ASCARIS MARIT1MA (LEUCKART
Ce ver n'a été rencontré qu’une fois. Il a été trouvé dans le Groenland et avait été vomi par un enfant.
Ce seul exemplaire est une femelle longue de 45 millimètres, large de 1 millimètre au maximum. Ce ver appartient au même groupe que les deux précédents.
ANKYLOSTOME DUODÉNAL (a yy-uXov, crochu, axou.a, bouche), DUBINI, 1838.
Généralités. — Ver nématoïde, régulièrement cylindrique, ayant la bouche armée et soutenue par un appareil corné denté ; chez le mâle, une cupule caudale, soutenue par des rayons, de son centre sort un pénis très long.
Ce ver n’occupe pas exclusivement le duodénum, plus souvent même il occupe le jéjunum et l’iléon dans ses parties supérieures. Il ne se trouve probablement jamais dans l’estomac ou le gros intestin.
Historique. — L’ankylostome duodénal fut découvert en 1858 par Dubini dans l’intestin grêle d’une jeune paysanne, morte à l’hôpital de Milan. Cet auteur reconnut sa grande fréquence dans la Haute-Italie, puisqu’il put admet tre que ce ver se rencontrait environ sur 20 pour 100 des cadavres dont il faisait l'autopsie; mais il ne lui reconnut aucune valeur pathologique. L’ankylostome fut retrouvé en Égypte par Pruner et Bilharz. — Griesenger et Wucherer montrèrent que ce parasite était la cause de la chlorose des tropiques. Il est signalé en Islande par Eschrist, à Mayotte par Grenet, Monestier.
En ces quelques dernières années, cet helminthe, à coup sûr l’un des plus redoutables de ceux que peut héberger l’homme, a été l’objet d’un grand nombre de travaux. On est arrivé à se convaincre qu’il pouvait se rencontrer dans maintes autres régions. Nous aurons ultérieurement l’occasion de revenir sur les travaux les plus récents.
HELMINTHIASE INTESTINALE.
Histoire naturelle. - Biologie. — L’ankylostome est un ver de petite taille. Le mâle mesure de 6 à 10 millimètres; la femelle de 9 à 18 millimètres. La structure de l’extrémité caudale est suffisamment différente dans les deux sexes, pour que l’on puisse les reconnaître facilement.
Le mâle semble plus filiforme, plus blanc, la femelle est au contraire plus grosse et d’un blanc sale ou brun.
La proportion numérique entre les femelles et les mâles dans l’intestin de l’homme est à peu près de 22 à 24 — 10 ( Leichtenstern ).
Tandis que l’extrémité postérieure du corps chez le mâle est dilatée en une cupule membraneuse, la femelle au contraire est mince et atténuée en arrière.
L’extrémité antérieure est formée d’une sorte de suçoir en forme de cupule, obliquement dirigée et taillée en biseau aux dépens de la face dorsale.
Le bord dorsal de la bouche présente une échancrure que limitent deux petites dents obtuses : la lèvre inférieure ou ventrale est armée intérieurement de quatre dents chitineuses, recourbées en crochets. Grâce à ces crochets, l’animal peut se fixer fortement à la muqueuse intestinale, dont il déchire les capillaires. Au fond du suçoir, un peu au-dessus de l’entrée de l’œsophage, se voient encore deux arêtes tranchantes et pointues, semblables à des dents de scie, lames chitineuses qui contribuent encore à inciser les tissus et à faire couler le sang (R. Blanchard).
Au suçoir fait suite un œsophage épais et musculeux, dont le bulbe est peu marqué et dépourvu de dents chitineuses, l’intestin est constitué par un large tube qui s’étend en ligne droite jusqu’à l’anus.
La situation de l’anus varie avec le sexe.
Chez la femelle, il s’ouvre sur la face ventrale, à la base de la courte pointe conique qui représente la queue. — chez le mâle, il débouche à la surface d’un large pavillon de cette cupule membraneuse que nous avons signalée plus haut, sorte de bourse copulatrice.
Chez le mâle, le canal déférent, auquel sont adjoints deux spiculés longs et grêles, vient s’ouvrir dans la terminaison de l’intestin.
La vulve est située à peu près à l’union des deux tiers antérieurs avec le tiers postérieur du corps; un court vagin mène dans deux tubes ovariens dont chacun produit plusieurs centaines d’œufs régulièrement ovales.
