ou une décoction de cette plante ; on donne 4 grammes de mousse de Corse pour 50 grammes d’eau ; on fait infuser 12 heures pour la première de ces tisanes et bouillir deux ou trois minutes pour la seconde.

Chez les adultes, on peut élever la dose et en donner 8 à 15 ou même 20 grammes.

5° La santonine (principe actif du semen-contra) se donne à la dose de 10 à 20 centigrammes.

MALADIES DE L’INTESTIN

Pilules de santonine :

Santonine. ... 5 centigrammes.

Poudre de réglisse. |

Miel ) y‘ b‘

Pour une pilule. — De une à quatre.

ASCARIS MYSTAX (RUDOLPIII), 1801

C’est l’ascaride du chat et du chien; il a été quelquefois rencontré chez l’homme. D’après Kelly, il aurait été vu chez neuf personnes.

Il paraît probable que comme l’ascaride lombricoïde, l’ascaris mystax se développe directement sans passer par une hôte intermédiaire. Il est plus petit et plus mince que l’ascaris lombricoïde. La femelle est longue de GO à 110 millimètres et large de 1 mm. 7.

Le male est long de 40 à 60 millimètres et large de 1 millimètre.

L’animal est caractérisé par deux crêtes aliformes qui courent chacune le long du corps, sur une longueur de 2 à 4 millimètres. L’œuf est assez régulièrement sphérique et large de 68 à 72 g.

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