‹ Traité de médecineChapitre 98 sur 144 · L’ORGANE HÉPATIQUE · texte numérisé non relu

L’ORGANE HÉPATIQUE

Aucune membrane d’enveloppe n’existe à la périphérie de la cellule ; on n'y trouve qu’un simple épaississement cuticulaire, marqué surtout au niveau des radicules biliaires intercellulaires.

Le protoplasma est un des plus hautement différenciés de l’organisme. On y distingue de nombreuses granulations de divers ordres.

Les unes sont formées de pigment biliaire, et correspondent à l’une des fonctions capitales de la cellule, la biligénie. D’autres sont de nature graisseuse, et occupent surtout les cellules de la périphérie du lobule. D’autres, enfin, plus pâles, moins réfringentes, ont été considérées par Robin, Schiff, Claude Bernard, comme de nature glycogénique. Il n’en est rien ; ces granulations pâles persistent chez les lapins déglycogénés par le jeûne, et Kuppfer a montré qu’elles correspondaient à une véritable striation du protoplasma, à une sorte de réseau fibrillaire tendu dans la substance demi-fluide de la cellule. Ces stries sont parallèles entre elles, et perpendiculaires à la base de la cellule, c’est-àdire à la partie opposée aux vaisseaux sanguins. Quant au glycogène, Ranvier a fait voir qu’il formait de petites masses amorphes, gommeuses et presque fluides, à siège périnucléaire, et abondantes surtout dans les cellules du centre des lobules.

Cet état moyen de la cellule hépatique se modifie suivant que la glande est observée à l’état de jeûne ou pendant la période digestive.

A l'état de jeûne , les cellules sont petites, troubles, mal délimitées; leurs noyaux sont peu distincts, on voit dans le protoplasma des granulations pâles vaguement ordonnées en fibrilles, formant à leurs points nodaux des corpuscules nets et brillants. L’organe est ferme et gorgé de sang.

Ce serait là, d’après Heidenhaïn, la phase de préparation biligénique, les granulations troubles représentant les matériaux formateurs de la sécrétion biliaire.

Pendant la période digestive, l’aspect est tout autre : les cellules sont volumineuses, à parois nettes, comme s’il y avait une membrane d’enveloppe ; les noyaux sont très visibles; les cellules sont claires, avec une striation fibrillaire très accusée. Enfin, autour du noyau, la solution iodo-iodurée colore en brun des masses amorphes, brillantes, en petits amas, formés de glycogène.

Il y aurait ainsi succession, et comme alternance, entre les deux fonctions de la biligénie et de la glycogénie.

Les cellules hépatiques sont disposées dans un ordre déterminé, les unes par rapport aux autres ; elles forment des trabécules, multicellulaires chez l’homme, unicellulaires chez beaucoup d’animaux, tels que le lapin.

Faisons abstraction, pour le moment, du réseau sanguin et des capillaires radiés qui séparent les trabécules hépatiques, et voyons seulement comment celles-ci, siège de la fonction biligénique, communiquent avec les vaisseaux biliaires proprement dits.

Les vaisseaux biliaires interlobulaires sont formés d’une membrane externe de nature conjonctive, d’un endothélium cubique clair, à noyau très visible, enfin d’une lumière centrale.

Ils se perdent aux confins du lobule hépatique, et toutes les hypothèses ont été émises sur leur mode de communication avec la partie sécrétante de la glande. On trouvera dans les traités d’histologie l’histoire des très nombreuses

MALADIES DU FOIE ET DES VOIES BILIAIRES

recherches faites sur ce point, avec les détails et procédés techniques qu’elle comporte.

Aujourd’hui, la cause est jugée, et l’on ne peut plus douter que les trabécules hépatiques elles-mêmes ne constituent les véritables racines des canaux biliaires, que les parties sécrétantes et lesjvoies d’excrétion de la glande biliaire ne soient en continuité directe.

Déjà l’embryogénie nous en avait donné une première preuve. L’anatomie comparée en apporte d’autres, et montre que chez les vertébrés inférieurs, tels que les amphibies et les reptiles, le foie constitue une véritable glande en tube composée. L’anatomie pathologique achèvera la démonstration et nous restituera la glande biliaire tabulée de l’homme.

Cette notion est capitale, et domine toute l’histoire pathologique du foie. Et que l’on ne s’étonne pas trop de voir l’épithélium de la trabécule hépatique changer si brusquement de caractères, en se continuant avec l’épithélium des canaux biliaires. Dans un même tube urinifère que de changements aussi subits, aussi complets !

Il convient d’ajouter dès maintenant que les cellules hépatiques ne sont pas seulement en rapport anatomique et fonctionnel avec les voies biliaires; elles sont aussi, et nous verrons comment, ordonnées par rapport aux vaisseaux sanguins; si bien qu’on pourrait leur décrire une véritable activité bipolaire ; à chacun des pôles de la cellule correspond une fonction différente, pôle biliaire et pôle glycogénique.

La complexité fonctionnelle de la cellule hépatique, attestée déjà par la structure histfiogique, est exti’ême, et sans vouloir entrer ici dans un exposé détaillé qui ne relèverait que de la physiologie pure, nous devons en donner une vue d’ensemble; d’autant qu’aux fonctions principales du foie correspond une séméiologie toute spéciale.

Nous avons vu que, pour la cellule hépatique, la phase de préparation biligénique , correspond aux périodes de repos digestif, à l’état de jeûne. Rappelons seulement que l’excrétion est rémittente, et que c’est surtout vers la fin de la digestion que se vide la vésicule biliaire ; que la quantité de bile sécrétée par l’homme, en 24 heures, est de 1200 à 1500 grammes, dont une bonne partie est résorbée pour apporter de nouveau les éléments générateurs de la bile.

La bile humaine fraîche est d’un beau jaune légèrement verdâtre (*); elle est neutre ou faiblement alcaline, d'une densité qui varie entre 1010 et 1005 ; elle contient un peu de mucine, mais pas d’albumine, si ce n’est à l’état pathologique comme Bright et Bostock l’ont constaté les premiers en 1827.

Dans la vésicule, la bile se concentre^), devient plus alcaline et plus foncée. Sa teneur en matériaux solides est d’environ 120 pour 1000 (Beaunis).

Voyons quels sont, au point de vue médical, les plus importants parmi ses éléments constitutifs.

(*) D’après A. Létienne ( Thèse de Paris, -1891), la bile verte, chez l’homme, est toujours une bile anormale, et la biliverdine ne se trouve que dans les biles déjà modifiées.

(2) Le pourcentage des matières solides est toujours beaucoup plus faible dans la bile obtenue par fistule biliaire, et la différence porte surtout sur les acides biliaires (Halliburton, Text book of Chemical physiology and palhology. — * Londres, 1891, p. 676).

Page 1