Ces œufs sont d’ailleurs facilement reconnus dans les matières fécales. Ils ont une coque anhiste, un contenu brunâtre et se trouvent presque toujours à l’état de segmentation. Leur longueur varie entre 44 et 63 g, leur largeur entre 25 et 40 u.
Comme ils se trouvent répartis d’une manière à peu près uniforme dans les matières fécales, il est facile d’évaluer leur totalité. Leichtenstern a trouvé dans une selle 4 millions d’œufs (cité par Eichhorst).
L’accouplement se fait dans l’intestin de l’homme.
Au moyen de sa bourse caudale, le mâle adhère fortement à la surface du corps de la femelle, au niveau de la vulve, puis il introduit ses deux spiculés dans le vagin.
Biologie. — L’œuf, ainsi que nous venons de le rapporter, est expulsé avec les matières fécales et se développe au bout de quelques jours en une petite larve qui traverse la mince coque de l’œuf et vit dans la .vase. Cette larve,
MALADIES DE L’INTESTIN
longue de 0 mm. 2, large de 0 mm. 014 en moyenne, est légèrement amincie en avant et se termine en arrière par une queue effilée en alêne (Blanchard). Elle s’accroît rapidement, puis perd au bout de quelques jours la pointe en alêne de sa queue, et après environ une semaine elle a acquis à peu près le double de sa longueur primitive. Elle peut rester en vie, dans la boue, pendant des semaines et des mois. Si elle est alors avalée avec de l’eau bourbeuse, elle s’arrête dans l’intestin grêle de l’homme, et en l’espace de quelques semaines elle y acquiert sa forme adulte.
Arrivé dans l'intestin, l’ankylostome se fixe solidement à la muqueuse intestinale, et en la perforant, lui enlève son sang. Souvent le ver enfonce dans l’épaisseur de la muqueuse toute la partie antérieure de son corps, il se produit ainsi une hémorrhagie capillaire. Or il est fréquent de rencontrer dans le duodénum et la première moitié du jéjunum 1 500 à 5 000 de ces parasites. Renouvelés sans cesse, ceux-ci demeurent longtemps dans l’intestin et l’individu qui les héberge, saigné continuellement, finit par présenter les signes d’une très profonde anémie.
Étiologie, distribution géographique. — L’ankylostome ne passe pas par un hôte intermédiaire. Ses migrations s’accomplissent simplement entre l’extérieur et l’intestin de l’homme. L’infection se fait au moyen des matières fécales contenant des œufs provenant des personnes malades. Chez les tuiliers qui en sont fréquemment atteints, le transport du parasite se fait par l’intermédiaire de l’argile qui recouvre les mains de ces ouvriers. Des matières fécales étant étendues sur les champs de travail, de petites parcelles contenant des œufs peuvent être introduites dans le tube digestif au moment où les ouvriers prennent leur nourriture avec leurs mains sales.
Il est un autre mode d’infection, indiqué par Eichhorst : c’est l’eau lorsqu’elle circule, non pas dans des conduites de fer, mais dans des conduites en bois dont les fissures sont bouchées avec de l’argile malpropre, ou encore lorsqu’elle coule au milieu des matières fécales. Dans les champs de tuiles, chaque été il se produit une nouvelle infection par suite de l’arrivée de gens ayant des ankylostomes, car ces parasites ne supportent pas les froids d’hiver hors du corps humain.
L’ankylostome est très répandu à la surface du globe. Il est peu de pays qui en soient exempts, ce qui tient au mode de propagation du parasite, et surtout à ce fait qu’il voyage avec son hôte, de sorte que quand un homme affecté d’ankylostomiase s’établit pour quelque temps dans un pays, il est à craindre qu’un nouveau foyer ne s’y trouve créé.
Il est intéressant d’examiner avec quelques détails les différentes localités où le parasite a été observé, ainsi que les nombreuses dénominations sous lesquelles se déguisaient tous les faits d’ankylostomiase.
En Europe, on décrivit dès le commencement du siècle une variété toute particulière d’anémie, dite Anémie des mineurs , que l’on attribuait surtout à un empoisonnement par des gaz délétères. En Hongrie, en 1777 et en 1785, Hoffinger en rapporta les principaux symptômes; Hallé en 1805 fit l’histoire de la maladie observée sur les mineurs d’Anzin.
Pendant de bien longues années, on s’en tint à cette dénomination et à cette description, jusqu’en 1879, époque à laquelle le Dr Graziadei , à Turin, à la cli-
HELMINTHIASE INTESTINALE
nique de Bosolo, trouva le parasite en faisant l’autopsie d’un mineur anémique qui avait travaillé au percement du Saint-Gothard. On remarqua alors que de nombreux mineurs avaient déjà succombé de la même façon et chez ceux qui moururent ensuite on put toujours retrouver l'helminthe. C’était l’Anémie du Tunnel.
C’est à ce moment que Perroncito proclama que l’anémie des ouvriers du Saint-Gothard était d’origine parasitaire. Le même auteur constata lui-même la présence de l’helminthe chez les mineurs anémiques de Saint-Étienne; Lesage et Manouvrier firent la même observation chez ceux de Valenciennes. Puis la même constatation fut faite dans les mines de Sardaigne, de Fresne, de Commentry.
Le mode d’infection est d’ailleurs toujours le même.
Les ouvriers du Saint-Gothard avaient à leur disposition de l’eau puisée dans le Tessin. Elle était d’une limpidité parfaite et était amenée dans les galeries? renfermée dans des wagonnets. Ce n’était pas à cette eau qu’il fallait attribuer l’épidémie, mais bien plutôt aux flaques stagnant en divers points du tunnel. Ces flaques d’eau, dans lesquelles les ouvriers déposaient leurs excréments, étaient bien le milieu le plus favorable pour le développement des vers. Ceux-ci passaient de là dans l’intestin de l’homme, par l’intermédiaire des nombreux objets (pain, pipe...) qui avaient pu être déposés sur la boue (R. Blanchard).
L’ankylostomiase n’est pas observée dans toutes les mines. Il est démontré que dans les mines de sel gemme, comme à Wieliczka auprès de Cracovie, elle n’a jamais été constatée, ce qui s’explique par ce fait que la salure des eaux entrave le développement des larves.
Mais ce qui est plus curieux, c’est que la maladie a été signalée en Hongrie dans les mines d’or de Schemnitz, tandis qu’elle n’a jamais été vue dans celles de Kremnitz. Et cependant la distance entre les deux localités est peu considérable, et franchie journellement par des ouvriers qui vont d’une mine à l’autre, ce qui assurerait la contagion par le transport et la dissémination des parasites.
Ce qui fait l’absence de l’ankylostomiase à Kremnitz, c’est l’acidité considérable des eaux qui s’infiltrent à travers une roche constituée de marcassite ou bisulfure de fer de même composition que la pyrite ; acidité de l’eau suffisante pour empêcher l’éclosion des œufs et le développement des larves.
Toutes différentes sont les conditions à Kremnitz où les eaux d’infiltration ne présentent qu’une acidité très faible.
L’ankylostome a été retrouvé par Frcmcotte et Masius chez les ouvriers des mines de charbon dans le voisinage de Liège. Van Beneden en a rencontré chez les mineurs de Mons. Différents observateurs, et parmi eux surtout Mayer et Mendie , font signalé dans le bassin d’Aix-la-Chapelle.
Enfin, on a reconnu que l’helminthe était la cause de l’anémie des briquetiers et des tuiliers; c’est Menche qui le premier découvrit ce fait à Bonn en 1883.
Puis Leichtenstern a étudié l’ankylostomiase des tuiliers telle qu’on l’observe dans les fabriques de tuiles des environs de Cologne, dans les pays rhénans et dans la Westphalie, tandis que Muller et Seifert ont montré que l’on rencontre aussi cette affection chez les tuiliers des environs de Wurtzbourg.
Dans tous ces cas, l’infection se produit lorsque des ouvriers malades arrivent
au contact d’ouvriers encore indemnes et que ces derniers se trouvent ainsi exposés par ces circonstances à ingérer des larves de l’ankylostome.
Divers médecins italiens ont encore observé que l’ankylostome est la cause de l’anémie dont sont fréquemment atteints les ouvriers des rizières; il est également connu chez les ouvriers des solfatares, ainsi que Cantu, Giordano et Pernice l’ont démontré.
En somme, le parasite est répandu par toute l’Italie, y compris la Sicile et la Sardaigne, mais il abonde surtout dans les régions du nord.
En Asie, l’ankylostome a été observé, il serait ( Mac Connell ) loin d’être rare aux Indes parmi les indigènes, du moins dans le bas Bengale. Il a été rencontré au Japon, à Kioto par Scheube et à Tokio par Balz.
Le parasite existe dans l’archipel Malais. Suivant Yan Leent, il est fréquent chez les forçats qui travaillent dans les mines de Bornéo et Both l’a vu à Bâle en 1879, à l’autopsie d’un soldat suisse qui revenait de Batavia (Blanchard).
Il est très répandu en Égypte où Pruner l’a observé en 1847. Griesenger a reconnu en 1851 qu’il est la cause unique de la maladie connue sous le nom de chlorose d'Egypte.
Il est si commun au Caire, dit Bilharz, qu’il est exceptionnel de faire une autopsie sans le rencontrer.
Monestier et Grenet l’ont observé à Mayotte où il produit Y hypohémie intertropicale.
D’après Davaine, on l’aurait vu en Abyssinie.
Sur la côte occidentale d’Afrique, dans le haut Sénégal, il a été fréquemment observé.
En Amérique, c’est aux Antilles qu’il est le plus fréquent; il y produit la cachexie aqueuse, le mal-cœur, la chlorose tropicale.
En Colombie, la maladie est connue sous le nom de tun-tun , les malades sous le nom de tuntimientos . Au Brésil, Piso signale la maladie sous le nom d’oppilatio. On l’appelle encore aujourd’hui opilacao et cançaço. Elle s’observe presque dans tout le Brésil.
Puis, on peut la trouver dans d’autres contrées d’Amérique, à la Louisiane, en Géorgie.
Enfin on l’a rencontrée au Pérou, en Bolivie, chez les indigènes de Sarayacu.
Symptomatologie. — Deux symptômes dominent toute l’étude clinique de l’ankylostomiase ou ankylostomasie, à savoir, l’appauvrissement extrême du sang, et l’anémie considérable qui la suit, symptômes assez intenses souvent pour amener très rapidement une issue funeste. En somme, c’est presque en tous points, et quelques symptômes que nous signalerons mis à part, le tableau clinique de l’anémie pernicieuse.
Prodromes. — Il ne faut en moyenne pas beaucoup plus de deux mois pour que les symptômes de la maladie commencent à naître, après le début de l’infection. Pendant ce temps, rien de bien net : ce sont surtout des troubles digestifs qui arrivent, variés, différents dans leur allure et dans leur siège. Presque toujours ils consistent seulement en phénomènes douloureux vers la région de l’épigastre amenant une oppression assez pénible, puis des nausées, des vomissements, du météorisme, de l’anorexie, de la constipation alternant souvent avec la diarrhée.
HELMINTHIASE INTESTINALE.
Période d’état. — Bientôt, l’anémie paraît, grave, profonde, progressive.
La pâleur débute sur les muqueuses, les conjonctives et les lèvres tranchent par leur pâleur blafarde sur le visage souvent hâlé du malade. La sclérotique a un éclat extraordinaire, et une couleur blanche éblouissante. Les palpitations viennent fréquentes, pénibles, amenant une suffocation presque permanente, les forces diminuent de jour en jour, le malade se plaint continuellement de vertiges, de tintements d’oreille et même de syncope.
Des symptômes graves se manifestent du côté de l’appareil circulatoire. Presque toujours, le cœur droit se dilate, ouvrant ainsi la porte à une asystolie plus ou moins considérable, et donnant à la pointe des bruits de souffle au siège classique de la valvule insuffisante. Les carotides peuvent battre violemment et des bruits cardiaques se propagent aux grosses artères du cou. Des souffles aussi dans les jugulaires avec souvent du pouls veineux. Le pouls devient rapidement d’une extrême mollesse. Du côté du système digestif, les symptômes sont nombreux. La langue est sale, l’haleine fétide, l’anorexie presque absolue ; souvent aussi on a signalé la tendance des malades à manger des choses indigestes ou étranges ; par exemple ils mangent de la terre, ce qui en Égypte a fait donner à la maladie le nom de géophagie.
Les vomissements sont fréquents. Les matières vomies sont aqueuses ou muqueuses. Il y a en même temps de la douleur à l’épigastre.
La constipation est plus ordinaire que la diarrhée.
Il est rare que dans nos contrées on trouve de l’entérorrhagie. Le fait est plus fréquent sous les tropiques.
Le point le plus important qui se rattache à cet ordre de symptôme est le rejet avec les selles des œufs de l’ankylostome qui ont déjà subi les premières phases de la segmentation, mais dont le développement extérieur ne peut se faire qu’en dehors de l’organisme humain. En effet, Perroncito a démontré qu’une température constamment un peu élevée empêche leur éclosion, si on les maintient par exemple entre 55 à 40 degrés pendant plusieurs jours.
L’œuf est régulièrement elliptique et arrondi aux deux bouts. La coque est mince, lisse, transparente et reste résistante, on pourrait facilement le confondre avec l’œuf de l’oxyure, qui est de forme ovale, à coque résistante formée de trois couches; en un point de cette coque, la couche moyenne fait défaut, en sorte qu’il y a contact entre les deux couches externe et interne. Souvent, dans les selles, en même temps que les œufs de l’ankylostome, on trouve des œufs d’autres parasites, par exemple, d’ascaride, de tricocéphale ou d’oxyure.
L’urine est abondante, claire.
Le sang subit des modifications intéressantes. Souvent de couleur gris rosé, il est pâle et séreux. On observe moins souvent que dans l’anémie pernicieuse les multiplications des globles rouges. : On trouve rarement aussi les microcytes, ou globules rouges très petits et de forme ronde.
Il y a diminution de l’hémoglobine.
Souvent il y a leucoytose ; on a observé aussi souvent que les globules blancs étaient de grosseur très différente et contenaient de petites granulations graisseuses appelées médullocèles.
On a fréquemment observé de la fièvre dans les cas graves.
MALADIES DE L’INTESTIN
Marche. Évolution. — Il faut distinguer cliniquement deux modes dans l’évolution de cette maladie : un aigu, l’autre chronique. La guérison spontanée est infiniment rare. Presque toujours les malades non soignés arrivent h un état de marasme qui précède la mort. Cette période de marasme ou de complication bien étudiée par Eichhorst est ainsi caractérisée : atrophie du tissu musculaire et adipeux, œdème, bouffissure du visage. Les forces diminuent progressivement, les malades sont obligés de garder le lit. Puis l’hydropisie gagne les cavités séreuses, l’albuminurie apparaît avec de graves symptômes de néphrite. Du côté du système nerveux, ce sont des douleurs de tête violentes, du délire, des douleurs vagues, de l’exagération des réflexes tendineux, des crampes.
Anatomie pathologique. — Pâleur extrême des organes, avec souvent de la dégénérescence graisseuse du myocarde, des cellules glandulaii’es de l’estomac, de l’intestin, du pancréas du foie et des reins.
Assez fréquemment : hémorrhagies punctiformes dans le cerveau, à la surface interne de la dure-mère et à l’intérieur de la substance médullaire.
Leichtenstern a observé une fois la dégénérescence amyloïde de la rate, des reins, du foie, de l’estomac, de l’intestin.
Dans l’intestin, on rencontre certaines lésions assez caractéristiques.
Si l’on fait l’autopsie aussitôt après la mort, on voit que les parasites encore vivants sont solidement fixés à la muqueuse intestinale. D’autres sont morts et mélangés aux matières fécales.
Diagnostic. — Dans certains cas, il ne peut guère être hésitant. Lorsque des anémies graves existent endémiquement, on doit toujours soupçonner l’ankylostomiase et l’administration d’un anthelminlique affirme le diagnostic.
Dans d’autres cas, c’est surtout à l’anémie pernicieuse que l’on pense, et seuls l’examen du sang ou l’emploi d’un médicament approprié permettent d’éviter une erreur.
Traitement. — 1° Traitement prophylactique (Blanchard). — Dans les pays chauds, où l’anémie est endémique, l’usage d’eau bouillie ou filtrée empêche l’infection.
Les ouvriers susceptibles d’être atteints (mines, tuileries) devront ne prendre leurs repas qu’après s’être lavé les mains, ne rien porter à leur bouche qui ait été en contact avec l’eau bourbeuse.
2° Traitement curatif. — C’est à Y extrait éthéré de fougère mâle qu’il convient de donner la préférence ; il faut l’employer aux doses élevées de 15 à 30 grammes. Le médicament est donné à jeun, le malade restant au lit, de crainte de syncopes.
On a vanté les bons effets de Y acide thymique, à la dose de 10 grammes.
Puis le doliarine , principe cristallisable extrait par Peckolt du ficus doliaria.
La santonine, le calomel, le chénopode anthelminthique, sont inefficaces.
OXYURE VERM1CULAIRE (BREMSER), 1819
Biologie. — L’oxyure a des dimensions assez exiguës, il est effilé à chaque extrémité.
Le mâle est long de 3 à 5 millimètres, la femelle de 9 à 12.
HELMINTHIASE INTESTINALE. 591
L’extrémité caudale du mâle est brusquement tronquée, elle porte six paires de papilles, dont les antérieures et les postérieures sont les plus grosses.
La queue, chez la femelle, est longue, effilée, en alêne, elle présente à sa pointe une légère incurvation en vis; l’anus débouche à sa base.
Le mâle est resté longtemps inconnu ; il est d’ailleurs beaucoup plus rare que la femelle. — - Leuckart admet qu’il y a environ 1 mâle pour 9 femelles.
Les œufs de l’oxyure mesurent 0,052 millimètres sur 0,024. Ils sont ovales : vus de profil, la face ventrale paraît aplatie et la face dorsale bombée, l’extrémité céphalique étant plus effilée que l’autre. — La coque est lisse, résistante, formée de 5 couches. En un point de la face dorsale de l’œuf, en arrière du pôle céphalique, la couche moyenne fait défaut, de sorte que les deux couches externe et interne entrent en contact. Ceci a une importance, car sous certaines influences (suc gastrique) le point plus faible se détache, laissant un orifice par lequel l’embryon pourra s’échapper.
L’oxyure n’a pas besoin pour se développer d’un hôte intermédiaire; Leuckart l’a prouvé sur lui-même. Ayant ingéré des œufs renfermant des embryons mûrs, il retrouva après deux semaines des oxyures adultes dans ses selles.
L’œuf peut donc se développer directement dans l’intestin de l’homme.
Dès que l’œuf est parvenu dans l’estomac, sa coque est attaquée et ramollie par le suc gastrique, se perce, et livre passage au jeune ver. Celui-ci va dans la partie supérieure de l’intestin grêle, et s’accroît rapidement. Le mâle arrive très probablement à maturité sexuelle plus tôt que la femelle. L’accouplement se fait dans l’intestin grêle, puis les femelles fécondées vont dans le cæcum et se rassemblent en grand nombre dans tout le gros intestin.
Étiologie. — L’oxyure vermiculaire se rencontre à tout âge, mais il est plus commun chez les enfants et chez les femmes. Les anciens observateurs prétendent que l’oxyure est plus fréquent et plus vivace au printemps et en automne.
Ce parasite est de tous les pays, de tous les climats; l’infection se fait généralement de la manière suivante : les œufs ou les embryons desséchés arrivent d’une manière quelconque dans l’estomac de l’homme, avec les aliments par exemple. Chez les enfants, le ver est généralement apporté par le linge ou les mains sales des personnes qui les soignent, quand ces dernières sont ellesmêmes infectées.
Très souvent il y a auto-infestation.
Par suite du prurit insupportable que provoque le ver, les individus se grattent, et si ce sont des enfants, leurs ongles se chargent de matières fécales et de mucosités au sein desquelles les œufs d’oxyures sont parfois en grand nombre.
L’enfant porte les mains à sa bouche, souvent pendant son sommeil ; et l’auto-infestation se produit. Elle peut être presque sans limites, ce qui explique la persistance des vers pendant très longtemps chez les mêmes malades.
Cruveiehier les a vus persister pendant 10 et 15 ans. On peut aussi comprendre la propagation du ver d’un individu à un autre par l’usage du même linge ou la cohabitation dans le même lit.
La contamination se fait avec la plus grande facilité pour peu que l’on ait
affaire à des personnes infestées par l’oxyure et qu’on ait occasion de toucher des objets quelconques leur ayant appartenu (Blanchard).
Le périnée et la vulve pouvant être parsemés d’œufs, il est possible que la mère transmette le parasite à l’enfant au moment de l’accouchement.
Les oxyures se tiennent le plus volontiers dans la partie inférieure de l’intestin grêle et dans le cæcum. Ils peuvent exister avec une extrême abondance chez un même individu. « Ils sont parfois si abondants et si serrés que la surface entière du gros intestin ressemble à de la fourrure. »
L’oxyure peut passer souvent par des voies anomales.
Brera, P. Franck, en ont observé dans l’œsophage; on en a rencontré dans l’estomac.
Pomper a publié l’observation d’une fillette de dix ans, qui avait des oxyures à l’anus, et qui tous les soirs en rendait par la bouche. Chez les femmes et les petites filles, l’oxyure pénètre très souvent dans la vulve et remonte dans le vagin.
Quelquefois, le ver passe du rectum dans la vessie, à la faveur d’une fistule.
Michelson a rapporté l’observation d’un malade qui avait un eczéma localisé à la peau du sillon génito-crural ; dans les régions malades, l’épiderme était perforé et occupé par un nombre immense d’œufs d’oxyures.
Le ver est fréquent sous le prépuce et dans l’urèthre de l’homme.
Symptomatologie. — Symptômes locaux. — Le principal, on pourrait dire le seul symptôme local, provoqué par l’oxyure vermiculaire, est le prurit.
Ce prurit insupportable revient avec une singulière périodicité aux approches de la nuit; principalement au moment où les malades viennent de se mettre au lit.
Ce prurit est accompagné de douleurs sourdes, ou lancinantes, de ténesme, qui se propagent souvent jusqu’aux organes génito-externes.
Ces élancements provoquent souvent des érections, des sensations incommodes et douloureuses, dont l’enfant cherche à se débarrasser, ce qui l’amène souvent à se masturber. Chez les adultes, les érections sont fréquentes et fréquemment suivies de l’émission involontaire du sperme. Des auteurs ont noté la répétition d’élancements douloureux partant de la base de la verge pour se terminer à l’extrémité du gland, semblables à des coups de canif. Ces sensations ont de l’analogie avec celles que produit la présence d’une pierre dans la vessie. On ne sait trop pourquoi ce prurit revient toujours à la même heure. Grassi a cherché en vain à le retarder ou à l’avancer, en changeant l’heure des repas; Lallemand croyait aussi que cette périodicité pouvait s’expliquer par le retour des phénomènes digestifs se terminant dans le gros intestin. Il est probable que la chaleur du lit entre pour une grande part dans la production de ces démangeaisons.
Les selles des individus atteints sont ordinairement molles, enveloppées de mucosités, et striées de sang ; la diarrhée est fréquente.
L’examen de l’anus permet quelquefois de voir l’oxyure entre les replis du sphincter ou dans les régions voisines : la muqueuse anale est rouge, tuméfiée, parsemée de points rouges, dus, selon Lallemand, à des piqûres produites « par la queue des oxyures ».
Souvent l’examen direct ne suffit pas pour déceler la présence des oxyures
HELMINTHIASE INTESTINALE.
dans les selles : il faut employer le microscope. Il est utile alors de donner un lavement froid, permettant la sortie d’une quantité de mucus, dans lequel on trouvera le ver ou ses œufs.
Symptômes généraux, réflexes. — Ils sont nombreux, diversifiés à l’infini. On a rencontré des troubles de l’intelligence, des symptômes pseudo-méningitiques, des attaques convulsives, de la chorée, des attaques hystériques et épileptiques, de l’incoordination motrice, de l’amaurose, des syncopes, de l’incontinence d’urine. C’est la même série de troubles qu’engendrent aussi les tænias et les ascarides.
Le pronostic est généralement bénin.
Traitement. — Le traitement réside dans l’administration des médicaments vermifuges et des purgatifs, et dans l’emploi de moyens locaux appropriés.
Ceux-ci consistent en :
Lavements d’eau froide, salée, vinaigrée, d’eau de chaux.
Lavements faits avec une décoction de plantes fétides, d’ail par exemple (hacher de l’ail, recouvrir d’eau, et laisser reposer pendant 12 heures, puis filtrer au travers de la toile), d’absinthe.
Ces décoctions peuvent être additionnées d’huile camphrée ou empyreumatique, d’éther sulfurique (4 à 8 grammes).
La pommade mercurielle éloigne les oxyures de l’anus et calme les démangeaisons.
Par la bouche on donnera les anthelmintiques déjà connus :
Calomel, santonine.